Association du capital et du travail/Section V

John Wilson, Typ. (p. 13-25).

V.

À quoi l’Europe doit elle la misère qui ronge ses populations, l’agitation qui la trouble, les violences qui l’ont ensanglantée et menacent de la noyer dans le sang et de l’enterrer sous les ruines ?


À quoi l’Europe doit sa misère, son trouble et les violences qui l’ont atteinte et qui la menacent encore de plus rudes châtiments, de plus cruelles représailles ? À quoi ? Peut-on sérieusement se poser cette question ? Qui ne sait que c’est aux injustices que depuis des siècles les capitaux associés ont imposées à l’humanité, en exploitant systématiquement, froidement, honteusement, les sueurs des masses ouvrières, mal payées, tenues dans l’indigence, privées d’éducation, réduites à un long et constant désespoir ?

La France, l’Allemagne, l’Angleterre, sont coupables à des degrés différents du crime de l’exploitation de l’ouvrier par le monopole ; mais puisque c’est l’Angleterre que l’on veut imiter, que l’Angleterre nous serve d’exemple, nous fournisse nos preuves. Imitons son esprit d’entreprise et profitons de ses grandes connaissances industrielles, mais pour Dieu, puisons à la source des faits une triple haine de son grand crime social : l’exploitation du travailleur par le capital.

Il y a des choses si évidentes qu’il suffît de les énoncer. Ainsi, l’Angleterre avait une population lorsqu’elle n’avait pas encore d’industrie manufacturière. Cette population n’était pas généralement riche, mais elle n’était pas généralement pauvre non plus. Quand l’industrie commença à se développer, le peuple anglais jouissait d’une aisance générale, chacun était son maître ou à peu-près. Quand cette industrie se fût développée, les riches industriels commencèrent à la monopoliser. Ils formèrent des compagnies énormes, bâtirent d’immenses usines. Or, de ce moment datent l’asservissement du peuple ouvrier en Angleterre, l’affreux paupérisme, les grandes émigrations, les work houses, ou maisons des pauvres, la démoralisation, la profonde barbarie des classes indigentes de la société.

Il faut lire le rapport d’enquête qui fut publié dans le Morning Post de Londres, il y a quelques années, pour se faire une idée exacte de l’état social de l’Angleterre et visiter ce pays comme je l’ai fait, quoi qu’imparfaitement, pour constater les monstrueux résultats sociaux de l’association du capital pour l’exploitation égoïste et froidement rapace du travail populaire. Le rapporteur de cette enquête, tout anglais et tout aristocrate qu’il fût, n’a pu s’empêcher d’écrire ces lignes indélébiles :

« Les faits, qui vont se dérouler ici, dit l’auteur de l’enquête, sont d’une telle nature, que la plume est impuissante à peindre les terribles émotions qu’ils ont fait naître en moi. Partout, continue-t-il, c’est la faim et la prostitution, résultats inévitables de l’extrême avilissement du salaire. C’est une épouvantable lutte entre la vie et la mort. Il faudrait des volumes pour raconter les détails de cette agonie, dont je ne pourrai donner qu’une idée bien incomplète. »

La fatalité a voulu que ce tableau soit encore fidèle vingt ans après. J’en trouve le témoignage dans le Witness même d’une date récente. Son correspondant de Londres lui écrivait au mois de Janvier dernier :

« Je desire vous donner de nouveaux exemples des contrastes que l’on voit à Londres entre les riches et les pauvres, et qui sont tels, que ceux que vous voyez au Canada ou aux États-Unis, ne peuvent vous donner aucune idée du gouffre insondable qui divise l’Est de l’Ouest de Londres. »

L’écrivain donne alors une description du quartier de la Banque d’Angleterre, du physique aristocratique, élégant de ses habitants, et du genre magnifique d’existence qu’on y mène.

« Et cependant, continue le correspondant, à cinq minutes de là nous nous trouvons dans les sales passages ou ruelles, encombrées des spécimens humains les plus bas, physiquement et moralement. Les hommes y sont pâles, maigres, faibles des genoux, bas de stature ; ils ont les yeux éteints et dégoûtés et portent souvent l’empreinte de l’ivrognerie et du crime ; les enfants, hélas, pauvres petits ! ils sont sales, sans soins, maladifs et misérables ; les femmes, elles ont l’apparance de l’immoralité, du mécontentement et de la malice. La maison du gin, à l’encoignure, est la seule qui respire l’aisance. Mais quelle dégradation et quelle misère chez ceux qui y entrent et en sortent ! La plus grande partie de ce peuple n’a pas d’ouvrage ou n’en a que très peu, pour lequel il est mal rétribué, et des milliers n’ont pas d’ouvrage du tout pendant plusieurs semaines. »

L’auteur décrit alors les taudis affreux dans lesquels demeurent même les ouvriers les mieux placés et la cherté énorme du loyer. « Ce n’est pas une ou deux rues seulement qui nous offrent ce spectacle, mais rues après rues, en masses solides, chacune paraissant plus noire et plus affreuse que le reste. » L’écrivain suggère ensuite l’émigration comme seul remède ; mais, dit-il, une partie de cette population n’est pas même propre à l’émigration, tant sa dégradation et sa misère sont profondes et irrémédiables. »

Le correspondant nous fait ensuite part des associations louables qui, au moyen des écoles déguénillées (« ragged schools » : quel honneur pour un système social d’en être réduit à de telles expressions pour appeler les choses par leur nom !) et de maisons de refuge et d’industrie, réussissent à peine à diminuer le nombre des misérables et l’intensité de leurs souffrances morales et physiques. La plus grande partie de l’émigration qui nous vient de Londres est préalablement formée et organisée par ces associations louables. »

L’écrivain transporte ensuite le lecteur dans les quartiers aristocratiques, par le chemin de fer souterrain qui fait le tour de Londres. Ce n’est plus le même pays ; on se dirait même dans un autre monde. Les maisons sont grandes, détachées, entourées de parterres et de jardins. Chacune de ces maisons est habitée par une seule famille, et seulement pendant quelques mois de l’année. Cette page véridique et précise mérite d’être citée textuellement :

« Si nous regardons à l’espace où un paria de la partie Est de Londres est forcé de respirer et vivre, et le comparons à l’espace dont jouit le Nabab de Park Row ou de Belgrave Square, le contraste est presque inconcevable. Celui-là a un cinquième d’une chambre de quinze pieds carrés, sans droit à aucune autre partie de la maison. Le cinquième est tout ce que la pauvre créature a pour se tenir debout, s’asseoir, manger et se coucher dans ce vaste monde. Au dehors est une cour étroite et sale, de quatre pieds de large sur environ deux cents pieds de longueur, où le soleil ne luit jamais, et remplie de pauvres misérables à moitié affamés comme lui-même — cette cour ayant une population, probablement, de cinq à six cents personnes ! Or toute cette cour avec ses foules, ne contient pas autant de terrain que la seule maison de madame This, ou de l’honorable M. That ; et encore M. et Madame ont ils droit à toute leur maison, tandis-que chaque membre de cette cohue doit se tenir dans son coin, car il n’a aucun droit au delà. »

« Mais ceci n’exprime pas encore tout, continue le correspondant. La maison de madame fait face à Hyde Park et a devant elle, près de deux milles de pays ouvert, rempli d’air frais et vif. Tandis que la cour dont j’ai parlé s’ouvre sur une rue à peine plus large que la cour même, et tout aussi sale ; et cette rue est aussi encombrée que la cour même, et donne de tous côtés sur des cours aussi encombrées et tout aussi dégoûtantes. Madame fait un tour de voiture à Hyde Park chaque après-midi, et passe les mois de l’été dans sa résidence de campagne, aux bains de mer, ou quelque part sur le continent. Le paria de la cour végète dans les régions désespérantes qui l’environnent, matin, midi et soir, et s’aventure rarement dans les parties ouvertes de la ville, ou de la campagne. Le même contraste s’applique aux vêtements, à la nourriture, aux relations et à toute autre partie de la vie sociale des deux classes, ce qui, pour un esprit réfléchi, est un sujet de profondes réflexions. Ces deux classes ne paraissent guère appartenir à la même espèce d’êtres — tant est vaste le gouffre qui les divise. Cependant, ils sont de la même race, un même sang coule dans leurs veines, le même sens humain se trouve chez tous deux. Le grand Créateur est leur Père commun. Dieu leur a envoyé son Évangile également, et l’on trouve trop rarement, parmi ces pauvres déshérités, des exceptions qui s’en prévalent. »

La traduction n’a pu qu’enlever de la force à ce qui précède.

Mais avant de demander si on veut faire un nouveau Londres de Montréal, en réduisant à l’état d’esclavage sa population ouvrière pour le profit exclusif du capital-monopole, citons la description qu’en donne l’auteur de l’enquête, qui fut faite en Angleterre il y a quelques années, sur la condition du peuple ouvrier des campagnes et des villes, à tous les points de vue, et qui peut se résumer ainsi relativement au degré du mal : à Londres comme partout, partout comme à Londres.

Nous donnerons plus loin les conclusions remarquables du correspondant britannique.

« Ceux qui n’ont vu Londres que de jour, dit l’auteur de l’Enquête, avec ses flots vivants, s’élançant à travers d’immenses artères jusqu’à son cœur toujours agité, ceux-là ne connaissent pas Londres sous son aspect le plus saisissant. Ce n’est ni dans le bruit, ni dans les mugissements de la cataracte marchande inondant ses rues, ni dans ses forêts de navires, ni dans ses docks gigantesques, que Londres est vraiment solennel. Contemplez le de loin, du haut d’une éminence, par une soirée d’hiver. Les étoiles scintillent au ciel, au dessous, à vos pieds, resplendit un autre firmament étincelant de millions de feux. Ce sont des lignes de lumières, semblables aux traînées laissées par les météores, qui se coupent, se croisent et semblent courir, jusqu’à ce qu’elles se perdent dans les brumes de l’espace, en formant un nuage rougeâtre et embrâsé, comme si la ville-monstre était en flammes. »

« Descendez ; la nuit s’avance, les bourdonnements de la vie ont cessé ; les lodging-houses ont jeté dans la rue leurs hôtes déguenillés et squalides. Oui, c’est maintenant que Londres se livre à vous, dans toute sa solennité ! — Sur les bancs des parcs, dans les niches des ponts, sur la litière des marchés, arrive, se presse, s’entasse pêle-mêle un peuple entier de malheureux sans asile, sans pain, sans vêtements. »

« Sous le vestibule des palais, sous le péristyle des maisons, se groupent, se pelotonnent de pauvres enfants demi-nus, qui dans la journée n’ont pu obtenir le sou que coûte le lit des plus infâmes taudis. Plus loin, d’autres cherchent à réchauffer leurs membres glacés, auprès de la flamme qui éclaire les pierres empilées au milieu du chemin. Le silence des rues n’est plus troublé que par la marche d’un peuple innombrable de mendiants et de ces pâles et misérables créatures qui grelottant de froid, espèrent arracher un morceau de pain au vice attardé. »

« Pendant ce temps, des milliers de jeunes filles luttent contre le sommeil, la maladie, le froid et la faim, pour tenir leur aiguille dans leurs doigts raidis par quinze heures de travail. Pendant ce temps des vieillards frappent vainement à la porte du work-house, leur dernière ressource. Pendant ce temps, des hommes et des femmes succombent d’inanition ou s’arrachent la vie pour échapper au besoin. Pendant ce temps, des mères remercient la mort d’avoir enfin mis un terme aux privations et aux tortures de leurs enfants. Oui : l’aspect de Londres est vraiment solennel alors, quand la faim s’y promène et tue hommes, femmes et enfants à la porte des palais aristocrates. »

Un des membres du gouvernement Français sous la république de 1848, exilé en Angleterre, s’écriait dans son ouvrage sur ce pays, après avoir lu le rapport de l’Enquête, et en avoir fait l’épreuve sur les lieux mêmes, en parlant de l’exploitation par le capital-monopole du travailleur salarié et opprimé :

« D’où la conséquence que tout petit capitaliste est presqu’assuré de sa ruine ; que la société est partagée en deux camps, sans intermédiaire en quelque sorte ; les capitaux ligués d’un côté, les bras exténués, sans défense, de l’autre ; qu’il y a dans Londres, vingt-neuf banquiers faisant, dans une seule année, 24 milliards et cinquante millions d’affaires et que le niveau du salaire baissant sans cesse, il y a aussi en Angleterre, chaque année, un cinquième de la population qui languit et meurt de consomption, un nombre d’aliénations mentales deux, trois fois plus grand que dans les autres pays de l’Europe, trois cent mille affamés qui fuient le sol de la patrie, cent mille autres qui se font inscrire, en plus, au livre officiel de la misère. »

« Ainsi, l’écu devenu, s’il est possible, plus féodal, plus tyrannique que la terre, l’écu éblouissant au dehors par ses flottes, par ses conquêtes toujours nouvelles, mais tuant froidement à l’intérieur, poussant un troupeau d’hommes à ces deux termes : consomption ou folie ! Voilà ce que, par une profanation de mots, on est convenu d’appeler puissance de l’association ! »

« Puissance maudite, fais donc entonner, dans les mers lointaines, du haut de tes mâts victorieux, le Rule britannia, pour qu’il te soit répondu, de la métropole, par des cris de misère et de faim ! »

M. Ledru-Rollin terminait par ces paroles profondément tristes, quoiqu’elles contiennent un mot d’apologie pour les capitalistes, et un encouragement pour ceux qui sont appelés, comme nos réformateurs politiques, à fonder l’institution de notre industrie :

« On demeure accablé de son impuissance, on se sent le cœur défaillir, et ce serait à blasphémer Dieu, si l’on n’avait conscience que le mal est moins dans la nature que dans le vice des institutions humaines. »

Il n’a donc pas suffit à l’Angleterre d’être la première puissance maritime du monde, le fournisseur universel des cotonnades, des coutelleries et des casimirs, pour rendre son peuple heureux. Sa grandeur a été l’instrument de la misère de son peuple. Me dira-t-on que ce sacrifice était nécessaire à sa puissance ? Amère dérision. L’Angleterre pouvait être d’autant plus forte, riche et glorieuse, qu’elle aurait été plus humaine, plus juste, plus charitable pour la masse de ses enfants. Elle a souffert et toléré pendant des siècles, jusqu’à ce jour, l’exploitation effrénée du travail par le capital. Aujourd’hui elle est sur un volcan. Elle n’est pas seule en danger. La France, la Prusse, l’Espagne, l’Italie ont au front de leurs capitaux la marque du fratricide. Tous ils ont participé au martyrologe du travailleur dans un état de société chrétienne de nom plutôt que de fait.

Leur industrie manufacturière a été l’instrument de la misère, de la dégradation et de l’esclavage social et politique du peuple, au lieu d’être celui de sa prospérité, de son bonheur et de sa moralité. Chez tous le capital a exploité l’ouvrier plutôt que le charbon, le coton et le ver à soie. Le tableau des maux de l’industrie européenne a arraché de tous temps aux hommes justes, aux comités d’enquête, à tous les philantropes, les plaintes les plus amères et les protêts les plus énergiques et les plus éloquents fondés sur les preuves les plus irrécusables. Famine, émigration, riots, soulèvements, épidémies d’ignorance ou pestilentielles, tout à été sans résultats. Et pourtant quelles leçons poigantes et terribles tout à la fois ! Le capital du vieux monde a été sourd à tout. Rien de surprenant donc que le lion populaire, décharné, mais encore viable, ait fini par grogner et rugir, et qu’enfin sa colère ait éclaté comme la foudre. La France frémit encore ; l’Angleterre, refuge et centre de l’Internationale, est menacée d’une terrible explosion ; le feu grison, monte à la surface et menace les riches après avoir dévoré les pauvres ; la Prusse a suspendues sur sa tête les foudres révolutionnaires contre lesquelles tous les canons de Krupp seront impuissants : l’année qui commence va voir éclater les explosions de la vengeance populaire. De quels désastres, de quels spectacles épouvantables ne serons-nous pas témoins !!!

Quel est le principe sur lequel on peut éviter ces malheurs, en Canada, sinon en Europe, et comment peut-on arriver à son application ?

Il est peut-être trop tard en Europe, pour rémédier au mal social ; car Dieu châtie le coupable en tournant contre lui la conséquence de son crime. La tyrannie du capital a tenu les peuples dans un état d’ignorance et de grossièreté brutales ; la sensibilité humaine ne se produit que sous la forme de la haine et la pensée n’a plus qu’une expression, le fer et le feu : ses protêts sont écrits avec du sang ou des ruines. C’est ainsi que la tyrannie après avoir joui du bénéfice de son injustice, trouve au fond de la coupe du luxe et des jouissances criminelles, la lie qu’elle y avait accumulée dans son sot aveuglement. L’Angleterre échappera peut-être à son châtiment, grâce à une conscience plus chrétienne et à une flexibilité de caractère et d’institutions politiques qui se prêtent à toutes les réformes, pourvu que le peuple y porte la main avec fermeté, et dans ce cas-ci, avec menace même. Je souhaite bien aussi du plus profond de mon âme, que la France en reste aux châtiments qu’elle a déjà éprouvés et qui auraient dû lui être épargnés, si la malice des uns n’avait pas outre-passé les griefs de la masse. Mais qui avait suscité cette malice, qui en a provoqué l’explosion, qui, d’êtres humains, avait fait des hyènes féroces, des barbares sans noms : sinon la tyrannie, la rapacité et l’insolence du capital et de la bourgeoisie ? S’il y a eu en France quelque chose de plus barbare que les excès de bandes de prétendus communistes, c’est la bourgeoisie : avant la commune, et pendant des siècles, elle a tenu le travailleur dans un état d’asservissement et de misère, et a causé de la sorte plus de morts, plus de ruines, plus de méfaits que toutes les communes n’en causeront jamais. Qu’est-ce qu’il y a eu de plus cruel que la commune pendant la guerre, de plus impitoyable que le gouvernement de la commune, après la paix, sinon le gouvernement de la bourgeoisie ? Tel est le cercle vicieux, effrayant, le remous magnétique, inextricable, où la société du 19me siècle s’est placée en s’aliénant le travail par son exploitation tyrannique, insatiable, affreusement matérielle et païenne.

Mais si les nations européennes courrent risque d’être dévorées par leurs propres enfants, faut-il qu’il en soit ainsi de la nôtre ! — Oui ! —

Alors, à l’œuvre ! créez une industrie factice, donnez-en le monopole au capital, aliénez-vous le travailleur, et la révolution que vous n’avez pu produire malgré tous vos efforts en privant le peuple de travail, vous la précipiterez cette révolution en peu de temps, en donnant au peuple une industrie qui sera pour lui, fatalement, et sans qu’il y puisse résister, à cause de ses besoins immédiats, un décret de misère, de haine, de violence et de destruction.

L’alarme est donnée : prenez garde ! Aujourd’hui c’est un avis opportun ; vos faits seuls, dans l’avenir, peuvent en faire une menace.

De grâce, hommes de bonne volonté, unissez donc vos efforts pour éviter d’affreux malheurs à notre pays, qui comme tout autre, doit subir les conséquences des causes organisées ou fatales. Rien, dans notre position géographique ou sociale, peut faire que l’injustice ne produise pas le mécontentement profond, comme cela arrive ailleurs. Ne nous berçons pas d’illusions à cet effet, et par intérêt comme par conscience, recherchons pour notre industrie, les conditions de justice et de fraternité chrétiennes, qui ont manqué à l’industrie européenne : afin d’arriver, au moins, aux mêmes brillants succès, au point de vue industriel, et à des résultats tout-à-fait différents aux points de vue social, moral et intellectuel.