Correspondance de Voltaire/1756/Lettre 3175

Correspondance de Voltaire/1756
Correspondance : année 1756GarnierŒuvres complètes de Voltaire, tome 39 (p. 46-47).

3175. — À M. BERTRAND[1].
À Monrion, 26 mai 1756.

Mon cher monsieur, notre hôte[2] du Faucon doit me pardonner de ne pas acheter ses tableaux, attendu que les dépenses nécessaires vont avant le superflu, et qu’il faut commencer par avoir du linge et des commodes avant d’avoir des curiosités. Je pourrai, à mon retour à Berne, consoler notre ami Fersen par quelques achats, car assurément je reviendrai vous voir. Quant aux six louis d’or, je les lui donne du meilleur de mon cœur. Je voudrais lui en avoir donné quatre fois davantage et avoir demeuré quatre jours de plus auprès de vous ; il est vrai que tous nos gens ayant leur argent à dépenser, indépendamment de ces six louis, Mme Denis, ma trésorière, avait trouvé la somme un peu forte, et que, jugeant par là du prix des tableaux, elle a mieux aimé mettre mon argent à des draps et à des serviettes ; ainsi, en brave économe, elle a donné la préférence à M. Panchaud. Au reste, j’ai écrit un petit mot de consolation à cet honnête cabaretier, en dépit des vers d’Horace : Cauponibus atque malignis, perfidus hic caupo.

Je suis très-inquiet de la santé de monsieur le banneret. La mienne est pire que jamais. Je vous embrasse tendrement. V.

Point de nouvelles encore des fous français et des fous anglais. Point de bataille navale, et le fort Mahon est prêt[3] de se rendre.

  1. Magasin universel, 1838-1839, tome VI.
  2. Voltaire était allé voir à Berne le pasteur Bertrand, et avait logé à l’auberge du Faucon, rue du Marché.
  3. Voltaire a écrit prest : voyez une note, tome XIV, page 418.