Au fond du bois

Au fil des heures
Les Fleurs de Givre (p. 225-226).


 



Au fond du bois. Je rêve, assis, distrait, au bord
D’un ruisselet, humant le capiteux arôme
Qu’un souffle tropical promène sous le dôme
Des vieux arbres pensifs et mornes du grand Nord.

À travers les rameaux le soleil fane et mord
Les mousses et les fleurs dont l’air dormant s’embaume.
Sur l’immensité plane un silence de mort.
Le tronc du bouleau semble au loin un blanc fantôme.


L’onde, en le frôlant, berce à peine le roseau.
Pas un souffle de vent ! pas un babil d’oiseau !
Rien sous le ciel ne rompt cette sauvage extase.

Un grand papillon bleu, vivant saphir ailé,
Effleure, autour de moi, le gazon constellé,
Ou lentement voltige au fil de l’eau qui jase.