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Imp. de la Société suisse de Publicité (p. 20-27).

iii. Lycées et Collèges.




Dans les lycées et collèges, l’éducation physique gravite autour de deux centres qu’on peut comparer aux deux foyers d’une ellipse ; le gymnase et l’Association sportive.


Le gymnase.

Des dépenses excessives ont été consenties par l’Université depuis trente ans, non seulement pour édifier de grands gymnases ou transformer les anciens, mais encore pour modifier l’équipement selon les théories du jour. Ces dépenses ont été le plus souvent malencontreuses. L’idée de faire de la gymnastique dans un local clos et chauffé est pédagogiquement une idée fausse. La rigueur de certains climats fait de cette solution un pis aller nécessaire. En fait le gymnase fermé n’est bon que pour la haute culture musculaire, c’est-à-dire pour l’athlète que ses moyens physiques et ses goûts ont amené à la possibilité d’accomplir de véritables prouesses et qui a besoin pour perfectionner et fixer son entraînement de pouvoir se livrer à ses exercices dans des conditions spéciales de confort. Pour le commun des mortels, le plein air, agent de tonification et d’endurcissement, est préférable à tout. Le vrai gymnase à construire, est un préau de forme rectangulaire allongée et de vastes dimensions, fermé de trois côtés, ouvert du quatrième avec de larges baies vitrées dans le mur d’en face. Comme sol la terre meuble ou sablée sous les agrès, la terre durcie partout ailleurs. Que si le climat exige un local clos, il n’y a qu’à fermer le quatrième côté et à installer dans le Hall ainsi établi un chauffage approprié.

Les gymnases à parquet ne conviennent pas mieux à nos établissements scolaires que les gymnases à sciure de bois ; les uns comme les autres demandent un entretien qui n’est jamais et ne peut-être assuré. Si le parquet n’est pas tenu dans un état de propreté absolue, ce qui exige beaucoup de main d’œuvre, il dégage plus de poussière encore que la sciure de bois simplement ratissée. Il nécessite de plus des matelas sous les agrès et il est à observer que ces matelas, à moins d’être très vastes et très rembourrés, handicapent inconsciemment le gymnaste auquel leur vue promet des contacts désagréables ou procure la crainte instinctive d’une mauvaise glissade au retomber.

L’équipement d’un gymnase modèle doit comprendre : échelles, cordes lisses, barres fixes, barres parallèles, planche à rétablissement, cheval gymnastique, etc… Mais combien de ces appareils peuvent être improvisés, fabriqués sur place, suppléés par l’ingéniosité du professeur et de ses élèves. Ce qui ne saurait se remplacer, c’est l’espace nécessaire à la course, aux sauts, au lancer. Tout gymnase doit avoir une esplanade de dimensions suffisantes pour que ces exercices s’y déploient dans des conditions techniques qui conviennent.


Le professeur.

Le professeur de gymnastique, auquel il serait désirable que l’on donna désormais le titre de professeur d’Éducation physique, plus en rapport avec ses fonctions, a été depuis quelques années l’objet d’une sollicitude tardive ; on a fait des efforts méritoires pour le préparer à son rôle et ce serait fâcheux de ne point utiliser ces efforts et de revenir sur ce qui a été innové. Le principe de l’examen d’aptitude ne saurait être discuté, mais les programmes pourraient être améliorés. D’une façon générale, ils apparaissent un peu trop imprégnés de théories un peu trop « médicaux ». La pédagogie n’y figure pour ainsi dire pas et la préoccupation s’y affirme avec une insistance émolliente d’éviter la fatigue et de restreindre l’effort. Or ce n’est pas avec des « exercices de sanatorium » qu’on virilisera notre jeunesse et il conviendrait que le ton fut ici un peu haussé. Ainsi que le Comité International Olympique l’a indiqué en modernisant le précepte antique, ce n’est plus le mens sana in corpore sano qu’il faut proposer aux ambitions juvéniles mais le mens fervida in corpore lacertoso. Un esprit ardent dans un corps entraîné, la nation qui ne fera pas sienne cette double aspiration est certaine d’être rapidement distancée dans les luttes actuelles. On peut le regretter et disserter longuement sur des passés et des avenirs préférables.

Le nombre des professeurs de gymnastique qui enseignent dans les établissements universitaires ne répond plus aux besoins : chacun le reconnaît. D’autre part, leurs traitements sont notoirement insuffisants. Quand l’État tient à être servi par des hommes instruits et dévoués à leur tâche, il doit leur assurer autre chose que des salaires inférieurs à celui du moindre ouvrier. On ne saurait trop louer la valeur de certains de nos professeurs de gymnastique. Titulaires depuis de longues années de postes si peu rémunérateurs, ils s’y sont dépensés avec un zèle qui, s’il fait leur éloge, fait aussi l’éloge de leur profession dont il souligne l’attrait et l’intérêt.

En ce qui concerne les séances de gymnastique, il faudrait en assurer trois par semaine à chaque lycéen d’une durée d’une heure : c’est là un minimum. À partir de 14 ans, une de ces séances serait consacrée aux exercices militaires et il y aurait en plus une séance de tir par quinzaine, sinon par semaine. Les horaires peuvent s’accommoder de ce régime sans que les études en souffrent. Mais, il va de soi que la vie physique du lycéen serait de la sorte insuffisante si son jeudi, et même son après-midi du dimanche, ne devaient être consacrés à sa culture musculaire. À l’Association sportive d’y pourvoir.


L’Association sportive.

La cause des Associations sportives scolaires est définitivement gagnée, en ce que les arguments exposés lors de leur première fondation (les plus anciennes remontent en général à 27 ans), ont été reconnus fort exacts. L’Association a apporté dans la vie du lycéen, jusqu’alors assez grisâtre, un élément d’intérêt joyeux, une occasion d’initiative, un ferment d’émulation. La discipline d’autre part y a trouvé un appui sérieux et, partout où ils ont pris la peine de se servir de ce rouage nouveau les chefs d’établissement reconnaissent qu’ils n’ont eu qu’à s’en louer.

Néanmoins la fortune de ces associations s’est déroulée de façon assez irrégulière. En leur permettant de s’affilier à des fédérations d’adultes, on avait tout d’abord beaucoup aidé à leur développement, mais il s’est trouvé que les sociétés non-scolaires n’ont pas eu l’abnégation de respecter ces pépinières du sport et ont cherché à attirer à elles les jeunes lycéens externes susceptibles de briller dans les concours et d’y faire triompher les couleurs de la société. Ce drainage s’est opéré au détriment des associations scolaires qui se sont trouvées réduites aux internes et aux élèves moins bien doués. Le fait s’est produit trop de fois pour qu’on ne le signale pas.

Une autre cause d’affaiblissement est la constitution dans maints lycées de petits groupements spéciaux. Au début l’Association sportive limitait son programme aux courses à pied et au football, ce qui constituait avec les leçons de gymnastique, toute la vie physique de l’établissement. Peu à peu le tourisme, la préparation militaire, le scoutisme ont provoqué la naissance d’autres groupements indépendants de l’Association sportive dont l’autorité et l’importance ont ainsi décliné.

En troisième lieu, dans la plupart des établissements, l’Association n’a qu’une existence annuelle. Elle expire avec l’exercice courant. Nous avons vu des associations liquider leurs comptes en vidant leur caisse au profit de quelque œuvre de charité. Dès lors l’effort est à reprendre tout entier à la rentrée et les mois d’automne, si importants pour l’éducation physique, risquent d’être perdus en tergiversations et en faux départs.

Il importerait que l’Association sportive, placée sous la présidence d’honneur du chef de l’Établissement et administrée par un comité d’élèves sous le contrôle d’un conseil composé d’élèves et de professeurs, fut reconnue et traitée comme un rouage essentiel de la vie scolaire. Divisée en autant de sections que le comporteraient le nombre et la nature des exercices pratiqués, elle laisserait à chaque sport son autonomie, sans leur permettre de s’isoler les uns des autres et parfois de s’opposer les uns aux autres.

Cette existence raffermie aurait sans doute pour premier résultat de lui procurer les membres honoraires dont les cotisations sont nécessaires à ses dirigeants pour équilibrer leur budget. Ces membres honoraires ne se recruteraient plus seulement alors parmi les professeurs de l’établissement dont les ressources sont souvent limitées, mais parmi les parents et les anciens élèves. Les autorités municipales et les principaux groupements locaux se trouveraient incités également à la générosité envers une institution ainsi appuyée sur de soldes garanties.

Ces garanties sont toutefois insuffisantes au bien de l’Association dont le principal ressort sera toujours constitué par l’émulation, c’est-à-dire le contact avec les associations rivales. Se passer de concours est une utopie très en faveur dans certains milieux. En éducation physique, il n’y a aucun résultat à escompter si l’on proscrit le concours. Il est donc à désirer que des rencontres régulières et assez fréquentes aient lieu entre les sections des associations scolaires des établissements d’une même région, que chaque année un match de football, un rallye, une réunion de courses à pied, des concours de gymnastique, de préparation militaire, d’escrime, etc… mettent aux prises les jeunes champions. Il ne faudrait pas pousser plus loin et permettre que des équipes scolaires en constant déplacement pussent nuire à la cause de l’éducation physique en donnant l’impression que les sports sont cultivés au détriment des études ou de la discipline.


Enseignement de l’équitation.

En dehors de l’action du professeur de gymnastique aussi bien que de celle de l’Association sportive, il est un sport dont la diffusion importe grandement à la vigueur nationale, mais dont l’organisation est à peu près impossible sans le concours de l’armée. C’est l’équitation. Ce concours fut donné pendant quelque temps, au lendemain de la guerre de 1870. On a cru devoir le retirer par la suite. Je ne saurais trop insister pour que la question soit de nouveau étudiée avec une ferme résolution d’aboutir. Les conditions ne sont plus les mêmes. Beaucoup de préjugés sont tombés et les cavaliers d’élite se convainquent de plus en plus que l’équitation populaire peut exister sans nuire à leur recrutement ou au respect des traditions. Ce serait à une commission siègeraient les représentants de l’armée, de l’instruction publique et de l’élevage de jeter maintenant les bases d’une organisation générale susceptible de fonctionner pratiquement. Les moyens d’y réussir ne manquent pas, à condition de s’engager hardiment dans des voies originales comme celles qui ont conduit par exemple à l’organisation de la cavalerie suisse.