Texte établi par Henri d’Arles, J.-A. K.-Laflamme (Tome Ip. 412-414).

APPENDICE X


(Cf. Chapitre Onzième)


Apologie Pro Domo, présentée au Ministre par M. de
Gannes. (Arch. du Can., Ibid. fol. 204, 7 pages).


Isle Royale Louisbourg 28 9bre 1744.


M. le Ch. de Gannes



Monseigneur,


Vôtre grandeur a Eté Informée par Celle que Jeu Lhonneur de Luy Ecrire Lors de mon départ pour l’accadie que feu monsieur Duquesnel m’avoit destiné a y aller relever monr Duvivier. Je me Rendis au port royal le 2e 8bre, je Communiquay amon arrivée mes ordres amr. duvivier Comme II me L’etoit ordonné ainsy que Monseigneur le pourra voir par La Coppie de mes ordres, que Jay L’honneur de Lui envoyer, monsieur Duvivier me parut fort surpris de ce que J’Eusse ordre de Retirer Les troupes du Port royal disant quil avoit Ecrit a Ces messieurs pour Les engager a Lui Envoyer du secours avec lequel II esperoit Reduire le Commandant dud. port Royal ase Rendre que meme II avoit vn espece de formulle de Capitulation qui portoit que Le gouverneur se Rendroit a lui, et antidaroit La Capitulation de deux Jours sy les Vaisseaux du Roy paroissoient, J’assuray monsieur Duvivier que Je ne pensois pas que monsieur Duquesnel prit Le parti D’Envoyer Ces Vaisseaux dans vne Saison aussi advancée, d’autant que Jetois parti de Louisbourg le meme Jour que monsieur de Meschin etoit sorti pour chasser Les Corsaires qui etoint sur nos Cotes, que d’ailleurs monsieur Duquesnel m’avoit assuré qu’il ne feroit aucune Entreprize pour Cette année monsieur Duvivier m’objecta que sy les Vaisseaux du Roy ne pouvoint venir quil demandoit vn vaisseau marchand et vne goallette, Je Luy répondis que Je ne Croyais pas qu’on pût lui accorder vne demande de cette nature, s’agissant de faire un siégé en forme, et qu’auparavant que les vaisseaux poussent se Rendre, Il seroit le Commencement de novembre, sur toutes Ces Considérations, Nous Convimmes monsieur Duvivier et moy de nous Retirer, parti qui me parut le seul plus conforme a mes ordres, et le plus Convenable a la situation dans Laquelle nous Etions au port royal, sans Vivres, Comme Monseigneur Le pourra voir par le Certifficat que J’en ay des officiers du dettachement, Je L’Envoye a Monseigneur d’ailleurs les sauvages ne Cessoint de nous Representer qu’ils ne pouvoint plus Rester, quil etoit temps quils se Rendissent pour faire subsister Leur familles, Ce qui nous mettoint dans Le Cas de rester avec Les Cinquante Soldats de nôtre Detachement, et les Soixante ou quatre vingt Sauvages que J’avois ordre de garder, et par Conséquent hors d’Etat de Rien entreprendre.

Je suppose meme que le Vaisseau march’d fut arrivé Lorsque nous etions Encore au Camp et que Les Sauvages fussent resté avec nous, Letout Rassemblé nous n’eussions tout au plus fait que quatre Cent hommes, avec Lequel Nombre, Je ne croyais pouvoir Reduire vne garnison de cinq cent hommes dans Un fort en très Bon etat et tres bien avituaillé, Je n’aurois pas crû quil me fut Convenu de compromettre a vn tel point Les armes du Roy, Je me serois meme trouvé hors d’etat de faire subsister les troupes ; Sans les Concidérations susdittes J’aurois attendu au port Royal La Reponse des depeches de Monsieur Duvivier, nous sommes resté trois jours au Port Royal, pour donner le temps a monsieur Duvivier d’arranger les affaires du Roy pour la depence de sa mission, aubout duquel temps, nous partîmes du Port royal, pour nous Rendre aux mines, nous Eumes Fort a souffrir dans la Routte n’ayant pas trouvé au port royal des vivres pour nous Conduire.

Nous sommes arrivés aux mines le dix du meme mois, Je fis assembler les cinq curés ou missionnaires avec lesquels je Conféré, en presence de M. Duvivier et les Principaux habitans auxquels Je Communiquay Les bonnes Intentions dans Lesquelles Monsieur Duquesnel etoit pour Eux. Ils m’ont a Ce sujet Presenté La Requette que Monseigneur trouvera cy Incluze, Ce qui me fit prendre Leparty de m’en aller a Beaubassin qui est a egalle distance du Port royal, Je m’y rendis le dix neuf. L’expres que monsieur Duvivier avoit Envoyé a Louisbourg arriva qui me Remit des Lettres de messieurs Duchambon et Bigot, par Lesquelles Ils me mandoint que les Vaisseaux du Roy partiroint du Vingt au Vingt Cinq d’octobre pour se rendre au Port royal, monsieur Duvivier voyant Comme mov L’impossibilité de La Reussite dans une Saison aussi avancée, Et ayant Sans doutte fait Reflexion, mais trop tard, sur ce que nos magazins etoint mal provisiones de vivres, me proposa de partir pour Louisbourg, pour empecher le depart des Vaisseaux, il apprit au Port toulouze que monsr. de bonnaventure etoit party dans un Vaisseau marchand avec Cinquante soldats, et un Brigantin Corsaire ; sur ce que ces Messieurs m’avoint mandé, J’Ecrivis a tous Les missionnaires et envoyai ordre aux Sauvages de me Venir Joindre et J’envoyai en different Temps des Exprés au port Royal Pour m’informer sy les Vaisseaux etoint arrivés Comme Je Croyais fort difficulteur dans une Saison aussy advancée de gagner le port Royal, Je ne pris point le party de m’y rendre que je ne Feusse assuré de L’arrivée des Vaux, j’appris au bout de quinze Jours que Ce n’étoint plus Les Vaisseaux du Roy, mais monsieur de Bonnaventure qui etoit Reparti pour Louisbourg aubout de quatre Jours, il avoit Sans doutte Jugé Comme moy, quil n’étoit pas praticable de faire Cette Entreprise dans une saison aussi advancée et il avoit appris que le fort etoit en très bon état, suivant le Compte quil en a Rendu a Son Retour. J’ay Receu dans cette Circonstance une lettre de monsieur Duchambon, qui m’ordonne de me Rendre a Louisbourg, Si Je ne pouvois Reussir, J’ay Executté cet ordre, et m’y suis Rendu, après avoir Congedié Les sauvages, Ce que Je n’eusse peu Faire Sy Je n’avois Emporté Lors de mon départ de Louisbourg, douze quarts de farine, dont quatre que J’ay Conservé, m’ont servi a faire du pain pour mon Retour, voilla au Vray Monseigneur, La situation dans Laquelle nous étions a L’Accadie, Je me Comptois en Règle Ayant suivy mes ordres de point en point, et Je fus fort surpris d’apprendre par la Lettre de monsieur Duchambon qu’on m’imputoit La manque de Reussite de Cette entreprise, Comme si je d’eusse etre Responsable que monsieur Duvivier eut Demandé Inconsiderement des Vaux et occasionné au Roy une depence aussi Considerable.

J’ay demandé en grace amonsieur Duchambon de faire assembler tous Les officiers, afin que ceux du detachement peussent dire s’Ils avoint Connoissance de tout Ce que Monsieur Duvivier m’imputoit, Il me La Accordé, et ces messieurs ont assuré de n’en avoir aucune Connoissance ma Conduitte a differé de celle de Mr. Duvivier, Je ne Citte Rien que Je n’aye advancé en presence du Corps, et monsieur Duvivier a dit avoir plusieurs pieces Justificatives quil na point produittes.

J’ozerois Supplier Monseigneur de vouloir suspendre Son Jugement jusques a Ce que Je feusse Entendu, sy par hazard on m’imputait chose que Je ne peu prévoir Comme J’ay Lieu de Craindre que monsieur Duvivier ne Cherche quelques moyens pour me Faire Tomber Son Tord Comme Il y avoit deja travaillé, Ce que vôtre grandeur pourra voir par une Lettre quil Ecrivit amonsieur L’abé Laboret ; J’avois demendé amonsieur Du Chambon de me permettre de passer en france pour Rendre a Monseigneur vn Compte Exact de ma Conduitte, ce quil n’a pas jugé apropos de m’accorder ; Je Supplie aussi Monseigneur D’ordonner amonsieur duvivier de dissuader le public des mauvaises impressions quil a voulû donner de moy pendant mon absence ; La Conduitte que J’ay tenu dans ma mission ne détournera pas J’espere Monseigneur des Bonnes Intentions dans Lesquelles Il ma parû Etre de me procurer La Croix de saint Louis. J’attends Cette grace de vôtre grandeur, Vous assurant que Je ne chercherés que Les occasions de me distinquiesre.

Je suis avecque un tres profond respect, Monseigneur, Vostre tres humble et très obzeissant serviteur,

Le Ch. De Gannes.

de Louisbourg ce 28e 9bre 1744.