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Bulletin de la société géologique de France/1re série/Tome III/Séance du 4 février 1833



Séance du 4 février 1833.


Présidence de M. Constant Prévost.

Après la lecture et l’adoption du procès-verbal de la dernière séance, M. le président proclamée membres de la Société :

M. Pitta De Castro, officier portugais ; présenté par MM. Rozet et Desnoyers ;

M. Chaules Pitois-Levrault, libraire-éditeur du Dictionnaire des sciences naturelles, et des Mémoires de la Société géologique de France ; présenté par MM. Deshayes et Desnoyers.

La Société reçoit :

1° De la part de M. Michelin, des Lettres autographes de MM. Mougeot, Meyranx" et Requiem, naturalistes français, et une de M. Banks, compagnon du capitaine Cook, et président de la Société royale de Londres pendant près de trente ans.

2" De la part de M. Puzos, la gravure d’une nouvelle espèce d’un reptile fossile du lias Lyme Regis, figurée par M. de La Bêche.

3° De la part de MM. Leroux et Jean Reynaud, 12 volumes în-8°, formant l’année 1832 de la Revue encyclopédique, dont ils sont principaux rédacteurs.

4° De la part de M. Virlet, les ouvrages suivans :

A. Essai d’une minéralogie, par M. Gründer (Anleding til stenrikets Upstallning), un petit volume in-12. Stockholm, 1785.

B. Lettres minéralogiques et géologiques sur tes volcans d’Auvergne, par Lacoste, un volume in-8" de 450 pages et de deux tableaux. Clermont, 1805.

5° De la part de M. J. Burat, deux exemplaires d’une brochure dont il est l’auteur et intitulée : Des Puits artésiens, Notions générales de géologie appliquées à la recherche des eaux souterraines, une brochure in-8° de 28 pages. Paris, 1833.

La Société d’entomologie, adresse le prospectus des mémoires qu’elle va publier sous le titre d’annales de la Société entomologique de France, qui formeront chaque année un volume de 4 à 500 pages, accompagné de 12 à 18 planches.

M. Boué communique à la Société le second volume de la description physique et médicale des sources minérales les plus communes des pays principaux de l’Europe, par M. Ozann (Physik-Medicinisch Darstellung derbek Heilquellen, etc.), în-8°. Berlin, 1832.

On se rappelle que le 1er volume contenait des généralités sur les eaux minérales (voy. Bull., v. 2, p. 125 et 213), tandis que ce deuxième volume est consacré aux détails individuels, sur les sources minérales de la Belgique, de la Hollande, de l’Allemagne, de la Prusse et de toute la monarchie autrichienne.

On lit ensuite deux lettres adressées à M. Boué, par M. le comte Razoumowski et M. Steininger.

M. le comte Razoumowski exprime ses remerciemens de ce que la Société a agréé son grand travail manuscrit sur Carlsbad : il a été renvoyé au conseil, qui a prié M. Boué d’en faire un extrait ; cet extrait sera lu à la prochaine séance et imprimé dans le Bulletin.

La lettre de M. Steininger, contient le passage suivant :

« Je vous envoie les dessins de deux pétrifications rares qui pourraient bien être des espèces nouvelles ; l’une estune ammonite, qu’on pourrait nommer Ammonites nummis malis, qui a été trouvée dans l’argile schisteuse d’une mine de houille près de Sarrebruck ; elle est changée en pyrite. L’autre est un scaphite, que l’on pourrait nommerScaphites gigas [1] ; il a été trouvé dans le calcaire conchylien (Muschelkalk), près de Sarreguemines ; je vous laisse juger si vous les croyez dignes d’être publiées. »

M. Steininger fait ensuite quelques observations relatives aux fossiles qu’il a publiés dans son Mémoire sur l’Eifel, et ajoute quelques détails sur le grès tertiaire et le calcaire à paludines des environs de Mayence.

On lit la note suivante de M. Pareto sur les Alpes de la Ligurie, dans le voisinage du Col de Tende (Gênes, le 15 décembre 1832).

« Dans le département des Bouches-du-Rhône (près Cassis), j’ai trouvé jadis quelques traces de fucoïdes dans une marne ou argile calcaire bleuâtre inférieure à la masse des calcaires à hippurites de ces localités. Ces terrains contiennent aussi des ammonites, et sont supérieurs à un banc un peu bitumineux accompagné d’une petite gryphée qui repose enfin sur le calcaire compacte blanc jaunâtre que je crois devoir rapporter au calcaire jurassique.

« J’ai fait cette année un voyage de plus d’un mois dans les montagnes de la rivière du Ponent jus qu’auprès des sources du Var ; j’ai pu ainsi avancer de beaucoup ma carte géologique de ces montagnes ; je puis presque assurer qu’en faisant encore deux ou trois excursions de cette étendue, elle pourra être achevée dans un an ou un an et demi. J’ai vu dans cette excursion des choses bien intéressantes : j’ai trouvé d’abord des traces de porphyre quarzifère rougeâtre, au milieu des roches de quarz avec talc ; j’ai vu du granite dans les gneiss des montagnes de la vallée du Gesso, et ensuite j’ai retrouvé les calcaires semi-granulaires et dolomitiques reposant sur ces roches de grès quarzeux et contenant des fossiles qui rappellent ceux de la Spezia et de Carrare, et cela à la hauteur de près de huit mille pieds ; j’ai aussi retrouvé non loin de ces élévations le calcaire, le macigno et le schiste argileux à fucoïdes, formant une masse très étendue, et qui se trouve au Col de Tende en jonction, et supérieurement un calcaire à nummulites, qui repose sur le calcaire semi granulaire et dolomitique de ces localités.

« J’ai poussé mes excursions jusqu’au Col de l’Argentière, aux sources de la vallée de la Stura, et de là je suis descendu dans la vallée de la Tinca. Les gypses sont très fréquens dans ces endroits, et presque toujours accompagnés de calcaire poreux ; on ne les retrouve en général qu’aux endroits où les roches de gneis et talcschiste (approchent des calcaires. Le noyau primordial est assez considérable, et son axe ou sa plus grande longueur est dirigé du S.-E. au N.-O. J’ai des données pour croire que la grande masse de roches arénacées et schisteuses, qui s’appuie dessus, peut être un représentant du grès rouge, bunter Sandstein, et peut-être keuper ; elle formerait le rebord d’un grand bassin s’étendant des montagnes primordiales du département du Var aux Alpes. Sur cette formation arénacée s’étendrait la masse des terrains jurassiques (je n’ai pas pu voir le muschelkalk du côté des vallées du Roja et de la Tinca), et par dessus les terrains supra-jurassiques ou de craie composés d’une grande masse de calcaire, de macigno, et de calcaire à fucoïdes. Le calcaire nummulitique qu’on voit souvent en contact avec du calcaire compacte ou granulaire du Jura, en est parfois séparé par une assise calcaire sans nummulites, mais avec glauconie et fossiles ; je crois qu’il faut attribuer cela au plus grand développement de cette masse inférieure de calcaire marneux. Cette idée m’a été suggérée par la localité de la Mortola, où l’on trouve 1° calcaire jurassique, 2° calcaire marneux et quelque peu de glauconie, 3° roche nummulitique, et supérieurement macigno, tandis qu’ailleurs on a calcaire jurassique (auquel je réduis presque tous les calcaires compactes et granulaires de cette partie des Alpes maritimes, c’est-à-dire vers le Col de Tende), calcaire à nummulites, macigno et schistes argileux ; et enfin calcaire à fucoïdes formant une masse immense sur la chaîne qui est entre les sources du Tanarello, du Centa, et certains affluens du Roja. Il y a une même succession de roches dans les montagnes de Carrare (voyez ma notice sur les Alpes apuennes, imprimée dans la Bibliothèque Italienne, 1832) où les calcaires granulaires (modification d’autres calcaires) reposent sur des gneiss, stéaschistes et roches aggrégées quarzifères, et sont à leur tour recouverts par les macigno.

« II paraît que M. Hoffmann a retrouvé dans des macigno ou calcaires des environs de Florence des corps qui s’approchent un peu des nummulites ; je ne les ai pas vus cependant, et je ne saurais dire à quelles assises on doit rapporter les roches où on les a trouvées. Ce qui m’a beaucoup intéressé dans le voyage que j’ai fait aux Alpes maritimes, c’est d’avoir pu déterminer les contours des principaux massifs de roches cristallisées, qu’on voit dans ces parages ; j’en ai trouvé deux noyaux principaux : l’un, qui commence depuis Savoue, et, se dirigeant du S.-E. au N.-O., va former les montagnes des sources de la Bormida, celles du groupe au N. de la partie haute de la vallée du Tanaro, et ensuite les montagnes au-dessus de Coni, et un peu plus loin que le bourg S. Dalmazzo, à la sortie de la vallée de la Stura ; l’autre massif, assez considérable et d’une plus grande élévation (il atteint près de 3000 mètres), commence auprès du Col de Tende (aux cimes de la Biscia), et forme la chaîne centrale qui, d’un côté donne ses eaux dans la Stura et Gesso, de l’autre, dans le Roja, Velubia et Tinca, jusqu’à quelques kilomètres du Col de Pouriac, non loin de l’Argentière, où l’on voit les calcaires supérieurs semi-granulaires, ainsi que des schistes argileux et du macigno. Ce massif est ainsi détaché des autres massifs cristallisés des Alpes, qu’on ne retrouve qu’au-delà, et qu’il faut aller plus loin que le val de Maira pour retrouver. Je n’ai pu retrouver aucun massif de serpentine dans toute cette contrée. Celle qui est indiquée par Risso, du côté de la Briga, est tout autre chose, et paraît une roche verdàtre, peut-être feldspathique, au milieu des roches arénacées, inférieures au calcaire granulaire et dolomitique : elle ressemble beaucoup à une roche de même nature qui est au milieu des grès rouges dans le département du Var ; ainsi le domaine des serpentines est restreint depuis Savone jusqu’aux environs de la Spezia, au Mesco près Levento, le long de la mer ; dans l’intérieur, il va depuis Acqui à la vallée de la Magra, et il reparaît plus loin dans la vallée du Serchio, du côté de Camporgiano, près Castel nuovo di Garfagnana, au-delà de la grande masse du calcaire dolomitique ou granulaire des montagnes de Carrare ; dans les Alpes, au contraire, c’est à peu près à côté du mont Viso qu’il reparaît, car je ne le connais pas plus au midi, c’est-à-dire, vers la vallée de la Stura et de la Maira.

« Outre cette excursion plus longue dans les Alpes, j’en ai fait d’autres de moindre durée dans les montagnes et collines du Tortonois, où j’ai retrouvé beaucoup d’îlots de calcaire à fucoïdes que je soupçonnais, mais que je ne pouvais pas reconnaître, n’y ayant pas jusqu’à cet automne retrouvé ces impressions ; cela diminue un peu l’étendue des terrains tertiaires de ces collines, mais n’infirme pas les conclusions que j’ai prises pour la position, des gypses de ces localités. J’ai vu aussi dans quelque endroit, probablement sous ces calcaires à fucoïdes, des aggrégats très intéressans, contenant beaucoup de fragmens de granite qui me laissent même croire qu’il y a non loin de là quelque petite butte de cette roche. J’en ferai la recherche le printemps prochain. Du reste, le granite n’est pas, évidemment, loin au-dessous de ces montagnes du côté de Varsi Bobbio, puisque tous les conglomérats, formés par le soulèvement et la sortie des serpentines, en contiennent de très nombreux fragmens ; ce qui paraît indiquer que cette roche forme une partie d’un substratum de ces montagnes. Les terrains de calcaire à fucoïdes, sous lesquels sont ces aggrégats avec granite, sont très bouleversés : en général, ils ne sont pas très loin des formations gypseuses, qui pourraient bien se rattacher à des phénomènes provenant de la sortie ou du soulèvement de ces roches d’origine ignée. Cependant, ces buttes de gypse sont bien au milieu des terrains tertiaires, mais toujour non loin des îlots de calcaire à fucoïdes, qui interrompent la continuité des marnes subapennines dont il n’est pas toujours séparé par la masse, de nagelflue et molasse.

« M. Hoffmann m’a dit avoir trouvé en Sicile un passage des roches secondaires aux terrains tertiaires ; je ne saurais pas dire s’il en est de marne ici, car en certains endroits, à la vérité, il y a ressemblance minéralogique entre certains calcaires secondaires et les marnes bleues, au point que, si on ne voit pas les fossiles, on ne les saurait distinguer, puisqu’ici il n’y a pas souvent gisement contrastant ; mais, dans d’autres localités, ces formations sont séparées par les masses de nagelflue et molasse, qui tranchent sur le calcaire à fucoïdes inférieurs et plus encore sur les schistes argileux, quoique ensuite il puisse y avoir passage des molasses de cette assise aux marnes sableuses abord, puis aux marnes argileuses de la formation subapennine bien déterminée : c’est ce qui arrive en général, là surtout où manque le calcaire à fucoïdes ; mais, en d’autres points, il paraît y avoir plus de confusion, à Portofino, par exemple, parce que les élémens de la roche fragmentaire dans son assise inférieure et à contact de macigno et calcaire à fucoïdes, sont plus particulièrement formés par des matériaux analogues à cette roche elle-même (le calcaire à fucoïdes) qui a subi plus immédiatement l’action des agens extérieurs, et qui a fourni de préférence, à cause du voisinage, les matériaux de la roche postérieure qui lui est superposée. C’est dans cette nagelflue et molasse (à Lerma, Reccaforte, etc.) que j’ai trouvé un certain nombre de polypiers avec nummulites ou fossiles qui s’en approchent réunis à des cyprées, des cônes, des pectens, et autre ; fossiles d’aspect tout-à-fait tertiaires, et qui sont en général les mêmes que ceux que l’on trouve dans la colline de Turin et dans plusieurs assises ces terrains tertiaires de Vicentin.

« Je n’ai pas encore pu rédiger mes observations sur le gisement de cuivre à Rochetta, et en général dans beaucoup de schistes rouges et jaspes de la formation de macigno, mais, je m’en occuperai aussitôt que possible, et vous l’enverrai. Je vous fais, en attendant, un envoi de quelques roches et fossiles de la Ligurie. »



  1. M. Michelin a fait observer que le fossile considère par M. Steininger, comme un Scaphites gigas, ne lui paraît être qu’un échantillon d’ammonite très comprimé.