Correspondance de Voltaire/1743/Lettre 1583

Correspondance de Voltaire/1743
Correspondance : année 1743GarnierŒuvres complètes de Voltaire, tome 36 (p. 213-214).

1583. — DE FRÉDÉRIC II, ROI DE PRUSSE.
Potsdam, 15 juin.

Quand votre ami, tranquille philosophe,
Sur son vaisseau, qu’il a soustrait aux vents,
Voit à regret l’illustre catastrophe
Que le destin fait tomber sur les grands,

je voudrais que vous vinssiez une fois à Berlin pour y rester, et que vous eussiez la force de soustraire votre légère nacelle aux bourrasques et au vents qui l’ont battue si souvent en France. Comment, mon cher Voltaire, pouvez-vous souffrir que l’on vous exclue ignominieusement de l’Académie, et qu’on vous batte des mains au théâtre ? Dédaigné à la cour, adoré à la ville, je ne m’accommoderais point de ce contraste ; et, de plus, la légèreté des Français ne leur permet pas d’être jamais constants dans leurs suffrages. Venez ici auprès d’une nation qui ne changera point ses jugements à votre égard ; quittez un pays où les Belle-Isle, les Chauvelin[1] et les Voltaire, ne trouvent point de protection. Adieu.

Fédéric.

Envoyez-moi la Pucelle, ou je vous renie.

  1. Voyez les notes, tome XXXIII, pages 181, 206-7.