Description de l’Égypte (2nde édition)/Tome 1/Chapitre III/Paragraphe 2

§. II. Du temple du sud.

L’emplacement du temple du sud est à mi-côte de la colline formée par les débris de l’ancienne ville, et par le rocher de granit qui lui servait de sol les décombres sont tellement accumulés autour de lui, du côté dit sud, qu’on le croirait d’abord totalement enfoui ; mais, en approchant, on trouve au contraire qu’il l’est très-peu, surtout du côté du nord : le soubassement élevé sur lequel il repose a encore deux mètres un quart environ hors de terre[1] ; ainsi la vue peut l’embrasser à peu près tout entier, et jouir de ses proportions simples, mais élégantes.

Sur le sol environnant, on trouve un grand nombre de blocs de granit, qui paraissent les restes d’un édifice bâti de pareille matière, peut-être d’une porte qui était en avant du temple, semblable à celle qui est au sommet de la butte. C’est parmi ces blocs que l’on trouve une statue monolithe en granit[2], de deux mètres trois quarts de proportion[3] et d’un travail peu fini : elle est assise, les bras croisés, tenant une crosse à droite et un fléau à gauche. Je n’ai pu découvrir les inscriptions grecques dont parlent le P. Sicard, Norden et Pococke. Le premier dit qu’il a vu une inscription sur un marbre noir, dans les ruines du temple de Cnuphis : le second parle d’un piédestal ou mur en grandes pierres blanches, situé auprès du temple et couvert d’inscriptions : enfin Pococke a rapporté une grande inscription qu’il dit avoir recueillie sur une muraille, à l’extérieur du temple d’Éléphantine ; mais elle est si mal conservée, ou si mal copiée, qu’il est difficile de la déchiffrer, même partiellement[4]. Il y est question des habitans d’Éléphantine et de Syène, et de l’empereur Dioclétien ; mais ce n’est pas ici le lieu d’en parler plus au long.

L’axe du temple fait un angle de 72°  1/2 à l’est avec le méridien magnétique. Sa longueur, sans l’escalier extérieur, est de douze mètres environ[5], et sa largeur de neuf mètres et demi[6] ; sa hauteur est de six mètres et demi[7], telle que je l’ai mesurée au-dessus du sol le moins enfoui : la salle intérieure a six mètres et demi[8] de long ; elle est de moitié moins large. Ces dimensions font du temple d’Éléphantine un des moins grands qu’il y ait en Égypte. Les pierres dont il est bâti sont de grès ordinaire ; elles sont généralement de trois quarts de mètre[9] d’épaisseur. Il y en a de plus épaisses, telles que celles qu’on voit au stylobate, dont une seule pierre forme la hauteur.

L’intérieur du temple n’est pas encombré ; ce qu’il doit à l’élévation de son soubassement. On marche en effet sur l’ancien sol lui-même, soit dans la galerie, soit dans la salle intérieure, taudis que partout ailleurs on trouve toujours un lit de poussière plus ou moins épais ; mais il y a, sur la plate-forme, des décombres amassés dont il est difficile de deviner l’origine, à moins de les attribuer à quelques masures modernes qu’on aurait bâties sur le temple.

J’ai déjà remarqué que cet édifice était bien conservé ; il n’y a que deux piliers qui soient abattus, ainsi que la portion correspondante de l’entablement. Ce qui a souffert le plus de dégradations, c’est l’escalier qui menait au parvis : on ne voit plus que les cinq à six marches supérieures ; tout le reste est démoli ou caché sous une multitude de débris ; les dés de l’escalier sont ruinés également ; mais il n’est pas douteux qu’il ne fût primitivement tel qu’on l’a figure dans la gravure[10]. Au-dedans, on n’aperçoit presque aucune trace de destruction ; les angles des murs sont encore entiers ; les sculptures ne sont que très-peu endommagées, surtout dans le côté de la salle qui regarde le nord. Cependant la couleur sombre de toutes les murailles annonce une grande vétusté ; il y a peu de monumens égyptiens où le ton de la pierre soit plus rembruni.

Une construction plus récente, que l’on a ajoutée à la partie postérieure du temple, et qui en a imposé aux voyageurs[11], fait encore ressortir cette ancienneté de l’édifice ; la couleur en est moins foncée, comme les pierres en sont aussi moins considérables. Quoique faite avec assez de soin, cette construction laisse apercevoir qu’elle n’est pas égyptienne. Les assises sont régulières, mais d’une plus petite dimension. L’appareil est soigné ; mais les colonnes sont engagées dans toute leur hauteur ; ce qui jamais ne s’est rencontré dans les monumens égyptiens. La pièce qu’enferme cette construction, s’adapte fort bien à la grande salle, dont on n’a fait que prolonger les murailles jusqu’au dehors du temple ; mais cette nouvelle salle interrompt la galerie continue qui environnait l’ancienne ; et dans les temples de cette espèce, comme dans tous les autres, jamais la galerie n’est interrompue. Enfin l’on n’y voit aucune espèce de sculpture, soit en dedans, soit en dehors. Il est donc certain que cet ouvrage est postérieur au temple égyptien ; mais le soin qu’il y a dans l’appareil ne permet pas de l’attribuer aux Chrétiens ni aux Arabes, et je suis porté à le regarder comme l’ouvrage des Romains.

Une particularité que présente la salle antique, c’est l’évasement des portes ; je ne connais pas un seul autre exemple d’embrasure oblique dans les portes des monumens égyptiens. Les gonds qui servaient à faire rouler les deux portes du temple ont disparu, ainsi que les portes elles-mêmes ; mais on voit encore les trous dans lesquels ces gonds étaient placés.

La disposition de ce petit édifice est un modèle de simplicité et de pureté, comme le lecteur peut en juger par le plan qu’il a sous les yeux[12]. On ne peut s’empêcher d’y reconnaître le type des premiers temples grecs. Cette disposition est conforme à celle qu’on appelait périptère chez les anciens : Vitruve donne ce nom à un temple carré ou rectangulaire, environné de colonnes, formant tout autour une galerie continue. En Égypte, on trouve plusieurs édifices qui ont cette même disposition ; mais ce qui distingue les temples d’Éléphantine, c’est que la galerie a des piliers carrés sur les deux côtés longs, et des colonnes sur les deux autres ; les deux parties latérales ont sept piliers chacune ; les façades antérieure et postérieure ont deux piliers aux angles, et deux colonnes au milieu ; l’entre-colonnement des façades est plus large que celui des côtés.

Si l’on jette la vue sur l’élévation[13] composée de lignes si simples, et en apparence sans art, l’œil est satisfait de l’harmonie qui règne entre les membres d’architecture. Cet effet tient surtout à ces lignes continues que présentent la corniche et le cordon, et que répètent le stylobate et le soubassement. Quand on est habitué à l’architecture des Grecs, ainsi qu’aux règles établies pour les entre-colonnemens, pour les hauteurs des colonnes et celles des entablemens, on a peine à supporter la vue d’un édifice autrement ordonné ; néanmoins le temple d’Éléphantine, qui en diffère entièrement, a dans son ensemble quelque chose qui plaît et qui arrête l’attention. La distance des piliers et celle des colonnes sont égales à plus de trois fois leur largeur ; ce qui semble donner plus d’air et de légèreté à la galerie, si basse d’ailleurs pour le diamètre des colonnes. La colonne entière n’a pas de haut cinq fois son diamètre supérieur, lequel est le même que la largeur des pilastres.

Le fût seul est égal à six fois le demi-diamètre ou module, pris à la hauteur du stylobate.

Le chapiteau le contient deux fois ; le dé avec l’architrave deux fois, et la corniche, compris le cordon, aussi deux fois.

Par conséquent, la colonne, non compris le dé, contient huit de ces modules ; et l’ordre entier, douze.

L’entre-colonnement du milieu en contient six.

La largeur totale du temple comprend vingt-quatre fois ce même module, et l’intérieur de la salle le renferme neuf fois sur un côté et dix-huit sur l’autre.

Cette symétrie variée, cet emploi d’un même module pour les distances, les hauteurs et toutes les proportions des membres d’architecture, sont, à n’en pas douter, la cause de l’heureux effet que produit la vue de l’édifice ; effet dont, au premier abord, on ne se rend pas compte. Il n’est donc plus douteux que l’art de la disposition des plans et la science des proportions n’aient été portés fort loin en Égypte. Cependant ces combinaisons délicates ne ressemblent en rien à celles que nous offrent les édifices grecs et romains, si ce n’est par l’esprit qui les a conçues : il faut donc convenir aussi qu’en architecture il y a plus d’une route, et que l’art n’a pas un type absolu et unique, ainsi que l’ont pensé plusieurs écrivains très-recommandables. Mais cet exemple offert par un petit monument serait de peu de poids, s’il n’était confirmé par beaucoup d’autres édifices, tels surtout que le grand temple d’Edfoû[14].

Un des caractères propres au temple d’Éléphantine, c’est qu’il n’a pas de lignes inclinées, comme tous les autres monumens égyptiens ; les faces des pilastres, des soubassemens, de toutes les murailles, sont verticales. C’est le seul aussi où le plafond de la galerie pose immédiatement sur la corniche. Enfin c’est le seul qui ait, outre le stylobate, un soubassement si élevé, et un escalier extérieur d’un aussi grand nombre de marches.

La hauteur du soubassement donnait lieu à des caveaux ou salles inférieures. J’ai trouvé effectivement un très-long couloir placé sous la galerie du nord ; ce qui en suppose deux autres. On ne peut entrer aujourd’hui bien avant dans cette galerie souterraine[15], à cause des décombres qui l’embarrassent : j’ignore par où l’on y pénétrait quand le temple était dans son entier ; car on n’aperçoit aucune trace d’escalier, aucune ouverture au plancher, dans la salle ni dans la galerie. Ces souterrains communiquaient sans doute à d’autres substructions voisines, dont j’ai déjà dit un mot, et qui s’étendent jusqu’au Nil. Il eût été à désirer de pouvoir faire des fouilles pour reconnaître la direction et peut-être l’objet de toutes ces communications secrètes.

La décoration du temple a la même simplicité, la même unité, que les lignes du plan et de l’élévation. La corniche ordinaire en gorge, et le tore ou cordon, règnent tout autour ; au-dessous, l’architrave est ornée d’une frise d’hiéroglyphes sur les deux façades. Au centre de cette frise est un globe ailé entouré de serpens ; les extrémités des ailes sont précisément à-plomb des axes des colonnes : il y a dans les pennes une disposition particulière que l’on peut étudier dans la gravure[16]. Les hiéroglyphes se répètent symétriquement à droite et à gauche du disque ailé, et sont tournés vers lui ; il en est de même des inscriptions hiéroglyphiques du stylobate : cette disposition, qui a été remarquée dans beaucoup de frises[17], nous apprend que les architectes égyptiens faisaient servir à la décoration les signes mêmes du langage, et doit faire penser que les hiéroglyphes pouvaient s’écrire et se lire indistinctement de gauche à droite et de droite à gauche.

Les piliers sont tous décorés de deux figures debout et de plusieurs colonnes d’hiéroglyphes ; un grand vautour, les ailes déployées, occupe le sommet. Avant de parler des autres sculptures du temple, il faut nous arrêter à l’examen des colonnes, lesquelles sont d’une espèce employée rarement : on en voit de pareilles à Selseleh, à Thèbes, à Achmouneyn et dans la basse Égypte. Cet ordre de colonnes se distingue des autres, et par la hauteur du fût, et par sa forme inférieure, et par la nature du chapiteau, surtout par les côtes ou cannelures qui les recouvrent. Celles d’Éléphantine sont coniques, à partir du tiers inférieur de la colonne, et enveloppées de huit tiges presque demi-circulaires, liées au sommet par cinq bandes étroites ou rubans[18]. L’origine de ces côtes est au même niveau que le dessus du stylobate c’est-à-dire à peu près au tiers de la colonne. Le bas de celle-ci, engagé à moitié dans le stylobate qui vient profiler devant l’axe, est orné de feuilles aiguës et allongées, semblables aux folioles du calice du lotus azuré[19]. Enfin sa partie inférieure se recourbe légèrement ; et cette diminution contribue, avec la forme conique de la partie supérieure, à produire un renflement vers le tiers de la hauteur[20]. La base est très-simple de profil, peu élevée, fort large, et inclinée en dessus.

Le chapiteau est renflé par le bas, et représente assez bien, pour le galbe, un bouton de lotus qui serait tronqué. Il est divisé en huit côtes, comme le fut ; mais elles sont anguleuses, au lieu d’être circulaires[21]. À sa base sont huit corps arrondis, placés entre les côtes, et garnis de filets : ces filets se revoient entre les côtes du fut au-dessous des liens, tellement que les corps arrondis pourraient être regardés comme les extrémités de ces mêmes liens. Ce qui ne serait ici qu’une simple conjecture, est mis hors de doute par plusieurs colonnes que j’ai vues dans les grottes de l’Heptanomide : j’en parlerai en détail dans la description générale des grottes égyptiennes, où l’on verra quelle en est l’origine très-probable. Ici je me bornerai à remarquer que les côtes du chapiteau d’Éléphantine peuvent représenter des tiges de roseaux, qui, serrées fortement par des liens, se seraient ployées angulairement, comme c’est le propre de ces plantes ; à moins qu’on ne préfère y voir l’imitation des tiges anguleuses du papyrus.

Les colonnes d’Éléphantine sont, comme toutes les autres, surmontées d’un dé carré, à peu près égal en hauteur au tiers du chapiteau ; il est orné d’hiéroglyphes qui sont symétriquement pareils, et en sens inverse sur les deux colonnes, comme je l’ai fait remarquer dans la frise et le stylobate.

Les faces extérieure et intérieure de la salle du temple sont ornées de sculptures d’un ciseau soigné et d’un relief très-doux. Ce relief est saillant à l’extérieur du temple, et en creux à l’intérieur. Devant le parvis, on voit à chacun des angles une figure richement vêtue et coiffée, qui porte une crosse, et que reçoit dans ses bras un personnage à tête de bélier[22]. Une figure plus petite décore l’encadrement de la porte à droite et à gauche : l’une et l’autre sont coiffées du casque des héros que l’on voit dans les tableaux militaires[23] ; elles tiennent entre leurs bras deux gerbes ou faisceaux de plantes et de fleurs, groupés agréablement, mais qu’il est difficile de caractériser avec précision[24].

Tout le tour extérieur du temple, sous la galerie, est couronné par une corniche cannelée. Sur la face qui regarde le nord, on voit quatre tableaux curieux, qui semblent faire suite à ceux du parvis[25]. 1o. Un personnage à tête de bélier qui rappelle Jupiter Ammon, et Isis coiffée de plumes, apposent leurs mains sur un jeune homme paraissant représenter Horus ou Harpocrate. 2o. Un personnage semblable à ce dernier offre à Isis une gerbe de l’espèce de celles que tiennent les figures du parvis. 3o. Un autre, coiffé d’un casque, tenant un bâton et deux autres attributs, présente au dieu à tête de bélier et à Isis une riche offrande, composée de vases, de gâteaux, et de divers animaux sacrifiés, semblables à des oies et à des gazelles. 4o. Un personnage tenant dans ses mains un bâton droit et un bâton tortueux fait une offrande à une figure d’Harpocrate qui porte un fléau : derrière celle-ci est un autel surmonté d’une tige et d’une feuille de lotus. L’offrande consiste en quatre taureaux placés l’un au-dessus de l’autre : au pied droit de devant de chacun de ces taureaux est attachée une corde ; ces quatre cordes aboutissent à la main du personnage, et chacune d’elles finit par une petite croix à anse. Enfin, derrière lui est une enseigne emblématique fort remarquable, renfermant des hiéroglyphes, et semblable à celles qu’on trouve dans les scènes historiques de Thèbes. La figure d’Harpocrate est de profil, et ne laisse voir qu’un bras, une cuisse et une jambe, image qu’on a déjà remarquée à Philæ. Sur chacun de ces quatre tableaux plane un grand épervier tourné vers le fond du temple. Il faut consulter la gravure pour suppléer aux détails que j’ai du négliger dans cette description succincte.

Le tableau le plus important du temple est au-dedans de la salle, du côté gauche en entrant ; il est parfaitement conservé : celui qui est en face l’est beaucoup moins ; cependant on reconnaît que la décoration en était semblable à celle du premier, comme on en peut juger par un fragment de barque symbolique, dessiné au milieu de cette face[26]. L’un et l’autre étaient revêtus de couleurs que l’on distingue encore ; les figures sont peintes en rouge ; les ornemens sont mêlés de bleu, de vert et de jaune. Quant au plafond, il est trop oblitéré pour qu’on puisse en reconnaître les ornemens. Beaucoup d’hiéroglyphes sont couverts de boue, ou bien enfumés.

Le tableau de gauche, qui a environ vingt pieds de long, occupe toute la longueur de la salle ; c’est un exemple, assez rare dans les temples, d’une composition unique, remplissant ainsi toute une face de muraille. L’unité qui règne dans cette scène, la richesse des détails, des costumes, des draperies, des attributs, enfin la multitude des hiéroglyphes que l’on a soigneusement recueillis, font de ce tableau un des plus curieux et des plus complets qu’on ait rapportés.

L’objet principal du tableau est une grande arche ou barque symbolique, ornée, en poupe et en proue, d’une tête de bélier regardant l’entrée du temple ; elle est posée sur un autel moins haut que large, ayant une base et une corniche, enfin nu et sans hiéroglyphes. Au centre de la barque est l’image d’un petit temple, en partie voilé, et qui paraît fixé par trois anneaux sur un châssis à quatre pieds, servant à poser l’arche ; celle-ci se portait sur les épaules, au moyen de leviers aussi longs qu’elle[27] : on voit sur l’autel un de ces leviers. Sous la barque, à gauche de l’autel, sont richement groupés des vases de beaucoup d’espèces ; à droite, quatre grandes enseignes décorées de lotus, cinq plus basses dont quatre surmontées d’une tête de belier et la cinquième d’une tête de lion, enfin six autres encore plus petites. Au-dessus de l’arche et au sommet du tableau, domine un grand disque ailé.

Devant la proue de la barque, est une grande offrande composée de fruits, de coquillages, de fleurs, de gâteaux, d’oies sacrifiées, de têtes et de corps de veaux qui ont les pieds liés, enfin de membres d’animaux divers, et de plusieurs attributs difficiles à reconnaître. Un personnage richement vêtu fait de la main droite une libation sur cette offrande ; dans l’autre main, il tient deux sceptres qu’il paraît consacrer. Sa coiffure est un casque pareil à ceux que portent les héros dans les combats de Thèbes ; à chaque bras il a deux bracelets, et à sa ceinture la peau d’une tête de lion ; sur sa tête plane un grand vautour. Derrière lui est une figure de femme vêtue d’une robe très-longue et transparente, et portant un voile qui descend sur ses épaules : elle tient un sistre et des calices de lotus ; le costume de cette figure est très-rare dans les temples.

Du côté de la poupe, est une scène d’une autre espèce : un personnage ressemblant à celui qui fait l’offrande, mais autrement vêtu et coiffé, et portant la croix à anse, est debout entre deux figures, qui l’une et l’autre ont une main sur ses épaules, et le reçoivent dans leurs bras ; un vautour étend ses ailes au-dessus de lui, comme à la gauche du tableau. Le dieu a une tête de bélier, il est peint d’une couleur d’azur.

Il serait impossible de décrire en détail tous les ornemens de ce tableau : il faut y distinguer les colliers suspendus aux deux têtes de la poupe et de la proue de la barque, ainsi que celui qui pend au cou du dernier personnage décrit, et qui est enrichi de deux sphinx[28] ; la gravure les fera beaucoup mieux connaître qu’une description minutieuse ; mais je ferai observer qu’au-dessus de la barque, et d’une tête de belier à l’autre, il y a quatorze colonnes d’hiéroglyphes, nombre souvent répété et que toutes ces colonnes commencent par un même signe ; savoir, une figure de serpent. Dans les hiéroglyphes supérieurs, on fait l’observation, déjà indiquée, des inscriptions symétriques. Un des médaillons ou légendes d’hiéroglyphes doit se remarquer parmi ces caractères, comme étant propre à ce temple, où il se retrouve très-fréquemment. Pour ne pas trop multiplier les remarques de ce genre, je finirai en observant que la figure vêtue d’une robe traînante a derrière elle cette même inscription qui caractérise les prêtres, et qu’on a surnommée légende sacerdotale[29]. Cette observation pourrait résoudre la question que les savans ont agitée : savoir, s’il y avait, ou non, des prêtresses dans les temples égyptiens. On s’était fort mépris en décidant l’affirmative par l’exemple des figures de femmes communément répandues sur les temples, et qui, le plus souvent, ne sont que les images de la déesse Isis ; mais le costume que porte la figure dont je parle, costume que l’on retrouve dans les hypogées et en divers lieux, me paraît convenir à l’idée qu’on peut se faire de ces prêtresses égyptiennes. Le monument de Rosette démontrait déjà qu’au temps de Ptolémée Épiphane il y avait des femmes consacrées au service des temples et admises dans le sanctuaire[30] : peut-être l’exemple tiré d’Éléphantine prouvera-t-il le fait pour les temps les plus anciens. Au reste, je suis loin de croire que les femmes employées pour certaines cérémonies du culte fissent pour cela partie des colléges de Thèbes, d’Héliopolis ou de Memphis : il serait absurde d’imaginer qu’elles eussent pu prendre part aux occupations savantes et aux fonctions sérieuses des prêtres égyptiens.

  1. Plus de sept pieds.
  2. Voyez pl. 34, au point 2.
  3. Huit pieds et demi environ.
  4. Description of the East, vol. 1 pag. 278.
  5. Trente-sept pieds environ.
  6. Vingt-neuf pieds.
  7. Dix-neuf à vingt pieds.
  8. Environ vingt pieds.
  9. Près de deux pieds et demi.
  10. Voyez pl. 35 et 36. On n’est cependant pas certain si le dé était de la hauteur totale du soubassement, ou bien divisé en plusieurs parties ; peut-être aussi les-marches étaient-elles moins larges qu’on ne les a représentées.
  11. Voyez pl. 35, fig. 1 et 3, au point a.
  12. Voyez pl. 35, fig. 1.
  13. Voyez pl. 35, fig. 2.
  14. Voyez la Description des antiquités d’Edfoû, chap. V.
  15. Cette galerie aura donné lieu à Pococke de parler d’un mur d’enceinte séparé du temple par un espace très-étroit.
  16. Voyez pl. 35, fig. 2 et 3.
  17. Voyez pl. 43, fig. 2, etc.
  18. Voyez pl. 35, fig. 2.
  19. Voyez la Description des antiquités d’Edfoû, chap. V, §. IV.
  20. Voy. l’Essai sur l’art en Égypte, au sujet de l’origine de cette espèce de colonnes.
  21. Voyez pl. 35, fig. 5 à 8, et l’explication de la planche.
  22. Voyez pl. 33, fig. 2.
  23. Voyez pl. 36, fig. 5.
  24. Les petits globules qui les surmontent se retrouvent sur des calices de lotus, au-dessous de la proue d’une barque symbolique (voyez pl. 37, fig. 2).
  25. Voyez pl. 37, fig. 1.
  26. Voyez pl. 35, fig. 9.
  27. Voyez pl. 11, fig. 4.
  28. Voyez le détail de ce collier, pl. 36, fig. 6.
  29. Voyez la Description de l’île de Philæ, chap. I, §. VI.
  30. Ιερειας Αρσινοης Φιλοπατορος Ειρηνης της Πτολεμαιου ; c’est-à-dire, Irène, fille de Ptolémée, étant prêtresse d’Arsinoé Philopator ; et plus bas, και οι εις το αδυτον ειξπορευομενοι προς τον ςτολισμον των θεον, και πτεροφοραι, και ιερογραμματεις, και οι αλλοι ιερεις παντες, etc. ; c’est-à-dire, et ceux qui entrent dans le sanctuaire pour habiller les dieux, et les femmes ptérophores, et les écrivains sacrés, et tous les autres prêtres, etc. (Inscription grecque du monument de Rosette, ligne 5, 6, 7, traduction de M. Ameilhon).