De la variation des animaux et des plantes sous l’action de la domestication/Tome II/23

De la variation des animaux et des plantes sous l'action de la domestication (The Variation of Animals and Plants under Domestication)
Traduction par Jean-Jacques Moulinié.
C. Reinwald (Vol. 2p. 288-311).

CHAPITRE XXIII.

ACTION DIRECTE ET DÉFINIE DES CONDITIONS EXTÉRIEURES.


Modifications légères dans la couleur, la taille, les propriétés chimiques et l’état des tissus, déterminées chez les plantes par l’action définie d’un changement dans les conditions extérieures. — Maladies locales. — Modifications apparentes causées par le climat, la nourriture, etc. — Action d’une nourriture particulière, et de l’inoculation de poisons sur le plumage des oiseaux. — Coquilles terrestres. — Modifications déterminées par l’action définie des conditions extérieures chez les êtres à l’état naturel. — Comparaison des arbres européens et américains. — Galles. — Effets des champignons parasites. — Considérations contraires à l’admission de l’influence puissante du changement des conditions extérieures. — Séries parallèles de variétés. — L’étendue des variations ne correspondant pas au degré de changement dans les conditions. — Variation par bourgeons. — Production des monstruosités par moyens artificiels. — Résumé.


Si nous nous demandons pourquoi tel ou tel caractère a été modifié par la domestication, nous sommes dans la plupart des cas très-embarrassés pour le dire. Plusieurs naturalistes, surtout ceux de l’école française, attribuent toutes les modifications au monde ambiant, c’est-à-dire aux changements de climat, avec toutes ses variations de chaleur et de froid, d’humidité et de sécheresse, de lumière et d’électricité : à la nature du sol, et aux diverses qualités et quantités de nourriture. J’entends par l’expression d’action définie dont nous nous servirons dans ce chapitre, une action de nature telle que, lorsqu’un grand nombre d’individus d’une même variété se seront trouvés soumis pendant plusieurs générations à un changement quelconque dans les conditions physiques de leur existence, tous ou presque tous, seront modifiés de la même manière. Une nouvelle variété pourrait donc ainsi être produite sans l’aide d’aucune sélection.

Je ne comprends pas sous ce terme d’action définie, les effets de l’habitude ou ceux de l’usage ou du défaut d’usage des divers organes. Des modifications de ce genre sont bien sans doute déterminées par les conditions auxquelles les êtres organisés sont soumis, mais elles dépendent beaucoup moins de la nature de ces conditions que des lois de croissance ; aussi en ferons-nous dans le chapitre suivant l’objet d’une étude spéciale. Nous connaissons toutefois trop peu les causes et les lois des variations pour pouvoir en faire une bonne classification. L’action directe des conditions extérieures, qu’elle produise des résultats définis ou non, est tout à fait distincte des effets de la sélection naturelle, laquelle, dépendant de la survivance des individus les mieux adaptés aux circonstances variées et compliquées au milieu desquelles ils se trouvent, n’est aucunement en relation avec la cause primaire de leurs modifications de conformation.

Je donnerai d’abord le détail de tous les faits que j’ai pu réunir, et qui rendent probable que le climat, la nourriture, etc., ont agi d’une manière assez énergique et définie sur l’organisation de nos produits domestiques, pour former de nouvelles sous-variétés ou races, sans le secours d’aucune sélection naturelle ou humaine. Je présenterai ensuite les faits et considérations contraires à cette conclusion, et enfin nous aurons à peser et à apprécier la valeur des arguments qui étayent l’une et l’autre opinion.

Lorsque nous remarquons qu’il existe dans chaque pays de l’Europe, et qu’on rencontrait même autrefois dans chaque district d’Angleterre, des races distinctes de presque tous nos animaux domestiques, nous sommes fortement portés à attribuer leur origine à l’action définie des conditions physiques de chaque pays, et telle a été, en effet, la conclusion de beaucoup d’auteurs. Mais il ne faut pas perdre de vue que l’homme a annuellement à faire un choix des animaux qu’il réserve pour la reproduction, et de ceux qu’il destine à être abattus. Nous avons vu qu’autrefois les sélections méthodique et inconsciente ont été pratiquées et le sont encore occasionnellement par les hommes même les plus barbares, à un point qu’on n’aurait pas soupçonné. Il est donc fort difficile d’apprécier jusqu’à quel point les différences dans les conditions extérieures, entre les divers districts de l’Angleterre, par exemple, auraient pu suffire pour modifier, sans le secours de la sélection, les races qui y ont été élevées. On pourrait objecter qu’un grand nombre d’animaux et de plantes sauvages, ayant erré pendant des siècles dans toute l’étendue de la Grande-Bretagne, et ayant cependant conservé les mêmes caractères, les différences de conditions entre les diverses localités ne pourraient pas avoir modifié aussi fortement les différentes races indigènes de bétail, moutons, porcs et chevaux. Nous trouvons encore plus de difficulté à distinguer entre la sélection et les effets définis des conditions d’existence, lorsque nous cherchons à comparer des formes naturelles très-voisines, habitant deux pays peu dissemblables par leur climat ou la nature de leur sol, etc., comme l’Europe et l’Amérique du Nord, car, dans ce cas, la sélection naturelle doit avoir rigoureusement et inévitablement agi pendant une longue suite de siècles.


Vu la difficulté à laquelle nous venons de faire allusion, il sera utile de donner le plus de faits possibles propres à démontrer que de fort légères différences dans le traitement, soit dans les diverses parties d’un même pays, soit pendant les différentes saisons, peuvent exercer des effets appréciables, du moins sur les variétés qui sont déjà dans un état peu stable. Les fleurs d’ornement nous seront très-utiles à ce point de vue, parce qu’elles sont extrêmement variables, et ont d’ailleurs été observées et suivies avec beaucoup d’attention. Tous les horticulteurs sont unanimes à reconnaître que certaines variétés sont affectées par de très-légères différences dans la nature des composts artificiels dans lesquels on les plante, par le sol naturel de la localité, et par la saison. Ainsi un juge compétent[1], écrivant sur les Œillets, remarque que nulle part on ne rencontre « l’amiral Curzon » avec la couleur, la taille et la vigueur qu’il atteint dans le Derbyshire ; la « Flora Garland » de Slough ne trouve nulle part ailleurs son égale, et les fleurs riches de couleur réussissent mieux que partout ailleurs à Woolwich et à Birmingham. Et cependant les mêmes variétés n’atteignent jamais un égal degré de perfection dans deux de ces localités, bien qu’élevées et soignées par les plus habiles fleuristes. Le même auteur recommande à l’horticulteur d’avoir cinq natures différentes de sols et de fumier, et de chercher à les adapter aux appétits des plantes diverses qu’il cherche à améliorer, sous peine d’insuccès.

Il en est de même du Dahlia[2] ; la variété « Lady Cooper » réussit rarement près de Londres, mais prospère dans d’autres localités ; pour d’autres variétés, c’est l’inverse ; il en est enfin qui réussissent à peu près également dans des situations variées. Un horticulteur[3] habile s’était procuré des boutures de la variété ancienne et bien connue pulchella de la Verveine, laquelle, pour avoir été propagée dans une autre situation, présentait une légère différence de nuance ; les deux variétés furent ensuite multipliées par boutures et tenues distinctes ; cependant elles devinrent difficiles à distinguer dès la seconde année, et se confondirent complétement la troisième.

La nature de la saison a une influence spéciale sur certaines variétés de Dahlias, et deux variétés qui, en 1841, s’étaient montrées excellentes, furent très-mauvaises l’année suivante. Un amateur célèbre[4] raconte qu’en 1861 plusieurs variétés de Rosiers avaient tellement dévié de leur type, qu’on pouvait à peine les reconnaître ; et qu’en 1862[5] les deux tiers de ses Auricules avaient produit des touffes centrales de fleurs remarquables par leur déviation du type ; il ajoute que quelques variétés de cette plante peuvent être bonnes pendant une saison et mauvaises la suivante, le contraire arrivant à d’autres variétés. L’éditeur du Gardener’s Chronicle[6] a constaté, en 1845, une tendance singulière chez beaucoup de Calcéolaires à revêtir une forme tubulaire. Dans les Pensées[7], les variétés tachetées n’acquièrent leurs vrais caractères que lorsque la chaleur s’établit, d’autres variétés par contre perdant leurs belles marques à ce même moment. On a observé des faits analogues sur les feuilles : M. Beaton[8] affirme avoir levé de semis pendant six ans à Shrubland vingt mille plantes du « Pelargonium Punch, » sans y trouver un seul cas de feuilles panachées ; tandis qu’à Surbiton, dans le Surrey, plus d’un tiers des semis de la même variété eurent les feuilles panachées. D’après des informations que je dois à Sir F. Pollock, le sol d’un autre district de Surrey tend fortement à déterminer le panachage des feuilles. Verlot[9] dit que le Fraisier panaché conserve ce caractère tant qu’il croît dans un sol sec, mais qu’il le perd promptement dès qu’on le transplante dans un sol frais et humide. M. Salter, connu pour ses succès dans la culture des plantes panachées, m’apprend qu’en 1859, dans des rangées de fraisiers plantés suivant le mode ordinaire, il trouva dans une d’elles plusieurs plantes, inégalement éloignées les unes des autres, qui étaient devenues simultanément panachées et, fait singulier, toutes exactement de la même manière. Ces plantes furent enlevées, mais pendant les trois années suivantes d’autres plantes de la même rangée devinrent panachées, sans qu’aucune de celles des raies avoisinantes ait présenté cette particularité.

Les propriétés chimiques, les odeurs et les tissus des plantes, sont souvent modifiés par des changements qui nous paraissent peu importants. On dit qu’en Écosse la ciguë ne renferme pas de conicine. La racine de l’Aconitum napellus devient inoffensive dans les climats très-froids. La culture affecte facilement les propriétés médicinales de la Digitale. La Rhubarbe, qui prospère en Angleterre, ne produit pas la substance médicinale qui rend cette plante si précieuse dans la Tartarie chinoise. La Pistacia lentiscus ne fournit pas de mastic dans le midi de la France dont le climat paraît cependant lui convenir, puisqu’elle y croît en abondance. En Europe, le Laurus sassafras perd l’odeur qui le caractérise dans l’Amérique du Nord[10]. On pourrait citer beaucoup d’autres faits analogues, qui sont remarquables parce qu’on serait tenté de croire que des composés chimiques définis ne dussent pas être susceptibles d’être modifiés en qualité ou quantité.

Le bois du faux acacia américain (Robinia), tel qu’il croît en Angleterre, est à peu près sans valeur, comme l’est celui du chêne au Cap de Bonne-Espérance[11]. Le chanvre et le lin, d’après le Dr Falconer, prospèrent et donnent beaucoup de graines dans les plaines de l’Inde, mais leurs fibres sont cassantes et sans valeur. En Angleterre, d’autre part, le chanvre ne produit pas cette matière résineuse qu’on emploie si largement dans l’Inde comme substance narcotique et enivrante (hachisch). De faibles différences de climat et de culture influencent très-fortement le fruit du melon : aussi, d’après Naudin, il vaut toujours mieux améliorer une ancienne variété que d’en introduire une nouvelle dans une localité. La graine du melon de Perse produit à Paris des fruits inférieurs à ceux des variétés les plus ordinaires, mais donne à Bordeaux des produits exquis[12]. On importe annuellement du Thibet à Kashmir[13] de la graine qui donne des fruits pesant de quatre à dix livres, mais les plantes provenant de la graine levée au Kashmir ne produisent l’année suivante que des fruits de deux à trois livres. Les variétés américaines de pommiers qui, dans leur pays, produisent des fruits magnifiques et richement colorés, ne donnent en Angleterre que des pommes ternes et de qualité médiocre. Il existe en Hongrie beaucoup de variétés du haricot, qui sont remarquables par la beauté de leur graine, mais le Rev. M. J. Berkeley[14] a constaté que cette qualité ne se conservait pas en Angleterre, et que souvent leur couleur y changeait considérablement. Nous avons vu au neuvième chapitre, à propos du froment, les effets remarquables sur le poids du grain qui étaient résultés de son transport du nord au midi de la France, et vice versâ.


Alors même que l’homme ne peut apercevoir aucun changement chez des animaux ou plantes qui ont été exposés à un nouveau climat, ou à un traitement différent, les insectes peuvent quelquefois le reconnaître. Une même espèce de Cactus a été importée dans l’Inde, de Canton, de Manille, de l’île Maurice, et des serres chaudes de Kew ; il s’y trouve également un cactus soi-disant indigène, autrefois introduit de l’Amérique du Sud ; toutes ces plantes sont en apparence semblables, mais la cochenille ne réussit que sur cette dernière, où elle se multiplie abondamment[15]. Humboldt a remarqué[16] que les blancs nés sous la zone torride, peuvent impunément marcher à pieds nus dans un appartement où un Européen récemment débarqué, serait exposé aux attaques du Pulex penetrans. Cet insecte, qui n’est autre que la chique, doit donc pouvoir distinguer ce que l’analyse chimique la plus délicate ne saurait faire, une différence entre le sang et les tissus d’un Européen, et ceux d’un blanc né dans le pays. Cette perspicacité de la chique n’est cependant pas si étonnante qu’elle le paraît d’abord ; car d’après Liebig[17], le sang d’hommes de tempéraments différents, quoique habitant le même pays, émet une odeur différente.


Nous pouvons indiquer ici les maladies qui sont spéciales à certaines localités, hauteurs ou climats, comme témoignant de l’influence des circonstances extérieures sur le corps humain. Les maladies particulières à certaines races humaines ne rentrent pas dans notre sujet, car elles doivent dépendre essentiellement de la constitution de la race, constitution qui est elle-même le résultat de causes inconnues. La plique polonaise se trouve sous ce rapport dans une situation presque intermédiaire, car elle attaque rarement les Allemands habitant les environs de la Vistule, où tant de Polonais en sont gravement atteints ; et, d’autre part, elle épargne les Russes, qui appartiennent, dit-on, à la même souche primitive que les Polonais[18]. La hauteur d’une localité, paraît souvent régler l’apparition des maladies ; la fièvre jaune ne dépasse pas au Mexique une élévation de 924 mètres ; et au Pérou, les populations ne sont affectées du verugas qu’entre 600 et 1,600 mètres d’altitude ; on pourrait encore citer d’autres cas semblables. Une maladie cutanée connue sous le nom de bouton d’Alep, se déclare à Alep et quelques endroits voisins chez presque tous les enfants indigènes, et quelques étrangers ; on paraît avoir bien reconnu que ce mal singulier provient de l’usage de certaines eaux. Dans l’île d’ailleurs si salubre de Sainte-Hélène, on redoute la scarlatine comme la peste ; des faits analogues ont été observés au Chili et à Mexico[19]. On a reconnu que, même dans les départements français, les diverses infirmités qui rendent les conscrits impropres au service sont très-inégalement réparties, fait qui révèle ainsi que le remarque Boudin[20], que plusieurs d’entre elles sont endémiques, ce qu’on n’aurait jamais soupçonné sans cela. On ne saurait étudier la distribution des maladies sans être frappé des minimes différences dans les conditions ambiantes qui peuvent régir la nature et la gravité des maladies qui affectent au moins temporairement l’homme.


Les modifications dont nous venons de parler, très-légères d’ailleurs, paraissent, autant que nous en pouvons juger, avoir été, dans la plupart des cas, causées par des changements de conditions également peu prononcés. Mais pouvons-nous sûrement affirmer que de pareils changements dans les conditions, agissant pendant une longue série de générations, ne produiront pas un effet marqué ? On admet ordinairement que la population des États-Unis diffère par son apparence de sa souche, la race anglo-saxonne, et que la sélection n’a pas pu, dans si peu de temps, entrer en jeu. Un bon observateur[21] constate que ses traits caractéristiques principaux sont une absence générale de graisse, un cou mince et allongé, et des cheveux roides et plats. On attribue à la sécheresse de l’atmosphère le changement dans la nature des cheveux. Si on arrêtait actuellement l’immigration aux États-Unis, qui peut affirmer que, dans le cours de deux ou trois milliers d’années, les caractères de l’ensemble de la population ne seraient pas fortement modifiés ?


L’action directe et définie du changement des conditions, par opposition à l’accumulation de variations indéfinies, me paraît si importante, que je tiens à donner encore sur ce sujet un certain ensemble de faits. Chez les plantes un changement considérable dans le climat produit quelquefois des résultats très-marqués. J’ai signalé dans le neuvième chapitre le cas le plus remarquable que je connaisse, relatif à quelques variétés de maïs importées en Allemagne des régions plus chaudes de l’Amérique, et qui se transformèrent dans le cours de deux ou trois générations. J’apprends du Dr Falconer, qu’il a vu une variété anglaise de pommier (Ribston-pippin apple), un chêne himalayen, un prunier et un poirier, tous revêtir dans une région plus chaude de l’Inde, un facies pyramidal ou fastigié ; le fait est d’autant plus intéressant, qu’une espèce tropicale et chinoise de Pyrus possède naturellement ce même mode de croissance. Si dans ce cas, cette modification dans le facies paraît avoir été causée par la grande chaleur, nous avons cependant des cas nombreux d’arbres fastigiés ayant pris naissance dans nos pays tempérés. Dans le Jardin Botanique de Ceylan, le pommier[22] pousse de nombreux jets souterrains, fournissant constamment de petites tiges qui s’élèvent autour de l’arbre. Les variétés du chou qui forment des têtes en Angleterre, cessent de le faire dans les pays tropicaux[23]. Le Rhododendron ciliatum cultivé à Kew, donne des fleurs plus grandes et plus pâles que celles qu’il porte dans les montagnes de l’Himalaya dont il provient, au point que le Dr Hooker[24] n’aurait pas pu reconnaître l’espèce par ses fleurs seules ; d’autres cas analogues et nombreux pourraient encore être cités.

Les expériences de Vilmorin et de Buckman sur les carottes et le panais, prouvent qu’une nourriture abondante produit sur les soi-disantes racines de ces plantes des effets héréditaires et définis, sans que leurs autres parties éprouvent presque aucun changement. L’alun agit directement sur la couleur des fleurs de l’Hydrangea[25]. La sécheresse paraît généralement favoriser la villosité des plantes. Gärtner a observé que les Verbascums hybrides deviennent extrêmement velus lorsqu’on les fait croître en vases. M. Masters, d’autre part, assure que l’Opuntia leucotricha, qui, sous l’action d’une chaleur humide, est bien couvert de beaux poils blancs, n’offre rien de semblable, lorsqu’on le tient à une chaleur sèche[26]. Une foule de variations légères, qui ne valent pas la peine d’être détaillées, ne persistent qu’aussi longtemps que les plantes croissent dans certains sols. Sageret[27] d’après ses observations, en donne quelques exemples. Odart, qui insiste beaucoup sur la permanence des variétés du raisin, reconnaît[28] que quelques-unes d’entre elles, soumises à un traitement différent ou croissant sous un autre climat, varient légèrement par la teinte du fruit et l’époque de sa maturation. Quelques auteurs ont nié que la greffe causât la moindre différence dans la plante greffée, mais on a des preuves nombreuses que le fruit en est quelquefois légèrement affecté dans sa grosseur et sa saveur, les feuilles dans leur durée, et les fleurs dans leur aspect[29].

Quant aux animaux, nous avons vu, dans le premier chapitre, que les chiens européens dégénèrent dans l’Inde, tant par leur conformation que par leurs instincts ; mais les changements qu’ils éprouvent sont de nature telle, qu’ils peuvent être en partie dus à un retour vers la forme primitive, comme dans le cas des animaux marrons. Dans quelques parties de l’Inde, le dindon perd de sa taille, et les appendices pendants de son bec se développent énormément[30]. Nous avons vu combien le canard sauvage perd rapidement ses caractères lorsqu’il est domestiqué, par suite du changement et de l’abondance de sa nourriture, et du manque d’exercice. Sous l’action directe du climat humide et des maigres pâturages des îles Falkland, le cheval y décroît très-rapidement de taille. D’après des informations qui m’ont été transmises, il paraît que cela est aussi, jusqu’à un certain point, le cas chez les moutons en Australie.

Le climat a une action très-définie sur le poil des animaux ; dans les Indes Occidentales, trois générations suffisent pour déterminer un grand changement dans les toisons des moutons. Le Dr Falconer[31] constate que le dogue et la chèvre du Thibet, amenés de l’Himalaya au Kashmir, perdent leur fine laine. À Angora, non-seulement les chèvres, mais aussi les chiens de bergers et les chats, ont un poil fin et laineux, et M. Ainsworth[32] attribue l’épaisseur de leurs toisons aux hivers rigoureux, et leur lustre soyeux à la chaleur des étés. Burnes[33] a positivement constaté que les moutons Karakools perdent leur toison particulière noire et frisée lorsqu’on les transporte dans tout autre pays. Même en Angleterre, on m’a assuré que la laine de deux races de moutons avait été légèrement modifiée par le fait que les troupeaux avaient pâturé dans des localités différentes[34]. On a affirmé aussi[35] que des chevaux restés pendant plusieurs années dans des mines de houille profondes de Belgique, s’étaient recouverts d’un poil velouté, analogue à celui de la taupe. Ces cas sont sans doute en rapport intime avec le changement du poil qui a naturellement lieu hiver et été. On a vu occasionnellement apparaître des variétés nues de plusieurs animaux domestiques, mais nous n’avons aucune raison pour croire que ces cas doivent en aucune manière être rattachés à l’action du climat auquel ces animaux ont été exposés[36].

Il paraît, à première vue, probable que l’accroissement de taille, la tendance à l’engraissement, la précocité et les modifications apportées à la forme de nos races améliorées de bétail, moutons et porcs, sont un résultat direct de l’abondance de la nourriture. Cette opinion, qui est celle d’un grand nombre de juges compétents, est probablement en grande partie vraie. Mais en ce qui concerne la forme, nous ne devons pas méconnaître l’influence égale, si elle n’est pas prépondérante, de la diminution de l’usage des membres et des poumons. Et pour ce qui est de la taille, nous voyons que la sélection agit encore plus puissamment que l’abondance de nourriture, car ce n’est qu’ainsi que nous pouvons, comme me le fait remarquer M. Blyth, nous expliquer l’existence simultanée dans un même pays, des races de moutons les plus grandes et les plus petites ; des poules Cochinchinoises et des Bantams ; des petits pigeons Culbutants et des Runts, qui tous sont élevés ensemble, et tous abondamment pourvus de nourriture. Néanmoins il n’est pas douteux que nos animaux domestiques n’aient, indépendamment de l’accroissement ou de la diminution dans l’usage de certaines parties, été modifiés par les conditions dans lesquelles on les a placés, sans l’aide de la sélection. Ainsi, le professeur Rütimeyer[37] a montré que tous les os des animaux domestiques peuvent se reconnaître parmi ceux des animaux sauvages, par leur apparence générale et l’état de leur surface. Il n’est pas possible, après avoir lu l’excellent ouvrage de Nathusius[38], de mettre en doute que chez les races les plus améliorées du porc, l’abondance de la nourriture n’ait exercé des effets marqués sur la forme générale du corps, sur la largeur de la tête et de la face, et même sur les dents. Nathusius appuie beaucoup sur le cas d’un porc de pure race du Berkshire, qui, à l’âge de deux mois, eut une maladie des organes digestifs, et fut, pour l’observation, conservé jusqu’à dix-neuf mois ; il avait à cet âge perdu déjà plusieurs des traits caractéristiques de sa race ; sa tête était devenue longue, étroite, fort grosse relativement à son petit corps et ses longues jambes. Mais, dans ce cas et quelques autres, nous ne devons pas conclure que, parce que certains caractères ont pu se perdre, peut-être par retour, sous l’influence d’un certain genre de traitement, ils doivent primitivement avoir été produits par un traitement opposé.

Pour le cas du lapin redevenu marron dans l’île de Porto-Santo, nous sommes d’abord fortement tentés d’attribuer la totalité de ses changements — la réduction de sa taille, l’altération de sa couleur, et la perte de certaines marques caractéristiques, — à l’action définie des nouvelles conditions dans lesquelles il s’est trouvé. Mais, dans tous les cas de cette nature, nous avons en plus à compter avec la tendance au retour vers des ancêtres plus ou moins reculés, et la sélection naturelle des nuances de différences les plus délicates.

Le genre de nourriture paraît quelquefois ou déterminer certaines particularités, ou être en quelque relation étroite avec elles. Pallas a, il y a longtemps, assuré que les moutons sibériens dégénéraient et perdaient leur énorme queue, lorsqu’on les enlevait à certains pâturages salés ; et Erman[39] a constaté plus récemment que le même fait se produit chez les moutons Kirghises quand on les amène à Orenbourg.

On sait que, sous l’influence du chénevis, les bouvreuils et quelques autres oiseaux deviennent noirs. M. Wallace m’a communiqué quelques cas encore plus remarquables de même nature. Les naturels de l’Amazone nourrissent le perroquet vert commun (Chrysotis festiva, Linn.) avec la graisse de gros poissons Siluroïdes, et les oiseaux ainsi traités deviennent magnifiquement panachés de plumes rouges et jaunes. Dans l’archipel Malais, les naturels de Gilolo changent d’une manière analogue les couleurs du Lorius garrulus, et produisent ainsi ce qu’ils appellent le Lori rajah ou Lori roi. Dans les îles Malaises et l’Amérique du Sud, ces perroquets, soumis à une nourriture végétale naturelle, comme le riz, conservent leurs couleurs propres. M. Wallace[40] rapporte un cas encore plus singulier. Les Indiens (Amérique du Sud) ont un procédé curieux au moyen duquel ils changent les couleurs des plumes de beaucoup d’oiseaux. Ils arrachent les plumes de la partie qu’ils veulent peindre, et inoculent dans la blessure fraîche un peu de la sécrétion laiteuse de la peau d’un petit crapaud. Les plumes repoussent avec une couleur d’un jaune brillant, et si on les arrache de nouveau, on dit qu’elles repoussent de la même couleur, sans l’aide d’aucune opération nouvelle.

Bechstein[41] ne doute en aucune façon que chez les oiseaux en cage tenus à l’abri de la lumière, les couleurs du plumage ne soient au moins temporairement affectées. On sait que la coquille des mollusques terrestres est modifiée dans différentes localités suivant l’abondance du calcaire. I. Geoffroy Saint-Hilaire[42] cite le cas de l’Hélix lactea qui a récemment été importée d’Espagne dans le midi de la France et à Rio-Plata, et présente actuellement dans ces deux pays une apparence différente, mais on ne sait si on doit l’attribuer au climat ou à la nourriture. Quant à l’huître commune, M. F. Buckland m’apprend qu’il peut généralement reconnaître les coquilles de différentes localités ; les jeunes huîtres apportées du pays de Galles, et déposées dans des bancs d’huîtres indigènes, commencent au bout de deux mois à prendre les caractères de ces dernières. M. Coste[43] rapporte un cas de même nature beaucoup plus remarquable, relatif à de jeunes huîtres prises sur les côtes d’Angleterre et qui, transportées dans la Méditerranée, modifièrent de suite leur mode de croissance, et formèrent des rayons saillants et divergents, semblables à ceux de la coquille des vraies huîtres de la Méditerranée. La même coquille présentant les deux modes de croissance a été montrée dans une société à Paris. Enfin on sait que des chenilles, nourries d’aliments différents, peuvent ou acquérir elles-mêmes une autre coloration, ou produire des papillons de couleur différente[44].

Ce serait outre-passer mes limites que de vouloir discuter ici jusqu’à quel point les êtres organisés sont, dans l’état de nature, modifiés d’une manière définie, par les changements des conditions extérieures. J’ai, dans mon Origine des espèces, donné un rapide résumé des faits relatifs à ce point, et j’ai montré l’influence de la lumière sur les couleurs des oiseaux, du voisinage de la mer sur les teintes sombres des insectes et sur la succulence des plantes. M. Herbert Spencer[45] a récemment discuté ce sujet dans son entier sur des bases larges et générales, et admet que chez tous les animaux, les conditions extérieures agissent différemment sur les tissus internes et externes, qui diffèrent invariablement dans leur structure intime. De même les surfaces supérieure et inférieure des vraies feuilles, ainsi que celles des tiges et pétioles, lorsque ces organes revêtent les fonctions et occupent la position des feuilles, sont dans des conditions différentes par rapport à la lumière, etc., et par conséquent, diffèrent probablement par leur structure. Mais ainsi que le reconnaît M. Herbert Spencer, il est dans tous ces cas fort difficile de distinguer entre les effets de l’action des conditions physiques, et ceux de l’accumulation par sélection naturelle des variations héréditaires qui sont utiles à l’organisme, et qui ont surgi en dehors de l’action définie de ces conditions.


Bien que nous ne nous occupions pas ici d’êtres organisés à l’état de nature, je puis cependant attirer l’attention sur un fait. M. Meehan[46] a comparé vingt-neuf espèces d’arbres américains, appartenant à divers ordres, aux formes européennes les plus voisines, toutes ayant crû dans le même jardin, près les unes des autres, et autant que possible dans les mêmes conditions. M. Meehan a trouvé qu’à de très-rares exceptions près, chez les espèces américaines, la chute des feuilles a lieu plus tôt dans la saison, et qu’avant de tomber, elles revêtent une teinte plus brillante ; que les feuilles sont moins profondément dentelées ; que les bourgeons sont plus petits ; que les arbres ont une croissance plus irrégulière et moins de petites branches ; enfin que les graines sont plus petites ; comparées sur tous ces points aux espèces européennes. Maintenant, ces arbres appartenant à des ordres différents, les particularités mentionnées ne peuvent avoir été héritées dans les deux continents d’un ancêtre particulier à chacun, et ces arbres habitant des stations fort différentes, leurs particularités ne peuvent pas être considérées comme étant d’aucune utilité spéciale aux deux séries de l’ancien et du nouveau monde ; elles ne sont, par conséquent, pas le résultat d’une sélection naturelle. Ceci nous conduit à admettre qu’elles ont été causées par l’action définie et longtemps prolongée des climats différents des deux continents.

Galles. — Une autre catégorie de faits mérite notre attention, bien que ne se rattachant pas aux plantes cultivées. Je veux parler de la production des galles. Chacun connaît ces produits velus, d’un rouge vif, qui se remarquent sur le rosier sauvage, ainsi que les diverses galles qui se trouvent sur le chêne, dont quelques-unes ressemblent à des fruits, et ont quelquefois un côté aussi richement coloré que la plus belle pomme. Ces vives couleurs ne peuvent être d’aucune utilité, ni à l’insecte qui produit la galle, ni à l’arbre qui les porte, et sont probablement le résultat direct de l’action de la lumière, de la même manière que les pommes de la Nouvelle-Écosse ou du Canada sont plus brillamment colorées que les pommes anglaises. Je ne pense pas que le partisan le plus enthousiaste de la doctrine que les êtres organisés ont été créés beaux pour plaire à l’humanité, put aller jusqu’à appliquer cette théorie aux galles. D’après la dernière révision de Osten Sacken, les diverses espèces de chêne ne fournissent pas moins de cinquante-huit espèces de galles, produites par des Cynips, et leurs sous-genres ; et M. B. D. Walsh[47] dit qu’il pourrait en ajouter beaucoup d’autres à cette liste. Une espèce américaine de saule, le Salix humilis, porte dix sortes distinctes de galles. Les feuilles qui partent des galles de divers saules anglais, diffèrent complétement par leur forme des feuilles naturelles. Les jeunes pousses de genévrier et de pin donnent, lorsqu’elles sont piquées par certains insectes, des productions monstrueuses, semblables à des fleurs et des cônes ; et la même cause détermine dans certaines plantes un changement d’apparence complet dans leurs fleurs. Il se produit des galles dans toutes les parties du monde ; M. Thwaites m’en a envoyé de Ceylan, dont plusieurs étaient aussi symétriques qu’une fleur composée à l’état de bourgeon ; d’autres lisses et sphériques comme une baie ; quelques-unes protégées par de longues épines ; d’autres enveloppées d’une sorte de laine jaune, formée de longs poils celluleux ; d’autres couvertes de poils en touffes régulières. Dans quelques galles la structure interne est simple, elle est très-complexe dans d’autres ; ainsi M. Lacaze-Duthiers[48] n’a pas figuré dans la noix de galle commune moins de sept couches concentriques, formées de tissus distincts, à savoir : l’épidermique, la sous-épidermique, la spongieuse, l’intermédiaire, puis la couche protectrice dure, formée de cellules ligneuses singulièrement épaissies, et enfin la masse centrale pleine de grains de fécule servant à la nourriture des larves.

Les galles sont produites par des insectes appartenant à divers ordres, mais le plus grand nombre d’entre elles sont l’œuvre d’espèces du genre Cynips. La discussion de M. Lacaze-Duthiers met hors de doute que la croissance de la galle ne soit causée par la sécrétion vénéneuse de l’insecte, car chacun sait combien est virulent le poison sécrété par les guêpes et les abeilles, qui appartiennent au même ordre que les Cynips. Les galles croissent avec une rapidité extraordinaire, et on dit qu’elles atteignent leur grosseur complète dans peu de jours[49] ; il est certain qu’elles sont presque complétement développées avant l’éclosion des larves. Un grand nombre de ces insectes étant extrêmement petits, la gouttelette de poison sécrété est aussi infiniment petite, et doit probablement agir sur une ou deux cellules seulement qui, étant anormalement stimulées, s’accroissent rapidement par une sorte de segmentation. Comme le remarque M. Walsh[50], les galles offrent des caractères définis et constants, chaque sorte conservant son type exact aussi bien qu’aucun autre être organisé indépendant. Le fait devient encore plus remarquable lorsque nous voyons que, par exemple, sur les dix sortes de galles qui se forment sur le Salix humilis, il y en a sept produites par des Cecidomyides, qui, quoique spécifiquement distinctes, se ressemblent au point que, dans la plupart des cas, il est difficile et quelquefois impossible de distinguer les uns des autres les insectes adultes[51]. D’après une analogie largement justifiée, nous pouvons admettre que le poison sécrété par des insectes si voisins ne doit pas beaucoup varier par sa nature ; il suffit cependant d’une aussi légère différence pour déterminer des résultats bien divers. Dans quelques cas, la même espèce d’insectes produit sur des espèces distinctes de saules des galles qu’on ne peut distinguer les unes des autres ; le Cynips fecundatrix a produit sur le chêne Turc, auquel il n’est point spécialement attaché, la même galle que sur le chêne Européen[52]. Ces faits semblent prouver que la nature du poison est beaucoup plus l’agent efficace pour déterminer la forme de la galle, que ce n’est l’arbre lui-même.

Puisque la sécrétion vénéneuse d’insectes appartenant à des ordres différents possède le pouvoir spécial d’affecter la croissance de diverses plantes ; — puisqu’une légère différence dans la nature du poison suffit pour produire des résultats fort dissemblables ; — et enfin comme nous savons que les combinaisons chimiques sécrétées par les plantes sont très-sujettes à être modifiées par des changements dans les conditions extérieures, il est possible que certaines parties d’une plante puissent être affectées par l’action de ses propres sécrétions altérées. Comparons, par exemple, le calice visqueux et mousseux d’une rose mousse, qui surgit subitement par variation de bourgeons sur une rose de Provence, avec la galle de mousse rouge qui croît sur la feuille inoculée d’un églantier, et dont chaque filament se ramifie symétriquement comme un sapin microscopique, portant une extrémité glandulaire et sécrétant une matière gommeuse et odoriférante[53]. Ou comparons, d’une part, une pêche avec sa peau velue, son enveloppe charnue, sa coque dure et son amande ; et, d’autre part, une des galles les plus complexes avec ses couches épidermique, spongieuse et ligneuse, enveloppant un tissu chargé de grains de fécule. Il y a évidemment une certaine analogie entre ces conformations normales et anormales. Ou encore, réfléchissons à ces cas de perroquets chez lesquels le plumage a été embelli par quelque changement dans leur sang, causé par le fait qu’on les a nourris de certains poissons, ou qu’on leur a inoculé localement le venin d’un crapaud. Je suis loin de vouloir soutenir que la rose mousseuse, la coquille dure du noyau de pêche, ou les vives couleurs des oiseaux, soient effectivement dues à un changement chimique de la sève ou du sang, mais ces cas des galles et des perroquets sont éminemment propres à nous montrer comment des agents extérieurs peuvent singulièrement et puissamment affecter la conformation. Devant de pareils faits, aucune modification apparaissant dans un être organisé quelconque ne doit nous étonner.


Je puis signaler ici les effets remarquables qu’exercent quelquefois sur les plantes les champignons parasites. Reissek[54] a décrit un Thesium qui, attaqué par un Œcidium, s’était fortement modifié et avait pris quelques-uns des traits caractéristiques de quelques espèces, et même de genres voisins. « En supposant, » remarque Reissek, « que l’état primitivement déterminé par le champignon fût par la suite devenu constant, on eût certainement regardé la plante comme formant une espèce distincte, ou appartenant même à un genre nouveau. » Je cite cette remarque pour montrer combien cette plante a dû être profondément, bien que très-naturellement, modifiée dans son apparence par le champignon parasite.


Faits et considérations contraires à l’opinion que les conditions extérieures puissent être une cause efficace de modifications définies dans la conformation. — J’ai fait allusion aux différences légères qui existent entre les espèces vivant naturellement dans des pays distincts, sous des conditions différentes, et que nous sommes d’abord disposés, probablement jusqu’à un certain point avec raison, à attribuer à l’action définie des conditions ambiantes. Mais il faut songer qu’il y a un bien plus grand nombre d’animaux et de plantes qui, ayant une distribution fort étendue, et s’étant par conséquent trouvés exposés à des conditions des plus diversifiées, ont cependant conservé une grande uniformité de caractères. Quelques auteurs attribuent les variétés de nos plantes culinaires et agricoles, à l’action définie des conditions auxquelles elles ont été soumises dans les diverses parties de la Grande-Bretagne ; mais il y a environ deux cents plantes[55] qui, se rencontrant dans tous les comtés, ont dû, pendant une longue période, être exposées à des différences considérables de climat et de sol, sans cependant différer entre elles. Ainsi encore quelques oiseaux, insectes et autres animaux, s’étendent sur de vastes parties du globe, tout en conservant les mêmes caractères.


Malgré les faits précédemment donnés de l’apparition de maladies locales toutes particulières, de modifications étranges déterminées dans la structure des plantes par l’inoculation du poison de quelques insectes, et autres cas analogues, il y a cependant une multitude de variations, telles que le crâne modifié du bouledogue et du bétail niata, les longues cornes du bétail cafre, les doigts réunis des porcs à sabots pleins, l’énorme huppe et le crâne saillant des coqs huppés, le jabot des pigeons Grosses-gorges et une foule d’autres cas semblables, que nous ne pouvons guère attribuer à l’action définie, dans le sens précédemment spécifié du terme, des conditions extérieures. Il y a certainement dans chaque cas quelque cause excitante ; mais lorsque parmi d’innombrables individus exposés presque aux mêmes conditions, nous n’en voyons qu’un seul qui soit affecté, par exemple, nous pouvons en conclure que la constitution de l’individu entre pour une part beaucoup plus importante dans le résultat, que les conditions dans lesquelles il a pu se trouver. Il semble même qu’en règle générale, les variations très-apparentes ne surviennent que rarement, et chez un individu seulement sur des milliers, bien que tous, autant que nous en pouvons juger, aient été exposés aux mêmes conditions. Les variations les plus fortement accusées passant graduellement et insensiblement aux plus insignifiantes, nous sommes conduits à regarder chaque variation légère bien plus comme due à des différences innées de constitution, quelle qu’en puisse être la cause, qu’à une action définie des circonstances ambiantes.

La considération des cas, comme ceux des races gallines et des pigeons, qui ont varié et varieront sans doute encore dans des directions opposées, quoique étant depuis bien des générations dans des conditions semblables, nous conduit à la même conclusion. Quelques-uns, par exemple, sont nés avec un bec, des ailes, une queue, des pattes, etc., un peu plus longs, d’autres ayant ces mêmes parties un peu plus courtes. Par une sélection longtemps continuée de pareilles différences individuelles et légères, qui surgissent chez des oiseaux tenus dans une même volière, on pourrait certainement former des races très-distinctes, et cette sélection prolongée, si importants que fussent ses résultats, ne ferait autre chose que conserver les variations qui nous paraissent surgir d’une manière spontanée.

Nous voyons alors, dans ces cas, les animaux domestiques varier par une foule de particularités, bien qu’ils soient tous traités d’une manière aussi uniforme que possible ; et d’autre part nous avons des exemples d’animaux et de plantes qui, quoique exposés à des conditions fort différentes, tant à l’état de nature qu’à l’état domestique, ont varié presque de la même manière. M. Layard me dit avoir remarqué chez les Cafres de l’Afrique méridionale, un chien très-semblable au chien Esquimau. Dans l’Inde, les pigeons offrent presque la même diversité de couleurs que ceux d’Europe, et j’ai vu des pigeons tachetés ou simplement barrés, venant de Sierra-Leone, de Madère, d’Angleterre et de l’Inde. On produit constamment, dans différentes parties de la Grande-Bretagne, de nouvelles variétés de fleurs, mais dont plusieurs sont quelquefois reconnues par les juges de concours comme à peu près identiques à d’anciennes variétés. On a produit dans l’Amérique du Nord un grand nombre d’arbres fruitiers et de végétaux culinaires nouveaux, qui diffèrent des variétés européennes de la même manière générale que celles-ci le font entre elles, et jamais on n’a prétendu que le climat d’Amérique ait donné aux variétés nombreuses qui croissent dans ce pays aucun caractère général qui permette de les reconnaître. Néanmoins, d’après les faits signalés précédemment par M. Meehan au sujet des arbres forestiers européens et américains, il serait téméraire d’affirmer qu’avec le temps, les variétés formées dans les deux pays n’acquerront pas quelques caractères particuliers et distinctifs. M. Masters rapporte un fait assez frappant[56] relatif à ce sujet ; ayant levé de graines venant de Palestine et de la Caroline du Sud, un grand nombre de plantes de l’Hybiscus Syriacus, les semis provenant de ces deux pays, où les plantes mères ont dû se trouver soumises à des conditions bien différentes, ont donné naissance les uns et les autres à deux branches semblables, dont l’une avait les feuilles obtuses et des fleurs pourpres ou écarlates, et l’autre des feuilles allongées et des fleurs plus ou moins roses.

Nous pouvons aussi conclure à une influence prépondérante de la constitution de l’organisme sur l’action définie des conditions extérieures, d’après les cas que nous avons cités de séries parallèles de variétés, — point important que nous discuterons plus complétement par la suite. Nous avons montré que des sous-variétés des différentes sortes de froment, de courges, de pêches et d’autres plantes et, jusqu’à un certain point, des variétés de volailles, de pigeons et de chiens, peuvent se ressembler ou différer les unes des autres d’une manière correspondante et parallèle. Dans d’autres cas, une variété d’une espèce peut ressembler à une autre espèce, ou les variétés de deux espèces distinctes se ressembler entre elles. Bien que ces ressemblances parallèles soient sans doute souvent le résultat d’un retour aux caractères d’un ancêtre commun, il y a des cas dans lesquels, lorsque de nouveaux caractères apparaissent en premier, il faut attribuer la ressemblance à l’hérédité d’une constitution semblable et, par conséquent, à une tendance à varier d’une manière analogue. Nous voyons quelque chose de pareil dans les cas d’une monstruosité réapparaissant souvent dans le même animal et, d’après le Dr Maxwell Masters, chez une même plante.


Nous pouvons au moins conclure que la somme des modifications que les animaux et les plantes ont éprouvées sous l’influence de la domestication, ne correspond pas à l’importance des changements dans les conditions auxquelles ils ont été exposés. Parcourons la liste des oiseaux domestiques dont l’origine nous est beaucoup mieux connue que celle de la plupart de nos mammifères. Aucun oiseau n’a plus varié en Europe que le pigeon, qui y est indigène et n’a pas été soumis à des changements extraordinaires de conditions. Les volailles qui sont originaires des fourrés brûlants de l’Inde, ont varié presque autant que le pigeon ; tandis que ni le paon, qui provient du même pays, ni la pintade native des déserts arides de l’Afrique, n’ont varié, si ce n’est un peu par la couleur. Le dindon du Mexique n’a également varié que peu. Le canard, natif d’Europe, a, d’autre part, fourni quelques races bien distinctes ; et comme c’est un oiseau aquatique, il doit avoir été soumis à de bien plus grands changements dans ses habitudes que le pigeon ou les volailles, qui ont cependant varié beaucoup plus fortement que lui. L’oie, native d’Europe et aquatique comme le canard, a varié moins qu’aucun autre oiseau domestique, le paon excepté.

Sous notre point de vue actuel, la variation par bourgeons est importante. Dans quelques cas, comme lorsque tous les yeux ou bourgeons d’un même tubercule de pomme de terre, tous les fruits d’un prunier ou toutes les fleurs d’une même plante, ont varié ensemble et subitement de la même manière, on pourrait arguer que la variation a pu être causée d’une manière définie par un changement dans les conditions auxquelles les plantes ont été exposées ; mais il y a toutefois d’autres cas où il serait difficile de l’admettre. De nouveaux caractères n’existant ni dans les espèces parentes, ni dans aucune espèce voisine, apparaissant quelquefois par variation de bourgeons, nous pouvons, dans ces cas du moins, ne pas les attribuer à un effet de retour.

Considérons quelque cas frappant de variation par bourgeons, comme celui du pêcher par exemple. Cet arbre a été cultivé par millions dans diverses parties du globe, il a été traité de différentes manières, greffé sur des souches variées, planté en plein vent, en espalier, ou élevé en serre, chaque bourgeon d’une sous-variété restant conforme à son type. Mais, occasionnellement, à de longs intervalles, en Angleterre ou sous le climat bien différent de la Virginie, un arbre produit tout à coup un seul bourgeon, et celui-ci une branche qui ne porte que des pêches lisses. Ces pêches diffèrent des pêches ordinaires par leur grosseur, leur goût et leur surface extérieure ; et elles en diffèrent au point que quelques botanistes ont soutenu qu’elles étaient spécifiquement distinctes ; de plus, les caractères qu’elles ont ainsi si subitement acquis sont assez permanents pour qu’un pêcher lisse produit d’une variation de bourgeons se soit propagé par sa graine. Il n’y a aucune distinction fondamentale à faire entre la variation par bourgeons et celle par reproduction séminale, car on a obtenu des pêchers lisses du semis de vrais noyaux de pêche, et inversement des pêchers proprement dits du semis de noyaux de la pêche lisse. Or peut-on concevoir des conditions d’existence plus semblables que celles auxquelles les bourgeons d’un même arbre peuvent être exposés ? Cependant sur des milliers de bourgeons produits par un arbre, un seul a subitement, sans cause apparente, donné une pêche lisse, et, cas bien plus extraordinaire encore, un même bourgeon floral a produit un fruit en partie pêche vraie, en partie pêche lisse. Sept ou huit variétés du pêcher ont produit des pêches lisses par variation de bourgeons, différant un peu, il est vrai, les unes des autres, mais étant toujours des pêches lisses. Il faut bien qu’il y ait quelque cause interne ou externe qui détermine le changement de nature dans le bourgeon du pêcher, mais je ne saurais trouver un ordre de faits plus propres à nous imposer la conviction que ce que nous appelons les conditions extérieures, n’ont sur les variations particulières qu’une influence insignifiante, en comparaison de celle que doit exercer l’organisation ou la constitution de l’être qui varie.

Les travaux de Geoffroy-Saint-Hilaire, et plus récemment ceux de Dareste et autres, ont montré que les œufs de la poule, secoués, dressés sur une pointe, perforés, recouverts partiellement d’un vernis, etc., produisaient des poulets monstrueux. Ces monstruosités peuvent être directement causées par ces conditions peu naturelles du traitement qu’on leur fait subir, mais les modifications qui en sont le résultat ne sont pas de nature définie. M. Camille Dareste[57] remarque que les diverses espèces de monstruosités ne sont pas déterminées par des causes spécifiques ; les actions extérieures qui modifient le développement de l’embryon n’agissent uniquement qu’en causant une perturbation dans le cours normal de l’évolution. Il compare le résultat à ceux que nous offrent les maladies ; un refroidissement subit, par exemple, affectera un individu seul parmi beaucoup d’autres, et provoquera chez lui, ou un rhume, ou un mal de gorge, des rhumatismes, ou une pleurésie. Les matières contagieuses agissent d’une manière analogue[58]. Voici un cas encore plus net d’une expérience faite sur des pigeons ; sur sept de ces oiseaux mordus par un serpent à sonnettes[59], quelques-uns eurent des convulsions ; le sang coagulé chez les uns resta liquide chez d’autres ; dans les uns il y eut des points ecchymosés sur le cœur, dans d’autres sur les intestins, etc. ; d’autres n’offrirent pas de lésions appréciables dans aucun organe. On sait que l’abus de la boisson occasionne diverses maladies chez différents hommes ; que ceux qui habitent des climats froids ou tropicaux ne sont pas affectés de la même manière[60], cas qui montre l’influence définie de conditions opposées. Les faits précités paraissent nous donner une idée assez exacte du genre d’action directe que les conditions extérieures paraissent exercer, bien que d’une manière non définie, en déterminant des modifications de conformation.

Résumé. — D’après les faits relatés dans ce chapitre, il ne peut y avoir de doute que de légers changements dans les circonstances extérieures n’exercent quelquefois une action définie sur nos produits domestiques déjà variables ; et, comme l’influence des conditions modifiées tend à causer une variabilité générale ou indéterminée, dont les effets peuvent s’accumuler, il en est peut-être de même de leur action définie. Il est donc possible que de fortes modifications de conformation puissent résulter de l’action soutenue pendant une longue série de générations de conditions extérieures différentes. Un effet marqué a, dans quelques cas, été rapidement produit sur tous ou presque tous les individus qui ont été soumis à quelque changement important de climat, de nourriture, ou d’autres circonstances. C’est ce qui est arrivé, et a lieu encore, pour l’homme dans les États-Unis, pour les chiens européens dans l’Inde, pour les chevaux aux îles Falkland ; probablement chez plusieurs animaux à Angora, pour les huîtres étrangères transportées dans la Méditerranée, et pour le maïs provenant de graines des tropiques et cultivé en Europe. Nous avons vu que les composés chimiques sécrétés par les plantes, ainsi que les tissus de celles-ci, sont aisément affectés par un changement dans les conditions. Dans quelques cas, il semble y avoir une relation telle entre certains caractères et certaines circonstances de milieu, que si celles-ci changent, le caractère se perd ; — ainsi dans les fleurs cultivées, quelques plantes culinaires, le fruit du melon, les moutons à grosse queue, et dans quelques autres races de moutons présentant des toisons particulières.

La production des galles sur les plantes et le changement de plumage chez les perroquets nourris d’aliments spéciaux, ou auxquels on a inoculé du venin de crapaud, nous montrent quelles grandes et singulières modifications de structure et de couleur peuvent être le résultat défini de changements chimiques dans les liquides nutritifs ou les tissus. Nous avons aussi tout lieu de croire que les êtres organisés peuvent être, dans l’état de nature, modifiés de plusieurs manières définies par les conditions auxquelles ils ont été longtemps exposés, comme dans le cas des arbres américains comparés à leurs correspondants en Europe. Mais il est, dans tous ces cas, fort difficile de distinguer entre les résultats définis du changement dans les conditions, et l’accumulation par sélection naturelle des variations avantageuses qui ont pu surgir indépendamment de la nature des circonstances. Si par exemple, une plante avait à se modifier pour pouvoir s’adapter à une station humide au lieu d’une sèche, nous n’avons pas de raisons pour croire que les variations voulues dussent surgir plus fréquemment, si la plante primitive habitait une station un peu plus humide qu’à l’habitude. Que la station soit exceptionnellement sèche ou humide, des variations appropriant légèrement la plante à des conditions d’existence directement opposées devront occasionnellement apparaître, comme nous le montrent certains autres cas.

Dans la plupart des cas, et peut-être dans tous, l’organisation et la constitution de l’être est un élément beaucoup plus important, pour déterminer le genre de variation, que la nature des conditions elles-mêmes. Cela nous est prouvé par l’apparition, sous des conditions différentes, de modifications semblables, et inversement de modifications dissemblables surgissant dans des conditions à peu près analogues ; et mieux encore par le fait que des variétés parallèles apparaissent fréquemment dans certaines races, ou même chez des espèces distinctes ; et par le retour fréquent de certaines monstruosités dans la même espèce. Nous avons aussi remarqué qu’il n’y a aucun rapport intime entre l’étendue des variations des oiseaux domestiques et l’importance des changements auxquels ils ont pu être soumis.

Revenons aux variations par bourgeons. Si nous considérons les millions de bourgeons qui ont été produits par un grand nombre d’arbres, avant qu’un seul d’entre eux ait varié, nous sommes bien embarrassés pour savoir quelle peut être la cause précise de chaque variation. Nous avons signalé le cas donné par A. Knight d’un prunier âgé de quarante ans, de la variété Magnum bonum à prunes jaunes, variété ancienne, qui a été pendant fort longtemps propagée par greffes et sur diverses souches en Europe et dans l’Amérique du Nord, et sur laquelle a surgi tout à coup un unique bourgeon qui a produit une variété à fruits rouges. Nous avons vu encore que des variétés, et même des espèces distinctes, — comme les pêches, les pêches lisses et les abricots, — certaines roses et camélias, — bien qu’éloignées par un immense nombre de générations d’un ancêtre commun, et cultivées dans des conditions fort différentes, ont donné des variétés très-analogues par variation de bourgeons. Si nous méditons ces faits, nous ne pouvons échapper à la conviction que, dans des cas pareils, la nature de la variation ne doit dépendre que peu des conditions auxquelles la plante a été soumise, et non spécialement de ses caractères individuels, mais bien plus de la nature générale ou de la constitution, héritée de quelque ancêtre reculé, du groupe entier d’êtres voisins auquel la plante appartient. Ceci nous conduit à conclure que, dans la plupart des cas, les conditions extérieures ne jouent dans leur action, comme causes de modifications particulières, qu’un rôle très-secondaire, comparable à celui de l’étincelle dans l’ignition d’une masse combustible, — la nature de la flamme dépendant de la matière combustible, et non de l’étincelle.

Chaque variation doit sans doute avoir sa cause déterminante, mais il est aussi impossible d’espérer de découvrir la cause de chacune, que de dire pourquoi un refroidissement ou un poison affectent un homme différemment qu’un autre. Même dans le cas de modifications résultant d’une action définie des conditions extérieures, lorsque tous ou presque tous les individus semblablement exposés sont affectés de la même manière, il est rare que nous puissions établir une relation précise entre la cause et l’effet. Nous montrerons dans le chapitre suivant que l’accroissement ou la diminution d’usage des divers organes produisent des effets héréditaires, et nous verrons ensuite que certaines variations sont intimement reliées entre elles par corrélation et d’autres lois ; mais au delà nous ne pouvons actuellement expliquer ni les causes ni le mode d’action de la variation.

Finalement, comme une variabilité indéfinie et à laquelle nous ne saurions assigner de limites est le résultat ordinaire de la domestication et de la culture, une même partie ou organe pouvant, dans divers individus, varier dans des directions différentes ou même directement contraires, et comme une même variation bien prononcée ne reparaît ordinairement qu’à de longs intervalles, il en résulte que toute variation particulière sera généralement perdue par croisement, par retour, ou par la destruction accidentelle des individus présentant cette variation, à moins que l’homme n’intervienne pour la conserver. On peut par conséquent, bien qu’il faille admettre que de nouvelles circonstances extérieures affectent quelquefois et d’une manière définie les êtres organisés, douter que des races bien accusées aient pu souvent être produites par l’action directe d’un changement dans les conditions extérieures, sans le secours d’une sélection, soit naturelle, soit appliquée par l’homme.



  1. Gardener’s Chronicle, 1853, p. 183.
  2. M. Wildman, Floricultural Soc., 7 févr, 1843 ; Gardener’s Chronicle, 1843, p. 86.
  3. M. Robson, Journ. of Hort., 13 févr. 1866, p. 122.
  4. Journ. of Hort., 1861, p. 24.
  5. Ibid., 1862, p. 83.
  6. Gardener’s Chronicle, 1845, p. 660.
  7. Ibid., 1863, p. 628.
  8. Journ. of Hort., 1861, p.64, 309.
  9. Des Variétés, etc., p. 76.
  10. Sur les propr. médicales des Plantes, 1860, p. 10, 25, par Engel. — Pour les changements dans les odeurs, voir les expériences de Dalibert, citées dans Beckman, Inventions, vol. II, p. 344 ; et Nees, dans Férussac, Bull. des sc. nat., 1824, t. I, p. 69. — Pour la rhubarbe, Gard. Chronicle, 1849, p. 355 ; et 1862, p. 1123.
  11. Hooker, Flora Indica, p. 32.
  12. Naudin, Ann. Sc. nat., 3e série, Bot., t. XI, 1859, p. 81. — Gard. Chron., 1859, p 464.
  13. Moorcrof’s Travels, etc., vol. II, p. 143.
  14. Gardener’s Chronicle, 1861, p. 1113.
  15. Royle, Productive Resources of India, p. 59.
  16. Narration personnelle (trad. angl., vol. v, p. 101). Ce fait a été confirmé par Karsten, dans Beitrag zur Kenntniss der Rhynchoprion, Moscou, 1864, p. 39, et d’autres.
  17. Chimie organique (trad. angl., 1re édit.), p. 369.
  18. Prichard, Phys. Hist. of Mankind, 1851, vol. I, p. 155.
  19. Journal of Researches, 1845, p. 434.
  20. Géographie et statistique médicales, 1857, t. I, p. xliv et lii ; t. II, p. 315.
  21. E. Desor, cité dans Anthropological Review, 1863, p. 180. — De Quatrefages, Unité de l’espèce humaine, 1861, p. 131.
  22. Ceylon, par Sir J. E. Tennent, vol. I, 1859, p. 89.
  23. Godron, O. C., t. II, p. 52.
  24. Journ. Hort. Soc., t. VII, 1852, p. 117.
  25. Ibid., t. I, p. 160.
  26. Lecoq, sur la villosité des plantes, Geog. Bot., t. III, p. 287, 291. — Gärtner, O. C., p. 261. — Masters, sur l’Opuntia, Gardener’s Chron., 1846, p. 444.
  27. Pomologie phys., p. 136.
  28. Ampélographie, 1849, p. 19.
  29. Gärtner, O. C., p. 606, a réuni presque tous les cas connus. A. Knight, Trans. Hort. Soc., vol. II, p. 160, va jusqu’à soutenir qu’il n’y a que peu de variétés absolument permanentes par leurs caractères, lorsqu’on les propage par bourgeons ou par greffes.
  30. M. Blyth, Ann. and Mag. of Nat. Hist., v. xx, 1847, p. 391.
  31. Nat. Hist. Review, 1862, p. 113.
  32. Journ. of Roy. Geogr. Soc., t. IX, 1839, p. 275.
  33. Travels in Bokhara, t. III, p. 151.
  34. Sur l’influence des pâturages marécageux sur la laine, Godron, O. C., t. II, p. 22.
  35. I. Geoff. Saint-Hilaire, Hist. nat. gén., t. III, p. 438.
  36. Azara a fait quelques bonnes remarques sur ce sujet, Hist. des quadrupèdes du Paraguay, t II, p. 337. — Voir sur une famille de souris nues produite en Angleterre, Proc. Zool. Soc., 1856, p. 38.
  37. Die Fauna der Pfahlbauten, 1861, p. 15.
  38. Schweineschädel, 1864, p. 99.
  39. Travels in Siberia, vol. I, p. 228.
  40. A. R. Wallace, Travels on the Amazon and Rio Negro, p 294.
  41. Naturgesch. der Stubenvögel, 1840, p. 262, 308.
  42. Hist. nat. gén., t. III, p. 402.
  43. Bull. Soc. Imp. d’Acclimat., t. VIII, p. 351.
  44. Expériences de M. Gregson sur l’Abraxus grossulariata, Proc. Entom. Soc., 1862. Ces expériences ont été confirmées par M. Greening, Proc. of Northern Entom. Soc., juillet 1862. — Pour les effets de la nourriture sur les chenilles, voir M. Michely, Bull. Soc. Imp. d’Accl., t. VIII, p. 563. — Dahlbom, pour faits semblables cher les Hyménoptères, Westwood, Modern Classif. of Insects, t II, p. 98. — Dr L. Möller, Die Abhœngigkeit der Insecten, 1867, p. 70.
  45. The principles of Biology, t. II, 1866. Les présents chapitres étaient déjà écrits lorsque j’ai eu connaissance de l’ouvrage de M. Herbert Spencer, de sorte que je n’ai pas pu m’en servir autant que je l’eusse probablement fait sans cela.
  46. Proc. Acad. Nat. Soc. of Philadelphia, 28 janvier 1862.
  47. Proc. Ent. Soc. Philadelphia, déc. 1866, p. 281 ; pour le saule, ibid., 1864, p. 546.
  48. Histoire des Galles, Annales des sciences nat., 3e série, Bot., t. xix, 1853, p. 273.
  49. Kirby and Spence, Entomology, 1818, vol. I, p. 459. — Lacaze-Duthiers, O. C., p. 281.
  50. Proc. Entom. Soc. Philadelphia, 1864, p. 558,
  51. Ibid., 1864, p. 633 ; et 1886, p. 275.
  52. Ibid., 1864, p. 411, 495, 545 ; 1866, p. 278.
  53. Lacaze-Duthiers, O. C., p. 325, 328.
  54. Linnæa, v. xvii, 1843, cité par Dr M. F. Masters, Royal Institution, mars 16, 1860.
  55. Hewett C. Watson, Cybele Britannica, vol. I, 1847, p. 11.
  56. Gardener’s Chronicle, 1857, p. 629.
  57. Mémoire sur la production artificielle des monstruosités, 1862, p. 8–12. — Recherche sur les conditions, etc., chez les monstres, 1863, p. 6. — Un extrait des expériences de Geoffroy se trouve dans l’ouvrage de son fils, Vie, travaux, etc., 1847, p. 290.
  58. Paget, Lectures on Surgical Pathology, 1853, vol. I, p. 483.
  59. Researches upon the Venom of the Rattle-snake, janv. 1861, par Dr Mitchell, p. 67.
  60. M. Sedgwick, British and Foreign Medico-Chirurg. Review, juillet 1863, p. 175.