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CHANSON IX


Une mère traînoit sur le rivage sa fille unique, pour la vendre aux blancs.

Ô ma mère ! ton sein m’a portée, je suis le premier fruit de tes amours ; qu’ai-je fait pour mériter l’esclavage ? J’ai soulagé ta vieillesse ; pour toi j’ai cultivé la terre, pour toi j’ai cueilli des fruits, pour toi j’ai fait la guerre aux poissons du fleuve ; je t’ai garanti de la froidure ; je t’ai portée, durant la chaleur, sous des ombrages parfumés ; je veillois sur ton sommeil, et j’écartois de ton visage les insectes importuns. Ô ma mère ! que deviendras-tu sans moi ? L’argent que tu vas recevoir ne te donnera pas une autre fille. Tu périras dans la misère, et ma plus grande douleur sera de ne pouvoir te secourir. Ô ma mère ! ne vends point ta fille unique.

Prières infructueuses ! Elle fut vendue, chargée de fers, conduite sur le vaisseau ; et elle quitta pour jamais la chère et douce patrie.


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