Biographie nationale de Belgique/Tome 2/BOCH, Jean

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BOCH (Jean) ou BOCHIUS, poëte latin, né à Bruxelles, le 17 juillet 1555, mort à Anvers, le 9 janvier 1609. Issu d’une famille considérée et où l’on attachait du prix aux études approfondies, Bochius fut surnommé par ses contemporains le Virgile de son temps, éloge exagéré qui ne tirait guère à conséquence autrefois. Il fit ses humanités d’abord à Lierre et ensuite à Ath, qui possédait alors un des meilleurs colléges du pays. Son désir de visiter des contrées étrangères le détourna de suivre les leçons de droit à l’Université de Louvain ; il préféra se rendre en Italie pour y perfectionner ses études littéraires. Arrivé à Rome, il obtint, par de puissantes recommandations, d’être attaché à la maison du cardinal Radzivell, et suivit les leçons de controverse, données par le célèbre Robert Bellarmin, devenu plus tard cardinal, pour combattre les doctrines religieuses nouvelles. Après un assez long séjour dans la capitale du monde catholique et poussé par l’amour des voyages, il se rendit en 1578 dans le Nord et visita successivement la Livonie, la Lithuanie, la Pologne, la Moscovie et la Russie, où l’attendaient de grandes infortunes, comme il le raconte lui-même dans l’ouvrage dont nous parlerons bientôt. Après avoir employé la plus grande partie de l’année 1578 à parcourir les contrées voisines de la Baltique, ainsi que Wilna et Smolensk, il se dirigeait à petites journées vers Moscou, lorsque, en route, il fut si cruellement éprouvé par le froid qu’il eut les pieds gelés. Transporté dans cette dernière ville, ses douleurs devinrent tellement insupportables qu’on lui conseilla de se laisser amputer ces deux membres. Heureusement, le chirurgien du grand-duc de Moscowa intervint, à la demande d’un ami, et lui prescrivit des remèdes qui arrêtèrent les progrès du mal. Assez bien rétabli, quoique ne pouvant encore marcher qu’avec des béquilles, il se décida à aller achever sa convalescence chez un Lubeckois, avec qui il s’était lié d’amitié pendant le voyage et qui habitait dans une colonie allemande de la Livonie, tributaire du grand-duc. La bourgade où il résidait depuis quelque temps fut tout à coup attaquée par des pillards moscovites, qui y commirent des atrocités inouïes, n’épargnant ni femmes, ni vieillards. Le pauvre Bochius lui-même fut percé de coups et si maltraité qu’il fut laissé pour mort. Revenu à lui, il put cependant encore s’enfuir et se soustraire à ses bourreaux. Seul, perdant beaucoup de sang, il erra toute la nuit, au milieu d’un pays inconnu, mais son ami, qui avait échappé au massacre, envoya des gens à sa recherche et l’on finit par le découvrir, épuisé et mourant de froid. Les soins les plus empresés lui furent prodigués, et il put, quelques semaines après, reprendre le chemin de sa patrie. Revenu dans les Pays-Bas, il se livra tout entier à son amour pour la poésie latine et s’y distingua bientôt. Les poëmes qu’il composa pour célébrer la reddition d’Anvers au roi Philippe II, en 1584, attirèrent sur lui les faveurs d’Alexandre de Parme, qui le nomma secrétaire de cette ville. Il mourut dans ces fonctions, frappé d’apoplexie foudroyante, à l’âge de cinquante-quatre ans et fut inhumé, non loin de la tombe de son ami Graphæus, dans la cathédrale d’Anvers, où sa fille lui érigea un monument, avec les deux vers suivants, qu’il avait composés lui-même :

Quis situs hic ? Bochius satis hoc nam cœtera dicent,
Candor et integritas, ingeniumque viri.

Bochius, qui était lié avec les beaux esprits de son temps, tels que Juste Lipse, Vrientius, Graphæus, Beyerlynck, Gevartius, Jean Hauwaert, ne voulut point voir disperser, après sa mort, la riche bibliothèque qu’il avait formée d’auteurs grecs et latins ; il la légua tout entière à la ville d’Anvers pour être jointe à la Bibliothèque publique.

Son œuvre poétique la plus remarquable est intitulée : Psalmorum Davidis paradia heroica. Antverpiæ, ex off. Plantiniana, 1608, in-8°. C’est une paraphrase en vers alexandrins, qu’il composa vers la fin de sa vie, des cent-cinquante Psaumes de David. Il y règne une grande élévation de pensée, jointe à un rhythme harmonieux et à une latinité très-élégante, sans être trop recherchée. Inférieur peut-être en verve poétique à Buchanan et à Johnston, qui se sont essayés sur le même sujet, il leur est supérieur par la justesse avec laquelle il saisit les beautés et le sens véritable du texte biblique ainsi que par la clarté de sa diction. Ces poésies sacrées sont suivies d’un volumineux commentaire en prose sur les particularités physiques, morales, politiques et historiques qu’on rencontre dans les Psaumes. Ce travail intéressant, où l’auteur déploie autaut de savoir que de sage réserve, est intitulé : In Psalmos Davidis variæ obsevationes physicæ, ethicæ, politicæ et historicæ, item Prophetæ Regii vita et alia nonnulla. Antverpiæ, ex off. Plantiniana, 1608, in-8°. C’est dans les observations qui commencent le Psaume cxlvii qu’on trouve les détails sur son voyage en Moscovie, que nous avons analysé plus haut. Bochius a moins de mérite comme poëte dans ses autres œuvres, surtout dans ses panégyriques en l’honneur de la ville d’Anvers rendue aux Espagnols. Là, à cause de détails historiques et des particularités locales qu’il donne, sa verve poétique est mal à l’aise. Le mauvais goût et les flatteries à l’adresse d’Alexandre Farnèse déparent souvent ces vers de circonstance.

Ces diverses poésies, outre ses deux livres de panégyriques, se composent d’épitaphes, d’épithalames, de dédicaces, de distiques, d’éloges funèbres et de centons où les puissants du jour, tels que l’archiduc Ernest et Albert et Isabelle, ainsi que ses amis, sont loués à outrance, comme c’était la coutume chez les poëtes néo-latins de ce siècle. Toutes ces compositions ont été réunies, ainsi que celles de son fils, par François Sweertius, son ami, sous le titre de : Johannis Bochii Bruxellensis S. P. Q. Antverp. à Secretis Poemata. Francofurti, Sumpt. J. Kinkii, 1614, in-12.

Bon de Saint-Genois.

Ses ouvrages — Swertius, Athenæ Belgicæ, p. 390. — Foppens, Bibl. Belgica, t. I, p. 588. — Hofmann-Peerlkamp, De poetis Neerlandorum, pp. 88, 218-223. — Miræus, De elogiis Belgicis.