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AnthologieÉditions Paul Roubaud (p. 64).

Le celtisme breton.

Avec ses comtés indépendants de Léon, de Vannes… ses dialectes celtiques, ses coutumes, ses rites, son église autonome qui reconnaissait à peine la suprématie théorique du pouvoir pontifical, la Bretagne avait longtemps vécu derrière une frontière étanche. Les rois francs avaient dû reconnaître les ducs bretons, Noménoé, Erispoé, etc…, mais au ixe et xe siècles, des guerres intestines avaient affaibli le pays et dès 813 les pirates normands s’étaient montrés sur ses rivages. Au traité de Saint-Clair sur Epte, une clause étrange concerna la Bretagne. Rollon avait fait observer que ses guerriers auraient besoin de terres à exploiter en attendant que celles qui allaient leur être allouées pussent être ensemencées. On lui indiqua la Bretagne… non pas, bien entendu, en termes aussi crus. Le machiavélisme barbare savait aussi se revêtir de formules volontairement nuageuses. Quoiqu’il en soit, les Normands entendirent fort bien et s’attaquèrent à leurs nouveaux voisins. Beaucoup de Bretons s’enfuirent alors, emportant leurs richesses et les reliques de leurs églises ; ils se réfugièrent en Angleterre, en Bourgogne… mais au bout d’un quart de siècle, en 938, une révolte éclata parmi ceux qui étaient restés. Les Normands s’étaient pour la plupart retirés dans leur nouveau domaine. Le duché de Bretagne fut rétabli. Les exilés rappelés revinrent en foule, ceux d’Angleterre amenant avec eux des Celtes qu’attiraient un climat meilleur et la perspective d’une vie plus facile. Le celtisme breton reçut ainsi un renfort considérable.