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Œuvres complètes - Tome IIIVaniervolume III (p. 192-194).

XCII

À LA MÊME


II


Oui, soyons-nous poète et muse
Mais dans le mode familier,
Nous avons passé le millier
Des heures jeunes où l’on ruse

Pour faire croire aux bonnes gens
Dont on est le premier soi-même.
Qu’on n’aime en tout ça que l’extrême !
Fiers, paradoxaux, exigeants.

La vie avec sa vraie outrance
A pris soin de nous corriger
Du travers de nous rengorger,
Ne nous laissant de l’espérance


Bien que la simple illusion
D’être un couple encore sensible
Et ne livrant à notre cible
Qu’un but, la résignation !

Ce lot est préférable en somme.
À des appétit qu’il est bon,
Toi, veuve au fait, moi ce barbon,
De régler de sorte économe.

Profitons, puisqu’il en est temps —
De cette sagesse dont l’âge
Qui vient dote notre ménage.
Pour faire œuvre de pénitents ?

Que non pas ! Fîmes-nous des crimes ?
Pas mal de péchés voilà tout.
De ces péchés légers qu’absout
Le seul pardon de leurs victimes,

Et leurs victimes ce fut nous.
De ces victimes sans rancune.
Toi, reste encor longtemps ma brune.
Toujours la bonne qu’à genoux

Invoquent mes instants de doute,
De tristesse ou de désespoir,

Mon étoile dans le ciel noir,
L’auberge fraîche en l’âpre route.

Moi devenu calme — ce n’est
Pas malheureux, car tant de frasques,
Et de rôles, sous que de masques ! —
Je suis celui qui ne connaît

Et ne chante plus que les choses,
Et l’humanité qu’il convient.
La vérité seule me tient,
Soient ses aspects sombres ou roses.

Mes vers épris dorénavant.
De la raison mais de la saine
Ne déclameront plus en scène…
Ils vivront dans tout cœur vivant.