Ouvrir le menu principal
Imprimerie coloniale (p. 100-102).


XIII

PRÉDESTINATION


Un homme était à labourer sa rizière quand un astrologue passa dans le chemin. L'astrologue lui dit : C'est en vain que tu laboures, tu ne mangeras pas le riz. L'homme lui demanda pourquoi ? L'astrologue répondit : De tes années et de tes mois il ne te reste qu'un mois de vie, c'est en vain que tu laboures. L'homme dit : En est-il vraiment ainsi, Seigneur ? Certainement, répondit l'astrologue.

L'homme alors détela ses buffles et revint chez lui. Il dit à sa mère : Aujourd'hui je viens vous dire que je ne labourerai plus. Sa mère lui demanda : Pourquoi dis-tu cela ? Qu'est-il arrivé ? L'homme répondit : J'étais à labourer quand un astrologue est passé dans le chemin et m'a dit : Pourquoi laboures-tu ? De tes années et de tes mois il ne te reste qu'un mois de vie. Pourquoi aurais-je continué ? Maintenant je viens vous avertir et vous demander à aller mourir par les chemins et les forêts, car si je mourais à la maison, cela vous attristerait trop ; donnez-moi de l'argent et du riz pour manger en attendant la mort.

Sa mère essaya de le détourner de son dessein, mais il ne l'écouta pas et partit. Sur sa route il rencontra des ratong dao amoncelés dans une mare dont l'eau s'était desséchée presque toute. L'homme dit : Vous êtes comme moi. Aujourd'hui, vous avez encore de l'eau, mais demain la mare sera desséchée et vous périrez tous comme moi. Moi je n'ai plus que vingt-neuf jours, mais je vais vous sauver. Il mit les ratong dao dans un pan de son habit, chercha la rivière et les y jeta.

En allant plus loin il vit un nid de fourmis emporté par les eaux. Il entra dans l'eau et rapporta le nid à terre. Il dit aux fourmis : Vous ne périrez pas. Vous êtes je ne sais combien de milliers, mais si vous aviez été portées jusqu'à la mer, les flots vous auraient ballottées et vous auriez toutes péri. Aujourd'hui je vous ai sauvées. Mon sort était comme le vôtre, c'est pourquoi je vous ai fait du bien. Il prit le nid de fourmis et le déposa dans les grands arbres.

Il arriva à un village et demanda aux gens ? Ici y a-t-il un gourou ? Les gens dirent : Il y en a. Si vous le connaissez, dit l'homme, montrez-moi où il demeure, je veux aller étudier. Les gens lui montrèrent la maison du gourou, il y alla et demeura à étudier. Il ne dit rien de son affaire et la garda pour lui.

Quand il fut près du terme il dit au maître : Maître, allez demander pour moi une femme ? Le maître lui dit : Quelle femme as-tu vue, que tu veuilles demander[1] ?.... Le maître lui dit : Tu ne connais pas cette femme. Tous ceux qui, le soir, sont allées pour l'épouser, le matin sont morts. Il en est mort ainsi quatre-vingt-dix-neuf. En l'épousant tu cours à ta perte. Peu importe, répondit l'autre, allez la demander pour moi.

Le maître, voyant qu'il ne se rendait pas à ses observations, alla faire la demande. L'homme épousa et ne mourut pas. La mauvaise destinée de la femme était épuisée et, quant au mari, les fourmis et les ratong dao qu'il avait sauvés avaient obtenu du seigneur Awluah de lui donner cent ans de vie, de sorte qu'il ne mourut pas. Les deux époux vécurent ensemble jusqu'à la vieillesse.



  1. Il y a dans le texte une lacune facile à suppléer.