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AnthologieÉditions Paul Roubaud (p. 61-62).

Les Institutions pontificales.

L’évolution s’opéra entre le pontificat de Léon ier (440-462) et celui de Grégoire le Grand (590-601). On a pu dire de Léon ier qu’il fut « le véritable fondateur de la monarchie pontificale ». Il lui donna, en effet, des principes et des cadres, une organisation et des traditions administratives mais celui qui assura vraiment son avenir fut Grégoire ier. Descendant d’une illustre famille qui avait fourni des consuls et même des empereurs, Grégoire avait abandonné richesse et honneurs pour embrasser la vie monastique. En occident, c’était encore une nouveauté. Les anachorètes et les cénobites d’orient étaient, au début, des individuels qui avaient fini par fonder des sortes de monastères et ces monastères à leur tour s’étaient unis donnant naissance aux premières congrégations religieuses. Ce n’est que vers 340 que l’exemple en avait été suivi en occident. Le premier couvent avait été créé près de Milan par l’évêque Ambroise. L’existence y était contemplative et attirait surtout les désenchantés qui réprouvaient la corruption grandissante du siècle. Ce fut une véritable révolution que la fondation de l’ordre des Bénédictins au Mont Cassin en Italie (529) par le futur St Benoît. « Esprit net, volonté ferme, conscience pure », Benoît considérait que « l’oisiveté est l’ennemie de l’âme » ; de ses moines, il fit des travailleurs manuels réservant une portion de leur journée à la culture intellectuelle mais leur imposant d’en consacrer la plus grande partie à l’effort musculaire utile. En réaction salutaire contre un mysticisme énervant en même temps que contre l’immoralité laïque, restaurant le travail et l’honorant, donnant des règles austères et saines, l’ordre des Bénédictins provoqua une véritable rénovation morale et le nombre de ses adhérents s’accrut rapidement. Sorti de ce milieu et installé malgré lui sur le siège pontifical, Grégoire y apporta le triple prestige de la race, de la vertu et de l’intelligence. Souverain sans royaume, on peut comparer l’énorme influence qu’il exerça à celle dont devait jouir, treize siècles plus tard, Léon xiii — et par là, réaliser à quel degré la papauté fut handicapée dans sa mission par l’adjonction d’un domaine temporel.