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(Tome Ip. 86-105).

V

coup d’audace.

Coup d’audace, s’il en fut jamais, que Harry Markel et ses compagnons allaient risquer pour échapper aux poursuites de la police ! Cette nuit même, en pleine baie de Cork, à quelques milles de Queenstown, ils tenteraient de s’emparer d’un navire à bord duquel se trouvaient le capitaine et son équipage, au complet sans doute. En admettant que deux ou trois des hommes fussent restés à terre, ils ne tarderaient pas à revenir, puisque la soirée s’avançait. Peut-être les malfaiteurs n’auraient-ils pas pour eux la supériorité du nombre ?…

Il est vrai, certaines circonstances devaient assurer la pleine réussite de ce projet. Si l’équipage de l’Alert comptait douze hommes, compris le capitaine, tandis que la bande n’en comptait que dix, compris Harry Markel, celle-ci aurait l’avantage de la surprise. Le bâtiment ne pouvait être sur ses gardes, au fond de cette anse Farmar. Des cris n’y seraient point entendus. L’équipage aurait été égorgé, jeté à la mer sans avoir eu le temps de se défendre. Puis, Harry Markel lèverait l’ancre, et l’Alert, toutes voiles dehors, n’aurait plus qu’à débouquer de la baie, à franchir le canal de Saint-George pour donner dans l’Atlantique.

À Cork, personne évidemment ne s’expliquerait pourquoi le capitaine Paxton serait parti dans ces conditions avant même que les pensionnaires d’Antilian, pour lesquels l’Alert avait été spécialement affrété, eussent pris passage à bord… Et que diraient M. Horatio Patterson et ses jeunes compagnons, qui venaient d’arriver, ainsi que l’avait annoncé Corty, lorsqu’ils ne trouveraient plus le navire à son mouillage de l’anse Farmar ?… Or, une fois le bâtiment en mer, il serait difficile de le rencontrer, de capturer ces bandits qui venaient d’en massacrer l’équipage. D’ailleurs, Harry Markel, non sans raison, ne pensait pas que les passagers voulussent embarquer avant le lendemain, et l’Alert serait alors au large de l’Irlande.

Dès qu’ils furent hors de la taverne, après avoir franchi la cour dont la porte s’ouvrait sur une étroite ruelle, Harry Markel et Corty prirent d’un côté, John Carpenter et Ranyah Cogh de l’autre, estimant que mieux valait se séparer, afin de dépister les policemen en redescendant vers le port. Ils avaient rendez-vous à l’endroit où le canot les attendait près de l’appontement avec leurs six camarades, endroit que le maître d’équipage connaissait, car il avait plusieurs fois relâché à Queenstown.

Harry Markel et Corty remontèrent, et firent bien, puisque la rue était barrée par les constables à son extrémité inférieure, là où elle s’amorçait au quai. Déjà nombre d’agents occupaient cette rue au milieu d’une foule grossissante. Hommes et femmes de ce quartier populeux voulaient assister à l’arrestation de ces pirates de l’Halifax qui s’étaient échappés de la prison maritime.

En quelques minutes, Harry Markel et Corty eurent atteint l’autre bout de la rue, libre de ce côté, mal éclairée d’ailleurs. Puis, ils s’engagèrent à travers une rue parallèle, en redescendant vers le port.

Ils ne passaient pas sans entendre les propos échangés dans cette foule, et, bien qu’il y eût là toute la population flottante d’une ville maritime, ces propos étaient des plus désobligeants pour des malfaiteurs si dignes d’être pendus. Mais ils ne se souciaient guère de l’opinion publique, on ne s’en étonnera point. Ils ne songeaient qu’à éviter la rencontre des constables, sans trop avoir l’air de gens qui s’enfuient, puis à gagner le lieu du rendez-vous.

En sortant de la taverne, Harry Markel et Corty avaient marché isolément à travers le quartier, étant sûrs d’atteindre le quai en continuant de suivre la rue. Arrivés à son extrémité, ils se rejoignirent et coupèrent vers l’appontement.

Ce quai était à peu près désert, vaguement éclairé de quelques becs de gaz. Aucune chaloupe de pêche ne rentrait ni ne rentrerait avant deux ou trois heures. Le flot ne commençait point à se faire sentir. Le canot ne risquait donc pas d’être rencontré lorsqu’il traverserait la baie de Cork.

« Par ici, dit Corty, en montrant la gauche, du côté où brillaient un feu de port, et, plus loin, sur une hauteur, le phare qui marquait l’entrée de Queenstown.

— Est-ce loin ?… demanda Harry Markel.

— Cinq ou six cents pas.

— Mais je n’aperçois ni John Carpenter, ni Ranyah Cogh…

— Peut-être n’ont-ils pu sortir par le bas de la rue pour gagner le quai ?…

— Ils ont eu à faire un détour… ils vont nous retarder…

— À moins, répondit Corty, qu’ils ne soient déjà à l’appontement…

— Allons », dit Harry Markel.

Et tous deux reprirent leur marche, en ayant soin d’éviter les rares passants qui se dirigeaient vers le quartier toujours empli des rumeurs de la foule aux abords de Blue-Fox.

Une minute après, Harry Markel et son compagnon s’arrêtaient sur le quai.

Les six autres étaient là, étendus dans l’embarcation, qu’ils avaient tenue toujours à flot, même au plus bas de la marée. Aussi pouvait-on facilement y prendre place.

« Vous n’avez vu ni John Carpenter, ni Ranyah Cogh ?… demanda Corty.

— Non, répondit un des matelots, qui se leva en halant sur l’amarre.

— Ils ne peuvent être loin, dit Harry Markel. Restons ici et attendons. »

L’endroit était obscur, et ils ne risquaient point d’être aperçus.

Six minutes s’écoulèrent. Ni le maître d’équipage ni le cuisinier ne paraissaient. Cela devenait très inquiétant. Étaient-ils arrêtés déjà ?… On ne pouvait songer à les abandonner… D’ailleurs, Harry Markel n’avait pas trop de tout son monde pour tenter l’aventure, et, au besoin, lutter contre l’équipage de l’Alert, s’il ne se laissait pas surprendre.

Il était près de neuf heures. Soirée très obscure, sous un ciel de plus en plus chargé de nuages bas et immobiles. S’il ne pleuvait plus, une sorte de brume tombait à la surface de la baie, — circonstance favorable pour les fugitifs, bien qu’ils dussent avoir quelque peine à découvrir le mouillage de l’Alert.

« Où est le navire ?… demanda Harry Markel.

— Là », répondit Corty en tendant la main vers le sud-est.

Il est vrai, lorsque le canot s’en approcherait, on distinguerait, sans doute, le fanal suspendu à l’étai de misaine.

Pris d’impatience et d’inquiétude, Corty remonta d’une cinquantaine de pas vers les maisons en bordure du quai, dont plusieurs fenêtres étaient éclairées. Il se rapprocha ainsi de l’une des rues par lesquelles devaient déboucher John Carpenter et le cuisinier. Lorsque quelque individu en sortait, Corty se demandait si ce n’était pas l’un d’eux, en cas qu’ils eussent dû se séparer. Alors, le maître d’équipage aurait attendu son compagnon, celui-ci ne sachant quelle direction suivre pour rejoindre l’embarcation au pied de l’appontement.

Corty ne s’avançait qu’avec la plus extrême prudence. Il se défilait le long des murailles, prêtant l’oreille au moindre bruit. À chaque instant pouvait se produire une irruption de constables. Après avoir inutilement perquisitionné les tavernes, la police continuerait assurément ses recherches sur le port et visiterait les canots amarrés au quai.

À ce moment, Harry Markel et les autres, mis en alerte, durent croire que la chance allait tourner contre eux.

En effet, à l’extrémité de la rue du Blue-Fox, éclata un bruyant tumulte. La foule reflua au milieu des cris et des bourrades. À cette heure, un bec de gaz éclairait l’angle des premières maisons, et l’endroit était moins obscur.

En restant au bord du quai, Harry Markel put voir ce qui se passait. D’ailleurs, Corty ne tarda pas à revenir, ne se souciant guère de figurer dans la bagarre, où il aurait risqué d’être reconnu.

Au milieu du tumulte, les constables avaient arrêté deux hommes qu’ils maintenaient solidement et conduisaient vers l’autre côté du quai.

Ces deux hommes se débattaient et opposaient une vive résistance aux agents. À leurs cris s’ajoutaient ceux d’une vingtaine d’individus, qui prenaient parti pour ou contre eux. Or, que ces hommes fussent le maître d’équipage et le cuisinier, il y avait lieu de le croire.

C’est bien ce que pensèrent les compagnons d’Harry Markel, et l’un d’eux de répéter :

« Ils sont pris… ils sont pris…

— Et comment les tirer de là ?… répondit un des camarades.

— Couchez-vous ! » commanda Harry Markel.

Prudente mesure, car, si John Carpenter et le cuisinier étaient entre les mains des policemen, ceux-ci en concluraient que les autres ne devaient pas être loin. On aurait l’assurance qu’ils n’avaient pas quitté la ville. On les chercherait jusqu’au fond du port. On visiterait les navires mouillés en rade, après leur avoir fait défense de mettre en mer. Pas une des embarcations, pas une chaloupe de pêche ne serait exceptée, et les fugitifs ne tarderaient pas à être découverts.

Harry Markel ne perdit pas la tête.

Lorsque ses compagnons se furent étendus dans le canot, de manière qu’on ne pût les apercevoir, grâce à l’obscurité, quelques minutes s’écoulèrent qui parurent longues. Le tumulte redoublait sur le quai. Les individus empoignés résistaient toujours. Des huées de la foule les accablaient, et il semblait bien qu’elles ne devaient s’adresser qu’à des malfaiteurs, tels ceux de la bande Markel. Parfois Harry s’imaginait entendre et reconnaître les voix de John Carpenter et de Ranyah Cogh. Est-ce qu’ils étaient ramenés vers l’appontement ?… Est-ce que les constables savaient que leurs complices étaient là cachés au fond d’une embarcation ?… Est-ce que tous allaient être capturés et reconduits à la prison, d’où ils ne s’échapperaient pas une seconde fois ?…

Enfin les clameurs s’apaisèrent. L’escouade s’éloignait avec les individus pris dans la rue du Blue-Fox, et elle remontait la partie opposée du quai.

Harry Markel et les sept autres n’étaient plus menacés pour l’instant.

À présent, que faire ?… Le maître d’équipage et le cuisinier, arrêtés ou non, n’étaient pas là… Avec deux de moins, dans ces conditions d’infériorité, Harry Markel pouvait-il donner suite à son projet, se porter vers l’Alert, essayer de surprendre le navire à son mouillage, faire à huit ce qu’il était déjà si audacieux de faire à dix ?… En tout cas, il fallait profiter du canot pour s’éloigner, gagner un point de la baie et se jeter à travers la campagne.

Avant de se décider, Harry Markel remonta sur l’appontement.

Ne voyant personne le long du quai, il se préparait à rembarquer afin de pousser au large, lorsque deux hommes se montrèrent au tournant de l’une des rues, sur la droite de celle qu’avaient suivie Corty et Harry Markel.

C’étaient John Carpenter et Ranyah Cogh. Ils se dirigèrent à pas rapides vers l’appontement. Aucun policeman à leurs trousses, d’ailleurs. Ceux qui avaient été arrêtés étaient deux matelots qui venaient d’en frapper un troisième, précisément dans la taverne du Blue-Fox.

En quelques mots, Harry Markel fut mis au courant. Une escouade barrant la rue, lorsque le maître d’équipage et le cuisinier arrivèrent à l’entrée, impossible d’atteindre le quai par cette issue. Tous deux durent rebrousser chemin jusqu’à la ruelle déjà occupée par d’autres constables et fuir vers le haut du quartier. De là, ce retard qui avait failli tout compromettre.

« Embarque ! » se borna à dire Harry Markel.

En un instant, John Carpenter, Ranyah et lui eurent pris place dans le canot. Quatre se tenaient à l’avant, leurs avirons parés. L’amarre fut larguée aussitôt. Le maître d’équipage tenait la barre, ayant près de lui Harry Markel et les autres.

La mer baissait encore. Avec le jusant qui durerait une demi-heure, le canot aurait le temps d’atteindre l’anse Farmar, distante de deux milles au plus. Les fugitifs finiraient bien par apercevoir l’Alert à son mouillage, et il ne serait pas impossible de surprendre le navire, avant qu’il eût pu se mettre en état de défense.

John Carpenter connaissait la baie. Même
« embarque ! » se borna à dire harry markel.
au milieu de cette profonde obscurité, en se dirigeant vers le sud-sud-est, il était assuré d’atteindre l’anse. Certainement, on apercevrait alors le feu réglementaire que tout navire hisse à son avant, lorsqu’il est à l’ancre dans une baie ou dans un port.

À mesure que marchait l’embarcation, les dernières lumières de la ville se noyaient dans la brume. Pas un souffle d’air ne se faisait sentir. Aucune houle à la surface de la baie. Le calme le plus complet devait régner au large.

Vingt minutes après avoir quitté l’appontement, le canot s’arrêta.

John Carpenter, se relevant à demi :

« Un feu de navire… là… », dit-il.

Une lumière blanche brillait à une quinzaine de pieds au-dessus de l’eau, à une distance de cent toises.

Le canot, se rapprochant de la moitié de cette distance, resta immobile.

Nul doute que ce navire fût l’Alert, puisque, d’après les informations, aucun autre n’était alors mouillé dans l’anse Farmar. Il s’agissait donc de l’accoster sans donner l’éveil. Que l’équipage se tint en bas par ce temps de bruine, c’était probable. Mais, tout au moins, un homme serait de garde sur le pont. Il fallait éviter d’attirer son attention. Aussi, les avirons levés, le courant devrait suffire à porter l’embarcation sur le flanc de l’Alert.

En effet, en moins d’une minute, Harry Markel et ses compagnons raseraient la hanche de tribord du navire. Ni aperçus ni entendus, il ne leur serait pas difficile de se hisser par-dessus les bastingages et de se débarrasser du matelot de quart avant qu’il eût pu donner l’éveil.

Le navire venait d’éviter sur son ancre. Le premier flot se faisait sentir, sans amener la brise avec lui. Dans ces conditions, l’Alert présentait son avant vers l’entrée de la baie, son arrière tourné vers le fond de l’anse Farmar, que fermait une pointe au sud-est. Cette pointe, il serait nécessaire de la contourner pour gagner le large et se mettre en direction à travers le canal de Saint-George.

Donc, à ce moment, au milieu d’une profonde obscurité, le canot allait accoster le bâtiment par son flanc de tribord. Seul, au-dessus du gaillard d’avant, brillait le fanal, suspendu à l’étai de misaine, et qui parfois s’éclipsait lorsque la bruine tombait plus épaisse.

Aucun bruit ne se faisait entendre, et l’approche de Harry Markel et de ses compagnons n’avait pas attiré l’attention du matelot de garde.

Cependant ceux-ci purent croire que leur présence allait être signalée. Probablement, un léger clapotis parvint à l’oreille du matelot, dont on entendit le pas le long du bastingage. Sa silhouette se dessina un instant sur la dunette ; puis, se penchant au-dessus de la rambarde, il tourna la tête à droite et à gauche, comme un homme qui cherche à voir…

Harry Markel et les autres s’étaient couchés sur les bancs du canot. Il est vrai, lors même que le matelot ne les apercevrait pas, il distinguerait le canot, il appellerait ses camarades sur le pont, ne fût-ce que pour amarrer une embarcation en dérive. Ceux-ci chercheraient à la saisir au passage, et il ne serait plus possible de surprendre le navire.

Eh bien, même en ce cas, Harry Markel n’abandonnerait pas ses projets. S’emparer de l’Alert était pour ses compagnons et lui une question de vie ou de mort. Aussi ne chercheraient-ils point à s’éloigner. Ils s’élanceraient sur le pont, ils joueraient du coutelas, et comme ce seraient eux qui porteraient les premiers coups, ils auraient probablement tout l’avantage.

D’ailleurs, les circonstances allaient les favoriser. Après être resté quelques instants sur la dunette, le matelot revint à son poste à l’avant. On ne l’entendit point appeler. Il n’avait pas même vu l’embarcation qui se glissait dans l’ombre.

Une minute après, le canot rangeait le flanc du navire, et s’arrêtait par le travers du grand mât, où l’escalade serait facile en se servant des porte-haubans.

Du reste, l’Alert ne s’élevait que de six pieds au-dessus de sa ligne de flottaison, qui dépassait à peine le doublage en cuivre de sa coque. En deux bonds, se hissant des pieds et des mains, Harry Markel et les siens retomberaient sur le pont.

Dès que le canot eut été amarré, afin que le flot ne pût le ramener dans la baie, les coutelas furent passés aux ceintures — coutelas que les fugitifs avaient pu voler après leur évasion. Corty fut le premier à franchir la lisse. Ses camarades le suivirent avec tant d’adresse et de prudence, que l’homme de service ne les entendit ni ne les aperçut.

Rampant alors le long de la coursive, ils se glissèrent vers le gaillard d’avant. Le matelot était assis là, appuyé contre le cabestan, presque endormi déjà. Ce fut John Carpenter qui, arrivé le premier près de lui, le frappa d’un coup en pleine poitrine.

Le malheureux ne poussa pas un cri, et, le cœur atteint, tomba sur le pont, où, après quelques convulsions, il rendit le dernier soupir.

Quant à Harry Markel et aux deux autres, Corty et Ranyah Cogh, ils avaient gagné la dunette, et Corty dit à voix basse :

« Au capitaine, maintenant. »

La cabine du capitaine Paxton occupait sous la dunette l’angle de bâbord. On y pénétrait par une porte qui s’ouvrait à l’angle du carré.

Une fenêtre donnant sur le pont l’éclairait, et, par cette fenêtre, munie d’un rideau, filtrait la lueur de la lampe, suspendue à son double cercle.

À cette heure, le capitaine Paxton n’était pas encore couché. Il rangeait les papiers de bord en prévision du départ dès la marée du matin, après l’arrivée de ses passagers.

Soudain, la porte de sa cabine s’ouvrit brusquement, et, avant qu’il eût le temps de se reconnaître, il râlait sous le coutelas d’Harry Markel, criant :

« À moi !… à moi !… »

Aussitôt que ces cris parvinrent au poste de l’équipage, cinq ou six matelots s’élancèrent hors du capot.

Corty et les autres les attendaient à l’entrée et à mesure qu’ils sortaient, ils étaient frappés, sans avoir pu se mettre en défense.

En quelques instants, six matelots furent étendus sur le pont. Mortellement blessés, quelques-uns poussaient des cris d’épouvante et de douleur. Mais, ces cris, qui les eût entendus, et comment un secours serait-il arrivé au fond de cette anse où l’Alert se trouvait seul au mouillage, au milieu de cette profonde obscurité de la nuit ?…

Six hommes et le capitaine ne composaient pas tout l’équipage. Trois ou quatre devaient être dans le poste d’où ils n’osaient sortir…

On les en tira, malgré leur résistance, et, en un instant, le pont fut rouge du sang de onze cadavres.

« Les corps à la mer !… » cria Corty.

Et il se préparait à jeter les cadavres par dessus le bord.

« Tiens bon !… lui dit Harry Markel. Le flot les ramènerait vers le port. Attendons la marée descendante, et elle les entraînera au large. »