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Astronomie populaire (Arago)/XXII/06

GIDE et J. BAUDRY (Tome 3p. 556-557).

CHAPITRE VI

de l’usage des éclipses et des occultations dans la chronologie


On doit voir dans ce qui précède que les éclipses de Soleil, calculées suivant les tables astronomiques, que les occultations d’étoiles par la Lune ou par les planètes, ou enfin que les occultations d’une planète par une autre plus rapprochée de nous, peuvent servir à la chronologie soit pour fixer la date exacte d’un événement éloigné, caractérisé par un de ces phénomènes, soit pour corriger de fausses indications de ce même événement.

Ainsi Hérodote raconte que pendant une bataille engagée entre les Mèdes et les Lydiens, il arriva une éclipse totale de Soleil qui frappa de terreur les deux armées, ce qui amena un arrangement pacifique entre les deux nations. En quelle année cela arriva-t-il ? Pline et Cicéron s’accordent à placer l’événement à une date qui correspond à 585 avant Jésus-Christ. Cette date fut adoptée par Riccioli, Newton, etc.

Scaliger, en se servant des tables défectueuses de son temps, trouva de son côté, par le calcul, que l’éclipse arriva dans l’année 583 avant Jésus-Christ.

D’autres, sur des données plus ou moins incertaines, tels que Usher, Costard, etc., trouvèrent le premier l’année 601, le second l’année 630, etc.

Enfin, à l’aide des tables les plus modernes et les plus exactes du Soleil et de la Lune, Baily, dans un Mémoire imprimé dans les Transactions philosophiques de 1811, a prouvé que l’éclipse dont parle Hérodote n’a pu arriver ni antérieurement à 629, ni postérieurement à 525. La date exacte correspondante à une éclipse totale dans l’Asie Mineure, où les deux armées ennemies se rencontrèrent, est le 30 septembre 610 avant Jésus-Christ. Ainsi se trouve réglé par un calcul astronomique un point de l’histoire ancienne sur lequel les opinions avaient tant varié.

Il est fait mention dans l’ouvrage de Cœlo d’Aristote, d’une éclipse de Mars par la Lune dont Kepler fixa la date, d’après les tables imparfaites de l’époque, au 4 avril de l’année 357 avant Jésus-Christ.

Nous ne multiplierons pas davantage ces citations, n’ayant eu pour but, dans les lignes qui précèdent, que de montrer le parti qu’il est possible de tirer des théories astronomiques pour fixer les dates des événements mentionnés dans les récits des historiens de l’antiquité.