Cybèle (1852)

Poëmes antiquesLibrairie de Marc Ducloux, éditeur (p. 125-129).
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IX



CYBÈLE.




I. STROPHE.


Le long des mers d’azur aux sonores rivages,
Par les grands bois tout pleins de hurlements pieux,
Tu passes lentement, mère antique des dieux,
          Sur le dos des lions sauvages.
D’écume furieuse et de sueurs baignés,
Les Nymphes de l’Ida, les sacrés Corybantes,
          Déchirent leurs robes tombantes,
          Et dansent par bonds effrénés.


I. ANTISTROPHE.


Consumés de désirs, Dactyles et Curètes,
Les Cabires velus délaissent leurs marteaux
Et l’âtre où nuit et jour ruissellent les métaux
          Au fond des cavités secrètes.
Haletants, du sommet des rochers hasardeux,
Comme de noirs troupeaux ils roulent sur les pentes,
          Et les asphodèles rampantes
          Ont couronné leurs fronts hideux.


I. ÉPODE.


Ils accourent vers toi qui naquis la première,
          Qui présides à mille hymens !
Vierge majestueuse, éclatante ouvrière,
Qui revêts de tes dons les dieux et les humains.

Toi dont le lait divin sous qui germe la vie,
Lumineuse rosée où nage l’univers,
          Répand sur la terre ravie
          L’été splendide et les hivers !


II. STROPHE.


Ô Silène de Nyse, ô bacchante inhumaine,
Agitez en hurlant, ivres, tumultueux,
Les thyrses enlacés de serpents tortueux ;
          Io ! femmes de Dindymène !
          Loin des profanes odieux,
          Les tresses au vent déroulées,
Sous les grands pins flambants des montagnes troublées,
Io ! chantez Cybèle, origine des dieux.
Dans les sombres halliers de la forêt antique,
          Io ! l’œil en feu, le corps nu,

          Versez avec le van mystique
          Le grain où tout est contenu !


II. ANTISTROPHE.


Cybèle, assise au centre immobile du monde,
Reine aux yeux bienveillants, ceinte de larges tours,
Salut, source des biens et source des longs jours,
          Cybèle, ô nourrice féconde !
          Du sein du Pactole doré
          Où sont tes palais, ô déesse !
Tu donnes aux mortels la force et la sagesse,
Tu respires l’encens du temple préféré.
Secouant de ta robe un nuage de roses,
          Dans l’Éther splendide et sans fin
          Tu déroules le chœur des choses,
          Dociles à l’ordre divin !


II. ÉPODE.


          Soumis au joug des destinées,
Tous les pâles humains aux rapides années
          T’adjurent sous le poids des maux ;
Et dans leurs cœurs blessés, ô sagesse, tu mêles
          Au noir souci de leurs travaux
          Les espérances immortelles :
Le monde est suspendu, déesse, à tes mamelles :
En un pli de ta robe il rêve aux jours nouveaux.