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CCCLXIV

À M. ET MADAME ERNEST PÉRIGOIS, À LA CHÂTRE


Paris, mars 1853.


Chers enfants,

Merci encore et toujours pour toutes vos tendresses pour ma petite-fille… Il me tarde de vous remercier, de vous embrasser, de revoir ma Nini et de me retrouver dans mon nid tranquille ; car je m’ennuie ici à avaler trois langues, si je les avais. Tout le monde y est bête à manger de l’herbe, surtout les gens d’esprit, qui redoublent de vide et de paradoxe pour prouver que tout est pour le mieux.

Je fais mon possible pour sourire à toute chose en me parlant à moi-même, pour me consoler de ce que j’entends. Mais il me semble que je suis aux galères. On sent tellement que la contradiction ne serait qu’un jeu d’esprit et n’atteindrait pas des cœurs vides ou absents ! Quelle décadence que celles des âmes, et comme l’intelligence est stupide quand elle se met à vouloir vivre et marcher toute seule !

Aussi les arts périssent et se traînent froids devant des yeux troubles. — Cependant la pièce de Ponsard l’Honneur et l’Argent a fait vibrer encore un peu de jeunesse à l’Odéon. C’est presque de l’opposition que d’oser mettre ces deux choses en parallèle.

À bientôt, chers amis ; mille et mille tendresses de tous les miens pour vous. Je vous embrasse de cœur.

GEORGE SAND.