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Chant de guerre[1].


Le vent gémit, le vent apporte
L’immense rumeur des combats !
Vois passer la noire cohorte,
Le sol tressaille sous ses pas.
L’air est rouge, les cieux livides,
Sous le vol des corbeaux avides,

Venus là pour ronger les morts,
Et dans l’ardente chevauchée,
Ainsi qu’une moisson fauchée
Tombent les braves et les forts !

Faut-il que pour eux seuls la gloire
Fasse frissonner l’étendard ?
De leur radieuse victoire
Ne veux-tu pas aussi ta part ?
Ah ! sois jaloux de leur extase :
Après le coup qui les écrase,
Le cœur de triomphe rempli,
Ils tombent tous sans que rien souille
Leur armure qui craint la rouille,
Leur nom qui redoute l’oubli !

Sais-tu que vos pieds l’ont foulée,
La terre où dorment les aïeux.
Et que le bruit de la mêlée
A troublé leur sommeil pieux ?
Et songeant aux vieilles alarmes,
Ils sont accoudés sur leurs armes.
Pour voir d’autres lauriers fleurir,
Pour voir, de leurs demeures sombres,
Si l’on songe à leurs grandes ombres,
Et si comme eux l’on sait mourir !

  1. Extrait des Chants d’aurore.