Chronique de la quinzaine - 31 mai 1896

Chronique n° 1539
31 mai 1896


CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.



31 mai.


La quinzaine qui vient de s’écouler a été surtout, du moins à l’intérieur, une période de préparation et d’attente. Au moment où nous écrivons, les Chambres reprennent leurs travaux. La session qui s’ouvre, nécessairement courte puisqu’elle sera interrompue au mois d’août par celle des Conseils généraux, sera certainement importante. Jamais peut-être la situation n’avait été plus claire qu’aujourd’hui, non pas qu’il n’y ait encore beaucoup de confusion et de trouble dans les esprits, mais parce que, bon gré mal gré, les événemens ont imposé aux divers partis l’obligation de prendre des attitudes de plus en plus nettes et tranchées. Les radicaux et les socialistes ne peuvent pas se consoler de la chute d’un ministère dans lequel ils avaient mis toutes leurs complaisances ; ils n’ont d’autre préoccupation que de prendre une revanche prochaine ; ils n’ont pas désarmé une seule minute, et on peut prévoir que, dès l’ouverture du parlement, ils reprendront leur vieille tactique et harcèleront le ministère d’interpellations sans trêve ni repos. Déjà même plusieurs de ces interpellations ont été notifiées et annoncées par lettre aux ministres qu’elles concernent. Il y en a pour le moins trois ou quatre. Si elles ne sont pas plus nombreuses, c’est, faut-il le dire ? parce que le gouvernement nouveau n’a pas fait grand’chose depuis qu’il est en possession du pouvoir et que ses adversaires, avec la meilleure volonté du monde, n’ont pas encore trouvé beaucoup de prise sur lui. Ils étaient à l’affût d’un acte quelconque pour l’attaquer tout de suite et en demander compte, mais les actes ne sont pas venus. Ce n’est pas un éloge que nous adressons au ministère Méline. Ses amis, comme ses adversaires, auraient préféré qu’il fût plus actif. En lui assurant, le jour même de sa constitution, trois semaines de tranquillité parfaite, leur espoir était qu’il saurait en tirer parti, et qu’il aurait fait, avant la rentrée des Chambres, un certain nombre de manifestations sur le sens desquelles il serait impossible de se tromper. L’opinion, encore un peu indécise parce qu’elle n’a pas très bien compris les incidens qui se sont succédé depuis quelques mois, avait besoin qu’on lui donnât une orientation, et elle l’attend encore. M. le Ministre de l’intérieur a fait, à la vérité, un mouvement administratif qui est excellent en lui-même, mais qui a eu le double défaut d’être tardif et de n’être pas complet. Nous n’avons rien à y reprendre : tout au plus aurions-nous voulu y ajouter. M. Barthou a eu parfaitement raison de changer le préfet du Tarn, nommé par M. Bourgeois pour donner satisfaction à M. Jaurès, député de Carmaux, et il a mieux fait encore on attribuant un avancement mérité à M. Doux, l’ancien préfet que M. Bourgeois avait déplacé et presque disgracié, toujours pour être agréable à M. Jaurès. On comprend que celui-ci ne soit pas content : aussi a-t-il annoncé tout de suite à M. Barthou l’intention de l’interpeller. S’il y a une interpellation qui ne doive pas inquiéter un ministre, à coup sûr c’est celle-là, et c’est probablement celle-là même que M. Barthou aurait choisie pour faire ses débuts à la tribune comme ministre de l’intérieur, si on lui en avait donné le choix. Les débats qui vont se produire fourniront tout de suite au gouvernement l’occasion d’exposer et de préciser sa politique : il pourra s’expliquer à fond, et ce sera tant mieux pour lui et pour nous. Puisqu’il n’a pas su profiter des vacances pour dégager sa politique des ombres qui l’enveloppent encore, il faut bien que la Chambre l’invite et le décide à le faire. Nous aurions préféré quelque chose de plus hardi et de plus spontané ; mais enfin rien n’est compromis, loin de là ! et d’ici à peu de jours les indications encore insuffisantes qui nous ont été données seront certainement complétées.

Au reste, ce ne sont jamais les interpellations qui menacent sérieusement un ministère le lendemain même de sa naissance : elles lui donnent plutôt un coup de fouet salutaire, et dont il a quelquefois besoin. La grande et vraie bataille contre le cabinet Méline se livrera sur le même terrain que contre le cabinet Bourgeois, c’est-à-dire sur le terrain financier. Avant de se séparer, la Chambre devra voter les quatre contributions directes, et elle verra de nouveau se dérouler et s’agiter devant elle les questions redoutables qui se rattachent à l’impôt sur le revenu ou sur les revenus, avec toutes les complications qu’elles renferment. La clé de la situation est entre les mains de M. Georges Cochery. Quel projet de budget apportera-t-il à la Chambre ? Personne n’en sait rien ; c’est à peine si on commence à s’en douter, mais les notes communiquées aux journaux ne permettent pas encore de porter un jugement. La Commission du budget est réunie depuis huit jours ; elle a nommé son président ; il lui a été impossible de commencer ses travaux. Tout en regrettant ce retard, nous n’en faisons pas un grief au ministère. Il a raison de ne pas s’embarquer à la légère sur une mer aussi dangereuse. Quoi qu’il fasse, ou plutôt quoi qu’il propose, il subira de la part de ses adversaires les assauts les plus furieux. La question la plus délicate qui se présente à lui en ce moment est de savoir s’il y a lieu, ou non, d’établir un impôt sur la rente. Ne faisant pas ici œuvre dogmatique, nous attendrons de mieux connaître son projet pour en parler à bon escient ; mais nous pouvons dire dès aujourd’hui que, quel que soit ce projet, il ne satisfera pas, il ne désarmera pas les radicaux-socialistes. Ceux-ci se sont déjà partagé les rôles, afin d’être prêts à tout événement. M. Doumer, ancien ministre des finances, se prononce avec énergie contre l’impôt sur la rente dans des articles de journaux ; il trouve cet impôt inique, inacceptable et presque monstrueux, comme s’il n’était pas compris dans l’impôt général sur le revenu qu’il avait proposé lui-même. Faut-il en conclure que les radicaux et les socialistes sont opposés à l’impôt sur la rente ? Ce serait aller trop vite. D’autres radicaux, d’autres socialistes s’en déclarent partisans, et l’un d’eux, M. Rouanet, en a donné pour raison qu’il était la première atteinte sérieuse portée à la propriété. Est-ce bien pour faciliter le vote de l’impôt sur la rente que M. Rouanet tient ce langage ? Et n’est-ce pas plutôt pour l’empêcher que M. Léon Bourgeois, dans un discours qu’il vient de prononcer à Melun, l’a reproduit avec une évidente satisfaction ? Nous demanderons comme Figaro : Qui trompe-t-on ici ? M. Cochery propose-t-il l’impôt sur la rente ? Aussitôt il a contre lui M. Doumer. Ne le propose-t-il pas ? Il a contre lui M. Rouanet, M. Jaurès, tous les socialistes et bon nombre de radicaux. Situation embarrassante. Elle ne le serait pas assurément si les modérés étaient d’accord sur la question, mais il s’en faut de beaucoup qu’il en soit ainsi. L’impôt sur la rente a des partisans jusque sur les bancs de la droite. Voilà comment une question qui aurait dû rester purement financière est devenue politique au premier abord. C’est autour d’elle que se livrera le combat décisif, et par le plus imprévu renversement des rôles, on verra des modérés et des droitiers voter l’impôt sur la rente, et des radicaux, peut-être même quelques socialistes, voter contre. Les préoccupations de crédit public, dont la place est au premier plan dans cette grave affaire, passeront au second, sinon au troisième. Étant donné cet état des esprits, on comprend que le gouvernement ait hésité et tâtonné longtemps.

Les radicaux, ne pouvant pas mordre sur les actes d’un ministère qui n’en accomplissait aucun, ne sont pourtant pas restés inactifs. M. Bourgeois a profité de l’inertie et du silence du gouvernement pour prendre lui-même la parole ; il l’a fait à Melun dans un discours auquel nous avons déjà fait allusion. Ce discours n’ouvre d’ailleurs aucune vue nouvelle ; il n’est que la reproduction, en termes un peu affaiblis, de ce que M. Bourgeois avait dit et répété plusieurs fois déjà depuis sa dernière transformation politique. Révision constitutionnelle afin de mettre désormais le Sénat dans l’impossibilité de renverser les ministères, surtout les ministères radicaux ; impôt général sur le revenu, avec dégrèvement gradué pour les petits contribuables, c’est-à-dire avec le caractère partiellement progressif, — telles sont les deux grandes réformes auxquelles le chef du parti radical réduit pour le moment son programme. Il avait proposé la seconde pendant qu’il était au pouvoir ; il n’a eu l’idée de la première que depuis qu’il en est tombé, et parce qu’il en est tombé. S’il y revient, ce sera désormais pour les réaliser l’une et l’autre. Mais cela ne nous apprend rien ; M. Bourgeois avait déjà exposé les mêmes idées. Il s’était aussi prononcé à plusieurs reprises contre le collectivisme ; il l’a fait une fois de plus ; seulement il n’avait pas encore expliqué d’une manière aussi claire que, s’il y a des collectivistes, et s’il est obligé de s’appuyer sur eux et de leur faire des concessions bien qu’il ne partage pas leurs idées, c’est parce qu’un certain nombre d’hommes politiques ont « peur d’être troublés dans leur égoïsme ». M. Bourgeois a opposé cette affirmation à celle de M. Deschanel qui avait éloquemment signalé, comme le mal dont souffrent souvent et dont meurent quelquefois les démocraties, la peur pour les hommes politiques de ne point paraître assez avancés. Entre les deux formules, on jugera quelle est la plus vraie, et aussi celle qui dénote la portée d’esprit la plus élevée. Tel a été le discours de Melun. Quelques journaux, même parmi les modérés, ont affecté de croire que l’orateur était revenu à des sentimens plus sages, et qu’il y a eu dans son langage une atténuation sensible de celui qu’il avait tenu auparavant. Cela prouve qu’on voit et qu’on entend ce qu’on veut. M. Bourgeois est aujourd’hui ce qu’il était hier, le chef du parti radical socialiste, qu’il aime mieux appeler progressiste démocratique : simple question de mots. L’importance de son discours n’est pas dans le discours lui-même, mais dans l’intention qui l’a inspiré. Nous avons déjà signalé l’impatience de M. Bourgeois, qui, le lendemain même de sa chute, a pris une allure toute militante, tandis que ses prédécesseurs, renversés comme lui, avaient cru devoir se condamner à une retraite plus ou moins longue. Nous l’en avons approuvé et nous l’en approuvons encore. Il a dit lui-même que la concentration républicaine était morte, et qu’il y avait désormais deux partis vivans et opposés dans la république. Entre l’un et l’autre, la lutte doit être de tous les momens. C’est aussi notre avis. M. Bourgeois ne désarme pas ; il continue d’agir pendant que les modérés, satisfaits de leur victoire, croient pouvoir se reposer ; il parle pendant que le gouvernement se tait. Non seulement nous l’en félicitons, mais nous l’en remercions, car il nous rend service. Son attitude empêchera sans doute le centre de s’endormir dans une fausse sécurité.

En sera-t-il de même de celle que vient de prendre aussi M. le duc d’Orléans ? A la date du 3 mai dernier, le jeune prince a adressé de Villamanrique une lettre au président du Comité central royaliste de Paris. Après l’avoir lue, M. le duc d’Audiffret-Pasquier a donné sa démission, ce qui prouve que l’unité la plus parfaite n’existe pas entre M. le duc d’Orléans et tous ses conseillers. Que s’est-il passé au juste dans le sein du parti royaliste ? Nous l’ignorons. Un grand mystère règne le plus souvent sur les délibérations du comité ; mais, comme il arrive presque toujours en cas de désaccord trop accentué, des indiscrétions ont été commises. Le public a été mis dans la confidence au moins partielle de ces incidens, et M. le duc d’Orléans, pour prévenir des commentaires mal éclairés, a jugé à propos de Livrer sa lettre aux journaux. On avait parlé d’un parti des jeunes, et par conséquent d’un parti des vieux : peut-être ces expressions ne sont-elles pas parfaitement exactes, car l’esprit d’aventure ou l’esprit de prudence ne sont pas toujours affaire d’âge. M. le duc d’Orléans fait allusion à ses « jeunes amis des groupes ouvriers » ; mais il semble bien que le plus jeune de tout son parti soit encore lui-même, et sa lettre porte les caractères d’une humeur inquiète plutôt que réfléchie, à laquelle nous n’étions pas habitués. Les prétendans s’étaient montrés plus réservés depuis quelques années. Il est vrai que cela ne leur avait pas réussi, et c’est probablement pour ce motif que M. le duc d’Orléans a jugé à propos de changer de manière ; mais il est douteux que la seconde ait plus de succès que la première. Ce qui fait, en France surtout, la force d’un parti, c’est le plus souvent l’imprudence du parti contraire. Si la République commettait de grandes fautes, et si l’opinion publique, après s’être fortement attachée à elle, venait à s’en éloigner, les anciens partis retrouveraient peut-être quelque chose de la popularité qu’ils ont perdue. N’a-t-on pas vu cette opinion s’égarer naguère à la suite d’un aventurier de bas étage ? Jusque-là, il importe probablement assez peu que M. le duc d’Orléans suive les inspirations de tels ou tels de ses amis, et qu’il se mette à la tête des jeunes plutôt que des vieux. C’est ce qu’il ne croit pas. Il est las « de figurer la monarchie », il veut « la faire ». Il estime pour cela devoir se mettre en avant et attirer l’attention sur lui. Il proteste contre l’affectation d’une « dignité inerte et toujours expectante, immobilisée sur de lointains rivages par la grandeur de ses traditions, et se jugeant elle-même trop haute pour se mêler aux choses et aux hommes. » Il veut s’y mêler, et il annonce qu’il le fera avec « bonne humeur », en comptant sur le concours des « braves gens. » Sa lettre a quelque chose de vif, de cavalier, et en même temps de généreux, qui, en d’autres temps, aurait pu séduire les imaginations ; mais elle n’a pas été écrite à son heure. On l’a lue avec un étonnement tempéré par l’indifférence. Peut-être n’était-il pas bien nécessaire, pour produire un effet aussi peu profond, d’affliger de vieux conseillers, des amis fidèles, et de découvrir au public des dissentimens dont il aurait mieux valu garder le secret.

L’incident qui a donné naissance à la lettre de M. le duc d’Orléans est d’un ordre très secondaire. Un député royaliste, M. le comte de Maillé, est devenu sénateur. Son siège électoral étant libre, ses « jeunes amis des groupes ouvriers » avec lesquels M. le duc d’Orléans aime à s’entretenir lui ont demandé l’autorisation de faire une manifestation électorale sur son nom. M. le duc d’Orléans n’avait pas à poser de candidature ; il sait très bien qu’il ne peut pas être candidat ; mais il est d’avis que le suffrage d’une « bourgade de France, fût-ce la plus modeste », qui le désignerait après les siens, et à leur exemple, « comme le bon serviteur du pays », serait pour lui une chose honorable et peut-être utile. Il parle à plusieurs reprises de ses ancêtres. « Ceux de qui je tiens affrontèrent, écrit-il, bien d’autres luttes et bien d’autres hasards que ceux dont votre zèle s’inquiète ! » Cela est vrai, mais encore bien plus qu’il ne le dit. Il n’est venu à l’idée d’aucun des ancêtres de M. le duc d’Orléans, — nous parlons de ceux qui, comme lui, pouvaient prétendre à la couronne, — de courir seulement des « hasards » électoraux. Peut-être ces hasards n’ont-ils rien de contraire à la « dignité royale », mais certainement ils ne sont pas faits pour la rehausser beaucoup, quel qu’en soit d’ailleurs le dénouement. Il y a une certaine disproportion entre le terre à terre de ce projet bourgeoisement électoral et tout le tapage qui en a été fait. M. le duc d’Orléans a tenu à dire qu’il n’avait pas une « vaine défiance du suffrage universel », et à protester contre « l’absurde légende d’une prétendue incompatibilité entre le droit monarchique et le droit électif, alors, dit-il, qu’il ressort à ses yeux de l’étude de ce siècle que les deux principes tendent incessamment à se combiner et à se confondre dans des régimes transactionnels. » Soit ; admettons qu’il n’y ait pas d’incompatibilité entre le principe électif et le principe monarchique ; mais M. le duc d’Orléans ne voulait pas se faire élire roi, il voulait seulement se faire élire député. Ce n’est pas du tout la même chose, et l’un ne conduit pas nécessairement à l’autre. Encore une fois, on a fait ici beaucoup de bruit pour rien, ou du moins pour peu de chose. Peut-être M. le duc d’Orléans a-t-il d’autres projets qu’il n’a pas dits : ses amis, les jeunes, le croient et le laissent entendre. La disproportion même que nous avons signalée entre le ton de sa lettre et son objet immédiat font craindre, en effet, qu’il ne nourrisse encore d’autres desseins. Faut-il croire que le gouvernement de M. Méline soit également menacé par les entreprises de M. duc d’Orléans et par celles de M. Bourgeois, par la lettre de Villamanrique et par le discours de Melun ? Non, assurément. Le danger sérieux, au moins pour aujourd’hui, n’est que du côté des radicaux et des socialistes. Telle est l’impression générale, et sa généralité même montre que la lettre de M. le duc d’Orléans n’a pas produit tout l’effet qu’il en attendait. Nous voulons bien la prendre au sérieux, mais personne ne la prendra au tragique. La situation politique n’en a été en rien modifiée. A la veille de la rentrée des Chambres, toutes les préoccupations sont et restent ailleurs. Ce qui nous a détournés plutôt de nos préoccupations habituelles, et a fait trêve pour un moment à nos dissentimens intérieurs, c’est l’élan de cordialité avec lequel la France a pris part aux fêtes de Moscou. Nous ne parlons pas seulement de la participation officielle de notre gouvernement aux solennités dont le couronnement du tsar a été accompagné, mais de celle de l’opinion tout entière. Nos journaux sont remplis de télégrammes et de correspondances qui relatent tous les détails de ces imposantes cérémonies : ils sont lus avec un intérêt où il faut voir autre chose que la curiosité. Sans doute l’éclat de ces fêtes, et ce qu’elles ont de rare et d’original, est bien fait pour frapper les imaginations, mais ce ne sont pas seulement les imaginations qui ont été frappées chez nous. Nous nous sommes associés en toute sincérité aux espérances avec lesquelles la Russie a accueilli le nouveau règne, espérances dont quelques-unes sont déjà réalisées. Comme on l’a fait remarquer, le règne de Nicolas II a bien commencé. La politique extérieure de la Russie, dirigée par un ministre expérimenté, a atteint en quelques mois des résultats significatifs. La situation du grand empire du Nord s’est heureusement modifiée et améliorée, non seulement en Europe, mais en Asie, non seulement dans les Balkans, mais en extrême Orient. S’il est vrai que son entente avec la France ait très utilement aidé le gouvernement du tsar dans les succès qu’il a obtenus, nous ne pouvons que nous en féliciter. Peut-être notre propre gouvernement, surtout pendant six mois de ministère radical, n’a-t-il pas tiré de l’alliance franco-russe des avantages aussi appréciables, mais nous ne pouvons en faire de reproches qu’à nous-mêmes. Il n’est d’ailleurs question ici que de ces avantages au jour le jour qu’une politique avisée poursuit sans cesse et atteint quelquefois. Une alliance forte et solide permet d’intervenir dans les affaires générales avec une autorité plus grande, et aussi de résoudre plus aisément et plus heureusement les questions quotidiennes avec lesquelles la diplomatie est sans cesse aux prises. Mais en dehors et au-dessus de ces intérêts secondaires, quelque appréciables qu’ils soient, il en est un autre auquel nous sommes plus particulièrement attachés, c’est celui de la paix maintenue sans faiblesse et sans jactance, avec honneur et avec dignité. Le service principal que l’alliance de la Russie et de la France rend non pas seulement à chacune de ces deux nations, mais au monde, est de servir de garantie à la paix, précisément dans ces conditions.

Il serait peut-être injuste de dire que sans cette alliance la paix aurait été certainement troublée, puisqu’elle a pu subsister auparavant pendant de longues années ; mais, bien qu’elle ait duré alors, elle semblait toujours instable et précaire. Elle dépendait d’une volonté unique, et si cette volonté a été généralement sage et prudente, plus d’une fois aussi elle s’est montrée nerveuse à l’excès, inquiète, exigeante et même brutale. Il a fallu, pour que la paix du monde ne fût pas troublée, une sagesse plus grande encore et une patience infiniment méritoire de notre part. Cette période de l’histoire semble close. Nous sommes entrés dans une autre où les diverses puissances apportent plus de ménagemens dans leurs rapports réciproques, et il y a tout lieu de croire que le rapprochement intime de la France et de la Russie a contribué pour beaucoup à amener cet heureux changement. La paix en paraît à la fois plus solide et plus libre. Elle n’est plus imposée, mais consentie. Elle ne provient plus de la disproportion, mais de l’égalité apparente des forces. L’Europe s’est sentie débarrassée d’une sorte d’oppression, et comme celle-ci pesait plus particulièrement sur nous, on comprendra que nous ayons été plus sensibles à sa disparition. Voilà pourquoi nous avons salué avec une respectueuse sympathie l’empereur Nicolas II à l’occasion de son couronnement, et nous avons pris part à la joie de la Russie. Les fêtes de Moscou ont eu un véritable écho dans toute la France : il nous semblait n’y être pas tout à fait étrangers. Ce ne sont là que de courts momens dans la vie des peuples ; ils passent vite, et le lendemain on est repris par la préoccupation des affaires courantes et par le souci du labeur journalier ; ils laissent, toutefois, des souvenirs précieux et réconfortans. Paris a fêté le couronnement du tsar. Beaucoup d’autres villes de France ont tenu à s’associer aux mêmes sentimens : ils sont ceux du pays tout entier.

Les sentimens que nous éprouvons pour l’Italie ne peuvent pas être tout à fait les mêmes : cependant nous ne cessons pas d’étudier ses affaires avec un intérêt tout amical. La politique de bon sens et de fermeté de M. di Rudini a déjà produit de très heureux effets. Bien que la paix ne soit pas encore conclue avec le négus, on peut regarder la guerre comme terminée. Pourquoi recommencerait-elle l’automne prochain, si les Italiens restent chez eux, c’est-à-dire en Erythrée ; et pourquoi en sortiraient-ils puisque, grâce à l’énergie du général Baldissera, on leur a rendu leurs prisonniers ? Ils ont obtenu, en somme, tout ce qu’ils pouvaient désirer, tout ce qui était dans le programme de M. di Rudini. Ils ont réparé par de brillans succès militaires les échecs qu’ils avaient d’abord éprouvés. Ils ont réussi à dégager et à délivrer Adigrat. Que leur reste-t-il à faire, sinon à se donner une frontière politique, en se ménageant des intelligences avec un certain nombre de ras disposés à servir de tampons et d’intermédiaires entre l’Ethiopie et l’Erythrée ? C’est là une œuvre toute diplomatique, qui peut être poursuivie et le sera sans doute pendant la saison des pluies. Lorsque cette saison prendra fin, il importera sans doute assez peu que la paix ait ou n’ait pas été signée d’avance ; elle sera faite, elle sera dans la nature et dans la force des choses, et si l’Italie persiste dans ses intentions actuelles, tôt ou tard elle sera définitivement et officiellement consacrée.

Aussi l’opinion est-elle favorable au gouvernement, et M. di Rudini ne parait pas avoir à craindre pour le moment les attaques de ses adversaires. Mais en même temps que la situation s’améliore, les partis reviennent à leurs tendances premières, et les membres de la gauche qui ont fait cause commune avec la droite contre l’ennemi commun, M. Crispi, commencent à reprendre leur allure d’autrefois. M. Imbriani a interpellé le gouvernement sur l’ensemble de sa politique étrangère. L’interpellation n’a pas eu de dénouement. M. di Rudini a demandé et obtenu sans peine que la suite du débat fût renvoyée après le budget. Toutefois, de part et d’autre, des déclarations intéressantes ont été faites et elles méritent d’être relevées. Malheureusement, elles ont conservé un caractère trop général pour qu’on puisse en tirer des conséquences tout à fait pratiques. On n’a guère parlé que du système d’alliances de l’Italie : comment M. Imbriani et M. di Rudini lui-même auraient-ils pu dire à ce sujet quelque chose de bien nouveau ?

M. Imbriani est l’adversaire de la triple alliance ; il est partisan d’un rapprochement avec la France ; il estime qu’on taquine inutilement la Russie ; il a peu de confiance dans l’Angleterre ; il trouve que la subordination de l’Italie envers l’Allemagne a pris un caractère excessif et presque servile. Il a soutenu son opinion avec une vivacité qui l’a fait rappeler à l’ordre. Avons-nous besoin de dire que, sur beaucoup de points, nous sommes de son avis ? Nous ne nous permettrions pas d’employer des expressions aussi vigoureuses et aussi imagées que les siennes contre l’inféodation de l’Italie à la triple alliance, parce que, de notre part, cela serait peu convenable ; mais nous serions tout aussi embarrassés que lui pour découvrir et pour signaler les avantages que l’Italie a retirés de la politique qu’elle a adoptée et qu’elle continue de suivre. M. di Rudini, dans sa réponse, a fait un grand éloge de la triple alliance : il a affirmé, ce qui fait toujours plaisir à entendre, que l’Italie y occupait une place égale à l’Allemagne et à l’Autriche. Il y a longtemps que l’opinion de M. di Rudini à l’égard de la triple alliance est connue : n’est-ce pas lui qui Ta renouvelée avant l’heure ? Nous ne lui en voulons pas parce que, s’il s’est trompé, c’est de bonne foi : la manière dont il pratique l’alliance montre qu’en la renouvelant il n’a pas obéi à un mauvais sentiment contre nous. Mais, en vérité, est-il permis d’établir, comme il le fait, la moindre analogie entre le rapprochement qui s’est produit par la suite entre la France et la Russie, et celui qui s’était fait antérieurement entre l’Italie et l’Allemagne ? M. di Rudini a invoqué notre exemple pour expliquer sa propre conduite et celle de son gouvernement. « L’Italie, a-t-il dit, n’a cherché dans la triple alliance qu’un point d’appui, comme la France en a cherché un dans la Russie, comme le font tous les pays qui ne veulent pas rester isolés. » Si la France a cherché un point d’appui, c’est qu’elle en avait strictement besoin pour contre-balancer la triple alliance dont l’Italie faisait partie ; et cela n’explique pas du tout pourquoi l’Italie, que personne ne menaçait, qui, soit par sa situation politique, soit par la précision géographique de ses frontières n’avait rien à craindre d’aucune puissance au monde, et qui pouvait enfin se livrer en toute sécurité à son développement économique, a jugé à propos d’entrer dans une grande alliance militaire. On voit bien ce que cela lui a coûté ; quoi qu’en dise M. di Rudini, on ne voit pas ce que cela lui a rapporté. M. di Rudini, qui aime décidément les comparaisons mais qui ferme un peu volontairement les yeux à ce qui les empêche d’être tout à fait exactes, affirme que rien n’est plus facile à l’Italie que d’avoir de bons rapports avec la Russie et avec la France, puisque la Russie en a d’excellens avec l’Allemagne et la France avec l’Autriche. Il nous permettra de dire que ces situations très diverses n’ont entre elles aucune similitude ; mais nous aimons mieux lui accorder tout de suite que l’Italie peut avoir de bons rapports avec la France, et la preuve en est qu’elle les a. Seulement ces rapports pourraient être encore meilleurs, et nous regrettons qu’ils ne le soient pas. Nous avons aussi de très bons rapports avec l’Allemagne.

M. di Rudini a parlé de l’Angleterre. « Je suis heureux, a-t-il dit, que les rapports amicaux avec l’Angleterre complètent le système de la triple alliance. L’amitié de l’Angleterre est nécessaire à l’Italie pour la défense de ses intérêts dans la Méditerranée. » Mais qui donc menace les intérêts italiens dans la Méditerranée ? Le grand tort de l’Italie est de se chercher toujours des alliés contre des ennemis imaginaires, ce qui complique bien inutilement pour elle les difficultés et les embarras de la vie internationale. Il lui aurait été si facile d’être également bien avec tout le monde ! Cela n’aurait-il pas mieux valu pour elle que de prendre parti pour ceux-ci et contre ceux-là ? Les grandes alliances coûtent toujours cher lorsqu’elles ne rapportent pas beaucoup, et ici encore nous n’apercevons pas ce que l’amitié de l’Angleterre a rapporté à l’Italie. L’Angleterre a encouragé autrefois l’Italie à s’emparer de Massaouah et de l’Erythrée : est-ce bien un service qu’elle lui a rendu ? L’Italie a éprouvé d’abord de longues difficultés, des pertes d’hommes et d’argent, et finalement les cruels échecs que l’on sait. Il semble bien qu’elle ait alors un peu perdu la tête, et qu’elle ait fait appel à ses alliés, à ses amis, pour la tirer d’un aussi mauvais pas. Que pouvaient-ils pour elle ? Rien du tout. A supposer, et nous le supposons, qu’ils aient eu à son égard la meilleure volonté du monde, cette volonté était impuissante. L’Angleterre seule était peut-être en situation, non pas de faire, mais d’avoir l’air de faire quelque chose, et il n’est pas impossible qu’on l’en ait sollicitée, non pas seulement à Home, mais ailleurs. Alors, elle a annoncé au monde étonné, et à ses agens en Egypte, qui, dit-on, ne l’ont pas été moins, qu’elle allait entreprendre une expédition sur Dongola, afin de dégager Kassala. Puis l’expédition a été remise à l’automne, parce qu’il était matériellement impossible de la faire plus tôt. En quoi, nous le demandons, tout cela a-t-il servi l’Italie ? Celle-ci a pris le seul parti qui fût vraiment sage, à savoir de se tirer d’affaire à elle toute seule, et c’est ce qu’elle a fait avec beaucoup d’esprit politique, un grand courage militaire et un courage moral plus méritoire encore. M. di Rudini a montré dans cette crise difficile, délicate, douloureuse, des qualités de premier ordre, qui lui ont mérité l’estime de tous les connaisseurs : mais, encore une fois, ses alliés n’ont pu que le regarder faire. La vérité est que la triple alliance ne sert à rien à l’Italie et que, dans la plupart des cas, elle ne pourra jamais lui servir à rien. Elle lui servirait sans doute en cas de guerre contre la France ; mais, cette guerre, ce n’est certainement pas la France qui aurait jamais la pensée fratricide de la déclarer. C’est pourtant la seule circonstance où l’alliance de l’Allemagne pourrait être utile à nos voisins d’outre-monts, circonstance peu vraisemblable, mais qu’ils ne regardent pas comme impossible puisqu’ils y subordonnent ou même y sacrifient tant d’intérêts presque sacrés. Et voilà pourquoi leur entrée dans la triple alliance ne nous a jamais paru dériver d’un sentiment amical à notre égard. Nous regrettons de voir, non pas tous les Italiens à coup sûr, mais le plus grand nombre d’entre eux persévérer dans ces erremens. M. Imbriani fait exception ; nous ne pouvons qu’en être touché ; par malheur, ses opinions avancées l’empêchent d’avoir sur ses col lègues toute l’influence désirable. Dans cette question de la triple alliance, M. di Rudini aura le dernier mot. Il l’aura du moins pour la génération politique actuelle ; mais qu’en pensera celle de demain ?

Depuis le commencement du mois de mai, la Hongrie est en fête : elle célèbre le millénaire de son existence. Il y a mille ans qu’Arpad, à la tête d’une bande de Huns et de Mogols, est venu s’établir sur les bords du Danube, et y a jeté le premier germe d’où devait sortir un siècle plus tard, sous l’inspiration de saint Etienne le royaume et l’État hongrois. C’est une date importante. Les Magyars ont de tout temps excité et ils excitent encore les sentimens les pins divers ; mais on ne peut pas leur refuser un patriotisme indomptable, un esprit politique merveilleusement aiguisé, une surprenante facilité d’adaptation aux idées occidentales, enfin un ensemble de qualités qui, mêlées à quelques défauts, ont fait d’eux une des nations les plus intéressantes de toute l’Europe. On reste étonné qu’étant aussi peu nombreux qu’ils le sont, proportionnellement aux masses slaves et allemandes dont ils sont entourés, ils aient pu, sans jamais se laisser absorber, sans rien perdre de leur caractère propre, sans cesser un seul instant d’être eux-mêmes, échapper à tous les dangers, survivre à toutes les catastrophes, se relever toujours plus solides, et jouer, avec des fortunes et sous des formes sans cesse renouvelées, un rôle aussi considérable dans l’histoire du monde. Dans les périodes les plus critiques, ils ont rendu à l’Europe un service inappréciable : ils ont arrêté le flot envahissant des armées turques. Ils ont eu des héros dont le nom est resté populaire et même légendaire. Ils ont eu de très grands rois, sans compter des saints, qui ont été les champions éclairés de la civilisation occidentale et chrétienne. Enfin, on trouverait difficilement sur un point quelconque de l’univers une nation qui, avec des forces matérielles aussi faibles, soit parvenue tantôt par la guerre et tantôt par la politique, à faire presque sans interruption d’aussi grandes choses. Encore aujourd’hui, tout le monde sait que la Hongrie ne s’est pas contentée de maintenir son autonomie distincte et sa parfaite indépendance sous le sceptre de François-Joseph, empereur à Vienne et roi à Buda-Pesth, mais encore qu’elle s’est emparée de l’influence prépondérante dans la direction des affaires extérieures de l’empire. Si l’Autriche-Hongrie est si profondément engagée dans la triple alliance, c’est en grande partie à la vieille rivalité qui existe entre l’élément magyar et l’élément slave qu’il faut en chercher la raison. Il est vrai que les Magyars ont été autrefois presque aussi souvent en lutte contre les Allemands que contre les Slaves, mais depuis que l’Autriche a été mise en dehors de l’Allemagne, le danger pour eux n’est plus de ce côté. Ils veulent être les maîtres, et en réalité ils le sont.

Dans cette lutte continuelle qu’ils ont eu à soutenir depuis mille ans et dont ils sont sortis victorieux, les Magyars ont singulièrement développé leur patriotisme. Dans aucune autre nation la vie politique n’est plus intense que chez eux. Comment n’en serait-il pas ainsi puisque, s’il en était autrement, il y a de longues années déjà que la Hongrie aurait disparu ? Aussi, lorsque l’occasion se présente comme aujourd’hui de célébrer une grande fête nationale, chacun s’y porte-t-il avec une ardeur extrême. Il n’est plus question d’autre chose. Toutes les autres affaires sont suspendues. Les partis, et Dieu sait s’ils sont ardens les uns contre les autres ! se réconcilient pour un moment dans une passion commune qui domine toutes les autres. On remet à plus tard ce qui pourrait diviser. La Hongrie, ou du moins l’élément magyar en Hongrie, vit exclusivement dans l’enthousiasme que provoquent les manifestations destinées à célébrer le millénaire. Il y en a de tous les genres, qui se rapportent les unes à la vieille Hongrie, les autres à la Hongrie moderne et contemporaine. On ressuscite les souvenirs d’un glorieux passé, et on inaugure le palais du Parlement. On déploie les merveilles d’une exposition où tout est mêlé et confondu dans une apothéose générale. Comment ne pas accorder une large et sincère estime à un peuple qui fait si bien les choses et qui, en somme, quelque brillantes qu’aient été ses destinées, n’a jamais rien dû qu’à lui-même ? Beaucoup d’autres pourraient trouver là un exemple. Toutefois, il n’y a pas de médailles sans revers, et après avoir été justes pour les Magyars, nous ne le serions pas pour les autres nationalités de l’empire, ni même pour d’autres nations voisines, si nous ne disions pas qu’elles ont d’assez bonnes raisons de ne pas s’associer aux fêtes de Pesth. Si l’histoire a rendu très ardent le patriotisme des Magyars, il l’a rendu aussi très exclusif. Les nécessités de la lutte pour la vie développent chez ceux qui les subissent des qualités très énergiques, mais qui tournent facilement à l’esprit de domination. Les Magyars forment une race gouvernante dans tous les sens du mot. Satisfaits de la situation qu’ils se sont assurée, ils n’ont pas de préoccupation plus grande que d’empêcher les autres de marcher sur leurs traces et d’atteindre à côté d’eux le même but. Le parti tchèque en Bohême n’a pas d’adversaire plus résolu que la Hongrie. Les populations slaves ou roumaines qui font partie de la Transleithanie subissent le joug, mais en protestant contre ce qu’il a de lourd et d’écrasant. En Serbie et en Roumanie, à Belgrade et à Bucarest, dans la première de ces villes surtout, des manifestations bruyantes ont eu lieu contre les prétentions à l’hégémonie du groupe magyar. Il est certain que si les Magyars ont quelque chose de l’impérialisme des vieux Romains, ils n’ont pas au même degré qu’eux le sens élevé du gouvernement. Ils sont plus chevaleresques que généreux, plus intelligens que tolérans, épris de liberté pour eux, mais volontiers jaloux de la liberté des autres. La sympathie qu’ils inspirent, quelque profonde qu’elle soit, ne va donc pas sans quelques réserves. Ils sont restés une nationalité distincte et dominante au milieu de plusieurs autres, dont ils n’ont pas su faire une nation véritable, et là est la limite de l’admiration qu’ils méritent. Cette admiration n’en reste pas moins très vive, et lorsqu’on se rappelle tout ce qu’a fait autrefois la Hongrie, lorsqu’on constate ce qu’elle est encore en ce moment. il faut bien reconnaître qu’il y a en elle quelque chose de puissant. C’est à ce titre que le millénaire qui se célèbre à Pesth ne saurait laisser l’Europe indifférente.


FRANCIS CHARMES. Le Directeur-gérant, F. BRUNETIERE.

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