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Chronique de la quinzaine - 30 septembre 1894

Chronique n° 1499
30 septembre 1894


CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




30 septembre.


Les radicaux profitent de toutes les occasions pour attaquer M. le Président de la République. Quand les occasions manquent, ils les font naître, ou plutôt ils les inventent. Les vacances parlementaires ne sont généralement pas fertiles en incidens, mais leur imagination y supplée sans beaucoup de peine. S’il suffisait à un parti, pour être fort et influent, de montrer cette audace que conseillait Danton, audace sans scrupules et sans mesure, le parti radical serait le plus puissant de tous. Mais l’audace suffit-elle ? Ce qui nous fait croire le contraire, c’est que les radicaux, malgré toute celle qu’ils montrent, vont d’insuccès en insuccès. Depuis les élections dernières, il ne s’est pas produit un seul événement important qui n’ait tourné contre eux. Mis en demeure de former un ministère, ils n’ont même pas osé le tenter : ils ont mieux aimé se retrancher dans l’opposition, et attaquer par tous les moyens le gouvernement qu’il avait bien fallu constituer en dehors d’eux, puisqu’ils s’étaient publiquement reconnus incapables d’en prendre la charge. On sait à quel régime d’interpellations incessantes ils ont condamné le ministère. Lorsque l’une est terminée, une autre surgit aussitôt. Continuellement, il y en a quatre ou cinq en réserve, qui attendent pour prendre rang à l’ordre du jour. Mais sur une cinquantaine, c’est tout au plus si une ou deux atteignent leur but et font brèche dans le gouvernement : les autres prennent du temps pour n’aboutir à rien. Les radicaux marchent donc de déconvenues en déconvenues, malgré le concours empressé qu’ils reçoivent des socialistes, ou qu’ils leur donnent. Toutefois, rien ne les lasse, rien ne les décourage, et on les retrouve le lendemain d’une défaite aussi résolus et dispos que la veille. De tous leurs échecs, le plus considérable est celui qu’ils ont éprouvé lors de l’élection de M. le Président de la République. Ils comptaient sur un ballottage et sur le désarroi qui en résulterait dans les rangs de la majorité, pour jouer un de ces coups de partie dont le résultat, au milieu de la confusion générale, est toujours incertain et peut, par conséquent, se trouver favorable. Dès le premier tour de scrutin, la question a été tranchée et l’illusion des radicaux dissipée. Ils ne l’ont point pardonné à M. Casimir-Perier : depuis ce moment, pas un jour ne s’est écoulé sans qu’ils l’aient attaqué, soit dans sa personne, soit dans la politique qu’ils lui prêtent. Ni M. Carnot, ni M. Grévy, ni le maréchal de Mac-Mahon lui-même, aux plus mauvais jours du 16 mai, n’ont été l’objet d’agressions aussi directes et aussi brutales. Et qu’a fait M. Casimir-Perier pour susciter tant de colères ? Rien du tout. Depuis qu’il est Président de la République, on n’a pu discerner chez lui ni une volonté, ni même une préférence quelconque. Il s’est enfermé étroitement dans son rôle constitutionnel, tel que l’ont compris et pratiqué ses devanciers. Nous ne lui en faisons, au surplus ni un mérite ni un reproche, car les circonstances ne comportaient de sa part aucune initiative particulière : nous nous bornons à constater un fait. Mais, quelle que soit la correction de M. Casimir-Perier, n’y a-t-il pas imprudence, de la part des radicaux, à se livrer gratuitement contre lui à de telles violences ? Rien, ce semble, n’est plus propre à le faire sortir malgré lui de l’inaction dans laquelle il est resté jusqu’à présent. Si on le condamne à ne rien faire et à présider impassible au jeu extérieur de nos institutions sans y prendre aucune part, il convient en retour de reconnaître et de respecter son irresponsabilité. Qu’on attaque ses ministres, soit ! à condition de le ménager lui-même. Les radicaux font tout le contraire : ils oublient les ministres pour viser exclusivement M. Casimir-Perier. Ils l’accusent de tout ce qui se passe, et même de tout ce qui pourrait se passer, car il ne s’est pas passé grand’chose depuis trois mois, et si les radicaux n’attaquaient M. le Président de la République que sur les actes de son gouvernement, la matière première de tant d’injures et de calomnies leur ferait défaut. Ainsi, que M. Casimir-Perier agisse ou n’agisse pas ; bien plus ! que ses ministres pratiquent une politique ou qu’ils n’en aient aucune, le résultat pour lui est le même. Il est également pris à partie. Il reçoit des coups sans les rendre, et, s’il les rendait, il n’en recevrait pas davantage. L’abstention constitutionnelle ne lui sert de rien. Avec le temps, ces mœurs nouvelles pourraient bien modifier le fonctionnement de la constitution ; mais ce n’est pas à M. le Président de la République qu’on devrait en faire alors le reproche : les radicaux le mériteraient tout entier.

Après tant de défaites qu’ils ont essuyées, la moindre apparence de succès devait leur tourner la tête. Aussi ont-ils fait grand bruit de l’élection législative qui vient d’avoir bleu à Nogent-sur-Seine. Il s’agissait de remplacer M. Casimir-Perier à la Chambre des députés. Plusieurs candidats se trouvaient en présence et la lutte s’annonçait comme devant être vive. Qu’ont fait, les radicaux ? Ils ont adopté un candidat, ce qui était leur droit ; après quoi ils en ont imposé un autre à M. le Président de la République, qui n’en pouvait mais, en déclarant très haut que, si ce candidat, M. Robert, venait à être battu, ce serait M. Casimir-Perier qui le serait personnellement. M. Robert avait-il donc été choisi par M. Casimir-Perier ? Point du tout. On pense bien que, si M. le Président de la République devait un jour prendre parti au milieu de nos luttes, il attendrait des circonstances plus graves et n’irait pas se compromettre d’avance dans de misérables conflits d’arrondissement. Est-ce que, du moins, le programme de M. Robert se rapprochait du sien ? Pas davantage. M. Robert essayait de faire prévaloir, dans l’arrondissement de Nogent-sur-Seine, une politique très différente de celle qu’il avait représentée lui-même, et peu à peu entraîné par l’émotion de la lutte, il en est venu, de concession en concession ou de faiblesse en faiblesse, à se confondre presque complètement avec son concurrent. Il ne s’est pas contenté d’être radical, il a versé dans le socialisme. Dès lors, son élection n’avait plus de signification politique. Les radicaux auraient pu tout aussi bien la prendre à leur compte. Ils ont préféré en soutenir une autre et l’ont fait réussir à 300 voix de majorité : que ce soit un succès pour eux, nous le voulons bien, mais un de ces succès comme ils peuvent en avoir dans tout autre arrondissement. La Chambre comptera un radical de plus, ce qui n’est pas une affaire. Naturellement, ils ne l’entendent pas ainsi ; ils veulent à tout prix avoir battu M. le Président de la République. N’avaient-ils pas décidé d’avance que M. Robert était son représentant ? Les enfans, eux aussi, lorsqu’ils jouent à la bataille, chargent quelques-uns d’entre eux de figurer l’ennemi et le mettent en fuite ; mais l’ennemi véritable ne s’en est jamais senti atteint. La petite différence de voix qu’il y a eu entre M. Robert et son concurrent montre que rien n’aurait été plus facile à M. Casimir-Perier que de faire pencher la balance du côté où il l’aurait voulu. Il s’est bien gardé de le faire ! Il n’appartient plus aujourd’hui à l’arrondissement de Nogent-sur-Seine, mais à la France, et ce n’est pas sur un théâtre insignifiant qu’il risquerait d’engager à un degré quelconque les intérêts supérieurs qui lui ont été confiés.

Le caractère de l’élection de Nogent-sur-Seine a donc été singulièrement exagéré et dénaturé. Mais on triomphe comme on peut et quand on peut : les radicaux n’ont pas manqué de pousser des cris de victoire comme si vraiment ils en avaient remporté une. A les entendre, c’est la politique de M. le Président de la République qui vient d’être condamnée par l’opinion publique et de recevoir un coup dont elle ne se relèvera pas. Il s’en faut de peu qu’ils ne demandent à M. Casimir-Perier de se soumettre ou de se démettre. Quelques-uns, pourtant, le prennent sur un autre ton, et, affectant pour lui un réel intérêt, lui prodiguent leurs conseils. Ils le connaissent, disent-ils, ils l’estiment, ils le croient supérieur à ses ministres et à ses amis, plus dégagé d’esprit, plus libéral, plus radical, et ils lui montrent dans l’élection de Nogent-sur-Seine un premier avertissement dont il fera bien de tenir compte. Tout peut encore être sauvé. Qu’il s’arrache seulement aux suggestions de son entourage, qu’il revienne à ses tendances naturelles, qu’il rompe avec le parti qui l’a porté au pouvoir, et les radicaux, ou du moins quelques-uns d’entre eux, le recevront comme l’enfant prodigue. Il est probable que les caresses des uns ne feront pas sur M. le Président de la République plus d’impression que les violences des autres : il sait à quoi s’en tenir sur les dispositions véritables des radicaux envers lui. Si ceux-ci avaient attendu un acte de sa part, une intention manifestée, une velléité devenue apparente, on aurait pu s’y tromper et croire qu’ils attaquaient une politique. C’est à l’homme même qu’ils en veulent. Quoi qu’il dise ou qu’il fasse, et quand même il ne dirait et ne ferait rien, ils le traiteront en ennemi. N’ont-ils pas déclaré dans leurs journaux qu’à la suite des grandes manœuvres qui l’ont mis en contact d’abord avec l’armée et ensuite avec la population de Châteaudun, M. Casimir-Perier avait rencontré partout un accueil glacial ? Il faudrait que l’armée eût perdu le sentiment de sa noble mission si elle n’avait pas été sensible au mâle et patriotique langage que M. Casimir-Perier lui a tenu : elle l’a écouté en silence parce que tel était son devoir. Quant à la ville de Châteaudun, elle a reçu M. le Président de la République comme un hôte illustre et respecté. On n’était pas là dans le Midi ; il ne fallait pas s’attendre aux démonstrations bruyantes qu’ont provoquées nos ministres lorsqu’ils sont allés à Orange ; chaque région de la France a son humeur et son caractère particuliers. Ceux qui ont suivi M. le Président de la République dans son voyage à Châteaudun sont revenus très satisfaits de la réception qui lui a été faite ; mais les radicaux ont affecté de dire qu’elle avait été des plus froides, et ils en ont tiré une confirmation nouvelle des sentimens qu’ils attribuent au pays.

Peut-être avaient-ils besoin de faire sonner très haut ces succès plus ou moins factices, pour faire oublier certains désagrémens qu’ils viennent encore d’éprouver. Ils n’ont pas mené beaucoup de bruit, et pour cause, autour de la dissolution du conseil municipal de Toulouse et du déplacement de M. le préfet de la Haute-Garonne. Les faits qui ont motivé ces mesures sont tellement scandaleux qu’il est difficile d’y trouver des circonstances atténuantes. Il existe depuis quelques années, à Toulouse, une bande de faussaires politiques, qui, après s’être emparés de la mairie, ont réussi à s’y maintenir jusqu’à ce jour par la corruption et par la fraude. Le procédé qu’ils ont employé est des plus simples ; un enfant pourrait l’appliquer : il consiste à falsifier les listes électorales, soit par des retranchemens, soit par des surcharges. On biffe un nom, celui d’un adversaire, on en met un autre, celui d’un ami. Peu importe que l’ami soit absent au moment du scrutin, ou qu’il soit failli, ou même qu’il soit mort : les listes électorales, dans la colonne des émargemens, n’en portent pas moins la trace de son vote. Pour des hommes qui connaissent bien le terrain électoral et qui, leurs pointages faits, savent à quelques voix près combien il leur en manque pour se procurer la majorité qu’ils n’ont pas, c’est un jeu de triturer les listes électorales de manière à les mettre au point voulu. Il y avait à la mairie de Toulouse, au Capitole, un bureau des élections où ce genre de travail se faisait sans la moindre pudeur : on n’y mettait même pas de précaution. A quoi bon ? La municipalité s’était si bien emparée de l’administration préfectorale et exerçait sur elle une action si forte qu’elle ne craignait rien de ce côté. La préfecture possède un double des listes électorales : sur la demande de la municipalité ou de ses agens, cette liste a été communiquée sans réserve, sans surveillance, sans contrôle, afin d’être l’objet des mêmes remaniemens que celle de la mairie, et d’assurer sa conformité avec elle. La chose est à peine vraisemblable, et cependant elle est vraie. Le préfet, M. Cohn, a-t-il été personnellement au courant de tout ce qui s’est passé ? On hésite à le croire, mais il aurait dû l’être, et sa responsabilité, dans toutes les hypothèses, est gravement engagée. M. Cohn ne manque ni d’intelligence, ni d’expérience : seulement, comme tant d’autres, il a pratiqué avec docilité le système de la concentration républicaine, qui, à Toulouse, se faisait au profit des radicaux, et il est devenu peu à peu le complaisant de ces derniers. Il a laissé faire, ne se doutant peut-être pas du point où les choses seraient poussées, et, quand il l’a su, il a cru devoir couvrir des abus qui ne, pouvaient éclater au jour sans jeter le discrédit sur toute la politique dont il avait été l’instrument. Est-ce à dire que les faits en question n’étaient pas connus à Toulouse ? Ils l’étaient fort bien, et ceux qui en avaient été les victimes n’avaient pas manqué de protester. Ils ont protesté contre les élections municipales ; ils ont protesté contre l’élection législative de M. Calvinhac, qui a été faite au moyen des mêmes listes falsifiées. On ne saurait douter aujourd’hui que M. Calvinhac n’a pas été élu député de Toulouse l’année dernière : il n’en a pas moins été validé par la Chambre, et comme le jugement de celle-ci est sans recours ni appel, il restera au Palais-Bourbon pour représenter des électeurs qui ne l’ont pas nommé. On savait tout cela, on le disait, on le répétait ; puis, devant le mauvais vouloir de la préfecture, l’insuccès des réclamations introduites auprès de la juridiction administrative, le peu de confiance qu’inspirait la juridiction ordinaire elle-même aux prises avec des crimes ou des délits politiques, on finissait par se lasser, se dégoûter et se taire. C’est ainsi que, durant plusieurs années, une des plus grandes villes de France, une des plus intelligentes et des plus éclairées, a subi la tyrannie d’une association de faussaires, qui se partageaient les places et les traitemens ou les distribuaient à leurs amis, comme s’il n’y avait plus ni administration, ni justice, ni publicité à redouter.

Cet état de choses durerait encore, s’il n’avait pas été dénoncé par un complice. Les auteurs de tant de méfaits jouissaient d’une si paisible sécurité de conscience qu’ils n’ont pas suffisamment ménagé un de leurs confidens, le sieur Mascaras. Mascaras savait tout, il avait pris part à tout, et naturellement il entendait être largement payé de ses complaisances : on a eu le tort de ne pas le rétribuer assez et de ne pas prendre garde à sa mauvaise humeur toujours croissante. On lui a fait des promesses, on ne les a pas tenues. Alors Mascaras a tout dit, tout écrit dans les journaux, avec un tel éclat que, bon gré mal gré, la justice a dû se saisir de l’affaire. L’instruction a été confiée à un magistrat qui a rempli son devoir et ne s’est laissé arrêter à aucune considération extérieure à l’affaire elle-même. Il semble que la Chambre des mises en accusation n’ait pas montré tout à fait le même caractère, car les hommes désignés par l’opinion comme les principaux coupables ont été mis hors de cause : l’accusation n’a retenu que les comparses. Mais le procès qui s’ouvrira le mois prochain réserve, dit-on, beaucoup de surprises, et il est probable que la vérité s’en dégagera tout entière. En attendant, que devait faire le gouvernement ? Dissoudre le conseil municipal de Toulouse et frapper de disgrâce le préfet de la Haute-Garonne. Il a peut-être mis plus longtemps qu’il n’aurait fallu à prendre ce parti ; il ne l’a même pris qu’à moitié en ce qui concerne M. Cohn, qui a été seulement envoyé à Saint-Étienne, dans une préfecture moins importante que Toulouse, mais non pas moins difficile et où il ne faut pas déployer moins de vigueur et d’énergie. Quoi qu’il en soit, M. Dupuy a rempli son devoir. Il est fâcheux seulement que, comme à Cempuis, on ait attendu pour agir que les faits aient été portés à la connaissance du public par un grand journal de Paris. Mais c’est bien le moins, puisque nous avons les inconvéniens de la liberté absolue de la presse, que nous en ayons aussi les avantages. On vient de voir coup sur coup, à deux reprises différentes, que certains faits qui se sont perpétués longtemps dans l’ombre ne peuvent pas supporter vingt-quatre heures de publicité.

Cependant, si cette démonstration est faite à Toulouse, elle ne l’est peut-être pas au même degré à Cempuis. Là, des incidens nouveaux sont survenus et ont rouvert la question au moment même où on pouvait la croire fermée. La lutte est engagée entre le gouvernement et le Conseil général de la Seine, qui n’est pas encore réuni, mais qui se réunira bientôt, et où une interpellation est bruyamment annoncée. Déjà la commission de surveillance, — c’est sans doute par ironie qu’on lui donne ce nom, — a énoncé une première protestation. Il paraît que M. le préfet de la Seine n’a pas pris agrément avant de révoquer M. Robin, le directeur de l’orphelinat Prévost : cette formalité ayant été omise, la révocation est nulle et non avenue. Tel est du moins l’avis de la commission. Nous vivons dans un temps où il ne faut pas s’étonner de grand’chose : cependant nous sommes surpris que les deux fonctionnaires qui font partie de cette commission n’aient pas encore envoyé leur démission à son président. Il est vrai que l’un d’eux est cet extraordinaire chef de division qui, chargé par M. le préfet de la Seine de notifier sa révocation à M. Robin, a réuni autour de lui les élèves de Cempuis pour leur parler en termes émus de la reconnaissance qu’ils devaient à leur directeur. Il était impossible, tout en exécutant la mesure prise par son préfet, de la blâmer plus ouvertement. A la suite de la protestation de la commission de surveillance, M. Robin a déclaré qu’il était chez lui à Cempuis et qu’il n’en sortirait que par la puissance des baïonnettes. Le Conseil municipal de Paris, qui est, comme on le sait, proche parent du Conseil général de la Seine, l’a d’ailleurs encouragé à la résistance par l’entremise de ses principaux membres. Pendant plusieurs jours, la presse a été remplie de conversations de journalistes et de conseillers municipaux : tous ces derniers déclaraient avec colère que M. Robin était une innocente victime du cléricalisme, mais qu’on saurait le défendre et qu’il resterait à l’orphelinat Prévost, faute de quoi, le Conseil général supprimerait le crédit qui fait vivre l’établissement, et celui-ci deviendrait ce qu’il pourrait. Sit ut est, disaient-ils en répétant un mot célèbre, aut non sit ! Il n’y a certainement pas heu d’être en peine de la manière dont se terminera, entre le gouvernement et le Conseil municipal ou général, un conflit dont le chantre du Lutrin serait seul digne de raconter les péripéties. A coup sûr, force restera à la décision du ministère et du préfet de la Seine ; mais, en attendant, M. Robin est à Cempuis ; il se cantonne dans ses appartemens ; il brave ouvertement l’autorité. C’est un triste exemple qu’il donne à ses élèves, pour compléter les enseignemens de tous les genres qu’il leur a déjà prodigués. On se demande ce qui peut se passer dans le cerveau des orphelins de Cempuis, et quelles idées d’aussi singulières leçons de choses doivent y faire entrer pêle-mêle ! Il serait temps d’en finir avec une comédie qui ne saurait se prolonger sans devenir, pour les pupilles de la Seine, une nouvelle école d’immoralité.

Si nous n’avons pas parlé, il y a quinze jours, du discours que M. Crispi a prononcé à Naples et des circonstances qui l’ont accompagné, c’est parce que ce discours n’était important que par l’effet qu’il devait produire, et que nous voulions donner à celui-ci le temps de se manifester. L’impression a été des plus vives ; toutefois, il serait difficile de dire ce qu’il en subsiste aujourd’hui. Il semble que M. Crispi ait cédé surtout à ce besoin d’étonner qui fait partie de son caractère, ou peut-être à une de ces impressions véhémentes qui ne sont pas rares chez nos voisins d’Italie, mais qui passent vite, et où il serait dangereux de chercher l’indication d’une idée préconçue et encore moins d’une conduite arrêtée en vue d’être suivie. Quoi qu’il en soit, rien n’a confirmé les espérances que le discours de Naples a fait naître chez les uns, ni les craintes qu’il a causées aux autres. Il ne reste plus guère de cette improvisation qu’un souvenir déjà à demi effacé. A la vérité, les journaux de M. Crispi d’une part et ceux du Vatican de l’autre se sont empressés, dès le lendemain, d’en diminuer l’importance, et ceux qui y ont vu une sorte d’invite publique à un rapprochement entre le Quirinal et le Vatican en ont été pour leurs frais d’imagination. Peut-être le discours de Naples n’a-t-il été, en somme, qu’un écho de celui de Kœnigsberg. M. Crispi a parlé de Dieu comme l’empereur Guillaume a l’habitude d’en parler lui-même : il y a mis seulement la fougue et la passion qui lui sont habituelles. L’horreur que lui inspire la secte anarchiste n’a pas peu contribué aussi à porter son langage à un diapason très élevé : « Une secte infâme, a-t-il dit, est sortie des antres les plus noirs de la terre ; elle a inscrit sur son drapeau : — Ni Dieu, ni maître ! — Unis aujourd’hui dans une fête de reconnaissance, serrons nos rangs pour combattre ce monstre ; inscrivons sur notre bannière : — Avec Dieu, avec le roi, pour la patrie ! — Cette devise n’est pas neuve ; elle est une conséquence logique de celle de Mazzini, après le plébiscite du 21 octobre 1860. Portons haut ce drapeau et montrons-le au peuple comme un signe de salut. In hoc signo vinces ! » Ce mélange imprévu de Mazzini et de Constantin était fait pour surprendre. M. Crispi s’est inspiré jusqu’ici beaucoup plus du premier de ces modèles que du second. Ses débuts dans un rôle tout nouveau pour lui devaient naturellement attirer l’attention. Ils ont même causé du scandale parmi les libres penseurs et les francs-maçons, et on assure que M. Crispi a eu quelques difficultés avec ces derniers. Ils se sont demandé si le ministre sur lequel ils comptaient le plus n’allait pas trahir la plus sainte des causes ; ils l’ont accusé de s’inspirer lui aussi de cet esprit nouveau qui, depuis quelques mois, a si fort affligé les frères et amis. M. Crispi a été traité comme un autre M. Spuller, ce qui a dû lui être pénible.

Il ne l’avait pas mérité, et les doutes qui avaient pu naître à ce sujet sont aujourd’hui dissipés. Ce qui avait fait presque croire à un complot, c’est l’annonce, concordant avec le discours de Naples, de deux actes émanés, l’un du gouvernement royal, l’autre du gouvernement pontifical, et qui témoignaient d’une bonne volonté en apparence réciproque, alors qu’elle n’était peut-être que simultanée. Le gouvernement italien a donné l’exequatur au patriarche de Venise, auquel il l’avait refusé jusqu’ici sous prétexte qu’il avait été irrégulièrement nommé par le Saint-Siège, et celui-ci a créé une préfecture apostolique en Erythrée, préfecture qui sera confiée à des capucins italiens. On ne saurait croire à quel point l’opinion publique a été sensible à ce fait que le bref pontifical a parlé en propres termes de la « colonie d’Erythrée », qu’elle reconnaissait ainsi au nom de l’Église. Au fond de toute âme italienne, persiste l’espoir qu’un jour ou l’autre le pape et le roi finiront par se réconcilier, grâce à une « combinaison » qui est, à la vérité, difficile à trouver. Pour la première fois, le Saint-Père semblait consacrer une œuvre italienne, et celle de toutes à laquelle l’amour-propre de nos voisins s’est le plus légitimement attachée. Ils lui en ont su grand gré. Peut-être aussi, — mais nous ne voulons pas insister sur ce point, — ont-ils cru que la décision du Vatican serait peu agréable à la France, ce qui ne laissait pas d’en augmenter encore l’intérêt. La nouvelle préfecture apostolique est, en effet, détachée de celle qui appartenait jusqu’à ce jour aux lazaristes français de Kéren. Nos missionnaires sont dépossédés au profit des missionnaires italiens ; mais, si nous pouvons regretter la nécessité qui s’est imposée au Saint-Siège, avons-nous le droit de nous en plaindre ? Le pape fait pour l’Italie en Erythrée ce qu’il a fait pour la France en Tunisie, ce qu’il fait partout en vertu d’une règle dont on ne saurait contester la sagesse et qui consiste à reconnaître les situations défait, afin de s’y accommoder. Les mêmes capucins italiens qui vont être chargés de la préfecture apostolique d’Erythrée ont été forcés autrefois de quitter la Tunisie lorsque notre établissement y est devenu définitif. Le cardinal Lavigerie n’a pas hésité à les faire embarquer, et, bien que le procédé ait été un peu leste, le pape l’a accepté. L’établissement des Italiens en Erythrée a, dès maintenant, un caractère assez solide pour que le Saint-Siège y prenne les dispositions qu’il prend ailleurs : il a donc remis l’administration spirituelle de la colonie entre des mains italiennes. Nous n’avons rien à dire à cela, convaincus que le Saint-Siège respectera partout nos propres intérêts et les droits qu’une longue tradition nous a assurés. Mais, pour revenir à M. Crispi, on n’ignore pas avec quelle ardeur passionnée il s’est épris de tout ce qui touche cette colonie érythréenne dont il a fait sa chose, et où un récent et brillant succès vient de lui causer une joie si profonde. Patriote avant tout, facilement impressionnable, prompt aux manifestations extérieures, il a cru sans doute que la satisfaction que lui donnait le Saint-Père l’obligeait à faire quelque politesse au bon Dieu, et il a associé son nom à celui du roi, en invoquant au surplus l’autorité de Mazzini. Tout donne à croire que le discours de Naples n’a pas eu une autre portée.

Celui que M. le comte Kalnoky vient de prononcer devant la délégation autrichienne a eu, ce nous semble, une signification plus précise. On attache, chaque année, une certaine importance à ce discours, et on s’efforce, non sans quelque subtilité parfois, d’y lire même entre les lignes, afin de deviner les modifications plus ou moins insensibles qui ont pu s’introduire dans l’orientation politique de la monarchie. Le discours de cette année n’a pas besoin de commentaires : il est d’une netteté parfaite. L’intention pacifique en est évidente et sincère. Après avoir fait l’éloge de la Triple Alliance et répété en l’honneur de cette combinaison politique le thème un peu banal que nous avons entendu si souvent, M. le comte Kalnoky a insisté avec quelques développemens sur les bons rapports de l’Autriche-Hongrie, non seulement avec l’Angleterre, mais même avec les puissances qui pourraient se croire plus particulièrement visées par la Triplice : à savoir la France et la Russie. Il a constaté que ces rapports étaient devenus plus cordiaux avec nous à la suite du séjour que l’empereur et l’impératrice ont fait sur notre territoire et des marques de respect qui leur y ont été données. Quant à la Russie, l’Autriche-Hongrie vient de conclure pour dix ans avec elle un traité de commerce, « éminemment propre, a déclaré M. le comte Kalnoky, à fournir une base solide à de bonnes relations réciproques, car un rapprochement dans le domaine économique a toujours un contre-coup sur les rapports politiques. » C’est là une vérité généralement admise partout, — excepté en France. Toute cette partie du discours ministériel mérite d’être approuvée ; elle ne nous apprend toutefois rien de bien nouveau. Il n’en est pas de même de la seconde, où M. le comte Kalnoky parle des petits royaumes des Balkans. On ne retrouve plus cette année, dans son langage, le même optimisme que les années précédentes. Qu’est devenu le temps où il citait complaisamment la Bulgarie comme un pays modèle, auquel il n’avait que des félicitations et des encouragemens à adresser ? Il la proposait en exemple à tous ses voisins. Aujourd’hui, le ton est changé. M. le comte Kalnoky ne cache pas que sa confiance dans la Bulgarie tenait à la personne de M. Stamboulof et à la fermeté avec laquelle ce ministre résolu y dirigeait les affaires. Il semble oublier tout à fait le prince Ferdinand, un prince autrichien pourtant, et qui, en somme, a montré plus de valeur qu’on ne lui en supposait à l’origine. On comprend aujourd’hui pourquoi M. Stamboulof, depuis sa chute, a montré une si tranquille arrogance envers le prince qui l’a disgracié : il se sentait, il se savait soutenu par l’Autriche, et M. le comte Kalnoky a dénoncé par avance la faute grave que l’on commettrait si on en venait à. lui intenter un procès. M. Stamboulof reste donc le client de l’Autriche, après avoir été son instrument, et certes il a mérité la bienveillance qui lui est prodiguée avec tant d’éclat. Mais il faut avouer que, si sa stabilité tenait uniquement à la personne et à la politique de M. Stamboulof, la Bulgarie mériterait médiocrement les éloges qu’on lui donnait naguère, car la dictature, et la plus brutale de toutes, ne saurait passer pour un état normal et satisfaisant. Le discours de M. le comte Kalnoky aura-t-il quelque influence sur les résolutions du prince Ferdinand et sur la situation intérieure de la principauté ? L’avertissement qui en ressort, et qui n’est pas exempt de quelque rudesse, sera-t-il entendu ? On le saura bientôt. Le gouvernement austro-hongrois met généralement plus de soin à ne pas découvrir son action, pourtant si efficace, sur les pays balkaniques. En parlant de la Roumanie, et même de la Serbie, M. le comte Kalnoky a usé de ses précautions ordinaires, et, tout en regrettant certains désordres qui se sont produits dans ce dernier pays, il a exprimé sa confiance dans la bonne volonté de son jeune roi. La Bulgarie et le prince Ferdinand seuls ont été assez malmenés. Il est vrai que le prince Ferdinand a renvoyé M. Stamboulof, et que le roi Alexandre a rappelé son père : on conçoit que le gouvernement autrichien considère ces deux actes à des points de vue très différens.

M. Hanotaux a envoyé M. Le Myre de Vilers à Madagascar, porteur d’instructions confidentielles dont le secret a été bien gardé. Mais, si on ignore le texte exact de ces instructions, le sens général en est connu ou deviné de tout le monde. La situation de notre résident général à Tananarive, celle de nos compatriotes dans la grande île africaine, sont devenues intolérables, dangereuses même, et le moment paraît venu pour le gouvernement de la République de prendre une résolution. Il faut, ou évacuer, ou ramener le gouvernement hova au respect de notre traité de 1885. Évacuer, personne en France n’oserait le conseiller ; quant au traité, à peine était-il signé que le gouvernement hova en méconnaissait les prescriptions, et, pour dire le vrai, il ne l’a jamais fidèlement exécuté. Les droits que ce traité nous confère sont pourtant très limités, et le gouvernement hova, en les respectant, n’aliénerait qu’une assez faible partie de son indépendance. Notre protectorat, en effet, se réduit pour nous à présider aux relations extérieures de la reine de Madagascar : du reste, nous nous sommes interdit toute immixtion dans l’administration intérieure du pays. C’est peu sans doute ; mais si on se rappelle quelle était notre situation à la fin de 1885, et dans quel profond discrédit était tombée alors la politique coloniale, on comprendra que nous n’ayons pas exigé davantage. Nous n’aurions pas pu l’obtenir sans faire une expédition en règle, et l’état des esprits ne permettait même pas d’y songer. Il ne faut pas oublier qu’à ce moment, le maintien de l’occupation du Tonkin n’a été voté qu’à quatre voix de majorité : encore ne l’a-t-il été que parce que la nouvelle du traité conclu avec le gouvernement malgache était arrivée la veille à Paris. Tel qu’il est, ce traité nous a donc rendu un grand service. Il était d’ailleurs suffisant, et, à la condition d’être respecté, il nous permettait d’attendre longtemps et patiemment avant de faire un pas nouveau. Il nous assure, en effet, une situation privilégiée à Madagascar et ferme la porte aux ambitions étrangères : ce sont là des avantages qui réservent l’avenir et dont nous pouvions certainement nous contenter dans le présent. Par malheur, le gouvernement hova, après nous avoir fait ces concessions sur le papier, s’est empressé de nous les retirer dans la pratique. Cette médiocre affaire de l’exequatur, dont on a tant parlé, a montré toute sa mauvaise volonté ; même dans une question de pure forme, il refusait de nous prendre pour intermédiaires avec les consuls étrangers. En 1890, au moment du règlement des affaires de Zanzibar, nous avons obtenu de l’Angleterre, en échange de nos renonciations sur ce point de l’Afrique, qu’elle reconnût notre protectorat sur Madagascar avec toutes ses conséquences. C’est une précaution que nous avons bien fait de prendre avec la seule puissance qui ait, comme nous, des intérêts sérieux dans la grande île ; mais il aurait été prudent de la tenir secrète et de ne nous en prévaloir qu’au moment opportun. Les Malgaches y ont vu une menace, et, si nous avons cru qu’ils en seraient intimidés, nous nous sommes complètement trompés. A partir de ce moment, les difficultés avec eux ont pris un caractère de plus en plus aigu ; elles se sont multipliées et sont devenues insolubles. Enfin l’heure a sonné où notre résident général a déclaré que la situation n’était plus tenable et où il a demandé son rappel.

Avant de rompre avec le gouvernement malgache et d’arrêter ses résolutions dernières, M. le ministre des Affaires étrangères a cru devoir faire une nouvelle tentative de conciliation : il a envoyé M. Le Myre de Vilers à Tananarive. On le lui a reproché, et un assez grand nombre de journaux se sont efforcés, soit de discréditer par avance la personne de notre envoyé extraordinaire, soit de condamner sa mission comme une perte de temps inutile. Il aurait pourtant été difficile de faire un meilleur choix que M. Le Myre de Vilers. Le rôle qu’il a déjà joué à Madagascar, où il a été notre premier résident général, la connaissance qu’il possède des choses et des hommes à Tananarive, l’expérience que les Hovas ont faite de sa fermeté et aussi de sa modération, l’heureux succès de la mission récente qu’il a remplie au Siam, tout le désignait à la confiance du gouvernement. Nul n’était plus capable que lui de réussir, et il faut souhaiter qu’il réussisse.

On est stupéfait lorsqu’on fit dans certains journaux tout ce qu’ils racontent complaisamment sur l’extraordinaire fertilité de l’île de Madagascar et sur la facilité qu’y présente l’établissement de notre domination. Il y a beaucoup d’exagération sur le premier point et une légèreté impardonnable dans tout ce qu’on dit du second. La vérité est qu’une expédition à Tananarive est une affaire grave, pénible, onéreuse, dont nous viendrons à bout évidemment ; qui pourrait en douter ? mais à la condition d’y consacrer beaucoup d’hommes et beaucoup d’argent. Lorsqu’on pense qu’il n’y a pas la moindre route dans toute l’île ; que nos soldats devraient en ouvrir une à mesure qu’ils avanceraient, soit pour passer eux-mêmes, soit pour faire passer leurs canons et leurs fourgons ; qu’ils iraient dès lors très lentement, à travers un des pays les plus fiévreux du monde ; qu’ils seraient continuellement harcelés par l’ennemi ; qu’ils devraient maintenir avec soin des communications avec la mer, tant pour évacuer leurs malades que pour se procurer des vivres sur un sol désert et stérile ; enfin qu’arrivés à Tananarive, ils risqueraient fort de n’y pas trouver le gouvernement hova et d’être obligés de poursuivre encore plus loin ; lorsqu’on songe à tant de difficultés accumulées, on se prend à désirer très vivement que la mission de M. Le Myre de Vilers soit couronnée de succès. Le moment est à tous égards mal choisi pour nous engager dans une entreprise militaire à Madagascar. Aussi ne l’avons-nous pas choisi. C’est le gouvernement hova qui, par sa mauvaise foi, nous a acculés à la nécessité où nous sommes, et il ne faut pas qu’il s’y trompe, après l’avoir constatée et acceptée, nous irons jusqu’au bout. Quoi qu’il doive nous en coûter, notre honneur est engagé à rendre réel un protectorat que nous avons notifié à l’Europe. Nous demandons seulement la stricte exécution du traité de 1885 : si on nous la refuse, nous aurons le regret de recourir, pour l’imposer, à d’autres moyens que les moyens diplomatiques. Le gouvernement hova nous y aura forcés. Ceux qui le connaissent le mieux sont malheureusement portés à croire qu’il résistera à M. Le Myre de Vilers. Depuis quelques années, son infatuation a grandi dans des proportions considérables. Notre longanimité si longtemps prolongée l’a trompé sur l’énergie finale de nos résolutions. Peut-être aussi a-t-il été entretenu dans ses illusions par les étrangers qui sont si nombreux sur son territoire, et dont quelques-uns voient avec impatience la situation que les traités nous y ont donnée. On ne saurait pourtant sans injustice accuser les gouvernemens auxquels ils appartiennent : l’attitude de ceux-ci a toujours été correcte à notre égard, et l’Angleterre a rempli les engagemens qu’elle avait contractés avec nous. Mais ce n’est ni à l’Angleterre, ni à l’Allemagne, à faire reconnaître par le gouvernement hova le protectorat qu’elles ont reconnu elles-mêmes. Ce devoir nous appartient exclusivement, et, d’une manière ou d’une autre, nous n’y faillirons pas.

Francis Charmes.
Le Directeur-gérant,
F. Brunetière.

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