Ballet des Arts/La Guerre

Robert Ballard (p. 20-26).

LA GUERRE.



Un Camp orné de pluſieurs Tantes & Pavillons, montre que l’Art de la Guerre va ſe faire voir : Mars & Bellonne dans une Machine ayant chanté des Vers en Dialogue à la loüange de cét Art, qui produit tant de Renommée & de gloire à ceux qui l’exercent dignement. La Déeſſe Pallas toute brillante, & auſſi conſiderable par ſa valeur que par ſa beauté deſcend du Ciel ; & ſe joignant à quatre charmantes Amazones danſe la ſeptieſme Entrée : Apres qu’un grand concert de pluſieurs inſtrumens a ſuccedé au recit de Mars & de Bellonne.


DIALOGUE
de mars et de bellone.
Mademoiſelle Hilaire, Bellone.
Monſieur Don, Mars.


Mars.


QUoy, jamais plus de ſang ?


Bellone.

Quoy, jamais plus de ſang Quoy, jamais plus de morts ?


Mars.

La Paix a pour long-temps étouffé les diſcords,
Et reüny les premiers Thrones,


Bellone.

Ne nous deſeſperons pas,
J’aperçoy des Amazones
Qui vont faire du fracas


Tous deux.

Ces aymables foudres de guerre
Qui font nos Braves trembler,
Ont dequoy depeupler la terre,
Et dequoy la repeupler.


Mars.

Que leurs coups ſont cruels !


Bellone.

Que leurs coups ſont cruels ! Que l’on craint leurs regards,


Mars.

Elles mettront bien-toſt le feu de toutes parts,
Et vont donner mille batailles.


Bellone.

S’il ne s’agit ſeulement
Que de voir des funerailles,
Nous aurons contentement.


Tous deux.

Ces Aymables, &c.


VII. et derniere Entrée.


Vertus, Pallas, & Amazones.


Pallas, Madame.

Amazones. Mademoiſelle de Mortemart, Mademoiſelle de S. Simon, Mademoiſelle de la Vallierre, & Mademoiſelle de Seuigny.


Pour Madame, repreſentant Pallas.


À voir la dignité, la pompe, les Richeſſes,
L’éclat de la perſonne, & la ſplendeur du Nom,
Et tout ce qui convient aux premières Deeſſes,
Diriez-vous pas que c’eſt la ſuperbe Junon ?

À voir comme on la ſuit en adorant ſes traces,
Comme elle enchaine ceux qui d’elle ſont connus,
Comme elle a dans ſes yeux les Amours & les graces,
Diriez-vous pas que c’eſt la charmante Venus ?

C’eſt Pallas elle-meſme, ou quelqu’autre Heroine,
Qui cache ſa fierté ſous beaucoup de douceur,
Et ſans en affecter la redoutable mine,
Elle en a les Vertus, l’eſprit, le noble cœur.

Si Pâris revenoit, nous verrions ce jeune homme
Bien moins embaraſſé qu’il ne fut autrefois ;
Il n’auroit qu’à donner à celle-cy la Pomme,
S’il vouloit eſtre quitte envers toutes les Trois.


Pour Mademoiſelle de Mortemart, Amazone.


Qui d’appas, d’attraits & de charmes,
Pour le dire en un mot, que d’armes !
Vous avez quelque affaire, & je le prevoy bien,
Eſt-on comme cela pour rien ?
Eſt-ce pour attaquer ? eſt-ce pour vous deffendre ?
Car je vous donne avis qu’on tâche à vous ſurprendre,
Soyez en defiance aux lieux où vous allez,
Tel pourroit s’enhardir, encor qu’il vous redoute,
Je ſçay qu’on vous en veut, & voſtre cœur s’en doute,
Dites-nous à l’oreille à qui vous en voulez ?


Pour Mademoiſelle de S. Simon, Amazone.


Cette jeune Amazone avec ſes doux regards,
Met indifferemment le feu de toutes parts,
Et de la ſorte quelle frape,
Amy comme ennemy, perſonne n’en échape,
C’eſt des jeunes Beautez le procedé commun,
Elle s’en laſſera peut-eſre,
Apres avoir ainſi frapé ſans reconnoiſtre
Souvent dans la meſlée on s’attache à quelqu’un.


Pour Mademoiſelle de la Valliere, Amazone.


Divine Amazone, tout bas,
Contez-nous quelle eſt voſtre gloire,
Volontiers n’affectez-vous pas
D’étaller trop une victoire,
Les procedez ſont differends,
Les unes comme des Torrens
Courent & ravagent la Terre,

Les autres au contraire aprehendant l’éclat

Font les plus beaux coups de la Guerre
Comme on fait un aſſaẞinat.

Telle a mille cœurs ſous ſes loix,
Craignant de vivre trop à l’ombre,
Telle conſidere par fois

La qualité plus que le nombre :
Je voy luire dans vos beaux yeux
Un certain air impérieux,
Fatal au repos des plus Braves,

Et ne conte pas moins qu’Alexandre & Ceſar,
En me figurant des Eſclaves
À la ſuite de voſtre Char.


Pour Mademoiſelle de Seuigny, Amazone.


Belle & jeune Guerriere, une preuve aſſez bonne
Qu’on ſuit d’une Amazone & la regle & les vœux,
C’eſt qu’on n’a qu’un Teton, je croy, Dieu me pardonne,
Que vous en avez déjà deux.



Les Amazones s’eſtant retirées, Pallas paroiſt de nouveau avec les vertus qui la ſuivent par tout, veſtuës des couleurs qui leur conviennent le plus, & qui ſont.

La Fidelité, repreſentée par le Comte de Saint Aignan, & veſtuë de bleu.

La Beauté, d’incarnat par Monſieur de Souville.

La Force, de couleur de feu, par le Sieur Raynal.

La Prudence, par le Sieur des Airs l’aiſné, habillée de cette couleur changeante qu’on voit dans la peau des Serpens.

La Chaſteté de blanc, par le Sieur de Lorges.

Et la Conſtance par le Sieur des Airs le cadet, veſtuë de vert ; & repreſentant la fermeté de la Terre. Cette huitieſme & dernière Entrée concluant tout le Ballet des Arts.


Pour le Comte de S. Aignan, repreſentant la Fidelité.


Sa mine prouve aſſez ce que ſon cœur doit eſtre,
L’honneur y va bien loin devant l’utilité.
Pour la Maiſtreſſe & pour le Maiſtre,
C’eſt la meſme Fidelité.


FIN.