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CCCXXXVII

À M. CHARLES PONCY, À TOULON


Paris, 4 janvier 1852.


Mes très chers enfants,

Je vous remercie de vos gentilles et bonnes lettres, et de tout ce que vous me souhaitez d’heureux. À supposer que je puisse être bien heureuse au milieu de tant de désolations et d’inquiétudes, il me faudrait encore vous savoir heureux pour l’être entièrement. Mais nous vivons dans un temps où l’on ne peut se souhaiter les uns aux autres qu’une bonne dose de courage pour affronter l’inconnu et traverser le doute.

L’espérance reste toujours au fond du cœur de l’homme ; mais, comme la clarté de cette petite lampe qui veille en nous est faible et tremblotante dans ce moment-ci ! Les huit millions de votes apprendront-ils au président que sa force est dans le peuple et qu’il faut s’appuyer sur la démocratie dans l’exercice de sa puissance, comme à son point de départ ?

Mais je ne veux pas vous attrister par mes réflexions ; je ne veux pas faire rêver et soupirer Désirée et endormir l’aimable Solange, qui, heureusement pour elle, ne comprend pas encore ce que c’est que la vie. Donnez, mon bon Charles, un tendre baiser à ces deux chères créatures, et dites-leur que je les bénis comme mes enfants.

Toujours écrasée de travail et tout à fait malade, je vais devant moi, faisant ma tâche de chaque jour.

Ayons la foi, mes amis, et comptons sur la bonté de Dieu, ici-bas et là-haut.

Je vous embrasse de cœur. Mes enfants vous embrassent aussi et vous aiment.