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Œuvres complètes - Tome IIIVaniervolume III (p. 59-60).

VI


Le lieu des adieux (pas éternels), — la saison
Dernière était au coin de la basse maison
Tout rouge — la tuile et la brique y fourmillent
(Vis-à-vis le gazon bordé de camomille)
Qui sert de local à des services divers.
Là l’heure ayant sonné de son timbre pervers,
Nous enjoignant de nous séparer tout de suite,
Hélas ! avant qu’hélas ! tu ne prennes lu fuite,
Je t’embrassais si fort que toi tu ne pouvais
T’empêcher de rire aux éclats, et ne savais
Pour lors me refuser un baiser sur la bouche,
Un gros, frais, long baiser partagé, puis, farouche
Pour la forme — c’était presque en public, des yeux
Pouvaient nous voir, en malins, ou pics, officieux,
Des langues bavardes, et quel scandale ! et leste,
Cruellement, tu me quittais, instant céleste
Et diabolique, avec ces mots : « Je ne viens plus. »
Car, sachant bien que tu viendrais, irrésolus

Toutefois, mes désirs fous tantôt ivres d’ire
Et de larmes, tantôt pleins d’espoir à ton dire,
Se souvenant de la chère intonation
Et de la gentiment taquine intention,
Me balançaient dans une fausse inquiétude,
Jusqu’au lendemain, tendre amie au verbe rude.