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Astronomie populaire (Arago)/XXI/29

GIDE et J. BAUDRY (Tome 3p. 485-487).

CHAPITRE XXIX

état physique de l’hémisphère de la lune qui ne s’aperçoit pas de la terre


La Lune nous présente toujours la même face : nous avons eu l’occasion de le rappeler à plusieurs reprises (chap. x ; chap. xxi). Des hommes à imagination exaltée ou amis du paradoxe en ont pris occasion de publier, sur la constitution physique d’un des hémisphères de notre satellite, les idées les plus bizarres, avec la certitude qu’ils ne seraient jamais démentis par les faits. C’est ainsi, par exemple, qu’on a soutenu que l’hémisphère invisible de la Lune est concave.

Les inventeurs de ces systèmes sans fondements réels n’avaient certainement pas remarqué que c’est seulement en gros que la Lune nous présente toujours la même face et que les divers genres de libration auxquels cet astre est soumis rendent périodiquement visibles de la Terre des portions situées à l’est ou à l’ouest, au nord ou au sud, qui, d’abord, étaient complétement cachées ?

À l’est, l’effet de cette libration peut s’étendre de chaque côté jusqu’à 7° 53′ du globe de la Lune ; au nord et au sud, les portions successivement cachées et découvertes occupent sur l’arc du grand cercle passant par les deux pôles de la Lune une étendue de 6° 47′. Tout compte fait, la portion du globe lunaire que l’on parvient à découvrir de la Terre à diverses époques embrasse les 0,57 de la surface totale, et les portions toujours invisibles ne forment que les 0,43 de cette même surface. Or, les portions assez considérables de l’hémisphère invisible que la libration amène successivement dans l’hémisphère visible sont formées comme les régions que nous voyons toujours ; on y aperçoit des montagnes, des vallées circulaires, des cratères complétement analogues à ceux qui sont figurés dans les cartes de notre satellite dressées par les astronomes.

Près du pôle sud, il existe, dans l’hémisphère ordinairement invisible, des montagnes colossales, telles que les monts Dœrfel et Leibnitz, qui produisent les plus fortes dentelures du limbe de la Lune, lorsque le mouvement de notre satellite les amène sur les bords de l’hémisphère visible.

Les auteurs des idées systématiques dont nous avons entrepris la réfutation, quoi qu’à vrai dire elle ne parût guère nécessaire, doivent se résigner à ne faire porter la constitution anormale qu’ils ont rêvée pour l’hémisphère opposé à la Terre, que sur les 0.43 de la surface de notre satellite, au lieu des 0.50 ; les difficultés résultant du phénomène de la libration, auquel ils n’avaient pas songé, leur en font une obligation impérieuse.

Des observations faites par Cassini, répétées et perfectionnées par Herschel, semblent indiquer que les satellites de Jupiter présentent toujours la même face à la planète. Considérons Jupiter en opposition avec le Soleil et prenons le satellite en opposition lui-même. Sa face visible alors de la Terre est celle qui regarde toujours la planète ; après une demi-révolution du satellite, la face éclairée par le Soleil et visible de la Terre est celle qu’on ne voit jamais de la surface de Jupiter. Eh bien, dans cette seconde position le satellite paraît avoir le même éclat que dans la première que nous avons déjà considérée : les deux faces opposées du satellite de Jupiter ont donc des formes et des constitutions identiques ou qui ne se révèlent pas par des différences d’éclat. La même observation pourrait être faite lorsque Jupiter est près de sa conjonction avec le Soleil.

Les observations des satellites de Saturne donneraient lieu à des remarques analogues.

Si tous les satellites sur lesquels on a pu faire à ce sujet des observations suffisantes présentent la même face à la planète autour de laquelle ils tournent, on peut l’expliquer en supposant les satellites allongés vers leurs centres de mouvement, comme Lagrange l’admettait pour la Lune (chap. x ; chap. xi) ; mais rien dans les observations n’autoriserait à admettre une différence de forme ou de constitution du genre de celle qu’on avait voulu attribuer aux deux hémisphères lunaires.