Après (Armand Silvestre)

Les Ailes d’or : poésies nouvelles, 1878-1880Bibliothèque-Charpentier (p. 203-204).

APRÈS

Le sourire est plus doux d’une lèvre baisée ;
Le regard est plus cher des yeux qu’on a vus clos ;
La gorge dont on a pu compter les sanglots
Paraît plus belle encor quand elle est apaisée.

Les parfums sont meilleurs de la coupe épuisée,
Quand notre soif a bu l’or vermeil de ses flots ;
La mer, plus attirante, attend les matelots
Sur les bords où jadis leur barque s’est brisée.

C’est le souvenir seul qui fait l’espoir charmant.
C’est pour avoir aimé qu’on s’en va, plus aimant,
Vers celle qui nous tend de nouvelles ivresses

Et fixe enfin le vol de nos désirs flottants !
— Mon âme est une fleur qui s’effeuille en caresses,
Mais pour qui chaque amour qui naît est un printemps !