Contes coréens/Le Langage des oiseaux

Traduction par Serge Persky.
Librairie Delagrave (p. 102-105).

LE LANGAGE DES OISEAUX


Il y avait une fois un homme nommé Li-Tchi, qui comprenait le langage des oiseaux.

Un jour, se promenant, il vit un corbeau qui volait et lui criait :

« Kao, kao » (ce qui signifie : allons, allons).

Il suivit le corbeau et arriva à un endroit où il trouva de la viande.

Il en prit un morceau et en fit de la soupe.

Sur ces entrefaites, survint un homme qui l’accusa d’avoir égorgé sa vache.

Li eut beau protester, l’homme l’emmena en ville devant le juge.

Li expliqua l’affaire au magistrat.

« Si tu comprends le langage des oiseaux, lui dit le juge, dis-moi ce que crie le pigeon perché sur cet arbre là-bas ?

— Il roucoule qu’il s’est empêtré dans une toile d’araignée. »

Garine - Contes coréens, adaptés par Persky, 1925 (page 105 cropped).jpg
Un corbeau lui criait : « Kao, kao ».

On alla regarder. En effet, le pigeon avait les pattes empêtrées dans une toile d’araignée.

— Tu as certainement pu le voir d’ici », dit le juge.

Le soir tombant, tous les oiseaux s’envolèrent, le juge, alors, donna l’ordre de mettre Li en prison jusqu’au matin.

Par la fenêtre de sa cellule, un oiselet tomba d’un nid d’hirondelle sur les genoux du prisonnier ; il nourrit la petite bête avec sa salive, et comme il ne pouvait la déposer dans son nid, il la plaça sur son sein.

Le lendemain, le juge fit comparaître le prévenu et lui demanda :

— Que raconte l’hirondelle qui tournoie au-dessus de ta tête ?

— Elle demande qu’on lui rende cet oisillon qui est tombé dans ma cellule. »

Li et le juge montèrent vers le nid de l’hirondelle et dès que l’oiselet eût été déposé près de ses frères, la mère arriva et elle remercia par un long gazouillis.

Le juge bien étonné, dit :

« Vraiment, un homme comme toi ne peut rien faire de mal. »

Et Li fut remis en liberté.