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LES LIEDER ET LES CANONS


La production purement vocale de la dernière manière offre un beaucoup plus grand intérêt que celle des deux autres périodes. Dans les années 1815 à 1820, trois lieder sont à retenir : Schnsucht, où l’on peut déjà observer le procédé de répétition, ou plutôt d’écho employé dans l’andante de la IXe symphonie et la Cavatine du XIIIe quatuor ; puis : An die Hoffnung, op. 94, curieusement disposé au point de vue tonal, presque un fragment de drame ; la première page, en si bémol mineur, semble une esquisse de l’introduction du troisième acte de Parsifal. Enfin : Résignation, ce génial appel à la lumière, l’une des plus concises et des meilleures mélodies de Beethoven. Nous avons déjà mentionné l’intéressant Liederkreis : À la bien-aimée lointaine, où l’on pourrait voir le point de départ des compositions similaires de l’époque romantique. Schumann y excella.

À partir de 1820, à partir de la quasi-découverte par Beethoven des styles musicaux antérieurs au XVIIe siècle, on ne trouve plus chez lui, en fait de musique vocale fugitive, que des Canons, à deux, trois et jusqu’à six voix.

On sait combien et avec quelle délicatesse l’art du Canon fut cultivé par les maîtres anciens qui avaient coutume de correspondre « canoniquement » et de se proposer mutuellement des énigmes à résoudre. Beethoven, reprenant cet usage, se montre, en ces courtes fantaisies, l’homme aux joyeuses boutades qu’on pouvait remarquer buvant, à quatre heures, sa chope habituelle dans un cabaret voisin du rempart. Les trente canons sont, pour la plupart, des Gratuliren (comme disent les Allemands modernes) ou des jeux de mots plus ou moins drôles. Gratulire, le canon du dîner de 1817 : on se réconcilie avec Mælzel sur le thème du Scherzando de la VIIIe symphonie. Gratuliren, le canon sur le nom de Hofmann, jouant sur le déplacement de l’accent, le canon sur le nom de Kühlau (1825), dans lequel, par une bizarre fantaisie, prennent place les quatre notes significatives du nom de Bach. Il en est aussi de satiriques : dans celui qu’il dédie pompeusement au violoncelliste Hauschka, Beethoven lui enjoint d’écrire une gamme, et voilà que, dès la seconde entrée, l’antécédent monte et descend la gamme de mi bémol ; il en est d’alertes, comme : Rede, rede, rede, rede ; d’expressifs, comme celui pour Spohr (1814) : « Courte est la douleur, éternelle est la joie. » Il en est enfin qui équivalent à de véritables compositions ; par exemple l’envoi de souhaits de bonne année à l’archiduc Rodolphe, pour le 1er janvier 1820 : « Tout bien, tout honneur au prince », et la belle pièce à six voix sur le texte de Gœthe : « Que l’homme soit noble, généreux et bon » (1823).

Si nous nommons encore, pour mémoire, les deux cantates avec chœur : Le Calme de la Mer (1815) et celle pour le prince Lobkowitz (1816) ; si nous y ajoutons une Marche pour musique militaire, un Allegro pour orchestre (1822) et, même année, l’ouverture pour l’inauguration du théâtre du faubourgs Josephstadt, qui est dans la vieille forme prélude et fugue, nous aurons passé en revue toutes les œuvres de la troisième époque, réservant les deux colosses pour le dernier chapitre.