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Chronique de la quinzaine - 14 juillet 1837

Chronique n° 126
14 juillet 1837


CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.


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14 juillet 1837.


La dissolution prochaine de la chambre et les élections occupent tous les esprits. Tous les partis s’agitent, les espérances abattues renaissent, et tout annonce que les élections, si elles ont lieu, seront vivement disputées sur tous les points de la France.

Un journal de l’opposition a sagement remarqué que l’extrême gauche n’obéissait pas à un sentiment bien entendu de ses intérêts en demandant à grands cris, comme elle le fait, la dissolution de la chambre. Tout porte à croire, en effet, que la gauche ne fera pas ses affaires dans les nouvelles élections. Sans doute, ce parti se trouvera renforcé à la chambre, ainsi que le sera le parti légitimiste, de quelques députés nouveaux ; mais l’adjonction de ce petit nombre de députés ne servira qu’à donner aux centres une énergie plus vive, et peut-être même à changer en humeur agressive contre les deux partis extrêmes l’esprit de conservation qu’ils ont montré dans cette session. Nous avons laissé les centres calmes et disposés à soutenir un ministère modéré ; on les retrouverait alors, tels qu’ils étaient en 1830 et 1831, vifs, emportés, prêts à marcher avec un ministère d’intimidation. En pareil cas, les élections tourneraient au profit des doctrinaires. Est-ce là ce que demandent le parti de la restauration et le parti du mouvement ?

Le parti doctrinaire a calculé ses chances, et l’on peut être assuré qu’il travaillera partout dans les collèges électoraux, pour lui-même d’abord, puis pour les légitimistes, toutes les fois qu’il aura lieu de craindre l’élection d’un député modéré. Les légitimistes serviraient cette fois à rétablir la fortune politique des doctrinaires, fondée sur l’opposition républicaine, qui leur fait défaut aujourd’hui. Depuis deux ou trois ans, en effet, les doctrinaires vivaient d’un reste de peur de la république ; ils faisaient encore aux yeux des faibles quelques lambeaux de ce vieux fantôme évanoui. L’amnistie et ses suites, toutes différentes de celles que les journaux du parti avaient prédites, en ont fini du système de la peur. Au grand regret des doctrinaires, le parti républicain, vaincu par tous les hommes d’ordre, dont la plupart figurent ailleurs que dans les rangs doctrinaires, le parti républicain est retourné dans ses ateliers. Parmi les amnistiés, les uns ont accepté franchement l’ordre social qu’ils ont trouvé fermement établi au sortir de leur prison ; les autres, gardant leur rancune, mais reconnaissant leur faiblesse, se sont soumis aux lois. A peine si quelques infractions partielles à la loi d’amnistie donnent prise au Journal de Paris, le Moniteur des doctrinaires, et lui fournissent le prétexte de demander l’abolition des mesures de surveillance. Il faut donc trouver d’autres ressources. Le parti légitimiste les fournira. On sait déjà qu’un grand nombre de légitimistes se disposent à se présenter dans les collèges électoraux, où ce parti n’ira pas tout entier, car la condition du serment en éloignera tous les purs ; mais on espère qu’il s’en trouvera un assez grand nombre pour créer dans la chambre nouvelle une opposition de droite qui irritera les centres. On achèvera de les passionner en les effrayant de l’alliance de la restauration et de la république, qu’on leur montrera assise à leur gauche, et rien n’empêcherait plus la formation du ministère normal, du ministère qui doit tout remettre à sa place, et rendre à la France la prospérité, le bonheur, l’ordre, la tranquillité, au roi la sécurité, toutes choses perdues sans doute, depuis que M. Guizot a quitté le ministère de l’instruction publique, et M. de Rémusat le poste de sous-secrétaire d’état.

Le parti doctrinaire l’a dit lui-même : le maniement des affaires lui reviendra quand ses prédictions journalières se seront réalisées, quand la France sera livrée à de nouveaux troubles, quand une administration sage, précautionneuse, prudente et modérée, ne lui conviendra plus. L’amnistie a eu ses suites bien constatées et bien réelles : elles se font sentir tous les jours. Le journal doctrinaire par excellence nomme cette situation des esprits une détente ; il se plaît à croire qu’elle ne sera que passagère ; selon lui, la force (lisez la violence) peut seule gouverner le pays. A la bonne heure ; nous admettons, avec les doctrinaires, que la tension des esprits a cédé devant les mesures d’ordre et de conciliation à la fois, qui ont été prises depuis la formation du ministère actuel. C’est donc au ministère à faire en sorte que les esprits ne se tendent pas de nouveau. Or, quelques troubles partiels, quelques actes de désordre isolés ne seraient pas pour nous une démonstration suffisante d’une nouvelle tension des esprits, et nous ne pensons pas que le pays, que les électeurs en tireraient la conclusion que la France serait assez malade pour être livrée aux remèdes héroïques que lui gardent les doctrinaires.

En attendant que ce jour arrive, le parti se console en semant la nouvelle d’une division profonde entre M. Molé et M, de Montalivet. Il s’agirait ou de la dissolution de la chambre, ou de la question d’Afrique, ou des affaires d’Espagne, ou de toute autre chose, il n’importe. La chose importante est que la division existe, ou qu’elle ait lieu bientôt. C’est la consolation qu’on se donne en attendant le grand jour des troubles, qui arrivera infailliblement. Nous sommes bien fâchés de ravir cette consolation aux doctrinaires ; mais M. de Montalivet et M. Molé, tombés tous deux, le même jour, dans leur disgrace, et par le même motif, se sépareraient moins que jamais au moment de les combattre en bataille rangée, dans les élections, comme ils se le proposent. Le parti doctrinaire a nié le mouvement à ce cabinet, et il a marché ; il l’a défié de faire quelques actes importans, le ministère en a fait aussitôt plusieurs, que le parti doctrinaire n’eût jamais osé faire ; et, maintenant, il se dispose à se présenter face à face à ses adversaires, et à faire loyalement décider la question entre eux et lui. Et devant ce défi, les doctrinaires se bornent à comploter tout bas et à chercher des germes de division parmi les membres du ministère ! N’avions-nous pas dit avec raison, il y a deux mois, qu’on verrait bientôt de quel côté se trouvent l’action, le courage, la résolution, et qui sont les timides et les faibles de ceux qui accusent chaque jour les autres de lâcheté et de poltronnerie, et de ceux qui poursuivent leur route en dédaignant de répondre.

Le Journal de Paris, si largement doté par les doctrinaires, rédigé aujourd’hui par toutes les fortes têtes du parti, doit être regardé comme son organe. Après avoir renié le Journal de Paris quand ils étaient au pouvoir, les doctrinaires l’adoptent et le soutiennent aujourd’hui. Or, le Journal de Paris professe toujours les mêmes principes ; rien n’a changé dans cette feuille, ni ses idées, ni son langage. Si ces idées appartiennent aujourd’hui au parti doctrinaire, il faut que ce parti ait changé lui-même d’idées, ou, ce qui est plus vrai, qu’il les ait dissimulées lorsque ses membres les plus influens faisaient partie du ministère. La situation actuelle vaut mieux des deux parts ; elle est plus franche, plus nette, et les élections la rendront encore plus claire.

En cherchant donc, dans l’organe officiel, les idées du parti sur les élections, nous y trouvons une longue discussion où l’on montre tout le danger des mandats impératifs. Nous ne sommes pas des partisans absolus de cette manière de régler les rapports d’un député avec ses électeurs. Nous en sentons tous les inconvéniens. Mais sans adopter le principe du mandat impératif, il nous semble juste de reconnaître aux électeurs la faculté de donner au député de leur choix un mandat en quelque sorte conditionnel. N’est-il pas juste, en effet, que les électeurs s’entendent avec le député sur les principes que celui-ci doit défendre à la chambre, et la profession de foi exigée des députés n’est-elle pas déjà une sorte de traité entre les contractans ? Que serait-ce donc, si cette sortie contre les mandats se trouvait motivée par un fait qui intéresserait autant le parti que l’élection de M. Duchâtel au Havre ? M. Duchâtel, on le sait, fut élu par un arrondissement où sa famille possède de grandes propriétés ; mais une élection au Havre, cité commerciale de premier ordre, serait un beau fleuron à la couronne d’un ancien ministre du commerce ! Les électeurs du Hâvre, les principaux commerçans surtout, sont très bien disposés, et donneraient volontiers leurs voix à M. Duchâtel, dont personne ne saurait nier les connaissances spéciales et la capacité administrative. Mais tout en rendant justice à ces hantes qualités, les électeurs du Hâvre voudraient, dit-on, recevoir de leur nouveau député l’assurance qu’il ne partage pas les idées exagérées d’un parti dont l’éloignerait sa connaissance des affaires, des hommes et des choses. Ce ne serait pas là un mandat impératif. Une simple profession de foi, bien précise, bien nette, de la part de M. Duchâtel, suffirait aux électeurs du Hâvre, et c’est contre cette demande que le parti cherche à le fortifier. On craint que, lié par cet engagement, M. Duchâtel ne se jette de plus en plus dans les idées de modération qui lui sont naturelles, et on veut lui ôter tous les moyens de sortir de l’enceinte du camp doctrinaire. L’élection de M. Duchâtel au Hâvre ne se fera cependant qu’à de certaines conditions, conditions honorables sans nul doute, et qui n’obligeraient l’ex-ministre à renier aucun de ses antécédens. Mais ce n’est pas le compte du parti, qui en est aujourd’hui à l’exagération de ses propres principes. Périssent donc les élections plutôt que les doctrines !

La loi des sucres a été votée à la chambre des pairs à la majorité de quatre-vingts voix contre trente-huit. Le ministre des finances s’est en vain efforcé de l’améliorer. L’engagement qu’il a pris de l’examiner dans l’intervalle de la session, et d’en méditer les effets avant l’époque de sa mise en vigueur, est le seul espoir qui reste à tous les intérêts qui se trouvent blessés par cette loi. Le plus important de ces intérêts, celui de l’état, doit particulièrement en souffrir, car la loi des sucres est faite pour nuire à nos rapports avec nos colonies, et pour détruire l’activité de la marine marchande, cette source féconde de matelots pour notre marine royale. La loi des primes pour la pêche de la baleine a créé, depuis quelques années, plus de deux mille matelots, les meilleurs marins du monde ; elle a donné un mouvement inouï à deux de nos principaux ports ; une loi des sucres bien faite eût encore augmenté ce mouvement, et elle eût fourni un plus grand nombre de matelots. Le ministère sent aussi bien que personne les inconvéniens de celle-ci, et nous ne doutons pas que dans l’intervalle des deux sessions il ne prépare tous les travaux nécessaires pour ramener avantageusement cette question devant la chambre prochaine.

La mission que s’est donnée le ministère actuel, de calmer les esprits et de consolider l’ordre par une bienveillante fermeté, doit l’appeler sur le terrain des améliorations matérielles. Les actes politiques, si importans et si nombreux qu’il a faits, ont absorbé toutes ses pensées. Maintenant il doit s’attacher à procéder à cette seconde partie de sa tâche. L’adoption de la loi des sucres, l’ajournement de la loi des chemins de fer, laissent un vide que ne combleront pas toutes les lois de travaux publics adoptées dans les dernières séances de la chambre, lois utiles d’ailleurs, dont on ressentira bientôt les effets. Que les élections, si elles ont lieu, ne lui fassent pas négliger ce devoir, dont il s’occupe déjà, nous le savons ; que les lois d’industrie qui doivent vivifier le commerce soient présentées dès le début de la session prochaine : il n’aura rien à craindre des intrigues d’un parti qui, pour un homme spécial et utile qu’il renferme dans son sein, compte tant d’ames aigries et d’esprits égarés, occupés uniquement de satisfaire leur ambition aux dépens des intérêts réels du trône et du repos de la France.


La constitution du royaume de Hanovre, détruite par le nouveau roi, existait en vertu d’une déclaration royale du 12 août 1814 et d’une charte du 7 décembre 1819 [1]. Toutes les branches du pouvoir exécutif étaient réunies dans la main du roi ; le pouvoir législatif et le droit de voter les impôts, partagés entre le roi et les deux chambres. Dans la première chambre siégeaient les seigneurs des états, les possesseurs de majorats, les députés de la chevalerie, et ceux qui avaient ce droit en vertu de certains emplois. Dans la seconde chambre se trouvaient les députés des villes, les chefs des corporations et les possesseurs de terres libres. Tous les députés étaient nommés par l’élection pour six ans. Les présidens, vice-présidens, syndics-généraux et vice-syndics-généraux étaient élus par les chambres. Les états du royaume tenaient une diète annuelle.

Le royaume de Hanovre, que son nouveau roi traite avec tant de rigueur, n’est pas aussi restreint qu’on semble le croire. Le cercle de Hanovre compte 320,000 habitans et onze villes. Celui de Lunebourg, 300,000 habitans et douze villes ; et les sept cercles réunis, qui composent le royaume, ont ensemble 1,600,000 habitans. La Prusse sera sans doute appelée, par les évènemens et par sa situation, à recueillir les résultats de la conduite du roi actuel de Hanovre.

Nous donnons textuellement la proclamation de l’ancien duc de Cumberland.


« Ernest-Auguste, par la grace de Dieu, roi de Hanovre, prince royal de la Grande-Bretagne et de l’Irlande, duc de Cumberland, duc de Brunswick et Lunebourg, etc.

« Il a plu à la divine Providence d’appeler à elle feu notre souverain Guillaume, roi de la Grande-Bretagne et de Hanovre, et de jeter ainsi dans une douleur profonde notre maison royale et tous ses fidèles sujets. Le royaume de Hanovre nous étant advenu par succession, suivant le droit de primo-géniture établi dans notre maison royale, nous en avons pris possession avec tous les droits héréditaires et attributions qui y sont attachés. En conséquence, nous annonçons, par la présente, notre avènement au trône, et nous espérons avec confiance que tous nos serviteurs, vassaux, sujets royaux, ecclésiastiques et séculiers, nous prêteront serment de fidélité et d’obéissance, et nous seront toujours dévoués avec amour et sympathie ; de notre côté, nous les assurons de notre bienveillance royale et de notre protection souveraine, et ce sera le but de nos vœux les plus ardens et de nos constans efforts, de travailler avec une sollicitude paternelle à la prospérité et au bien-être des sujets que la divine Providence nous a confiés.

« Après avoir ainsi déterminé le but de nos efforts, nous avons acquis la conviction que, sous plus d’un rapport, la loi fondamentale ne répandait pas à nos désirs, dont l’objet unique est d’assurer le bien-être de nos fidèles sujets. Résolu de manifester immédiatement et avec franchise notre opinion sur cet objet important, nous n’hésitons pas à déclarer à nos fidèles sujets que nous ne trouvons pas dans la loi fondamentale, qui d’ailleurs n’a aucune force obligatoire pour nous, une garantie suffisante de leur bonheur que nous cherchons à consolider par tous nos efforts, conformément aux devoirs que nous a imposés la divine Providence. Toutefois nous sommes bien éloigné de vouloir arrêter notre résolution sur cet objet si intéressant avant d’avoir approfondi et examiné avec soin les questions qui peuvent s’y rattacher.

« Notre volonté royale, au contraire, est de soumettre à l’examen le plus consciencieux la question de savoir s’il faudra changer ou modifier la constitution, ou s’il conviendrait de revenir à l’état de choses qui a existé jusqu’à l’époque de la promulgation de la loi fondamentale actuelle ; à cet effet, nous convoquerons les états-généraux pour leur communiquer notre résolution royale. Nos fidèles sujets ont trouvé autrefois leur bonheur et leur satisfaction dans les dispositions de l’ancienne constitution héréditaire de leur pays. Un lien de dévouement, de fidélité et de confiance envers le souverain, transmis de génération en génération, assurait le bonheur du prince et celui de ses sujets. Nous souhaitons avec ardeur établir un rapport aussi avantageux. Nous n’avons pas exigé de nos ministres d’état et de cabinet, liés par un serment prêté à la loi fondamentale, leur contre-seing pour le présent décret d’avènement. Il n’a été contresigné que par notre ministre d’état et de cabinet, de Schele, qui a prêté serment entre nos mains, en laissant de côté tout engagement envers la loi fondamentale.

« Plein de confiance dans l’amour du peuple hanovrien, nous espérons que nos fidèles sujets attendront avec calme, et avec la plus grande confiance dans nos intentions paternelles, l’examen que nous ferons de la loi fondamentale, et qu’ils seront convaincus que nous aurons sous les yeux leur bien-être en procédant à cette investigation. Nous voulons en même temps que, jusqu’à nouvel ordre, tout suive dans notre royaume la marche accoutumée, et nous ordonnons que la présente proclamation soit affichée dans tous les lieux publics, et que, deux mois après, elle soit renvoyée à notre ministre de cabinet, après que la publication en aura été constatée.

Hanovre, 5 juin.

« Ernest-Auguste. »

« G. V. Schele. »

— Un arrêté de M. le préfet de la Seine a prescrit d’enlever, avant le mois d’août prochain, tous les monumens funèbres élevés dans le cimetière de l’Ouest (barrière de Vaugirard), antérieurement à 1824. Quelques-uns de ces monumens ont été érigés à la mémoire d’hommes de lettres morts sans postérité, et dont les tombeaux auraient été ainsi dispersés par les agens de l’administration. L’Académie française ayant été informée de cette circonstance, le secrétaire perpétuel a adressé au préfet de la Seine la lettre suivante, qui honore également l’Académie et la mémoire des écrivains qui en sont l’objet

« Monsieur le Préfet,

« L’Académie française me charge d’avoir l’honneur d’appeler votre attention bienveillante sur un fait pour lequel on réclame de sa part une intervention qu’elle ne peut exercer que sous la forme d’un avertissement et d’une prière. Parmi les pierres tumulaires dont le déplacement a été ordonné par la préfecture de la Seine sur le terrain de l’ancien cimetière de Vaugirard, se trouvent la tombe et les restes d’un écrivain célèbre, M. de La Harpe, mort sans postérité, et sans représentant de famille.

« Il semble à l’Académie, monsieur le préfet, qu’à défaut d’héritiers directs d’un homme qui a honoré les lettres, sa mémoire, et tout ce qui l’intéresse, demeurent sous la protection de l’état, et des autorités déléguées par lui.

« Si, dans cette pensée, monsieur le préfet, vous jugiez convenable de prendre des mesures pour assurer la translation et le dépôt funèbre dans un autre lieu des restes de M. de La Harpe, l’Académie s’empresserait de s’associer par une députation à ce témoignage honorifique, qu’elle ne peut provoquer que de ses vœux, dans l’intérêt des lettres ; et elle serait reconnaissante de la bonté que vous auriez de lui en donner avis, et de lui indiquer peut-être d’autres dispositions semblables que vous auriez également ordonnées, par respect pour d’autres souvenirs que la même enceinte peut renfermer, et qui toucheraient à la gloire littéraire de la nation, puisque le nom de Colin d’Harleville s’y trouve compris

« Agréez, etc.

« VILLEMAIN. »


— Nous ne faisons qu’annoncer aujourd’hui la récente publication que M. Michelet vient de donner de deux volumes, dont l’un continue son Histoire de France[2], et en forme le tome troisième, et dont l’autre est un appendice de cette histoire. Notre vieux droit avait quelques symboles, quelques formules poétiques ; ces formules et ces symboles, dès l’époque de saint Louis et surtout sous Philippe-le-Bel, disparaissent et sont rayées par les légistes. M. Michelet a pensé qu’il serait neuf et piquant d’en exposer l’origine et le caractère, au moment où les traces en vont disparaître. De là son volume sur les Origines du Droit français, digression du texte narratif, mais devenue trop considérable pour y être intercalée. Quant au volume même qui continue le texte de l’Histoire de France, il commence aux vêpres siciliennes et va jusqu’à la mort de Charles V, et presque à la fin du XIVe siècle. Ce qu’une lecture extrêmement rapide nous fait entrevoir d’intérêt, de vues et de tableaux dans cette portion de récit, ne saurait trouver place dans une courte note ; nos lecteurs ont pu en juger déjà par le morceau des Templiers. Nous tâcherons un jour d’aborder, avec l’examen et le détail qui conviennent, cette œuvre historique d’un homme aimé du public, et que recommandent tant de qualités brillantes, ingénieuses et patientes, tant d’imagination et d’érudition. Ce nous sera même une occasion, peut-être, d’entamer une série des historiens modernes qui a manqué à la Revue jusqu’ici et de caractériser dans leurs travaux et leur manière, les Augustin Thierry, les Fauriel, et aussi M. Michelet. Cette idée qu’il a eue de faire entrer dans sa publication récente, un volume sur les Origines du droit, puisées dans les symboles, cette idée, qui est une application à la France de ce que M. Grimm a tenté et accompli pour le droit germanique, se rattache aussi à certaines vues chères à Vico, et l’ingénieux et éloquent interprète de ce dernier n’a donc fait, dans cette digression considérable, que suivre l’ordre naturel de ses inspirations et de ses vues.

— Le Cours d’embryogénie comparée, professé par M. Coste au Muséum d’histoire naturelle de Paris, vient de paraître. On sait qu’envisageant la science du développement de l’homme et des animaux sous un point de vue plus vaste et plus philosophique qu’on ne l’avait jamais fait avant lui, M. Coste, aidé par l’Institut et par le gouvernement dans les nombreux sacrifices qu’il s’était imposés lui-même, a pu porter cette étude au rang des sciences naturelles les plus avancées, et que l’embryogénie comparée devient, en quelque sorte, son œuvre, aucun savant, avant lui, n’ayant essayé de réaliser un semblable travail.

Cette publication, accompagnée d’un atlas et d’un texte explicatif des planches, est donc, sous tous les rapports, un ouvrage complètement original, qui manquait à l’enseignement, et dont le besoin était d’autant plus vivement senti, que l’embryogénie semble appelée à porter sa part de solution dans les plus grands problèmes philosophiques. M. Coste a tâché de démontrer dans son cours comment le panthéisme et le matérialisme devraient se retirer devant les inductions et les lumières qui se tirent de l’embryogénie. Ses nombreux auditeurs retrouveront dans la publication de ce cours tous les détails qui ont pu leur échapper, et ceux qui n’ont pas entendu le professeur liront avec intérêt un ouvrage dans lequel les connaissances naturelles sont présentées comme une démonstration scientifique des doctrines spiritualistes.




  1. voir notre (1) de la chronique de la quinzaine du 31 juillet 1837.
  2. Librairie de Hachette, rue Pierre-Sarrasin.