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Chronique du 29 novembre 1873

22 novembre 1873

29 novembre 1873

6 décembre 1873

CHRONIQUE

Les orchidées du Muséum. — La serre des orchidées au Jardin des Plantes, où les obus prussiens ont causé de sérieux désastres, a été complètement réparée, et de magnifiques fleurs s’y épanouissent actuellement au milieu de l’atmosphère chaude où elles sont plongées. Ces fleurs multicolores, les plus admirables productions végétales, sont très-recherchées des amateurs. Elles ont une valeur considérable, comme l’atteste une vente célèbre faite à Londres. Lord Londesborough, grand amateur d’orchidées, a payé un bel exemplaire de Cymbidium eburneum 8 livres 10 schellings, c’est-à-dire 212 francs, un autre pied de la même espèce, 73 livres 10 schellings (1,887 fr. 50) un Epidendrum vitellinum majus, 16 liv. 10 schellings, (412 fr. 50). 70 pieds d’orchidées ont produit à la vente dont nous parlons plus de 20 000 francs. La collection des orchidées du Muséum, unique dans son genre, avait été presque entièrement détruite, pendant le siège de Paris, par les projectiles ennemis. Elle est redevenue aujourd’hui ce qu’elle était jadis ; souhaitons que nos autres blessures se cicatrisent de même !

Tremblement de terre à Alger. — Les feux souterrains qui ont si fréquemment ébranlé cette année l’écorce terrestre ne se sont pas livrés à un long repos. Ils viennent de manifester leur action dans notre colonie algérienne. Une secousse de tremblement de terre assez violente s’est fait sentir à Bouffarick, le 16 octobre dernier, à dix heures quarante-deux minutes du soir et a duré au moins cinq à six secondes. La direction des oscillations n’a pu être exactement déterminée, les avis sont à peu prés partagés. Cependant on penche pour la direction du sud au nord. Le 17 octobre, on ne reconnaissait aucune trace de dégâts : pas de lézardes aux bâtiments, pas d’accidents d’aucune nature, mais les populations, on le conçoit, ne sont que bien médiocrement rassurées.

Les couleurs d’aniline à l’Exposition de Vienne. — M. le professeur Kopp, qui a étudié spécialement ces remarquables produits exposés à Vienne, nous apprend que l’industrie des couleurs dérivées du goudron de houille s’est signalée par de remarquables progrès. Elle a pris une extension considérable. « La fuchsine, constituée par un sel de rosaniline, dit M. Kopp, s’obtient exclusivement par la réaction d’un poison violent, l’acide arsénique, sur l’aniline commerciale. Pour se faire une idée de l’énorme consommation d’acide arsénique provoquée par la fabrication de la fuchsine, nous n’avons qu’à rappeler que pour l’Allemagne seule, elle est évaluée à 1 500 000 kilog. ; or, de beaucoup, la plus grande partie des résidus arsénifères était écoulée dans les fleuves et rivières, et ce n’est que dans quelques localités, comme par exemple à Haan, près d’Elberferd, et pendant quelque temps dans les environs de Bâle, que ces résidus étaient soumis à des traitements rationnels pour en retirer l’arsenic sous une forme commerciale. » Le violet Hofmann, qui, en 1867, était une nouveauté, se fabrique aujourd’hui en abondance ; le vert-lumière a pris une extension considérable ; à l’Exposition de Vienne, figurent enfin de magnifiques échantillons de violets et de verts de méthylaniline. Comme nouveauté de l’Exposition, M. Kopp mentionne la safranine, belle matière colorante rouge rose, qui donne à la soie le plus admirable et le plus brillant aspect.

Or de la Colombie anglaise. — Un journal américain constate que l’or expédié par express des bords de la rivière Fraser et des districts aurifères de la Colombie anglaise depuis 1858 jusqu’au 1er Septembre 1873, s’élève à 23 278 944 dollars. En estimant à la moitié l’or apporté par les particuliers durant la même période, on peut évaluer la production totale de la Colombie durant les quinze dernières années à 44 millions de dollars ; c’est une moyenne de 2 261 000 dollars par an. Le développement des ressources minérales du district a été dû surtout à la construction d’une route jusqu’au district minier de Cariboo et qui a coûté 1 250 000 de dollars. La tête de ligne est le port de Yale sur la rivière Fraser, à l’une des extrémités, et la ville de Bakerville, sur la voie de William, à l’autre bout : la route a 400 milles de longueur, et serpente le long de la côte. Ainsi que dans les districts aurifères de la Californie, de Nevada, d’Australie, l’or ne peut plus s’extraire des placers par de simples lavages. Il faut maintenant des installations pour broyer, des machines à vapeur pour l’épuisement des eaux. Les exploitations se réduisent en ce moment à une trentaine de compagnies. La plus importante est la compagnie appelée Lane et Kurtz Cariboo Mining Company, qui appartient à des actionnaires et capitalistes de San Francisco. Quelques autres mines sont exploitées par des capitalistes anglais. La plupart des exploitations fournissent du minerai d’or en quantité rémunérative ; et pour le petit nombre des mines qui ne se trouvent pas dans ce cas, il faut attribuer l’insuccès à l’insuffisance des capitaux mis en jeu.

Pèse-bébés. — À l’Académie des sciences morales et politiques, à propos d’un rapport fait par M. Levasseur sur le résultat de ses observations à l’exposition de Vienne, en ce qui concerne l’éducation de l’enfance, M. Lévêque a signalé un berceau envoyé à cette exposition par M. le docteur Goussin (de Bellevue), et combiné de manière à indiquer le poids d’un enfant. D’un autre côté, dit la Gazette de Médecine, M. Husson a donné d’intéressants détails sur d’autres berceaux-balances essayés dans les hôpitaux de Paris et destinés aussi à faire connaître le poids successif de l’enfant. Cet instrument vient en aide à la surveillance administrative. Il est, en effet, certain que toutes les deux ou trois semaines la différence de poids fournit sur le traitement du nourrisson une indication qui n’est pas à dédaigner. Mais la nécessité de déshabiller les enfants n’est pas sans inconvénients.

Exploration du désert de Libye (Afrique). — On a récemment vu passer à Leipzik, à destination de Trieste, deux fourgons de bagages pour l’expédition qui va bientôt explorer le désert de Libye (partie orientale du Sahara). La forme insolite des colis, leur taille énorme attiraient l’attention des passants ; mais ce qu’on remarquait surtout, dit l’Officiel d’après la Gazette de Cologne, c’était un grand nombre de caisses vides en fer. On pouvait en compter jusqu’à 500. Ces récipients doivent servir à transporter l’eau nécessaire au personnel de l’expédition chacune de ces caisses peut contenir 100 livres (mesure allemande) d’eau. Elles sont émaillées à l’intérieur, pour que le liquide puisse s’y conserver plus longtemps intact. Ces provisions sont la principale garantie de la réussite de l’entreprise ; car, si l’expédition a ce qu’il lui faut en ce genre, indépendamment des ressources que lui fourniront les sources et les puits, elle pourra manœuvrer dans toutes les directions.

On sait que c’est le vice-roi d’Égypte qui fait généreusement les frais de cette exploration à travers le désert. Ce prince avait déjà soutenu de ses deniers, le voyageur Schweinfurth le zoologue Hœkel, sans parler de Baker, qui, en dehors des frais de son expédition, a reçu du vice-roi pendant quatre ans, 10 000 liv. st. chaque année. Il est probable que l’expédition nous apportera des renseignements sur la géologie et le relief de la partie est du Sahara, qu’elle nous dira par exemple si dans cette section du grand désert il existe des chaînes de montagnes, des dépressions, des hauteurs, des oasis, des formations de sable, etc. ; en un mot, qu’elle fera connaître un coin de notre globe, grand comme le centre de l’Europe et resté jusqu’à ce jour complètement inexploré et inconnu. Le départ d’Europe des voyageurs aura lieu à la fin de novembre. On quittera l’Égypte au commencement de décembre, et, à la fin de ce dernier mois, nous pourrons avoir déjà des relations du voyage, datées peut-être de Tarafreh. Quant au but principal, Koufra, au centre du désert de Libye, on peut y parvenir pour la fin de janvier dans les circonstances les plus favorables. Il avait d’abord été question de partager l’expédition en deux troupes, mais il a été décidé que tout le monde partirait ensemble de Minich ou de Siout, en se dirigeant vers l’ouest. Ces deux points ont été choisis à cause de leur position sur un chemin de fer ; ils formeront une base fixe d’opérations.

Observations scientifiques des Russes à Kiva. — Le temps que les troupes russes doivent passer encore dans le Rhanat de Khiva est employé, sur les ordres du général Kauffmann, à la continuation des études scientifiques interrompues par l’expédition contre les Turcomans. Le colonel Gluchowski et le lieutenant-colonel baron Kaulbars ajoute le Journal officiel, à qui nous empruntons ces documents, sont occupés en ce moment à des levés topographiques du pays. Les Usbeks de Khiva ne manifestent plus cette haine fanatique contre les étrangers (kafirs) qui domine en général chez les musulmans d’Asie. Ils sont très-communicatifs, dit un correspondant russe de la Gazette d’Ausbourg, et ne prétendent point que toutes les inventions européennes sont des ouvrages du démon (shaitan).

C’est ce que peuvent constater les officiers qui s’occupent de topographie, de photographie et d’astronomie. Les photographies prises par M. Kriwhow excitent partout les plus vives sympathies. Les indigènes s’efforcent devenir en aide à l’artiste et ils se laissent très-volontiers photographier. La cause en est que les Khivains ne peuvent être considérés comme des Usbeks pur sang ; l’introduction d’esclaves persanes ayant depuis des siècles amené un mélange de races, de même que le voisinage des Russes a provoqué un mélange avec le sang moscovite. La mère du divan Beghi Mat Niaz était une prisonnière russe. Comme nous l’avons déjà dit précédemment, l’expédition russe ne manquera pas de nous fournir une quantité de détails du plus haut intérêt, sur des nations à peine connues. N’est-il pas triste, qu’il faille la guerre pour amener ces résultats ?

Le télégraphe Hughes. — Depuis que M. Hughes découvrit en 1830, aux États-Unis, le synchronisme de son curieux appareil, à l’aide des vibrations d’une tige métallique, il fit faire des progrès rapides à son admirable découverte, qui prend tous les jours une plus grande extension. Un habile praticien, M. G. Miriel, vient de publier un remarquable ouvrage, où il décrit avec de grands développements le télégraphe Hughes, où il explique la théorie de son emploi, où il parle de son maniement et des avantages qu’offre ce beau système. Le livre de M. G. Miriel sera apprécié par tous ceux qui s’intéressent aux progrès de la télégraphie.