Correspondance de Victor Hugo/1831

(tome 1p. 486-505).
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1831.


À Sainte-Beuve.


2 janvier 1831.

Vous avez été bien bon pour mes petits enfants, mon ami. Nous avons besoin de vous en remercier ma femme et moi. Venez donc dîner avec nous après-demain mardi. 1830 est passé !

Votre ami,

Victor.

Avez-vous reçu la lettre de Didine[1] ?


À Mademoiselle Mars, rue Saint-Lazare.


6 janvier 1831.

Je reçois, madame, une lettre de Paul[2] où il me fait part d’une conversation qu’il a eu l’honneur d’avoir hier avec vous relativement à Marion de Lorme. Je m’empresse de vous envoyer les explications que vous lui avez semblé désirer. Je n’ai qu’un souhait, madame, c’est de vous voir dans Marion de Lorme. Vous avez donné une si admirable couleur au rôle de doña Sol qu’il m’est impossible de ne pas songer souvent au parti que vous tireriez de Marion. Vous avez ensuite été si excellente pour moi qu’il m’est doux de penser que je pourrais vous témoigner quelque chose de ma reconnaissance en mettant à vos pieds ce rôle que vous avez la bonté de désirer. Je vous le réserve donc, et vous pouvez savoir que j’ai refusé tout ce qui m’a été proposé d’autre part.

J’ai donc toujours l’espérance de vous voir jouer Marion. Cependant, vous le savez, madame, les obstacles qui m’ont arrêté, ceux du moins qui sont relatifs à la composition actuelle de l’administration du théâtre et à sa situation, subsistent. On me fait espérer qu’ils disparaîtront bientôt, c’est-à-dire que la société sera dissoute et le théâtre mis en entreprise. Alors, madame, j’accourrai à vous, si vous voulez toujours de moi.

Je compte vous aller voir bientôt. Ma première sortie sera pour vous. J’achève en ce moment un travail très pressé. Permettez-moi, en attendant, de vous baiser la main et de mettre mes hommages et mon admiration à vos pieds.

Victor Hugo[3].


À Victor Pavie[4].


25 février 1831.

Vous avez raison, mon ami, mille fois raison. Je n’ai jamais songé à diriger un théâtre, mais à en avoir un. Je ne veux pas être directeur d’une troupe, mais propriétaire d’une exploitation, maître d’un atelier où l’art se cisèlerait en grand, ayant tout sous moi et loin de moi, directeur et acteurs. Je veux pouvoir pétrir et repétrir l’argile à mon gré, fondre et refondre la cire, et pour cela il faut que la cire et l’argile soient à moi. Du reste, quelqu’un administrera, dirigera pour mon compte à moi. Je ne ferai que des pièces et, la machine une fois en train, je les irai peut-être faire au lac de Côme ou sur les bords du Rhin, ou chez vous. Je serai même moins mêlé de cette façon aux choses du théâtre qu’en restant auteur du dehors. Ce qui salit le poëte, ce sont les tracasseries de la coulisse. Vous concevez qu’il n’y a pas de tracasseries pour le maître. D’ailleurs, aurai-je un théâtre, et tout ceci n’est-il pas une chimère ? Mais tranquillisez-vous, venez me voir, je vous achèverai cette lettre en causerie. Je ne saurais vous dire combien la vôtre m’a touché. Pour rien au monde je ne froisserais une si noble et si tendre amitié quand même elle aurait tort, mais ici elle a raison. Je suis, j’étais, d’avance, d’accord avec vous. Le fond de moi ne change pas ; vous savez que je suis un homme synthétique, et par conséquent plein de préjugés.

Gardez cette lettre bien secrète et bien entre nous deux pour mille raisons, et venez me voir. J’ai un service à vous demander.

Ex imo corde.
V. H.


Monsieur David[5].


Il faut absolument, mon brave ami, qu’on rende justice à M. Duseigneur[6]. Vous qui êtes si grand par le talent et par le cœur, vous sentez au fond de l’âme, j’en suis bien sûr, tout ce qu’il y a d’odieux et d’amer à enlever ainsi l’air et le soleil à un jeune homme plein d’avenir. Que le jury d’admission et d’exclusion du Salon prochain prenne garde à lui, car je me sens pour ma part une infinie démangeaison de lui dire son fait un de ces matins à dix ou douze mille exemplaires. Vous êtes digne, vous David, de les remettre dans la bonne voie et de leur enseigner les égards dus à la jeunesse, à la conscience et au talent. Tendez la main à M. Duseigneur, mon grand sculpteur, faites exposer son groupe[7], vous aurez agi comme vous devez toujours agir, en homme de cœur et en homme de talent.

Mettez-moi aux pieds de madame David. Je vous embrasse.

Victor H.
26 février [1831][8].
À Sainte-Beuve.


Ce 9 mars [1831].

Il y a des siècles, cher ami, que je ne vous ai vu et je passe ma vie à parler de vous et à y penser. Je vous enverrai Notre-Dame de Paris un de ces matins. N’en pensez pas trop de mal, je vous prie.

Permettez-moi, en attendant, de vous adresser M. Buloz[9], directeur de la Revue des Deux Mondes, recueil qui se régénère, et qui serait bien puissamment rajeuni si vous vouliez y coopérer. M. Buloz qui, je crois, vous plaira beaucoup, désire vivement vous entretenir de cette affaire.

Faites pour lui, je vous prie, tout ce que vous pourrez.

Votre éternel ami,
V. H.[10].


À Mademoiselle Mars, 64, rue Saint-Lazare.


Mardi, 10 mars 1831.
Madame,

Je veux tous les jours vous aller voir et tous les jours mon temps s’en va en mille affaires. J’ai pourtant besoin de vous parler, besoin de vous donner bien des explications que vous entendrez avec votre charmante bonté ordinaire, besoin de vous exprimer bien des regrets auxquels vous croirez sans peine. Vous avez été assez bonne pour venir deux fois chez moi. J’ai été bien fâché de ne pas m’y être trouvé. Vous auriez vu qu’il n’y a eu aucun tort de ma part dans le parti que j’ai dû prendre de retirer définitivement Marion de Lorme du Théâtre-Français. Vous savez que le ministère a osé essayer de rétablir la censure ; les auteurs ont dû s’engager à ne donner aucune pièce aux théâtres censurés, le Théâtre-Français était dans cette catégorie ; j’ai adhéré, comme je le devais, à l’acte d’union des auteurs. La Porte-Saint-Martin est venue me faire offre de jouer ma pièce avec toutes les résistances que je voudrais contre la censure. J’en ai prévenu Taylor, comme je l’avais promis, en lui donnant communication des conditions que M. Crosnier offrait de souscrire ; je lui ai déclaré que je donnerais la préférence au Théâtre-Français aux mêmes conditions. Je l’ai chargé de vous prévenir et de prévenir aussi le comité, et je lui ai donné ma parole que j’attendrais vingt-quatre heures avant de rien signer. Je n’ai plus eu de nouvelles de lui. J’ai pourtant attendu trois jours au lieu de vingt-quatre heures, et enfin, ne voyant rien venir, j’ai signé. Une chose encore, tout à fait impérieuse, m’a déterminé. J’ai eu avis que mon sujet m’avait été dérobé, et que déjà deux Marion de Lorme, en prose, avaient été offertes à deux théâtres. (On m’assure à l’instant même que l’une de ces pièces a été lue au Théâtre-Français ces jours-ci.) Il n’y avait donc pas un moment à perdre. Le Théâtre-Français placé en interdit par l’affaire de la censure, votre procès avec les sociétaires, la presque certitude [avouée par Taylor lui-même et confirmée depuis par les démarches du Théâtre-Français pour avoir Mme Dorval[11]] que vous ne vouliez plus jouer, la nécessité dans tous les cas d’attendre un temps indéfini pendant lequel mon sujet me serait pris et ma pièce déflorée par d’autres théâtres, tout cela m’a décidé pour la Porte-Saint-Martin. J’apprends aujourd’hui que vous auriez pu me jouer. C’est un regret bien profond. J’apprends aussi que vous êtes assez bonne pour regretter un peu ce rôle où je vous voyais si belle. C’est presque une consolation. C’est une espérance que vous ne rejetterez pas le prochain rôle que je serai bien heureux de mettre à vos pieds. En attendant, madame, pardonnez-moi, si vous croyez qu’il y a quelque chose à me pardonner. Écrivez-moi un mot pour me dire que vous ne me gronderez pas trop fort et que vous me permettrez de travailler encore pour vous ; plaignez-moi surtout, et conservez-moi, en échange d’une admiration sans borne et d’un dévouement profond, quelque amitié.

Victor Hugo.


À Sainte-Beuve.


Ce 11 mars [1831].

Nous sommes à l’Odéon, cher ami ; vous y avez vos entrées, vous seriez mille fois aimable de venir nous y rejoindre.

À vous du fond de l’âme,

Victor[12].


À Sainte-Beuve.


Ce dimanche 13 [mars 1831].

Je ne vous ai pas vu hier soir, mon ami, et vraiment, ç’a été un chagrin. J’ai tant de choses à vous dire, tant de peines que vous me faites à vous conter, tant de prières à vous faire, mon ami, du plus profond de mon cœur, pour vous, Sainte-Beuve, qui m’êtes plus cher que moi, j’ai tant besoin que vous me disiez encore que vous m’aimez pour le croire, qu’il faudra que j’aille un de ces matins vous chercher et vous prendre pour causer longuement, profondément, tendrement, de toutes ces choses avec vous. N’avez-vous pas quelquefois l’idée que vous vous trompez, mon ami[13] ? Oh ! je vous en supplie, ayez-la, c’est la seule prise qui me reste peut-être encore sur vous. Nous en causerons, n’est-ce pas ?

Maintenant, les misères. Voulez-vous vous charger de Notre-Dame de Paris ? Croyez-vous encore n’avoir pas trop de mal à en dire, car si l’on en dit du mal, je ne veux pas que ce soit vous ? En ce cas, faites insérer, demain ou après, un de ces fragments dans le Globe, avec annonce que le livre paraît mercredi[14]. J’ai chargé Gosselin[15] de vous envoyer un des premiers exemplaires. Vous le lirez, n’est-ce pas ? Vous me direz après franchement si vous croyez pouvoir en rendre compte, et j’irai un de ces matins écrire sur votre exemplaire que je suis toujours et que j’ai toujours été et que je serai toujours

Votre meilleur ami,
V. H.[16]


À Sainte-Beuve.


Ce vendredi 18 mars 1831.
Mon ami,

Je n’ai pas voulu vous écrire sur la première impression de votre lettre[17]. Elle a été trop triste et trop amère. J’aurais été injuste à mon tour. J’ai voulu attendre plusieurs jours. Aujourd’hui, je suis du moins calme, et je puis relire votre lettre sans trop raviver la profonde blessure qu’elle m’a faite. Je ne croyais pas, je dois vous le dire, que ce qui s’est passé entre nous, ce qui est connu de nom deux seuls au monde, pût jamais être oublié, surtout par vous, par le Sainte-Beuve que j’ai connu. Oh ! oui, je vous le dis avec plus de tristesse encore pour vous que pour moi, vous êtes bien changé ! Vous devez vous souvenir, si vos nouveaux amis n’ont pas effacé en vous jusqu’à l’ombre de l’image des anciens, vous devez vous souvenir de ce qui s’est passé entre nous dans l’occasion la plus douloureuse de ma vie, dans un moment où j’ai eu à choisir entre elle et vous ; rappelez-vous ce que je vous ai dit, ce que je vous ai offert, ce que je vous ai proposé, vous le savez, avec la ferme résolution de tenir ma promesse et de faire comme vous voudriez ; rappelez-vous cela, et songez que vous venez de m’écrire que dans cette affaire j’avais manqué envers vous d’abandon, de confiance, de franchise ! Voilà ce que vous avez pu écrire trois mois à peine après. Je vous le pardonne dès à présent. Il viendra peut-être un jour où vous ne vous le pardonnerez pas.

Toujours votre ami malgré vous.
V. H.[18]


À Sainte-Beuve.


Ce 4 avril [1831].

C’est moi, mon ami, qui veux vous aller voir, vous remercier, vous serrer la main. Votre lettre m’a causé une vive et réelle joie[19]. Croyez, mon ami, du moins je l’éprouve, qu’on ne se défait pas si vite d’une vieille amitié comme la nôtre. Ce serait un profond malheur que de pouvoir vivre après la mort d’un si grand morceau de nous-mêmes.

Victor Hugo.

Vous viendrez dîner un de ces jours avec nous, n’est-ce pas[20] ?


À Monsieur le docteur A.-P. Requin[21]


15 juin [1831].

Je veux tous les jours vous aller voir, mon excellent ami, vous aller remercier, car il me semble qu’une lettre est toujours bien plus froide et dit bien moins de choses qu’un serrement de main. Mais vous savez que je ne m’appartiens pas en ce moment. Je suis tyrannisé par une mauvaise catin[22] qui en tyrannisait bien d’autres il y a deux cents ans et qui me force à courir tous les jours des Champs-Élysées à la Porte Saint-Martin. C’est une persécution pour moi en attendant que c’en soit une pour vous et pour le public. Soyez donc indulgent, je vous prie, et donnez-moi la première de celles de vos soirées dont vous pourrez disposer.

Votre ami,
Victor H[23].


À Sainte-Beuve.


Ce vendredi matin, 1er juillet 1831.
.   .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .
Dans un concours heureux brillaient de toutes parts

Le sentiment, le charme et l’amour des beaux arts.
Sur quarante mortels qui briguaient son suffrage

Est-ce peu qu’aux traits séduisants
De votre muse de quinze ans
L’Académie ait dit : Jeune homme, allons ! courage !

Tendre ami des neuf sœurs, mes bras vous sont ouverts !

Venez, j’aime toujours les vers[24] !

Voilà tout ce que je me rappelle, mon cher ami. C’était en 1817. Faites de cela ce que vous voudrez. Ce sont de bien pauvres vers à encadrer dans votre riche prose, et vous avez bien de la charité d’enchâsser ainsi cet infortuné François de Neufchâteau.

Nous sommes ici admirablement, si bien que nous ne savons guère quand nous en partirons : ma femme est ravie, gaie, émerveillée, heureuse, bien portante. C’est une charmante hospitalité. Adieu. On sonne la cloche pour le déjeuner.

N’oubliez pas de m’écrire de Liège[25].

Toujours bien à vous,
Victor[26].
À Sainte-Beuve.


Ce 6 juillet [1831].

Ce que j’ai à vous écrire, cher ami, me cause une peine profonde, mais il faut pourtant que je vous l’écrive. Votre départ pour Liège m’en aurait dispensé, et c’est pour cela que je vous ai semblé quelquefois désirer une chose qui en tout autre temps eût été pour moi un véritable malheur, votre éloignement. Puisque vous ne partez pas, et j’avoue que vos raisons peuvent être bonnes, il faut, mon ami, que je décharge mon cœur dans le vôtre, fût-ce pour la dernière fois. Je ne puis supporter plus longtemps un état qui se prolongerait indéfiniment avec votre séjour à Paris.

Je ne sais si vous en avez fait comme moi l’amère réflexion, mais cet essai de trois mois d’une demi-intimité, mal reprise et mal recousue, ne nous a pas réussi. Ce n’est pas là, mon ami, notre ancienne et irréparable amitié. Quand vous n’êtes pas là, je sens au fond du cœur que je vous aime comme autrefois ; quand vous y êtes, c’est une torture. Nous ne sommes plus libres l’un avec l’autre, voyez-vous ! nous ne sommes plus ces deux frères que nous étions. Je ne vous ai plus, vous ne m’avez plus, il y a quelque chose entre nous. Cela est affreux à sentir, quand on est ensemble, dans la même chambre, sur le même canapé, quand on peut se toucher la main. À deux cents lieues l’un de l’autre, on se figure que ce sont les deux cents lieues qui vous séparent. C’est pour cela que je vous disais : partez ! Est-ce que vous ne comprenez pas bien tout ceci, Sainte-Beuve ? où est notre confiance, notre mutuel épanchement, notre liberté d’allée et de venue, notre causerie intarissable sans arrière-pensée ? Rien de tout cela. Tout m’est un supplice à présent. L’obligation même, qui m’est imposée par une personne que je ne dois pas nommer ici, d’être toujours là quand vous y êtes, me dit sans cesse et bien cruellement que nous ne sommes plus les amis d’autrefois. Mon pauvre ami, il y a quelque chose d’absent dans votre présence qui me la rend plus insupportable que votre absence même. Au moins, le vide sera complet.

Cessons donc de nous voir, croyez-moi, encore pour quelque temps, afin de ne pas cesser de nous aimer. Votre plaie est-elle cicatrisée ? je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est que la mienne ne l’est pas. Chaque fois que je vous vois, elle saigne. Vous devez trouver quelquefois que je ne suis plus le même. C’est que je souffre avec vous maintenant. Cela m’irrite, contre moi d’abord et surtout, puis contre vous, mon pauvre et toujours cher ami, et enfin contre une autre dont c’est peut-être aussi le vœu que je vous exprime dans cette lettre. De toutes ces souffrances du cœur, il s’échappe toujours, quoi que je fasse, quelque chose au dehors ; et cela nous rend tous malheureux, plus malheureux qu’avant de nous être revus.

Cessons donc de nous voir en ce moment, afin de nous revoir un jour, le plus tôt possible, et pour la vie. L’éloignement de nos quartiers, l’été, les courses à la campagne, qu’on ne me trouve jamais chez moi, voilà des prétextes suffisants pour le monde. Quant à nous, nous saurons à quoi nous en tenir. Nous nous aimerons toujours. Nous nous écrirons, n’est-ce pas ? Quand nous nous rencontrerons quelque part, ce sera une joie, nous nous serrerons la main avec plus de tendresse et d’effusion qu’ici. Que dites-vous de tout cela ? Écrivez-moi un mot.

J’arrête ici cette lettre. Ayez pitié de toutes ces idées sans suite. Cette lettre m’a bien fait souffrir, mon ami. Brûlez-la, que personne ne puisse jamais la relire, pas même vous.

Adieu.

Votre ami, votre frère,
Victor.

J’ai fait lire cette lettre à la seule personne qui devait la lire avant vous[27].


À Sainte-Beuve.


7 juillet 1831.

Je reçois votre lettre[28], cher ami, elle me navre. Vous avez raison en tout, votre conduite a été loyale et parfaite, vous n’avez blessé ni dû blesser personne... tout est dans ma pauvre malheureuse tête, mon ami ! Je vous aime en ce moment plus que jamais, je me hais, sans la moindre exagération, je me hais d’être fou et malade à ce point. Le jour où vous voudrez ma vie pour vous servir, vous l’aurez, et ce sera peu sacrifier. Car, voyez-vous, je ne dis ceci qu’à vous seul, je ne suis plus heureux. J’ai acquis la certitude qu’il était possible que ce qui a tout mon amour cessât de m’aimer, et que cela avait peut-être tenu à peu de chose avec vous. J’ai beau me redire tout ce que vous me dites et que cette pensée même est une folie, c’est toujours assez de cette goutte de poison pour empoisonner toute ma vie. Oui, allez, plaignez-moi, je suis vraiment malheureux. Je ne sais plus où j’en suis avec les deux êtres que j’aime le plus au monde. Vous êtes un des deux. Plaignez-moi, aimez-moi, écrivez-moi.

Voilà trois mois que je souffrais plus que jamais. Vous voir tous les jours en cet état, vous le comprenez, remuait sans cesse toutes ces fatales idées dans ma plaie. Jamais rien de tout cela ne sortira au dehors, vous seul en saurez quelque chose. Vous êtes toujours, n’est-ce pas que vous le voulez bien ? le premier et le meilleur de mes amis. Voilà un jour pourtant sous lequel vous ne me connaissiez pas encore ! Que je dois vous sembler fou et vous affliger ! Écrivez-moi que vous m’aimez toujours. Cela me fera du bien... Et je vivrai dans l’attente du jour bienheureux où nous nous reverrons !


À Sainte-Beuve.


10 juillet [1831].

Votre lettre m’a fait du bien[30]. Oh ! oui, vous êtes toujours et plus que jamais mon ami ! Il n’y a qu’un bon et tendre ami comme vous qui sache sonder d’une main si délicate une douleur si profonde et si vive ! Nous nous reverrons en effet çà et là. Nous dînerons quelquefois ensemble. Ce sera une joie pour moi. — En attendant, mon pauvre ami, priez Dieu pour que le calme du cœur me revienne. Je ne suis pas habitué à souffrir !

Écrivez-moi. Ne m’abandonnez pas.
Madame la baronne Victor Hugo,
9, rue Jean-Goujon, Champs-Élysées[32].


Bièvre, dimanche 17 juillet [1831],
2 heures après-midi[33].

C’est le moment où tu m’as promis que tu m’écrirais, chère ange, et je veux l’employer à t’écrire aussi. Il nous a été impossible de partir hier comme Édouard[34] se le figurait ; nous n’aurions pas été attendus là-bas. D’un autre côté le temps était et est encore si mauvais (il a plu toute la nuit et il pleut en ce moment) que nous ne savons pas si nous ferons la partie. En ce cas-là, je reviendrais ce soir ou demain matin, et j’arriverais peut-être en même temps que cette lettre. Ces dames m’ont toutes parlé de toi avec une extrême amitié, et si elles ne t’ont pas demandée, je crois tout simplement que c’est qu’elles n’osent pas. Elles pensent probablement que cela te dérangerait beaucoup. D’ailleurs le temps est si vilain, et mon retour peut être si prochain que cela n’en vaudrait plus la peine. Cependant, chère amie, je suis bien décidé à ne plus venir une autre fois sans toi. Tu me manques trop. Depuis hier je ne pense qu’à m’en revenir, qu’à te revoir ; je suis triste. Cette maison que tu rendais si gaie et si peuplée pour moi il y a peu de jours me semble à présent vide et déserte. Je voudrais que tu pusses te figurer à quel point je t’aime ; oui, je le voudrais, mon ange adoré. C’est plus fort peut-être encore qu’il y a dix ans. Je ne suis rien sans toi, mon Adèle. Je ne puis pas vivre. Oh ! comme je sens cela surtout aux moments d’absence. Ce lit où tu pourrais être (quoique tu ne veuilles plus, méchante !), cette chambre où je pourrais voir tes robes, tes bas, tes chiffons traîner sur les fauteuils à côté des miens, cette table même où j’écris et où tu viendrais me déranger par un baiser, tout cela m’est douloureux et poignant. Je n’ai pas dormi de la nuit ; je pensais à toi comme à dix-huit ans ; je rêvais de toi comme si je n’avais pas couché avec toi. Chère ange !

Écris-moi, et bien longuement. Cela me consolera, si cette maudite partie se fait. J’espère pourtant qu’elle ne se fera pas, et alors attends-moi d’un moment à l’autre. En tout cas, j’abrégerai tout, et j’arriverai vite. Quand je pense que cette course est une corvée pour moi et que ce serait un si grand plaisir si tu en étais !

Du reste, je suis ici comme tu sais, au milieu de cette charmante hospitalité que tu connais. M. Bertin est toujours le même, excellent, gai, amusant, le meilleur des hôtes. Il me ferait bien rire avec sa gaîté si je pouvais rire quand je ne t’ai pas. Je leur ai dit hier soir mes vers sur Bièvre. Cela les a enchantés. M. Hérold est venu ce matin me relancer ici pour ces vers qu’on me demande pour le Panthéon[35]. Je ne sais pas ce que je ferai, ni si je les ferai. Je ne pense qu’à toi, mon Adèle.

Je suis ravi. Il pleut toujours. Cela fera manquer la visite à Port-Royal, et je pourrai repartir tout de suite. Embrasse toujours pour moi nos chers petits enfants, et cette bonne Martine[36] à qui je te recommande. Adieu, ange ! Soigne-toi, porte-toi bien, aime-moi, pardonne-moi. Quand je reviendrai, je te ferai ôter tes bas pour baiser tes petits pieds bien-aimés.

Ton Victor[37].


À J. Hérold.


Bièvre, 18 juillet 1831.

Voici, monsieur, deux ou trois méchantes strophes[38]. Je ne crois pas que vous en puissiez faire grand’chose. Ce sera un beau triomphe pour votre talent si vous parvenez à faire vivre et respirer cet embryon informe. J’ai cru qu’il fallait que cela fût simple, funèbre et grandiose ; je crois que cela est trop simple, peu funèbre et pas du tout grandiose. En tout cas, brûlez ces vers s’ils vous paraissent trop méchants, et n’y voyez qu’une preuve du désir que j’avais de faire une chose qui pût vous être agréable. Pour moi, je me féliciterai toujours d’une occasion qui m’a procuré l’honneur de faire votre connaissance.

Agréez, je vous prie, monsieur, l’expression cordiale de ma considération distinguée.

Victor Hugo.

Je serai à Paris mercredi soir.

Si c’est trop long, je crois que vous pourriez supprimer la dernière strophe.
À Sainte-Beuve.


Ce 21 [juillet 1831].

J’ai les yeux si malades, cher ami, que j’y vois à peine pour vous écrire. Je reçois votre lettre en rentrant de la campagne où j’étais allé passer quelques jours dans l’espoir d’y trouver des distractions, qui m’ont fui là comme ailleurs. Je n’ai plus qu’une pensée triste, amère, inquiète, mais, je vous jure, pleine au fond de tendresse pour vous. Voici les vers que vous me demandez[39]. Faites-en tout ce que vous voudrez, comme vous le voudrez. Vous êtes mille fois trop bon de vous occuper encore de moi. J’en suis toujours bien fier, et plus profondément touché que jamais. Mais surtout aimez-moi et plaignez-moi.

Votre frère,
Victor[40].


À J. Hérold.


Paris, vendredi matin, 22 juillet [1831].

Je serais déjà allé, monsieur, vous chercher et vous remercier de votre bonne visite, si je n’étais absorbé par les répétitions d’une pièce qui me prend tout mon temps. Je ne sais si vous aurez envie de faire quelque chose des vers que j’ai eu l’honneur de vous envoyer, et je vous engage fort à n’en rien faire. Si pourtant vous vous décidiez à donner l’âme et la vie à une lettre-morte, voici deux vers que j’ai changés, et de la correction desquels je vous prierais de tenir compte, s’il en est encore temps :

1° Il faudrait lire les deux premiers vers de la première strophe ainsi :

Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie
Ont droit qu’à leurs cercueils la foule vienne et prie.

2° Dans le chœur, au lieu de :

Gloire à la patrie éternelle !

Il faudrait :

Gloire à notre France éternelle !

Pardon, monsieur, de vous avoir envoyé si peu de chose. J’ai fait preuve de bonne volonté ; c’est vous qui ferez preuve de talent.


À Sainte-Beuve.


Vendredi soir [5 août 1831].

Votre lettre m’émeut aux larmes, mon ami. Oui, je compte sur vous[41]. Voici un laissez-passer. Avez-vous quelques amis, de ces amis comme vous savez qu’il m’en faut, avec les ennemis que j’ai ; je vous donnerai les moyens de les placer. Croyez-vous que Lerminier[42], que Magnin[43], que Brizeux[44] assisteraient à Marion avec plaisir et voulez-vous vous charger de leur dire que je tiens des places à leur disposition ; Pardon ! vous voyez comme je dispose de vous ; c’est encore comme autrefois.

Votre fidèle ami,
Victor.

La représentation aura lieu jeudi et la répétition mercredi. Vous verrez

relâche sur l’affiche[45].
À Madame Ménessier-Nodier[46].


Ce dimanche, 5 septembre 1831.

Vous me comblez, madame, et Charles aussi. Un article de Charles sur Marion, ce sera plus que de la gloire pour moi, ce sera du bonheur. Ma pauvre comédie a été singulièrement flattée et vernissée par la critique. J’ai grand besoin qu’une main comme celle de mon ami, de votre père, la débarbouille un peu.

Il serait bien aimable aussi de se charger de prévenir le Temps qu’il fait l’article sur Marion livre, si livre il y a. Je suis bien honteux d’ajouter cette peine à toutes celles qu’il se donne déjà pour moi ; mais sa voix au Temps[47] comme partout ailleurs, doit avoir plus de crédit et d’autorité que toute autre, et surtout que la mienne.

Il y a tant et de si énormes fautes d’impression dans le premier tirage de Marion que je ne veux pas vous la donner ainsi. Il paraît que le libraire en prépare un second ; j’espère en mettre un exemplaire à vos pieds, s’il y a moins d’énormités typographiques, et surtout si le papier est moins hideux. Jusqu’ici, Marion est habillée en vrai papier à savon. Le livre a l’air de sortir de chez l’épicier. Il est vrai que c’est pour y retourner.

Ne partez pas encore pour Metz, madame, je vous en supplie. Que j’aie au moins le bonheur de pouvoir aller passer une heure à vos pieds. Mettez-moi à ceux de Mme Nodier et dans les bras de Charles.


Votre bien respectueux et dévoué ami,
Victor.

Ma femme vous embrasse tendrement. Recommandez-moi au bon souvenir de votre mari.

Je hais Metz !
Au roi Joseph.


Paris, 6 septembre 1831.
Sire,

Votre lettre m’a profondément touché[48]. Je manque d’expression pour remercier Votre Majesté.

Je n’ai pas oublié, sire, que mon père a été votre ami. C’est aussi le mot dont il se servait. J’ai été pénétré de reconnaissance et de joie en le retrouvant sous la plume de Votre Majesté.

J’ai vu M. Poinset. Il m’a paru en effet un homme de réelle distinction. Au reste, sire, vous êtes et vous avez toujours été bon juge.

J’ai causé à cœur ouvert avec M. Poinset. Il vous dira mes espérances, mes vœux, toute ma pensée. Je crois qu’il y a dans l’avenir des événements certains, calculables, nécessaires, que la destinée amènerait à elle seule ; mais il est bon quelquefois que la main des hommes aide un peu la force des choses. La providence a d’ordinaire le pas lent. On peut le hâter.

C’est parce que je suis dévoué à la France, dévoué à la liberté, que j’ai foi en l’avenir de votre royal neveu[49]. Il peut servir grandement la patrie. S’il donnait, comme je n’en doute pas, toutes les garanties nécessaires aux idées d’émancipation, de progrès et de liberté, personne ne se rallierait à cet ordre de choses nouveau plus cordialement et plus ardemment que moi, et, avec moi, sire, j’oserais m’en faire garant en son nom, toute la jeunesse de France, qui vénère le nom de l’empereur et sur laquelle, dans ma position obscure, mais indépendante, j’ai peut-être quelque influence.

C’est sur la jeunesse qu’il faudrait s’appuyer maintenant, sire. Les anciens hommes de l’empire ont été ingrats et sont usés. La jeunesse fait tout aujourd’hui en France. Elle porte en elle l’avenir du pays, et elle le sait.

Je recevrai avec reconnaissance les documents précieux que Votre Majesté a l’intention de me faire remettre par M. Presle. Je crois que Votre Majesté peut immensément pour le fils de l’empereur.

Je sais que Votre Majesté a toujours aimé les lettres, et qu’elle les a cultivées avec un éclat tel qu’il a rehaussé jusqu’à une couronne. Aussi votre suffrage, si éclairé et si bienveillant, m’est-il glorieux de toutes les manières. Permettez-moi donc, sire, d’offrir à Votre Majesté, comme un hommage personnel, un exemplaire de mon dernier ouvrage. M. Poinset partant demain, le temps me manque pour le présenter à Votre Majesté sous une forme plus digne d’elle. J’espère que vous le lirez avec indulgence. Vous y verrez, comme dans tous mes autres ouvrages, le nom de l’empereur[50]. Je le mets partout, parce que je le vois partout. Si Votre Majesté m’a fait l’honneur de lire ce que j’ai publié jusqu’ici, elle a pu remarquer qu’à chacun de mes ouvrages mon admiration pour son illustre frère est de plus en plus profonde, de plus en plus sentie, de plus en plus dégagée de l’alliage royaliste de mes premières années. Comptez sur moi, sire ; le peu que je puis, je le ferai pour l’héritier du plus grand nom qui soit au monde. Je crois qu’il peut sauver la France. Je le dirai, je l’écrirai, et, s’il plaît à Dieu, je l’imprimerai.

Ce que vous avez fait pour mon père, pour ma famille, ne sortira jamais de mon cœur ni de ma mémoire. En portant le plus haut que je puis le nom de Napoléon, en le défendant, comme un soldat fidèle, contre toute attaque, contre toute injure, je satisfais tout ensemble ma conscience et ma reconnaissance. J’ai à la fois le double bonheur de remplir mon devoir et d’acquitter une dette.

Je suis avec respect, de Votre Majesté, le très humble serviteur.

Victor Hugo[51].


À Monsieur Cordellier-Delanoue[52].


Ce dimanche, 25 septembre [1831].

C’est moi, mon cher et excellent ami, qui renonce tout de suite et à l’instant même à Louis XVI[53], du moins jusqu’à ce que Strafford soit joué. Tenez-vous ceci pour dit. Et allez, mon ami, le plaisir que j’éprouve à vous faire ce sacrifice est plus grand que le sacrifice, si sacrifice il y a.

Si je trouve quelque autre combinaison, comme de faire nommer Bonaparte dès les premières scènes et de renoncer à l’effet du nom inédit jeté à la fin, je vous la soumettrai comme un ami à un ami, ut decet. Et dans tous les cas on ne jouera Louis XVI, je vous le répète, que quand vous le voudrez, et jamais si vous le voulez.

Je me rappelle fort bien à présent que vous m’aviez dit votre idée et je trouve que la mienne y ressemblait, en effet, beaucoup. À vous donc toute priorité. C’est la première fois, je vous le dis sincèrement, que je me surprends en plagiat flagrant. Cela m’afflige. Est-ce que l’archevêque de Grenade baisserait déjà ?

D’ailleurs, votre vers est sublime et renferme une idée qui est la plus belle, et que je n’ai pas :

… Charles premier, je me nomme Cromwell.

Chez moi, rien de cette grandeur. Bonaparte ne dit pas le vers à Louis XVI, et Bonaparte n’est pas le régicide de Louis XVI.

Merci cent fois de votre bonne et généreuse lettre. Je ne veux pas que Strafford perde un cheveu, ni un vers, et je compte bien l’applaudir bientôt de toutes mes mains et de tous mes poumons.

À vous fraternellement.
Victor.


À Monsieur Cordellier-Delanoue.


30 septembre [1831].

Je vous remercie, mon cher Delanoue, de votre noble et cordiale lettre, comme d’une des plus chères preuves d’amitié que vous puissiez me donner ; mais je persiste. Louis XVI après Strafford. Ce que j’ai écrit, ce que je vous ai dit, ce n’était pas du bout des lèvres, mais du fond du cœur. Ma résolution était fermement prise, et au moment où j’ai reçu votre dernière lettre j’avais déjà abandonné Louis XVI pour une autre victime. À Strafford donc, mon ami ! Je l’aime comme je vous aime. Ce qui vient de votre cœur ira toujours au mien.

Victor.
À David d’Angers.


Samedi soir [septembre 1831].

Mon bon ami, il est minuit. J’arrive du théâtre. Voyez quelle fatalité ! Mlle George[54] a précisément demain, à l’heure dite, une indispensable répétition de Catherine II[55]. Elle vous supplie de l’excuser, et surtout de ne pas renoncer à inscrire son profil sur vos impérissables tablettes de bronze. J’espère que cette lettre, que je vous ferai tenir demain matin, vous arrivera à temps.

À vous du fond du cœur,
Victor Hugo.


  1. Archives Spoelberch de Lovenjoul.
  2. Paul Foucher.
  3. L’original de cette lettre a été vendu le 21 juin 1892 à l’Hôtel Drouot. Nous n’avons donc pu collationner cette copie. Anatole France a publié cette lettre dans l’Univers illustré du 25 juin 1892.
  4. La révolution de 1830 eut une répercussion prolongée sur la situation financière des théâtres ; au début de janvier 1851, la fermeture de la Comédie-Française avait été envisagée ; le bruit courut alors que Victor Hugo et Alexandre Dumas en prendraient la direction. Victor Pavie lui adressa une lettre éplorée : « Un directeur, le confrère d’un Crosnier, d’un Harel, vous ! la femme d’un directeur, une femme comme la vôtre ! Cela est triste à faire pleurer ! Vous voilà mêlé aux cent mille intrigues des coulisses, résiliant des baux, payant des dédits, trafiquant d’acteurs et d’actrices, vous ! » (23 février 1831.)
  5. Inédite.
  6. Duseigneur ne fut admis à exposer au Salon qu’en 1831. Ses premières compositions s’inspirèrent du moyen âge. Plus tard il se consacra la décoration des églises. Il écrivit une importante étude sur la Sculpture du IVe au XIIe siècle.
  7. La Esmeralda au pilori, ne fut exposé qu’au salon de 1833.
  8. Bibliothèque d’Angers.
  9. François Buloz, ses études terminées, fut typographe dans la même imprimerie que Pierre Leroux ; en 1831, il devint directeur de la Revue des Deux Mondes, puis, de 1838 à 1848, commissaire royal près le Théâtre-Français.
  10. Archives Spoelberch de Lovenjoul.
  11. Mme Dorval personnifia l’héroïne romantique. Ses plus belles créations furent Adèle dans Antony, Marion de Lorme, Catarina dans Angelo (elle reprit le rôle de la Tisbe après Mlle Mars et y eut un grand succès), Kitty Bell dans Chatterton. Elle dut son engagement au Théâtre-Français à Victor Hugo qui lui témoigna toujours une affection sincère et dévouée.
  12. Archives Spoelberch de Lovenjoul.
  13. Sainte-Beuve avait dû avouer à son ami qu’il aimait Mme Victor Hugo.
  14. Sainte-Beuve ne fit pas d’article sur Notre-Dame de Paris, dans le Globe.
  15. Éditeur de Notre-Dame de Paris.
  16. Archives Spoelherch de Lovenjoul.
  17. Voici deux extraits de la lettre de Sainte-Beuve : « ... Quelque coupable que j’aie été envers vous et que j’aie dû vous paraître, j’ai cru, mon ami, que vous-même aviez eu alors envers moi des torts réels dans l’état d’amitié intime où nous étions placés, des torts par manque d’abandon, de confiance, de franchise... — Votre conduite, aux yeux de l’univers, si vous l’exposiez, serait irréprochable ; elle a été digne, ferme et noble ; je ne l’ai pas trouvée, à beaucoup près, aussi tendre, aussi bonne, aussi rare, aussi unique, qu’elle pouvait l’être dans l’état d’amitié unique où nous vivions.» (13 mars 1831.) Gustave Simon. Lettres de Sainte-Beuve à Victor Hugo et à Mme Victor Hugo, Revue de Paris, 1er janvier 1905.
  18. Archives Spoelberch de Lovenjoul.
  19. « J’ai moi-même eu besoin d’attendre bien des jours avant de vous répondre... Il n’était pas entré dans ma pensée de vous offenser le moins du monde dans ma lettre ; l’expression m’en avait paru triste et douloureuse, mais sans aigreur ; je vous avais dit sincèrement là où était ma plaie ; qu’il n’en soit plus question entre nous, mon ami ; car vous l’êtes toujours, non pas malgré moi je vous jure... Si je suis si méchant, si passionné, si inégal, c’est que je suis livré aux caprices de mon misérable cœur. » Lettre de Sainte-Beuve, 3 avril 1831. Gustave Simon. Lettres à Victor Hugo et à Mme Victor Hugo. Revue de Paris, 1er janvier 1905.
  20. Archives Spoelberch de Lovenjoul.
  21. Le docteur Requin, agrégé de la Faculté de médecine et membre de l’Académie de médecine, a publié plusieurs volumes de pathologie et de philosophie médicales.
  22. Marion de Lorme qu’on répétait à la Porte Saint-Martin.
  23. Collection Louis Barthou.
  24. Sainte-Beuve avait écrit la veille à Victor Hugo, alors chez les Bertin avec sa femme, pour
    lui demander les quatre ou cinq premiers vers que François de Neufchâteau avait adressés au
    jeune poëte après le concours de l’Académie où Victor Hugo avait obtenu une mention. Sainte-Beuve voulait citer ces vers dans l’article qu’il préparait sur Victor Hugo pour la Biographie des Contemporains, juillet 1831.
  25. Sainte-Beuve devait partir incessamment pour Liège où il avait été nommé titulaire d’une chaire de littérature ; mais il y renonça et expliqua à Victor Hugo, dans une lettre que nous n’avons pas, les motifs de sa décision.
  26. Archives Spoelberch de Lovenjoul.
  27. 'Archives Spoelberch de Lovenjoul.
  28. Écrite le 7 juillet, en réponse à la lettre du 6 ; Sainte-Beuve s’y montre affectueux : « ... Cette lettre qui m’accable et m’afflige beaucoup ne m’irrite nullement, j’ai un regret amer, une douleur secrète d’être pour une amitié comme la vôtre une pierre d’achoppement, un gravier intérieur, une lame brisée dans la blessure... ». — Gustave Simon, Lettres de Sainte-Beuve à Victor Hugo et à Mme Victor Hugo. Revue de Paris, 1er janvier 1905.
  29. Archives Spoelberch de Lovenjoul.
  30. « ... Tâchez, mon ami, tâchez de vaincre le malheureux et noir soupçon qui vous est né ; je sais combien cette plaie est douloureuse, pudique, et combien on rougit qu’une main y touche, même la main la plus délicate et la plus compatissante. Mais que n’avez-vous parlé plus tôt ? Que n’avez-vous, par un mot de confiance, éloigné plus à temps pour vous l’auteur de ce tourment ?... Quelquefois peut-être, plus tard, je vous demanderai de venir dîner avec moi à quelque café... Adieu mon ami, votre ami comme toujours et plus que toujours. » 8 juillet 1851. Gustave Simon. Lettres de Sainte-Beuve à Victor Hugo et à Mme Victor Hugo. Revue de Paris, 1er janvier 1905.
  31. Archives Spoelberch de Lovenjoul.
  32. Inédite.
  33. Mme Victor Hugo avait quitté Bièvre avec ses enfants et était rentrée à Paris ; Victor Hugo, après avoir accompagné sa femme, était retourné pour quelques jours chez les Bertin.
  34. Édouard Bertin, fils aîné de M. Bertin, peintre paysagiste de talent, inspecteur des Beaux-Arts sous Louis-Philippe, directeur du Journal des Débats à partir de 1854.
  35. Le ministère avait demanda à Victor Hugo un Hymne aux morts de Juillet, pour l’inauguration du monument élevé au Panthéon en leur honneur. On avait demandé la musique de l’hymne à Hérold, qui venait de remporter le grand succès de Zampa.
  36. Victor Hugo avait recueilli la tante Martine, veuve du major Francis Hugo.
  37. Bibliothèque Nationale.
  38. Ces vers parurent dans les journaux de l’époque, et furent insérés, en 1835, dans les Chants du Crépuscule.
  39. Ce siècle avait deux ans, vers publiés dans les Feuilles d’Automne. Sainte-Beuve demandait ces vers pour les insérer dans la biographie de Victor Hugo qui parut dans la Revue des Deux Mondes, 1er août 1831, et pour laquelle une partie de l’article de juillet (Biographie des Contemporains) fut utilisé.
  40. Archives Spoelberch de Lovenjoul.
  41. La veille Sainte-Beuve lui avait écrit : « ... Est-ce bien sûr qu’on donne Marion lundi ou mardi ? Vous seriez bien bon de ne pas m’oublier pour la répétition générale... Je voudrais bien, mon ami, pouvoir vous être bon à quelque chose dans ceci, mais je ne vois pas à quoi. Si vous aviez quelque service pour lequel je vous fusse bon, j’éprouverais une vraie reconnaissance de vous voir me le demander. » 5 août 1831. Gustave Simon. Lettres de Sainte-Beuve à Victor Hugo et à Mme Victor Hugo. Revue de Paris, 15 janvier 1905.
  42. Lerminier, professeur d’histoire et de législation au Collège de France ; ami de Sainte-Beuve et saint-simonien très ardent.
  43. Charles Magnin, critique littéraire au Globe, puis au National ; attaché à la Bibliothèque Royale, dont il devint conservateur des imprimés en 1832.
  44. Brizeux, poète breton, fit plusieurs articles de critique littéraire et laissa un poème qui eut à l’époque beaucoup de succès : Marie.
  45. Archives Spoelberch de Lovenjoul.
  46. Marie Nodier, mariée à M. Ménessier, devait suivre son mari à Metz.
  47. Deux articles de Nodier sur Marion de Lorme ont paru dans le Temps, les 31 octobre et 2 novembre 1831.
  48. Le roi Joseph avait écrit, de New-York, le 29 juin 1831, à Victor Hugo ; il lui demandait son opinion sur la lettre adressée par lui, le 19 septembre 1830, à la Chambre des Députés, mais qui n’avait pas été lue en séance. Il en promettait la copie à Victor Hugo, copie qui devait lui être remise par M. Presle.
  49. Le duc de Reichstadt.
  50. Marion de Lorme, préface.
  51. Brouillon. Archives de la famille de Victor Hugo.
  52. Cordellier-Delanoue collabora tout jeune à la France littéraire, puis aborda tous les genres, poésie, roman, théâtre.
  53. Victor Hugo avait eu à ce moment l’idée d’écrire un drame où il aurait mis Bonaparte en présence de Louis XVI, comme M. Cordellier-Delanoue mettait Cromwell en face de Charles Ier. Le drame de Cordellier-Delanoue fut représenté au théâtre de la Porte Saint-Martin le 21 mai 1835 sous le titre : Cromwell et Charles Ier.
  54. Mlle George, tragédienne célèbre, débuta, à quatorze ans, à la Comédie-Française qu’elle quitta en 1818 ; après de brillantes représentations dans les capitales d’Europe, elle se consacra au drame moderne et créa, avec grand succès, Lucrèce Borgia et Marie Tudor. Sur son déclin elle eut souvent recours à Victor Hugo qui lui témoigna toujours une amitié fidèle et agissante.
  55. Drame de Lockroy et Arnould, joué le 29 septembre 1831, au théâtre de l’Odéon.