Ouvrir le menu principal
Imprimerie coloniale (p. 5-7).


CONTES TJAMES

________


AVERTISSEMENT


Les Tjames (Chams, Quiames, Ciampois), peuple dont le passé historique ne nous a été jusqu’ici connu que par les annales annamites, forment deux groupes principaux, habitant l’un le Binh Thuân, l’autre le Cambodge. Entre ces deux groupes sont dispersés de nombreux villages peuplés par des individus de race plus ou moins pure et dont les dialectes paraissent au moins fortement mêlés de tjame, s’il faut en juger par les vocabulaires rapportés par les voyageurs.

Quoique établis dans le voisinage immédiat de notre colonie, et quelques-uns dans ses limites, les Tjames étaient une des populations les plus inconnues de l’Indochine lorsque M. Aymonier visita le groupe du Binh Thuân. Il connaissait déjà le groupe cambodgien, groupe immigré et, semble-t-il, sans grande importance, et avait même publié, dans le tome IV des Excursions et Reconnaissances, p. 167-186, une notice sur leur écriture et leur langue. M. Aymonier, dans la relation de son voyage au Binh Thuân, a fait connaître le régime auquel les Tjames ont été soumis par les dominateurs annamites ; il nous promet, pour un temps prochain, une étude d’ensemble sur la langue, les mœurs et la littérature de ce peuple ; de nombreuses inscriptions enfin, recueillies par ses soins et complétées par les traditions locales, renouvelleront sans doute l’histoire des Tjames et nous la présenteront sous un autre jour que la sèche et sanglante chronique annamite.

Après avoir longtemps attendu cette publication qui doit ouvrir un champ nouveau aux études indochinoises, j’ai cru qu’il me serait permis de la devancer dans le modeste domaine du folk lore en publiant quelques contes recueillis à Saigon parmi les Tjames qu’y avait amenés M. Aymonier. Le principal contributeur a été un Tjame de Phanri nommé Mul Tjœk qui, poursuivi par ses créanciers, s’était réfugié chez le chef montagnard que nous appelions Patao. Celui-ci l’employa naturellement à des corvées, et Mul Djœk, mécontent de son sort, s’échappa et vint échouer à Saigon où il me fut amené. M. Aymonier le prit à son passage, l’emmena au Binh Thuân et le ramena avec plusieurs autres.

Pendant ce second séjour je fis écrire par Mul Tjœk les contes qui font l’objet de la présente publication. Il les écrivait en tjame et me les expliquait en annamite. Quelques exemplaires du texte et du lexique qui le complète ont été autographiés pour l’usage des personnes que peut intéresser l’étude de la langue tjame. Pour les amateurs de folk lore la traduction suffira. J’ai suivi d’aussi près que je l’ai pu les explications de mon guide ; mais, quoique les textes soient assez étendus et ne paraissent pas offrir de difficulté particulière, je ne puis espérer avoir échappé à toutes les inexactitudes de détail si difficiles à éviter dans la traduction d’un texte écrit dans une langue dont il n’existe pas de dictionnaire, et où je n’avais d’autre secours que les alphabets et les notions de grammaire donnés par M. Aymonier. J’ai dû observer dans cette traduction la littéralité la plus stricte afin que mon travail puisse servir à son tour à ceux qui voudront étudier le tjame à l’aide des textes autographiés. La prolixité de la traduction ne donnera encore qu’une idée affaiblie de celle du texte où le manque de pronoms amène à tout moment la répétition des noms.

La plupart des contes que l’on trouvera ici peuvent être rapprochés de quelqu’un des contes annamites qui ont été précédemment publiés. Dans le plus grand nombre des cas c’est le récit tjame qui est le plus circonstancié et paraît la source de l’autre. Il n’en est cependant pas toujours ainsi, mais les moyens d’information ont été trop limités pour que l’on puisse tirer dès maintenant aucune conclusion. Il sera temps d’y penser lorsque l’on aura pu recueillir sur place un texte définitif.