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Traduction par Anonyme.
Texte établi par Émile FaguetNelson (tome 2p. 150-153).


CHAPITRE VI


À ce moment, un des officiants vint étendre au milieu de l’église un grand morceau d’étoffe rose, pendant que le chœur entonnait un psaume d’une exécution difficile et compliquée, où la basse et le ténor se répondaient ; le prêtre fit un signe aux mariés en leur indiquant le tapis.

Ils connaissaient tous deux le préjugé qui veut que celui des époux dont le pied se pose le premier sur le tapis, devienne le vrai chef de la famille, mais ni Levine ni Kitty ne se le rappelèrent, Les remarques échangées autour d’eux leur échappèrent également.

Un nouvel office commença, Kitty écouta les prières et chercha, sans y parvenir, à les comprendre. Plus la cérémonie avançait, plus son cœur débordait d’une joie triomphante qui empêchait son attention de se fixer.

On pria Dieu pour « que les époux eussent le don de sagesse et une nombreuse postérité », on rappela « que la première femme avait été tirée de la côte d’Adam », « que la femme devait quitter son père et sa mère pour ne faire qu’un avec son époux » ; on pria Dieu « de les bénir comme Isaac et Rébecca, Moïse et Séphora, et de leur faire voir leurs enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération ».

Quand le prêtre présenta les couronnes et que Cherbatzky, avec ses gants à trois boutons, soutint en tremblotant celle de la mariée, on lui conseilla de toutes parts, à mi-voix, de la poser complètement sur la tête de Kitty.

« Mettez-la-moi », murmura celle-ci en souriant.

Levine se tourna de son côté, et, frappé du rayonnement de son visage, il se sentit, comme elle, heureux et rasséréné.

Ils écoutèrent, la joie au cœur, la lecture de l’épître et le roulement de la voix du diacre au dernier vers, fort apprécié du public étranger qui l’attendait avec impatience. Ils burent avec joie l’eau et le vin tièdes dans la coupe, et suivirent presque gaiement le prêtre lorsqu’il leur fit faire le tour du pupitre en tenant leurs mains dans les siennes. Cherbatzky et Tchirikof, soutenant les couronnes, suivaient les mariés et souriaient aussi, tout en trébuchant sur la traîne de la mariée. L’éclair de joie allumé par Kitty se communiquait, semblait-il, à toute l’assistance. Levine était convaincu que le diacre et le prêtre en subissaient la contagion comme lui.

Les couronnes ôtées, le prêtre lut les dernières prières et félicita le jeune couple. Levine regarda Kitty et crut ne l’avoir encore jamais vue aussi belle ; c’était la beauté de ce rayonnement intérieur qui la transformait ; il voulut parler, mais s’arrêta, craignant que la cérémonie ne fût pas encore terminée. Le prêtre lui dit doucement, avec un bon sourire :

« Embrassez votre femme, et vous, embrassez votre mari », et il leur reprit les cierges.

Levine embrassa sa femme avec précaution, lui prit le bras et sortit de l’église, ayant l’impression nouvelle et étrange de se sentir tout à coup rapproché d’elle. Il n’avait pas cru jusqu’ici à la réalité de tout ce qui venait de se passer, et ne commença à y ajouter foi que lorsque leurs regards étonnés et intimidés se rencontrèrent ; il sentit alors que, bien réellement, ils ne faisaient plus qu’un.

Le même soir, après souper, les jeunes mariés partirent pour la campagne.