Angélique et Clerville, ou la paysanne généreuse et l’amour désintéressé


ANGÉLIQUE ET CLERVILLE,
ou
La paysanne généreuse et l’amour désintéressé.


CONTE.


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On se fait souvent de l’amour une affaire sérieuse, en ne croyant s’en faire qu’un amusement. Le marquis de Clerville, jeune, aimable, fait pour plaire, avait refusé vingt partis plus considérables les uns que les autres ; mais son goût pour la liberté avait été un obstacle à son établissement. Une simple villageoise a cependant dérangé le plan d’indépendance qu’il s’était tracé, et il vient depuis peu de donner la main à la fille de son fermier. De Clerville, tel qu’on vient de le dépeindre, acheta une fort belle terre contiguë d’une des siennes ; il fit cette acquisition à la sollicitation d’un de ses fermiers, nommé Boissart, homme de probité.

Bientôt l’envie d’embellir cette terre se fit sentir au marquis, et, quoiqu’il ne pensât pas à l’habiter, les mains lui brûlaient d’y faire travailler. (Il faut un objet à l’homme, et cette terre en devint un pour lui, faute d’autre). Un jour qu’il était chez Boissart, il y vit une jeune personne extrêmement jolie ; il demanda avec empressement qui elle était ; le fermier lui dit que c’était sa fille qu’il faisait élever au couvent. Comme ce n’est pas l’usage des gens de campagne, Clerville demanda pourquoi il ne gardait pas sa fille auprès de lui pour soulager sa mère.

C’est, répondit Boissart, parce que je n’ai d’autre but que de faire son bonheur. Je voudrais qu’Angélique pût se résoudre à se faire religieuse. Ne croyez pas, ajouta-t-il, que ce soit dans la vue de la sacrifier aux intérêts de mon fils ; tous deux me sont également chers. Cependant, je consentirais volontiers à donner la moitié du peu de bien que j’ai, pour lui voir prendre ce parti ; et ce n’est que pour son bien que je fais un pareil souhait. Car, enfin, quel établissement pourrais-je lui procurer ? Aucun, où elle puisse trouver tant de bonheur que dans un cloître ; et, je puis ajouter, qui soit plus digne d’elle. Oui, continua le bon homme, je puis parler ainsi ; et quiconque la connaîtra, ne pourra penser qu’une aveugle tendresse me conduise dans l’idée que j’en ai.

Elle n’entre donc point dans vos sentimens, répondit le marquis, et le cloître n’est pas de son goût ? Si fait, répartit le père ; mais elle ne peut se résoudre à prendre le voile ; ce n’est pas qu’elle pense à se marier, elle sent comme moi que je ne puis lui procurer dans cet état le bonheur qu’elle mérite. Son cœur est élevé au-dessus de sa condition ; et, sans avoir de mépris, pour ses égaux, elle ne se trouve pas faite pour vivre avec eux, ni pour se livrer aux occupations que son peu de bien la forcerait de prendre.

Cependant, elle craint de s’engager dans un état dont la mort seule peut la délivrer, et moi, je crains tout, si je mourais avant qu’elle eût choisi un parti. Elle pense bien ; mais quelle assurance peut-on concevoir d’une jeune fille livrée à elle-même ? Si son cœur lui parle pour quelqu’un, à quoi sera-t-elle exposée ?

Sa fille entra comme il finissait ces mots : le marquis ne put la voir sans admiration : il lui parla, elle répondit avec modestie ; mais avec tout l’esprit possible. Il revint au château : l’idée d’Angélique l’y suivit ; dès ce jour, il se rendit plus souvent chez son fermier. Il y voyait cette belle, et mettait tout en usage pour qu’elle pût lire dans ses yeux que le plaisir de la voir l’y attirait.

Au bout de quelque tems, il la trouva un jour seule dans la maison : elle offrit d’aller chercher son père ; non, lui dit de Clerville, je l’attendrai ; et, étant avec vous, continua-t-il, je ne m’apercevrai point de son retardement. Angélique le remercia de sa politesse avec grâce. Le marquis lui demanda, si son séjour chez son père serait long ; elle lui répondit qu’elle comptait dans quelques jours retourner au couvent.

Quoi ! si vite, répartit de Clerville. Vous renfermez-vous volontiers ; n’aimeriez-vous pas mieux rester ici ? Si j’en avais grande envie, reprit-elle, mon père a assez d’amitié pour moi pour ne s’y point opposer ; mais je suis élevée dès la plus tendre enfance dans le couvent ; on y a mille bontés pour moi : l’habitude d’y être ; et la tranquillité que j’y goûte, me tiennent lieu de grands amusemens. Cela est bien sage, lui répartit de Clerville ; mais parlez-moi franchement : votre goût pour la retraite vient-il de votre inclination naturelle, ou de quelque chose qui détermine votre raison ?

Si vous vous trouviez dans une situation plus brillante, conserveriez-vous cette inclination ? Je ne sais, dit-elle ; mais je vous avouerai que le goût que j’ai pour la retraite, n’est qu’un goût de comparaison : je l’aime mieux que la vie que je mène ici ; si j’étais à portée d’en mener une autre, peut-être que la balance ne pencherait pas pour le cloître.

Ce serait grand dommage qu’une aimable fille comme vous se renfermât pour le reste de ses jours. Belle Angélique, continua le marquis, vous feignez de ne pas m’entendre ; vous devez cependant depuis quelque tems lire dans mes yeux ce qui se passe dans mon cœur. Je vous adore ; la fortune m’a mis en état de réparer l’injustice qu’elle vous a faite ; et ce n’est que dès ce moment que je sens le prix du bien qu’elle m’a donné. Mon amour peut tout faire pour vous ; refuserez-vous de faire quelque chose pour lui ? En disant ces mots, le marquis voulut l’embrasser ; elle le repoussa d’un air fier, et montra le plus grand sang-froid :

Je suis bien malheureuse, dit-elle, que ma pauvreté m’expose à de pareils discours ; il n’est pas d’un honnête homme d’abuser, pour m’insulter, d’un état que je n’ai jamais senti si triste que dans ce moment. Les larmes lui vinrent aux yeux. De Clerville crut que sa vertu, alarmée d’une attaque qu’elle n’avait point encore essuyée, s’affaiblirait bientôt dans les bras d’un homme pressant ; il l’assura de nouveau qu’il l’adorait ; et, songeant moins à persuader par ses paroles que par ses gestes, il voulut pousser les choses un peu loin.

On se défend comme on peut d’un assassin, dit Angélique, en saisissant un couteau qu’elle vit sur une table, et je regarde comme tel, qui veut m’ôter l’honneur.

À ce mouvement, le marquis se retira. Ne m’approchez pas, continua-t-elle, ou vous connaîtrez l’injustice que vous me faites, en me soupçonnant capable d’une bassesse. Craignez tout de mon courroux.

Étonné d’une résistance qu’il n’avait pas attendue, de Clerville changea dans l’instant de batterie. Eh bien ! lui dit-il, si c’est un crime de vous aimer, si ma passion vous outrage, vengez-vous ; je sens que je ne puis cesser d’être coupable ; je vous aimerai toujours.

Votre amitié me fait honneur, répondit Angélique, et je tâcherai de mériter votre estime ; mon cœur est noble, si mon extraction ne l’est pas. Le défaut de naissance n’est point incompatible avec l’honneur, et ne devait pas m’attirer le mépris que vous m’avez marqué.

À chaque mot, l’étonnement du marquis augmentait ; l’estime, le respect et l’amour prenaient la place du premier sentiment qui l’avait fait agir.

Vous jugez bien mal de ma façon de penser, lui dit-il ; l’amour le plus violent a causé mon crime ; car je me regarde comme criminel, puisque j’ai pu vous déplaire. J’ai pour vous, continua-t-il, la plus sincère estime ; Votre cœur n’est-il pas capable de quelque sensibilité ?

Il aurait peut-être eu la faiblesse d’en avoir trop pour quelqu’un qui m’eût moins outragée, répondit Angélique, et vous m’avez rendu service en me faisant connaître votre façon de penser !

De Clerville ne put lui répondre. Il aperçut Boissart qui rentrait ; il fit un effort pour cacher son agitation, et remit au lendemain pour parler d’affaire.

Les premiers sentimens qu’Angélique avait inspirés au marquis n’étaient pas fort délicats : le cœur y avait une très-médiocre part, et ce n’était précisément que le goût qui nous entraîne vers ce que nous trouvons aimable, qui l’avait fait agir jusques-là. Il cherchait une occupation, et avait imaginé trouver un amusement qui remplirait les vides d’un séjour assez long à la campagne ; et, naturellement paresseux, il avait regardé comme charmante une intrigue dont il comptait que l’argent ferait tous les frais, le dispenserait de mille petits soins, et le sauverait de ces résistances dont le sexe fait le prélude des faveurs qu’il accorde.

Mais il ne pensait plus de même : l’estime qu’il avait conçue pour la jeune fermière, avait épuré ses sentimens ; le cœur parlait. Que d’esprit, de noblesse et de vertu, se disait-il en revenant chez lui ! Mais elle n’est point insensible, et je puis espérer de lui faire partager mes sentimens ; ses dernières paroles m’en assurent, et plus encore cette aimable naïveté.

Vous m’avez rendu service en me faisant connaître votre façon de penser : n’est-ce pas me dire que son cœur est pour moi.

Cette douce rêverie l’occupa long-tems ; il se représentait son bonheur, tantôt prochain, tantôt éloigné, mais toujours indubitable. Il pensait qu’une femme dont le cœur est touché pour quelqu’un, ne lui résiste pas long-tems, s’il sait profiter de ses avantages.

La nuit se passa, et le marquis se préparait à retourner chez Angélique, lorsqu’il reçut une lettre de Boissart, qui lui mandait que sa fille lui ayant demandé avec instance de la reconduire au couvent, il n’avait pu lui refuser cette grâce ; qu’il le priait de l’excuser ; et qu’à son retour, il se rendrait à ses ordres.

Quelle nouvelle pour un homme qui se croyait heureux ! Pourra-t-il voir ce qu’il aime ? Lui en accordera-t-on la permission ? Il passa une journée cruelle. Sur le soir, le fermier vint ; et la façon dont il parla de sa fille, rassura le marquis sur la crainte où il était qu’elle n’eût fait des plaintes contre lui.

Il fut huit jours sans oser aller au couvent : enfin, il monta à cheval, et s’y rendit. Il demanda Angélique, de la part de son père, et elle parut bientôt au parloir, où on l’avait fait entrer. Elle marqua une surprise extrême en voyant de Clerville, et fut même sur le point de se retirer.

Il lut son dessein dans ses yeux. Restez, mademoiselle, lui dit-il, de grâce ; ne fuyez pas un amant qui n’avait pas besoin des barrières que vous lui opposez, pour se tenir dans le respect qu’il vous doit. Si j’ai pu vous déplaire, je viens vous offrir un coupable repentant, le soumettre à tout ce qu’il vous plaira d’ordonner ; heureux si vous voulez lui permettre de vous voir quelquefois ; c’est la seule récompense qu’exige l’amour le plus tendre ; me la refusez-vous ?

Je ne sais, répondit-elle ; et, après la manière dont vous en avez agi, je ne puis me rapporter à vous de ce que je dois faire : sans cela, je vous aurais demandé à vous-même, si l’éclat que feraient vos visites ne pourrait pas nuire à ma réputation.

J’aurais cru vos conseils, il y a quelques jours ; mais quelle apparence de m’y fier après ?… Oui, belle Angélique, répartit vivement de Clerville, oui, vous pouvez vous y fier ; vos sentimens sont trop respectables, pour que je ne réponde point à votre confiance comme je le dois. Je vous verrai le moins que je pourrai, par rapport au public. Que cette retenue me coûtera cher ! mais que ne ferai-je point pour ménager une réputation dont dépend mon bonheur ! Mais serez-vous toujours contraire à mon amour ?

Connaissez-moi toute entière, lui dit-elle, et voyez vous-même ce que vous pouvez espérer, par ce que j’ai été capable de faire, et ce que je vais avouer.

Depuis le premier moment que je vous ai vu, je ne sais ce qui s’est passé en moi. J’ai toujours souhaité vous revoir ; j’ai senti de l’inquiétude en votre absence. Enfin, ajouta-t-elle en rougissant, mon cœur m’a parlé pour vous un langage que j’ignorais avant de vous connaître.

Le marquis enchanté remercia la belle de cet aveu, et s’avoua le plus heureux des hommes. Je souhaite que vous le soyez, répliqua-t-elle ; mais si, en vous aimant, j’ai été capable de vous fuir, je me sens assez de forcé pour ne vous jamais voir, si vous manquez à la retenue que j’exige de vous. Clerville, après l’avoir assurée qu’elle n’avait rien à craindre lui dit tout ce que peut inspirer l’amour le plus vif et le plus tendre, et, enfin, se retira.

En chemin, il fit réflexion suc les mouvemens de son cœur, et les effets qu’il pouvait avoir ; il trembla, en songeant jusqu’où cette passion pouvait le conduire.

Angélique a de l’esprit, disait-il, elle a de la vertu, ou feint d’en avoir assez pour m’ôter toute espérance d’être heureux ; je l’aime, et je suis capable de tout.

Ces idées l’occupèrent jusqu’au château ; les réflexions vinrent au secours ; il résolut de ne la plus voir. Cependant, la raison, en lui-montrant ce qu’il avait à craindre de cet engagement, ne lui laissait pas assez de force pour surmonter sa passion.

Il fut quelques jours sans aller voir Angélique : il quitta la campagne pour quelque tems ; mais l’absence ne fit qu’irriter son amour : il revint, résolu de vaincre, à quelque prix que ce fût, la résistance de cette belle. Il se rendit au couvent, et mit tout en œuvre pour l’engager à revenir chez son père ; elle s’en défendit toujours.

Je vous crains, disait-elle au marquis, et je ne sais si je ne dois pas me craindre moi-même : laissez-moi vivre tranquille ; rien ne peut me faire changer de résolution. Vous m’aimez ; je vous ai avoué que je vous aimais ; que voulez-vous de plus ? Vivons contens de cette amitié : vous pouvez me voir ici comme chez mon père ; et, s’il est vrai que vous m’estimiez, vous ne pouvez me demander autre chose.

Qu’arriverait-il, si je sortais de mon couvent ? Que vous croiriez que je suis capable d’une faiblesse, et que je suis lasse de résister. C’est vous qui m’avez obligée de me retirer ici. À quoi m’exposerais-je si je revenais à la maison ? Je vous verrais à chaque instant ; vous me presseriez, je succomberais peut-être ; la réflexion me donnerait ensuite de l’horreur pour vous ; je vous haïrais, et je ne pourrais plus voir un homme dont la présence serait un reproche éternel pour moi.

Je dirai plus : supposé que toute honte m’abandonnât bientôt, vous me fuiriez avec autant d’empressement que vous en marquez à présent à me rechercher : j’aurais toute ma vie un crime à me reprocher, et de plus, le chagrin de me voir méprisée.

Vous êtes honnête homme ; ajouta-t-elle ; j’en appelle à vous-même ; me fais-je des monstres mal-à-propos, et une de ces trois choses n’arriverait-elle pas ?

Non, charmante Angélique, répondit le marquis ; et, pour vous prouver jusqu’où va ma tendresse, consentez à faire mon bonheur, et je cours à l’instant demander à votre père son consentement. Auriez-vous de la répugnance à m’épouser ? répondez, aimable Angélique.

Angélique resta quelque tems sans répondre. Elle parut agitée ; mais, reprenant bientôt la parole : non, dit-elle, je n’y consentirai pas ; et ce serait mal payer les sentimens que vous avez pour moi, que d’accepter une proposition que votre passion seule vous engage à me faire.

Cette passion ne durera pas toujours ; je sais ce que vous êtes, et ce que je suis. Sans naissance et sans biens, vous vous repentiriez bientôt de m’avoir donné la main, et je serais la plus malheureuse des femmes.

Bannissez cette, crainte, répartit de Clerville, elle m’est injurieuse : je vous aime, vous me flattez de quelque retour, nous ne pouvons qu’être heureux ensemble. La naissance illustre et les grands biens ne font pas la félicité. Ces biens sont étrangers à l’homme ; vous en avez qui sont uniquement à vous, et dont je fais beaucoup plus de cas. Votre vertu, votre beauté, sont les plus véritables, et ce mérite est plus réel que celui qu’on attache à une naissance dont le sort décide uniquement.

Votre amour vous aveugle, lui dit Angélique, réfléchissez, monsieur, non pour le moment présent, mais pour le reste de votre vie. Cette beauté dont vous faites cas, et que vous élevez au-dessus de ce qu’elle est, est un bien de peu de durée ; le moindre accident peut me l’ôter, et, sans cela, les années viendront bientôt à bout de la ternir. Lorsque la figure ne vous plaira plus, vous diminuerez bien de l’idée que vous avez de mon esprit ; vous le réduirez à sa juste valeur, c’est-à-dire, à peu de chose. Il ne faut pas une longue attention, pour voir que la figure d’une femme donne très souvent toute seule le prix à ce qu’elle dit, et qui ne paraîtrait rien dans une autre bouche. Il viendra un tems où je serai dans ce cas.

Pour ce qui est de mon caractère, pouvez-vous le connaître ? Deux mois de mariage, vous y découvriraient peut-être des bisarreries qui vous désespéreraient. Non, je vous le répète encore, je ne consentirai jamais à faire votre malheur. Voyons-nous, aimons-nous, je n’aurai point à me faire un crime de connaître ce que vous valez, et je laisserai mon cœur suivre son penchant ; voilà ce que je puis faire pour vous. Croyez que, si je vous aimais moins, je ne vous refuserais pas.

Le marquis, en allant voir Angélique, n’avait pas absolument envie de l’épouser ; mais la résistance qu’il trouva le détermina. Il fit tout ce qu’il put pour la persuader ; mais ce fut en vain. Il lui dit enfin, qu’il l’obtiendrait de son père. Si vous l’engagez, à vous seconder, lui dit-elle, je ne balance plus, je prends ici le voile ; j’aime mieux me sacrifier pour ne vous pas rendre malheureux, que de vous exposer à un repentir certain, qui troublerait le repos de votre vie, et moi, à tous les chagrins qui me suivraient sans cesse et que je ne pourrais éviter.

De Clerville se retira plus amoureux que jamais, et parla au père. Boissart fut surpris, alla trouver sa fille, la pressa même ; mais elle lui répondit les mêmes choses qu’au marquis. Enfin, sur ce qu’on voulut la retirer du couvent, elle protesta que, si on lui faisait la moindre violence, elle se ferait religieuse.

Le marquis retourna voir Angélique, se plaignit, l’accusa de l’aimer peu : elle l’assura toujours que si elle l’aimait moins, elle agirait différemment. De Clerville, voyant que rien ne pouvait vaincre sa résistance, prit congé d’elle, et revint à Paris.

Il crut qu’il perdrait bientôt dans les plaisirs l’idée de son amour, mais ce fut un vain remède : sa passion était trop vive ; il revint dans sa terre, et courut au couvent plus amoureux que jamais. Angélique était toujours la même ; elle revit avec plaisir son amant qui, outré de sa résistance, tomba dangereusement malade ; elle apprit avec douleur l’état du marquis. Son père la fit consentir à sortir du couvent. Elle vit de Clerville, fut touchée de son état, et, enfin, vint à bout de surmonter sa délicatesse. Le marquis se rétablit bientôt, et l’hymen couronna ces deux tendres amans.

Le marquis est le plus heureux des hommes : il retrouve toujours dans Angélique une femme tendre et délicate, qui connaît ses devoirs, une amie spirituelle, une épouse attachée, et qui ne lui donne d’autre peine que celle de pouvoir se flatter de la mériter.


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