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Partie 1, Chapitre 7 De la fréquente Communion... Partie 1, Chapitre 9


Chapitre 8


sentimens de Saint Basile, touchant la penitence et la sainte communion.

ce que vous rapportez de Saint Basile, (puis qu’il faut que je vous trouve tous vos passages) ne se rencontre que dans un recueil d’epistres adjousté à ses œuvres, dont une grande partie n’est pas de luy : et il y a mesme beaucoup de sujet de croire, que celle que vous citez, qui est la 289 ad caesariam patritiam , n’est pas de ce saint. Mais quoy qu’il en soit, en retranchant de ce passage le mot de, tous, que vous y avez adjousté, le reste ne nous monstre, que ce qui se pratiquoit envers ceux, qui menoient une vie veritablement chrestienne ; et non point envers ceux, qui en estoient decheus par des pechez mortels ; en quoy consiste le principal point de nostre contestation, personne ne doutant que la frequente communion ne soit utile aux ames pures.

Mais pour ce qui regarde les personnes, qui ont besoin de penitence, si vous aviez un peu leu Saint Basile, vous n’auriez eu garde de le produire en cette rencontre pour apuyer vos sentimens : car si entre les ouvrages qui sont indubitablement de luy, vous aviez leu seulement ses deux epistres à Amphilochius, qui ayant esté inserées par l’eglise grecque dans le corps de ses canons, ne doivent plus estre considerées, comme l’opinion du seul Saint Basile, mais comme la voix de toute l’eglise d’Orient ; vous y auriez trouvé des choses fort peu propres à establir vostre doctrine.

Vous y auriez veu plusieurs années de penitence, et de separation de l’eucharistie, pour des pechez fort ordinaires, et pour quelques-uns des moindres d’entre les pechez mortels. Une année, et quelquefois deux pour un larcin : quatre ans, et quelquefois sept pour une simple fornication : onze ans pour les parjures : quinze ans pour un adultere : le mesme temps pour avoir contracté mariage dans les degrez deffendus : vingt ans pour un homicide : toute la vie pour le violement qu’un religieux ou une religieuse auroient fait de leur vœu de chasteté.

Vous y auriez mesme rencontré des années entieres de retranchement de l’autel pour des actions qui sont innocentes d’elles-mesmes, à cause seulement qu’elles portent quelque image d’incontinence, et que procedantes de quelque sorte de relaschement, elles sembloient un peu blesser cette grande pureté, que l’eglise jugeoit necessaire à ceux qui s’approchoient de l’eucharistie ; sçavoir pour les secondes nopces ; quoy qu’il declare formellement, qu’il les tient pour de bons, et legitimes mariages : mais afin que cette severité ne vous estonne pas trop, vous apprendrez deux choses du mesme saint, qui vous feront voir le juste temperament, que l’esprit de Dieu veut estre observé entre la trop grande rigueur, et la trop grande condescendence.

La premiere, que bien que ces temps fussent prescrits par les canons, il demeuroit tousjours en la puissance de l’evesque d’en relascher quelque chose, selon les fruits de penitence, que ceux à qui l’on l’avoit imposée, faisoient paroistre. La seconde, que si les pecheurs refusoient de subir ces lois, ces grands saints ne se relaschoient pas pour cela de la vigueur de l’evangile.

Le canon 84 de la seconde epistre justifie l’un et l’autre en des termes tres remarquables, (...) !

Mais pour apprendre encore plus particulierement de ce grand saint avec quelle disposition il se faut approcher de l’eucharistie, il ne faut que lire ce qu’il escrit dans le chapitre dernier du livre premier du baptesme ; (...). Et Sainct Basile ne separe point ses deux nourritures, l’une d’avec l’autre ; establissant comme une maxime constante, que celuy qui ne fait pas la volonté de Dieu, en violant les preceptes de l’evangile par la corruption de ses mœurs, doit estre privé de la communion ; c’est à dire que celuy qui ne se nourrit pas de bonnes œuvres, qui sont la premiere nourriture celeste, et spirituelle, doit estre privé de l’autre : ce qu’il ne dit pas seulement de ceux qui sont dans le desordre du vice, et qui commettent des pechez mortels à toutes rencontres ; mais de ceux mesmes qui menent une vie plus reglée, et comme moitié chrestienne, et moitié seculiere, ne vivans pas tout à fait pour Jesus-Christ, selon ce qu’ils ont promis au baptesme. Et il establit cette maxime, (...).

Considerez, je vous prie, avec quelque attention, les paroles de ce grand saint, et jugez si celuy qui ne se contente pas que l’on soit exempt de toute impureté de corps, et d’esprit , pour approcher de l’eucharistie, envoyeroit à la table sacrée ceux qui auroient commis des pechez mortels, aussi tost apres une simple confession. Jugez, si celuy qui veut, que l’on monstre clairement, que l’on est mort au peché,

(ce qui ne se peut faire, que par le tesmoignage des bonnes œuvres, qui sont les fruits certains et visibles de cette mort sainte) feroit communier tous les huict jours, ceux dont les habitudes inveterées, et les passions criminelles sont encore toutes vivantes. Jugez enfin si celuy qui veut, que l’on tesmoigne clairement, que l’on est mort au monde, et à soy-mesme, et que l’on ne vit plus que pour Dieu seul, porteroit à des frequentes communions (ainsi que vous faites, et que vous le declarez en termes formels dans cet escrit) ceux qui sont remplis d’amour d’eux-mesmes, et si attachez au monde que de merveille ?