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Chronique de la quinzaine - 14 juin 1870

Chronique n° 916
14 juin 1870


CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 juin 1870.

Un jour, il y a quelque dix ans, un homme respecté pour son nom, pour ses vieux services, pour sa fière intégrité, un ancien membre de nos assemblées, un ancien président du conseil, le duc de Broglie, employait les loisirs forcés que les événemens lui avaient faits à méditer sur l’état politique de la France, sur un présent qui lui apparaissait comme une halte entre le passé et l’avenir. Ces méditations d’un observateur solitaire, il ne songeait pas à les livrer au public, il les avait fait simplement autographier pour lui seul ou tout au plus pour quelques amis. C’était une sorte de testament politique qu’il écrivait dans la plénitude d’une intelligence élevée et sincère. Mal lui en prit d’une telle hardiesse. Celui qui était alors chargé de la police de l’esprit ne l’entendait pas ainsi ; c’était sans doute à ses yeux un crime manifeste contre l’empire de penser librement, fût-ce dans la plus discrète intimité. On saisit ces pages qui n’étaient pas destinées à voir le jour, et peu s’en fallut que l’auteur lui-même n’eût à comparaître devant un tribunal pour avoir osé réfléchir.

Que de choses ont changé en peu d’années ! Celui qui commandait ces brillantes expéditions contre l’indépendance de la méditation solitaire est maintenant passé libéral. Le duc de Broglie est mort il y a quelque temps, vengé par ceux-là mêmes qui l’avaient poursuivi dans sa pensée, et son fils peut aujourd’hui, sans danger fort heureusement, sans avoir aucune permission à demander, publier avec une respectueuse fidélité les vues sur le gouvernement de la France. Ce que c’est que la fortune pour les œuvres de l’esprit comme pour les hommes ! Ce livre d’honnête spéculation et de savante expérience, qu’on poursuivait il y a dix ans comme une sédition, est tout simplement à l’heure où nous sommes un livre de circonstance. C’est la théorie précise, ingénieuse et éloquente de la nécessité de la monarchie constitutionnelle démontrée par l’histoire, par la nature des choses, par le caractère français, par l’impossibilité du régime qui existait encore au temps où l’auteur écrivait. C’est un programme de politique libérale que le ministère et les partis peuvent étudier avec fruit. Le duc de Broglie débattait avec lui-même dans le silence qui régnait alors, toutes ces questions de réformes nécessaires qui sont devenues depuis le thème banal des polémiques, et chemin faisant il semait les traits fins, les vues justes et pénétrantes ; il disait des vérités qui trouvent chaque jour leur application. Ce sage expérimenté et clairvoyant nous prévenait, comme s’il nous avait vus à l’œuvre une fois de plus, que nous étions un peuple assez étrange, tout feu ou tout découragement, plein d’illusions et de défaillances, aimant surtout les coups de théâtre, les révolutions ou les plébiscites, et passablement novice encore dans l’art de poursuivie un dessein pratique, de tenir tête aux difficultés de tous les jours, de les surmonter pied à pied par la patience persévérante. On dirait en vérité qu’en politique comme à la guerre nous ne sommes bons que pour l’assaut impétueux, pour les chocs retentissans, et qu’après cela tout nous semble pâle et décoloré ; nous nous hâtons de rentrer dans la routine, nous en revenons aussitôt à nous débattre dans une atmosphère épaisse et lourde, dans une multitude de petites combinaisons où l’on s’épuise sans marcher.

Est-ce que le duc de Broglie n’avait pas raison ? Est-ce que ce n’est pas notre histoire encore aujourd’hui ? C’est ce qu’il y a de plus vrai dans une situation qui ne se manifeste que par une fatigue ou une atonie universelle, par des indécisions et des ambiguïtés, et, chose curieuse, plus on fait d’efforts pour sortir de la confusion, plus on semble s’y enfoncer. La vérité est que nous ne nous trompions guère en disant l’autre Jour que le plébiscite avait momentanément émoussé les ressorts ordinaires de la politique en exerçant sur tout le monde une influence de dépression. Ce résultat, qui se prolonge et s’étend, s’est produit par la force des choses, par une sorte de détente après le combat, par la difficulté d’interpréter pratiquement le vote du 8 mai, et, dans ces conditions nouvelles subitement créées, le gouvernement, tout aussi dépaysé que Aies partis, est le premier à chercher sa voie, ta se demander ce qu’il veut ou ce qu’il doit faire. Le ministère fait ce qu’il peut pour s’établir solidement et à chaque instant il sent le terrain se dérober sous ses pieds, les partis cherchent à se reconstituer, et à chaque tentative qu’ils font ils paraissent un peu plus désorganisés. Voilà où nous en sommes provisoirement.

Le gouvernement, il est vrai, s’est donné récemment la satisfaction de déclarer qu’il représentait le pays, qu’il était en dehors des partis. C’est une puérile méprise, ou c’est une singulière façon de se mettre au-dessus des conditions parlementaires. Est-ce que tous les gouvernement n’ont pas la prétention de représenter le pays ? Dès qu’ils ont le pouvoir, ils personnifient le pays, ils agissent en son nom, cela est parfaitement certain ; mais en même temps, dans un régime parlementaire, tous les gouvernemens, ou pour mieux dire tous les cabinets, sont bien obligés, s’ils veulent vivre, de s’appuyer sur cette force collective et disciplinée qui s’appelle un parti, qui est le véritable instrument de l’action politique. C’est parce que le ministère actuel ne sent pas autour de lui cette force disciplinée et compacte qu’il flotte à l’aventure, n’ayant d’autre garantie de sécurité que l’impuissance de toutes les fractions de l’opinion, qui se neutralisent dans un morcellement indéfini.

Une majorité, il peut l’obtenir sans doute, il l’obtiendra encore comme il l’a obtenue jusqu’ici, il n’a qu’à monter à la tribune et à menacer de se retirer pour enlever une victoire de scrutin ; mais comme cette majorité n’est point l’œuvre d’une forte cohésion morale et politique, comme elle se dissout après chaque vote, on n’est pas plus avancé, c’est toujours à recommencer. Le vote d’aujourd’hui rétracte le vote d’hier et ne garantit pas le vote de demain. On vit au jour le jour dans cet artifice permanent qui crée les situations précaires. M. Émile Ollivier en a fait récemment l’expérience ; au moment où il s’y attendait le moins, il a essuyé coup sur coup quelques échecs dans le corps législatif, notamment à propos d’un amendement qui autorise la publicité des séances des conseils-généraux. Le lendemain, un jeune député de la gauche, M. Bethmont, présente une interpellation par laquelle il demande au ministère de laisser toute liberté aux réunions publiques à la veille des élections des conseils de département et d’arrondissement ; aussitôt M. le garde des sceaux, saisissant cette occasion, engage la lutte, élève une question de confiance et somme le corps législatif d’avoir à se prononcer. Ce qu’il y a eu de curieux dans ce débat impromptu, c’est qu’on ne savait pas trop ce que tout cela voulait dire ; la gauche ne s’est pas montrée ce jour-là d’une humeur fort belliqueuse, M. Bethmont lui-même a fini par retirer son interpellation, et c’est la droite qui a exprimé les plaintes les plus vives par l’organe de M. le baron Jérôme David, c’est la droite qui a trouvé mauvais que le ministère forçât ainsi le corps législatif à lui témoigner sa confiance. C’était là justement, à ce qu’il paraît, ce que voulait M. le garde des sceaux ; il voulait rompre avec la droite, il a fait ce qu’il a pu pour provoquer son hostilité, il l’a suppliée de voter contre lui. Nous avons assisté en vérité à un échangé d’explications passablement aigres, et après cela qu’est-il arrivé ? Au dernier moment, la gauche, persistant dans son attitude de neutralité, s’est abstenue de voter, comme elle s’était abstenue de prendre part à cette escarmouche ; la droite s’est bien gardée d’aller jusqu’au bout de sa mauvaise humeur, et tout a fini par un pur et simple ordre du jour qui a réuni une merveilleuse unanimité. Quel pouvait être la signification de ce vote ? Quelle force a-t-il donnée au gouvernement ? Évidemment le ministère n’a pas pu y voir une victoire bien décisive ; il est resté exactement dans la situation où il se trouvait la veille, si ce n’est toutefois que, après avoir semblé un instant s’être rapproché de la droite à l’occasion du plébiscite, il a paru cette fois se tourner d’un autre côté, vers le centre gauche, en invoquant avec insistance les souvenirs du 2 janvier, en se plaçant sous la protection de cette date originelle ; une évolution nouvelle le ramène à son point de départ. Rien de mieux, s’il sait avoir une volonté et persévérer dans un dessein, s’il est décidé à en finir avec toutes ces oscillations, qui ne feraient que l’épuiser pour le conduire un jour ou l’autre à quelque vote de surprise et de hasard où il disparaîtrait sans éclat. La vraie force dont il a besoin, ce n’est pas une tactique vaine qui peut la lui donner ; il la retrouvera dans la fixité des idées, dans la pratique sérieuse et indépendante des institutions nouvelles, et, pour tout dire, le meilleur moyen pour lui de se prémunir contre les pièges, de tenir tête à la droite, ce n’est pas de jouer avec elle de ces scènes de raccommodement ou de rupture qui sont de temps à autre l’amusement de la galerie, c’est de lui imposer par l’autorité d’une politique simple et nette, par l’ascendant d’une résolution ferme. Nous faisions intérieurement cette remarque l’autre jour en entendant M. Jérôme David reprocher à M. Émile Ollivier ce qu’il appelait une « politique sentimentale ; » c’est qu’en effet M. Émile Ollivier a toujours l’air d’un homme d’état de fantaisie, attendant l’inspiration, cédant à une émotion du moment et improvisant ce qu’il va faire. C’est peut-être ce qui explique ses succès, et c’est aussi ce qui lui a valu plus d’un mécompte qu’il se fût épargné avec un peu de réflexion.

Assurément, par elle-même la situation, telle qu’elle apparaît aujourd’hui avec ses langueurs et ses confusions, n’est point précisément grave, et même on pourrait dire qu’elle offre de grandes et sérieuses ressources à un gouvernement à demi habile qui saurait s’en servir ; le danger, c’est cette indécision d’un ministère allant à la légère, se démenant dans le tourbillon des partis, entre une droite, qui ne cherche qu’à prendre sa revanche, et une gauche désorganisée, dont la fraction la plus modérée elle-même en est encore à préciser sa situation, à se donner un programme saisissable. Que la droite cherche à prendre une revanche des ennuis qui lui ont été infligés depuis un an, et qu’elle commence à croire le moment favorable, c’est assez visible par quelques-uns des derniers incidens parlementaires, par l’attitude qu’a prise M. Jérôme David, un des chefs du parti, à l’occasion de ce vote de confiance si héroïquement conquis dans le vide par M. le garde des sceaux. La droite, il n’y a point à s’y méprendre, croit toujours être la majorité dans le corps législatif, une majorité qui se prête, qui ne se donne pas. Jusqu’au plébiscite, elle faisait assez triste figure, elle se sentait vaincue ; le plébiscite lui a rendu la bonne humeur, l’espérance, et depuis que l’empereur lui a dit que le vote du 8 mai avait raffermi les pouvoirs du corps législatif actuel, elle est plus qu’à demi rassurée, elle pense avoir le champ libre. Ce qu’elle veut, ce n’est pas renverser le ministère d’un seul coup, le pousser brusquement hors des affaires ; non, elle veut lui administrer ce que M. Jérôme David a eu la franchise ; d’appeler, dans un langage plein de réminiscences du bon temps ; un premier avertissement. Elle ne veut rien précipiter, elle croit pouvoir choisir son heure, et en attendant que cette heure du grand coup au sonné, elle se contente d’user le ministère, de le surprendre dans le flagrant délit de ses trop fréquentes inconséquences, de le dépasser en libéralisme quand il est conservateur, ou de lui reprocher de livrer toutes les garanties conservatrices quand il est libéral, de lui faire en un mot la vie dure et impossible. Le reste viendra tout seul ; on compte sur les ressources de ce régime parlementaire, qu’on accuse le cabinet d’altérer lorsque dans une pensée d’intimidation, il pose des questions de confiance dont on n’a que faire. M. Émile Ollivier, ce nous semble, aurait pu répondre avec quelque autorité de raison, sans se donner l’air de renouveler la scène du Dépit amoureux ; il aurait pu dire que ce qui n’est pas précisément parlementaire, c’est d’appuyer matériellement un cabinet à qui on refuse dans le fond du cœur tout concours moral, c’est de prendre sa part d’un vote qu’on appelle soi-même une fiction, c’est de paraître prolonger par tolérance la vie d’un ministère qu’on s’efforce de détruire en détail, c’est enfin de combattre un gouvernement par la parole et d’avouer par son vote l’impuissance de le remplacer.

Telle est en effet la vraie question aujourd’hui. La droite a beau se nourrir d’illusions, elle ne peut pas remplacer le ministère actuel ; elle ne le pourrait qu’en compromettant sérieusement l’œuvre tout entière d’une année. Elle n’a pas dépouillé encore assez la vieille robe ; elle aurait la meilleure volonté qu’on ne la croirait pas : elle passerait pour une résurrection du régime de 1852, on serait persuadé qu’elle ramène dans les conseils du gouvernement des pensées de réaction, qu’elle veut revenir, au-delà du 2 janvier. Et en réalité n’est-ce point cela ? Que reproche-t-on tout haut à M. Émile Ollivier ? On l’accuse de ne rien comprendre à la situation, de ne pas voir que le plébiscite a tout changé, qu’il a délié le ministère des engagemens contractés, par les programmes des deux centres ; que le 2 janvier n’est plus rien, que le vote du 8 mai a effacé tout ce qui s’est fait depuis un an pour replacer l’empire dans l’intégrité de sa puissance. Voilà ce qui se dit, et si la droite revenait en ce moment au pouvoir, elle serait emportée par la logique de ses antécédens, de ses habitudes, de ses préférences ; si elle rentrait aujourd’hui aux affaires, ce serait une sorte de déchirement du vote complexe du 8 mai, et qu’elle le voulût ou qu’elle ne le voulût pas ; elle représenterait l’exclusion ou l’ajournement de toute une partie du plébiscite, justement de cette partie libérale qui a fait accepter et a popularisé cet acte. Nous ne voulons certes pas dire que la droite n’a plus aucun rôle dans le jeu constitutionnel, qu’elle ne peut pas à un jour donné revenir au pouvoir. Pour le moment, elle n’en est pas là, et, si elle ne s’arrête pas sur le chemin où elle semble s’engager, elle peut aller tout droit à un dénoûment qui n’est pas précisément celui qu’elle poursuit et devant lequel on a reculé jusqu’ici : la dissolution du corps législatif.

On a fait ce qu’on a pu pour l’éviter. Le pays, nous en convenons, s’est montré peu favorable et n’a aucune passion pour ces votes répétés qui mettent tout en mouvement. Le gouvernement ne s’est point hâté jusqu’ici, il est resté sourd à toutes les provocations. Dans le corps législatif lui-même, beaucoup de membres de la gauche tout aussi bien que de la droite ne sont nullement pressés de se remettre en campagne et de recommencer la course au clocher électorale. Cette dissolution, dont personne ne veut, elle peut cependant devenir inévitable, et le ministère doit bien le sentir, puisqu’il en est à préparer une loi électorale. La dissolution peut devenir d’autant plus inévitable que les incidens parlementaires qui se succèdent, la confusion des partis, les difficultés d’une situation pleine d’incohérences, finissent par accoutumer les esprits à cette idée comme à une nécessité. On en vient à se dire que ce corps législatif, élu en somme dans des conditions bien différentes, ne répond plus aux circonstances, surtout après le plébiscite, qu’il est même numériquement insuffisant depuis que sa sphère d’action s’est agrandie, qu’une assemblée nouvelle, plus nombreuse, librement élue, offrira nécessairement un cadre élargi où une majorité homogène et rajeunie pourra se former, où les partis, grossis d’un contingent de cent cinquante hommes nouveaux, auront plus de consistance et pourront se mouvoir plus librement. En un mot, voilà ce qu’il faut constater : l’idée a fait des progrès, surtout depuis que la droite, en montrant son impatience, a mis les esprits en garde contre la possibilité d’une évolution de pouvoir qui nous ramènerait en arrière, de telle sorte que par une fausse manœuvre, par une stratégie qui s’est peut-être démasquée trop tôt, on est arrivé à un double résultat qu’on n’avait probablement pas en vue : on a rejeté le ministère vers ses alliés de la première heure, vers le centre gauche, et on a ravivé du même coup la question la plus épineuse qui puisse être agitée aujourd’hui, la question de la nécessité d’une assemblée nouvelle ou de la dissolution du corps législatif.

La droite, au reste, peut s’organiser si elle veut, elle peut lever ouvertement le drapeau contre le ministère, elle est dans son droit, rien n’est plus simple, et la condition qui en résulte pour le cabinet n’est même pas la chose la plus importante. L’essentiel est que, dans cette carrière qui s’ouvre, tous les camps se dessinent, que les partis se dégagent de cet amalgame confus où ils sont tombés, que les groupes libéraux s’organisent à leur tour pour être l’appui efficace, la force d’une situation libérale, et sous ce rapport les mouvemens de la gauche sont un des incidens les plus curieux de cette réorganisation qui s’essaie laborieusement. C’en est donc fait maintenant, la rupture est accomplie. Il n’y a plus une gauche unique, il y en a deux ; il y a, pour parler le langage du jour, une gauche ouverte et une gauche fermée, une gauche constitutionnelle et une gauche radicale ou républicaine. Le protocole a été signé dernièrement avec toutes les formes diplomatiques par les plénipotentiaires des deux puissances, nous voulons dire des deux fractions, M. Ernest Picard et M. Jules Grévy. On s’est séparé avec une courtoisie sous laquelle perce une certaine aigreur ; enfin la scission est complète. On n’avait pas besoin d’aller chercher dans des histoires de journaux, dans des indiscrétions propres à mettre en jeu les susceptibilités personnelles, des raisons de séparation ; s’il n’y avait eu que ces petites piqûres, ce serait trop puéril. La rupture ostensible s’est accomplie parce qu’elle répondait à une dissidence profonde, parce qu’elle était dans la nature des choses, parce que l’alliance formée il y a huit mois par le manifeste du 15 novembre 1869, avant la session, avant le ministère du 2 janvier 1870, avant la réforme constitutionnelle, n’était plus qu’une fiction compromettante, et, s’il y a un fait surprenant, c’est que M. Ernest Picard ait eu l’air jusqu’au bout de se laisser pousser dans ce qu’il continue à ne pas vouloir appeler une évolution. Il a fallu presque le mettre dans l’impossibilité de faire autrement. Cet homme d’esprit s’est vu réduit à la cruelle extrémité d’avoir du bon sens, de la raison, de la décision presque par force, et il a fallu que M. Jules Grévy lui rendît le service de lui fermer poliment la porte de la rue de la Sourdière en refusant de provoquer une réunion générale de la gauche qu’il sollicitait. Voilà par quelle série de malheurs et de contrariétés a dû passer l’honorable M. Picard pour arriver à être le chef de la gauche ouverte, par opposition à la gauche fermée de la rue de la Sourdière. Maintenant la chose est faite, il n’y a plus à y revenir, et ici s’élève une autre question. Évidemment l’évolution de M. Ernest Picard et de ses amis n’aurait aucun sens, si elle ne signifiait que la gauche nouvelle entre franchement, complètement, dans la vie constitutionnelle, en acceptant toutes les conséquences de cet acte définitif, sans exclure la perspective même du pouvoir. Cette fraction de la gauche devient un des élémens des combinaisons futures. Par ce côté, elle touche au centre gauche, avec qui elle a de manifestes affinités. C’est là justement ce qui fait l’importance de cette évolution. Désormais, par des rapprochemens devenus possibles, il peut se former un groupe sérieux ayant un rôle à jouer dans nos luttes publiques, ouvrant un asile à tous les esprits libéraux et indépendans, devenant le premier noyau d’un parti qui peut s’étendre par des élections nouvelles, offrant au pays des garanties de modération.

Au fond, entre M. Picard, qui a sans doute fait quelques façons pour entrer dans cette voie, mais qui a fini par y entrer, et ses anciens amis de l’autre gauche qui restent dans leur camp fermé, où est la vérité ? C’est certainement M. Ernest Picard qui est le vrai politique, précisément parce qu’il ne se sépare pas du pays, parce qu’il accepte de servir pratiquement les intérêts libéraux sans déclarer la guerre à ce que la volonté nationale a fait. La gauche radicale, ou républicaine, ou fermée, comme on voudra l’appeler, a peut-être pour elle cette apparence de logique qu’il y a toujours dans les partis absolus ; en réalité, elle est beaucoup moins logique que M. Picard, puisqu’elle fait la même chose sans l’avouer ; elle est simplement inconséquente avec cette irréconciliabilité qu’elle proclame et qu’elle ne pratique pas, qu’elle ne peut pas pratiquer parce qu’elle est impossible. On ne voit pas que se proclamer irréconciliable au nom d’une forme politique qu’on préfère, au moment où la volonté nationale bien ou mal inspirée se prononce dans un autre sens, c’est rompre avec cette volonté elle-même, c’est se mettre au-dessus du pays, c’est se placer dans cette situation où l’on est obligé à chaque instant de transiger avec un état de choses qu’on prétend ne pas reconnaître. Qu’est-ce donc que cette politique réduite à fléchir et à se désavouer sans cesse ? Pour être vraiment irréconciliable, il n’y a qu’un moyen, c’est de s’abstenir de tout et en tout. Si l’on n’agit pas ainsi, si l’on va au corps législatif, si on entre dans la discussion des lois, si l’on concourt avec un gouvernement à l’administration des intérêts publics, si on déclare, ne fût-ce que par tactique, qu’on a confiance dans un ministre, si l’on fait tout cela, on n’est plus qu’inconséquent. L’irréconciliabilité n’est qu’un mot sonore et vide qu’on fait retentir pour les esprits sans portée, en se réservant de travailler en commun avec ses concitoyens, dans la limite des lois, au bien du pays. Et voilà pourquoi le principe sur lequel la gauche radicale a prétendu se fonder n’est même pas un principe absolu, c’est une fiction sans logique par laquelle un parti se condamne à mettre une contradiction perpétuelle entre ce qu’il dit et ce qu’il fait. C’est cette contradiction que des esprits comme M. Jules Favre, M. Gambetta, M. Jules Simon, prennent sérieusement pour de la politique, et qu’ils arborent sur leur petite église, qui par le fait n’est ni fermée ni ouverte.

Sans doute, nous en convenons, on peut être radical et rêver la république. En définitive, avant la république, qui n’est qu’un mot quand elle n’est pas un fanatisme, il y a toujours la liberté, et malheureusement en France, dans ce fractionnement de toutes les opinions, le parti qui s’affiche le moins est celui qui pourrait s’appeler le parti de la liberté pour la liberté. L’autre jour, dans une séance du corps législatif, l’honorable ministre des finances, M. Segris, répondant d’un accent passionné à des récriminations peu justes, se tournait vers l’opposition et s’écriait : « Quelle est donc la liberté qui vous manque aujourd’hui ? » Là-dessus, M. Garnier-Pagès, se levant tout effaré et plein des souvenirs de l’Hôtel de Ville de 1848, répliquait avec véhémence : « Nous n’avons pas le pouvoir constituant ! » Voilà la grande affaire ! il s’agit de liberté, on demande le pouvoir constituant ! Eh ! qu’en voulez-vous faire du pouvoir constituant ? Qu’avez-vous à constituer ? Avez-vous à nous bâcler une constitution nouvelle, qui ne serait guère que la douzième ou la treizième dans notre histoire depuis quatre-vingts ans ? En serions-nous plus libres ? C’est une confusion qu’on fait sans cesse et à tout propos, même involontairement et sans y songer. On a soulevé par exemple et on va discuter bientôt la question assurément la plus sérieuse et la plus délicate, celle de la décentralisation. Rien n’est plus utile sans doute, comme aussi rien n’est plus dangereux ; rien ne sera plus stérile, si on ne resté pas dans la vérité pratique des choses. On se met à l’œuvre, et de quoi s’occupe-t-on tout d’abord ? On va droit à la nomination des maires, c’est-à-dire qu’on commence par la fin, parce qu’il est de toute évidence que le mode de désignation des magistrats municipaux doit se dégager naturellement du système général d’organisation qu’on adoptera ; nous serions un peu tentés d’ajouter qu’on commence par le superflu, parce qu’au bout du compte un maire peut être choisi par le gouvernement ou élu par un conseil municipal, sans qu’il y ait un atome de liberté de plus ou de moins dans le pays. On ne voit pas que la première chose à faire serait d’attaquer le mal dans sa racine, de dégager l’initiative individuelle, l’initiative locale de ce système de ligature qui l’étreint, de cette multitude de formalités inutiles, gênantes, souvent irritantes, qui prolongent les plus simples affaires pendant des mois, quelquefois pendant des années. C’est là qu’il y a immensément à faire, et pour accomplir ces réformes qui peuvent raviver l’esprit d’initiative, rendre vraiment le pays à lui-même, il n’est pas besoin d’invoquer le pouvoir constituant, ni d’attendre la république ; il suffit d’un régime sensé qui se prête à cette œuvre salutaire, et ici nous retrouvons cette théorie aussi éloquente qu’ingénieuse de la monarchie constitutionnelle que le duc de Broglie développe dans ses Vues sur le gouvernement de la France. La monarchie constitutionnelle, sincèrement et virilement pratiquée, bien entendu, a le mérite de se plier à tout sans rompre. L’église fermée de la rue de la Sourdière pourra chercher, elle ne trouvera pas mieux, parce qu’il n’est pas démontré qu’on soit plus libre à Washington qu’à Londres, parce qu’en fin de compte le régime constitutionnel a cet avantage souverain d’être la monarchie sans ses dangers de prépotence personnelle, et la république sans sas dangers de guerre civile ou de bouleversemens périodiques.

Depuis qu’il est réuni, le corps législatif a remué plus qu’il n’a résolu bien des questions intérieures, et il a encore devant lui cette laborieuse discussion du budget où tout revient à la fois. Il ne s’était pas occupé jusqu’ici des affaires étrangères, lorsqu’il y a peu de jours, vers la fin d’une séance, une petite interpellation lancée à l’improviste a provoqué tout à coup un certain mouvement de curiosité et d’émotion. Que se passait-il donc ? Il s’agissait simplement du chemin de fer du Saint-Gothard, œuvre commune de l’Italie, de l’Allemagne, de la Suisse, et dont le parlement fédéral de Berlin, avant de se séparer, a eu tout récemment à s’occuper pour voter le subside par lequel la confédération de l’Allemagne du nord doit concourir à ce travail, rival du percement du Mont-Cenis. Nos députés, il faut le dire, mettent un peu de temps à s’instruire et à connaître les affaires qui se passent en ce monde.

En réalité, il y a deux ou trois ans déjà que des négociations se poursuivent incessamment en Italie, en Allemagne, en Suisse, pour arriver à la réalisation de cette idée d’une communication nouvelle reliant le centre de l’Europe aux régions italiennes à travers les Alpes helvétiques. Seulement quelle direction centrale choisirait-on entre le chemin de fer du Brenner, au nord, et le chemin de fer du Mont-Cenis, qui est déjà presque terminé ? Passerait-on par le Splugen ou par le Saint-Gothard ? C’est autour de ce point capital que se sont agités longtemps tous les intérêts, et après bien des débats passionnés c’est définitivement à l’automne de l’année dernière que la Prusse, la Suisse et l’Italie en venaient à s’entendre ; elles signaient le 13 octobre 1869 à Berne un protocole qui fixait le Saint-Gothard comme point de passage, et qui ébauchait le plan de coopération des trois puissances. Deux jours après, l’Italie et la Suisse se liaient par un traité particulier auquel devaient adhérer tous les états intéressés, Bade, le Wurtemberg. Tout était prévu : la subvention des gouvernemens devait être de 85 millions, sur lesquels l’Italie avait seule à payer 45 millions, la Suisse 20 millions, la Prusse ou l’Allemagne 20 millions. C’est une portion de ce subside que le parlement fédéral de Berlin était récemment appelé à voter. Les cantons suisses à leur tour se sont déjà cotisés pour faire leur part de subvention. L’Italie n’a encore rien demandé à son parlement, mais elle dispose d’une somme votée par la ville de Gênes pour la traversée des Alpes, d’une contribution de la compagnie des chemins de fer de la Haute-Italie, et le ministère de Florence s’est adressé aux provinces pour les associer à cette œuvre, de façon à diminuer la charge de l’état. Il y a peu de jours encore, le conseil provincial de Milan, après une longue discussion, votait pour sa part une somme de 1 million, de sorte que la question est déjà fort avancée. Ce n’est plus, qu’on le remarque bien, une chose à faire, c’est une chose faite ; il y a des traités signés, des subventions convenues et votées ; tout cela s’est passé au grand jour, et si l’on devait s’en émouvoir, s’il y avait des considérations supérieures par lesquelles on pût se croire autorisé à combattre cette grande entreprise, c’est au moment où rien n’était fait encore qu’on aurait dû intervenir, ce n’est pas seulement aujourd’hui qu’il faudrait y songer. Nous ignorons encore la pensée du gouvernement, qui aurait peut-être mieux fait de répondre tout de suite et qui a préféré ajourner ses explications à la semaine prochaine. Il ne pourra certainement dire que ce que nous disons ici, c’est que le chemin de fer du Saint-Gothard est une de ces œuvres de l’industrie moderne qu’il n’est au pouvoir de personne de contrarier. Franchement quel droit pourrions-nous invoquer, et comment nous y prendrions-nous pour empêcher l’Allemagne, la Suisse et l’Italie de réunir leurs efforts, de percer les Alpes, d’ouvrir une communication nouvelle au commerce des pays intéressés et de l’Europe tout entière ? Nous avons le Mont-Cenis, l’Autriche a le Brenner ; à côté du Saint-Gothard, le Splugen va être percé à son tour ; tout s’ouvre à là fois.

Il ne faut rien grossir. Est-ce dans un intérêt politique ou pour mieux dire dans un intérêt de puissance militaire que nous aurions quelque raison de nous émouvoir ? Quelques-uns des orateurs du parlement de Berlin, et M. de Bismarck tout le premier, se sont plu, il est vrai, à laisser entendre mille choses. Ils ont mis en avant les considérations des grands jours, la puissance de l’Allemagne, l’importance d’une communication directe avec l’Italie, « l’amie fidèle, » à qui on pourra tendre la main sans être gêné par personne. D’abord M. de Bismarck est coutumier du fait, et n’oublie jamais de recourir aux grands moyens quand il s’agit d’aiguillonner la lenteur raisonneuse de ses Allemands. Il y a peu de temps, pour rétablir la peine de mort en Saxe et dans les autres pays où elle était abolie, il invoquait l’unité allemande ; pour l’unité allemande, il était disposé à écraser sous son talon toutes les résistances. Aujourd’hui c’est le même argument qu’il tire du fourreau pour enlever le vote du subside en faveur du Saint-Gothard. L’imagination de M. de Bismarck va ici un peu au-delà de la réalité, et il n’y a pas encore de quoi s’effrayer. Nous ne voyons pas comment le chemin de fer du Saint-Gothard pourrait devenir une communication militaire ; entre l’Allemagne et l’Italie, il y a la neutralité suisse qui n’est pas une fiction qu’on puisse détruire ou violenter aisément. Le gouvernement helvétique, dans les arrangemens qu’il a signés, a réservé tous les droits de la Suisse ; il reste maître du chemin de fer, il peut prendre toutes les mesures défensives, mettre le passage à l’abri des fortifications qu’il construira, suspendre les communications, arrêter les trains. La Suisse en un mot resté ce qu’elle était, une masse impénétrable entre l’Allemagne et l’Italie, de sorte que sous ce rapport rien n’est changé. Au point de vue politique ou militaire, la question n’est point de celles qui peuvent exciter de sérieux ombrages. Elle a de l’importance sans doute, elle en a surtout au point de vue économique et commercial. Par le fait, l’ouverture du passage du Saint-Gothard se rattache à toutes ces tentatives qui se poursuivent depuis quelques années pour donner un nouveau cours aux relations de l’Europe avec l’extrême Orient, pour détourner les relations de la France et de Marseille.

C’est une lutte engagée où les combattans ne sont pas des armées, ce sont des intérêts, des villes comme Marseille, Trieste, Gênes, Anvers, Ostende, Hambourg : le champ de bataille, c’est l’univers ; mais ici que faire ? Point de susceptibilités vaines, nous ne pouvons vaincre qu’en accélérant nos communications, dont les Anglais nous reprochent la lenteur, en multipliant la facilité des relations, en abaissant nos tarifs, en outillant nos ports, en laissant à nos industries l’excitation salutaire de la liberté. Voilà la véritable et seule importance du passage du Saint-Gothard, qui d’ailleurs ne pourra être ouvert que dans neuf ans. Le chemin du Saint-Gothard offrira sans doute à l’activité commerciale de l’Allemagne des débouchés nouveaux et de nouveaux stimulans ; il ne hâtera pas d’une minute, au moins par un accroissement de puissance militaire, l’unité allemande, qu’on voit à travers tout. Cette unité, elle a bien assez à faire encore de lutter avec ses propres difficultés intérieures et ces difficultés mêlées de grandeur, nous ne l’ignorons pas, palliées souvent par un énergique patriotisme, mais enfin réelles, profondes, on peut les suivre en quelque sorte à la trace dans les intéressantes études que M. Emile de Laveleye vient de réunir sous le titre de la Prusse et l’Autriche depuis Sadowa, dans les beaux essais que M. V. Cherbuliez a rassemblés pour en faire son livre de l’Allemagne politique depuis la paix de Prague. C’est le même sujet traité par deux esprits différens, l’un économiste intelligent, historien exact, investigateur instruit des ressources des peuples, l’autre philosophe politique, observateur plein de vie, peintre habile des hommes et des caractères, — tous les deux, guides impartiaux et sûrs, se complétant mutuellement dans cette étude saisissante des dernières transformations de l’Allemagne. Ces pages de M. Cherbuliez, qui du premier coup, quand elles ont paru ici, ont eu un si brillant succès même auprès des Allemands, qu’elles faisaient quelque peu crier, ces pages ont tout le charme du récit, l’intérêt de l’analyse politique, la finesse de l’observation, la sûreté du trait, l’éclat de l’imagination. L’auteur, on le sent bien, sait ce qu’il dit ; il a vu ce qu’il raconte, et ce qu’il n’a pas vu, il l’a deviné ; il s’est entretenu avec les hommes, il a saisi les nuances de leur nature et pénétré leur secret. Cette Allemagne nouvelle, en marche depuis la paix de Prague, il l’a surprise dans son intimité, dans ses grandeurs ou dans ses incohérences ; il la décompose merveilleusement, sans cacher une vive et sérieuse sympathie pour cette grande nation germanique, mais aussi sans laisser altérer la justesse perçante de son coup d’œil à l’égard de ceux qui la représentent, rois, princes, diplomates ou ministres, et c’est ce qui donne au livre de M. Cherbuliez l’attrait de l’étude politique, du voyage et de l’analyse morale. C’est la description d’une destinée nationale qui se dégage, qui deviendra ce qu’on ne sait pas encore, et que le chemin de fer du Saint-Gothard ne fera pas dans tous les cas marcher plus vite. Qu’on se rassure, ce n’est pas là que nous pourrons avoir besoin d’aller arrêter la Prusse.

On a pu croire un instant que l’Espagne touchait à une crise décisive, mais c’était une fausse alerte. Le fait est qu’on aurait pu s’y tromper. Le président du conseil, le général Prim, convoquait par missive particulière tous les députés à Madrid, comme s’il se fût agi de quelque grande résolution imminente : on avait présenté une loi pour régler le mode d’élection du souverain. Une commission voyageait sans cesse de Madrid à Logrono pour offrir la couronne au vieux Espartero, qui avec un bon sens invincible s’obstinait à la refuser. Le duc de Montpensier et ses amis s’agitaient. D’un autre côté, les événemens de Portugal avaient laissé une singulière impression d’incertitude et de mystère ; on se souvenait qu’à la veille de ces événemens l’ambassadeur d’Espagne à Paris, M. Olozaga, était arrivé à Madrid, où s’était rencontré aussi le ministre espagnol à Lisbonne. Qu’allait-il sortir de tout cela ? Vraiment il n’en est rien sorti, et il est probable qu’il n’en sortira rien, qu’on restera encore dans cet état assez curieux qui n’est ni la monarchie ni la république. C’était peut-être là tout simplement qu’on en voulait venir. À travers toutes les obscurités, il est certain que depuis quelque temps il s’est manifesté une impatience énergique d’en finir avec un provisoire où le pays s’énerve, et c’est pour donner satisfaction à cette impatience qu’avait été présentée une loi réglant le mode d’élection d’un souverain ; mais en même temps il y a un autre sentiment tout aussi énergique : c’est le besoin de n’en pas finir, et c’est à ce sentiment qu’a répondu un amendement présenté aux cortès pour exiger que le roi ne pût être choisi qu’à la majorité absolue de l’assemblée totale, non des seuls membres présens. L’amendement a été adopté, et la majorité exigée est au moment présent à peu près impossible à obtenir pour un candidat quelconque, de sorte qu’on s’est trouvé plus que jamais entre l’impatience de sortir du provisoire et l’impossibilité d’en finir. Là-dessus est arrivé le général Prim déclarant que le gouvernement avait fait tout ce qu’il avait pu, qu’on s’était adressé à quatre princes, qu’on n’avait pu trouver le vrai roi que l’Espagne attend, mais que certainement on le trouverait d’ici à trois mois, — après quoi il ne reste plus évidemment qu’à accepter cet augure. D’ici à trois mois, qu’arrivera-t-il ? Le général Prim parlera sans doute à cette époque avec tout autant de clarté qu’aujourd’hui. ch. de mazade.