Cours d’agriculture (Rozier)/AUBÉPIN

Hôtel Serpente (Tome secondp. 69-72).


AUBÉPIN, Aubépine, Épine blanche, Noble épine. Mots adoptés dans certaines provinces, pour désigner le même arbre. M. Tournefort le place dans la section neuvième de la vingt-unième classe, qui comprend les arbres & les arbrisseaux à fleur en rose, dont le calice devient un fruit à noyau ; & il l’appelle mespilus apii folio sylvestris spinosa sive oxyacantha. M. le chevalier von Linné le nomme cratœgus oxyacantha, & le classe dans l’ycosandrie digynie.

Fleur, composée de cinq pétales disposés en rose, presque ronds, concaves, insérés dans un calice d’une seule pièce, concave, ouvert. Les étamines sont au nombre de vingt environ ; le milieu de la fleur est occupé par deux pistils, & quelquefois par un seul.

Fruit ; baie rouge dans sa maturité, charnue, presque ronde, avec un ombilic dans sa partie supérieure ; elle renferme deux noyaux oblongs, séparés, durs, & chaque noyau contient une amande.

Feuilles, obtuses, portées sur des pétioles assez longs, dentées en manière de scie, deux fois divisées en trois, lisses, d’un verd foncé & brillant par-dessus, & d’un verd plus clair par-dessous.

Racine, tortueuse, rameuse, ligneuse.

Port. Grand arbrisseau, qui s’élève quelquefois à la hauteur des arbres de la troisième grandeur, suivant le terrain où il croît. Les rameaux très-multipliés & tortueux ; lorsqu’ils poussent en buisson, ils sont armés de fortes épines ; l’écorce est blanchâtre ; les fleurs naissent au sommet, disposées en corymbe, blanches, quelquefois d’un rose tendre, lorsque la fleur est dans son plus grand épanouissement ; les feuilles sont placées alternativement sur les tiges.

Propriétés. Les feuilles ont un goût visqueux ; les fleurs une odeur aromatique, assez agréable ; la pulpe du fruit est molle, glutineuse, douceâtre, astringente. On tire des fleurs une eau distillée, qu’on regarde comme diurétique ; ce qui est douteux. Des auteurs conseillent l’infusion des feuilles dans les diarrhées bilieuses, dans la diarrhée avec relâchement d’estomac, ce qui n’est pas bien démontré : d’autres prescrivent aussi inutilement de concasser le noyau, de le réduire en poudre, & de boire sa décoction pour expulser les sables, les graviers ; l’usage de son écorce est aussi inutile dans les dyssenteries.

À force de culture, de soins, l’art est parvenu à métamorphoser les fleurs simples de l’aubépin en fleurs doubles. Sur certains individus, ces fleurs sont d’un blanc, & sur d’autres, blanches, & tirant sur le rose dans le centre. Ces fleurs rassemblées en bouquets, offrent un joli coup d’œil ; elles méritent à cet arbrisseau une place dans les bosquets du printems. L’aubépin souffre la taille avec le croissant & avec les ciseaux, & il est facile de réunir à l’utilité de la haie, l’agrément du coup d’œil. On peut, à chaque distance de quinze à dix-huit pieds, suivant l’étendue de la haie, laisser monter une tige droite, & former à son sommet une tête ronde que l’on taille au ciseau.

Il y a deux manières de former les haies d’aubépin, ou en semant la graine, ou en plantant des pieds qu’on arrache dans les forêts.

Du semis. Cette méthode est plus longue, à la vérité, mais beaucoup plus sure. Dès que le fruit est parfaitement mûr, à la fin de l’automne, on le détachera des branches, & il sera aussitôt enterré, même avec sa pulpe, dans une caisse ou vase quelconque, rempli de terre rendue légère par le sable. Elle ne doit être ni trop humide, ni trop sèche, & on l’arrosera pendant l’hiver si le besoin l’exige. C’est ainsi qu’elle passera l’hiver dans un lieu à l’abri des gelées. Dès que l’on n’aura plus à redouter la rigueur de la saison, ces grains seront tirés de la caisse, & placés dans des sillons dont la terre sera légère. Chaque sillon sera éloigné du sillon voisin, de dix à douze pouces, & chaque grain de six pouces. Il est prudent d’en mettre deux ensemble, sauf à arracher celui qui aura poussé avec moins de vigueur. Ces distances sont nécessaires, & facilitent les sarclages & les petits labours que les jeunes plantes exigent. Les précautions dont on vient de parler, sont de rigueur, parce que le noyau s’ouvre difficilement ; & sans elles il resteroit quelquefois dans terre pendant deux, & même trois années sans germer. Après la première année, on ravale la tige jusqu’à un pouce au-dessus de terre, & les racines acquièrent du volume. Après la seconde année, si le plant n’est pas encore assez fort, on le ravalera de même, ou bien on le transplantera, s’il a acquis assez de consistance. Il faut de toute nécessité le transplanter après la troisième année, autrement il rabougriroit dans la pépinière.

Avant de commencer la transplantation, le fossé qui doit recevoir les jeunes arbrisseaux sera ouvert sur toute la longueur qu’on lui destine. Sa profondeur doit être d’un pied & demi sur autant de largeur, & la terre du fond du fossé travaillée & remuée à six ou sept pouces de profondeur. C’est le meilleur moyen d’empêcher les racines de taller horizontalement, & les forcer de pivoter.

Le terrain de la pépinière doit être ouvert par tranchées, afin de ne point endommager les racines, & lever la plante sans en briser aucune. Pour peu que soit tempéré le pays qu’on habite, la transplantation la plus utile sera en Novembre, ou au commencement de Décembre au plus tard. Les racines s’attachent à la terre pendant l’hiver, & même végètent pour peu que l’air soit doux. La plante craint moins les effets des premières séheresses du printems.

Après avoir levé les plants de la pépinière, suivant la quantité qu’on prévoit en planter depuis le matin jusqu’à midi, & ce qui vaudroit encore mieux, à fur & mesure qu’on les plante, afin que les racines ne soient pas trop exposées à l’impression de l’air & du soleil, on commencera à garnir avec les plants les deux côtés du fossé, & chaque plant sera éloigné de l’autre de quinze pouces, de manière que celui du côté droit soit placé au milieu des deux plants du côté gauche. Ce zig-zag ou échiquier, ne laissera que sept pouces & six lignes de vide sur les deux côtés de la plantation, & seize à dix-huit pouces entre les deux rangées. C’est la méthode la plus sûre d’avoir dans la suite une haie épaisse & bien fourrée. Toutes les tiges seront coupées à un ou deux pouces au-dessus de terre. Les jets de la première année seront ravalés, à la fin de l’hiver suivant, à six pouces. Il paroît au premier coup d’œil, que l’on perd du tems, & on ne considère pas que le tronc se fortifie ; que les racines grossissent, & que le nombre des rameaux s’épaissit. Le grand défaut de toutes les haies, en général, est de se dégarnir par le pied, parce qu’on s’est trop hâté de jouir. Consultez le mot Haie, dans lequel la manière de disposer les premières branches, de les greffer par approche, rend ces haies impénétrables, même aux chiens ; & d’une haie de cent toises de longueur, on forme un tout dont chaque branche tient à la branche voisine. On ne peut comparer aucune clôture de sureté à celle dont nous parlons.

La seconde méthode pour les haies d’aubépin, consiste à lever les jeunes plants dans les forêts, & à les planter comme il vient d’être dit. Leur reprise est moins sûre, tous les plants ne grandissent pas à la fois & également ; il se fait des clarières, des vides, que l’on tente vainement de regarnir par la suite. La fosse pratiquée à cet effet est bientôt remplie des racines des pieds voisins, & ces racines absorbent la nourriture qu’exigeroit la jeune plante. Une haie formée avec des plants de pépinière est toujours plus forte, mieux garnie, & dure plus long-tems que celle formée avec des plants tirés des forêts, sur-tout si on a ménagé le pivot, ce qui est facile dans une pépinière.