Acadie/Tome I/24

Texte établi par Henri d’Arles, J.-A. K.-Laflamme (Tome Ip. 407-411).

APPENDICE IX


(Cf. Chapitre Onzième)


LETTRE DE M. DUCHAMBON AU MINISTRE


(Arch. du Can. Île Royale. Corr. gén. 1744, vol. 26.
M. Du Quesnel, gouverneur, c. 11, fol. 19, 18 pp.)


Isle Royale M. Duchambon


Louisbourg 18 9bre 1744


Monseigneur,


Nous avons monsieur Bigot et moy par vne de nos depeches Communes Eu Lhonneur de rendre Compte a vôtre grandeur du projet qu’avoit formé feu monsieur Duquesnel pour L’aceadie ; ayant Connû Les choses au point ou elles Etoit par L’avis que monsieur Duvivier en donnoit par L’Expres qu’il avoit depeché à cet Effet nous avons pensé ne devoir point abandoner cet objet Important pour une aussy petite depence que celle nécessaire pour cet ouvrage ; feu monsieur Duquesnel m’avoit fait venir de L’Isle St. Jean pour me Faire Embarquer Sur Les Vaisseaux du Roy pour Commander Les Troupes qu’il Comptoit Envoyer pour Cette Expédition, Les difficultés qu’il a rencontrées à L’occasion des vaisseaux du Roy qui s’apretant Lantement occasionnairent vn retard, Les risques qu’on Luy fit paroitre en suite, Le determinerent a noser prendre sur luy Seul de les faire Partir ; Sur Les avis que nous Recumes, nous nous determinames Comme j’ay Eu lhonneur de le dire d’Envoyer ce que L’on demandoit ;

Monsieur de Lapperelle Major vint me demander Le Commandement de cette Expedition, je le luy donné ; trois Jours après Comme l’on Etoit pret à faire Embarquer Les Trouppes il vint me dire qu’il ne prevoyait pas pouvoir revenir L’automne, n’y renvoyer Le détachement ; Je luy dis que je Connoissés cette Navigation que par La Baye verte il ne pouvoit y avoir aucune difficulté pour s’en revenir dans Tout novembre qu’il auroit Le tems necessaire pour ce qu’il y avoit à faire ; il me dit pour Lors qu’il ne pouvoit marcher avec Cinquante soldats qu’oy qu’il y en eut à L’accadie Cinquante Quatre autres, dans le nombre desquels Etoit Compris dix Cadets, en Sus onze officiers, dont Trois Capitaines ; m’ayant fait Connoître son peu d’Empressement par toutes ses difficultés, je Laissé Le Commandement a monsieur de Bonnaventure Capitaine. Je luy donné des Instructions et des ordres pour monsieur Deganne ; monsieur Duquesnel L’ayant Envoyé Relever monsieur Duvivier à qu’il avoit promis de Le faire pour qu’il peut passer en France, ne croyant pas Les Choses Sur Le pis qu’elles Etoit ;

J’ordonné a monsieur de Bonnaventure d’aller dans Le Bassin du port royal ou je Comptais qu’il trouveroit monsieur Deganne, ne doutant pas que monsieur Duvivier ne Leut Bien Instruit, et ne pencent pas que L’etant, il en feut party avant Le retour de L’exprès que monsieur Duvivier avoit envoyé, J’avois enjoint dans Les ordres que J’avois donné a monsieur de Bonnaventure d’envoyer aux mines pour donner avis a monsieur Deganne supposé qu’il feut retiré du port royal ; La nuit du vingt Cinq au vingt six du mois dernier monsieur de Bonnaventure arriva au port royal ; il envoya à Terre Monsieur de Bellemont officier avec Monsieur de Latour qui avoit demandé a S’embarquer volontaire Sur ce Vaisseau pour s’instruire des habitans ; ils Leurs dirent que deux jours après L’arrivée de monsieur Deganne Le Camp s’Etoit Levé qu’on y avoit abandonné Toutes Les Echelles que les anglois Les avoit faittes porter a leur fort, et Se divertissoient a En faire des feux de réjouissance ; qu’ils savoit de plus que Monsieur Deganne avoit poursuivy Sa routte et Etoit party des mines dans le dessein de s’en retourner a Louisbourg et qu’il avoit Congédié Tous les Sauvages ; que Seullement Monsieur Duvivier Leurs avoit dit a Tous en Leurs disant adieu qu’il Comptoit Bientôt Les Revoir qu’il Esperoit Trouver des ordres en chemin pour Les faire revenir ; ils adjouterent qu’ils Etoit Bien Comptant de monsieur Duvivier et Témoignèrent y Etre attaché ; cecy est Le Raport que m’en ont fait messieurs de Bonnaventure de Bellemont et de Latour ; Ses habitants ne pareurent point Souvrir a monsieur de Bonnaventure et Luy Témoignèrent quelques Inquiétudes Sur ce qu’il se rencontroit a son Bord des anglois dont ils Etoit connus ; et Le prièrent de Les faire mettre a terre avant Le jour, Leurs Inquiétudes Etoit pardonable après ce qui venoit de Leurs arriver ; au surplus Monsieur de Bonnaventure Leurs parut dans le dessein d’Envoyer a Beaubassin Ce qui Leurs fit pencer qu’ils auroit du tems ; et desirant sans doute voir Les forces Rasemblées pour ne point se compromettre, La declaration du Capitaine corsaire et de son pilotte Cottié Le prouvent assez monsieur de Bonnaventure qui Etoit apareillé et déjà fort loin ne peut avoir Connoissance de ce mouvement et ce capitaine ne luy rendit cella qu’imparfaittement, de façon qu’après avoir resté trois jours dans le Bassein sans rien voir il prit Le party de s’en Revenir avec Les deux petits Battiments quil avoit pris ; on peut passer a cet officier d’avoir Enfreint ses ordres en n’Envoyant point aux mines, Connoissant Le désordre avec Lequel on avoit Levé Le Camp ; et aprenant que toutes Les trouppes sauvages étoit retirés et dispersés ; Tout ce que nous a dit monsieur Duvivier nous nous a Eté Confirmé, comme Monseigneur Le verra par le compte que monsieur Bigot et moy avons L’honneur de rendre par une de nos depeches communes dans laqu’elle sont Toutes les pièces Justificatives, monsieur Deganne a fait L’opposé de monsieur Duvivier ce dernier avoit mis Tous les habitans dans le Cas de veiller a Leurs seuretté Empechant Les anglois de dessendre dans leurs riviere sous pretexte que Les Bois Etoit pleins de françois et Sauvages qui les avoit menacé de Les tous Egorger S’il Les souffroit mettre Le pied a Terre et que d’ailleurs ils vouloit non plus Etre sujets aux reproches quils avoit déjà receu deux de Les avoir Trahi s’il arrivoit que les Sauvages Vincent a tomber sur Eux Lors quils seroit a terre, que les François et Sauvages vne fois Retirés ils pourroit revenir comme à L’ordinaire, Supposé qu’ils se trouvassent dans le Cas de devoir qu’ils porteroit Leurs payements abord et y prendroit dememe des marchandises en Les payent qu’autrement ils seroit obligé de Les Repousser par La force des armes qui s’ils Etoient de Leurs amis ils ne Les Exposeroit point a Cella que de façon ou d’autres ils Estoit Toujousr Exposé ; mais quils craignoit Les sauvages plus que le Reste, monsieur Duvivier Leurs avoit Fait Etablir des feux pour des signeaux et Les avoit tous mis En Compagnie quartier par quartier de façon que dans moins de trois heures ils pouvoit se rassembler prés de quatre cens hommes Cecy regarde Le Beaubassin, il en avoit osé de meme pour Les mines il Leurs avoit distribués vne Centaine de fuzils avec de la poudre et des Balles ; il a pareillement fait sentir a Tous les habitans que le Traité de paix ne subsistant plus quils avoit Tout a Craindre de la part des anglois qui les reduiroit a L’Esclavitude et a la perte entière de Leur Religion, que Sous L’obéissance seulle de Leur premier prince, ils devoit Tout trouver Ce qui Etoit de Leur Bien ; il na Cependant rien fait faire a ses habitans que par des ordres à toute rigeur pour mieux Les Couvrir ne voulant pas Les compromettre Jusqu’au moment qu’il pensoit quil seroit necessaire de se servir deux ;

Monsieur Maillard missionnaire des sauvages qui Etoit avec monsieur Duvivier et qui pour Le present Est icy, m’a assuré qu’il avoit pleine connoissance de ce que j’ay Lhonneur de dire a votre grandeur a ce Sujet ; et qu’il avoit falu Tout La patience et L’adresse possible pour ramener Tous les habitans a ce But, ce meme missionnaire ma pareillement assuré que monsieur de La Boret Curé de Beaubassin, monsieur Dugué autre pretre audit Lieu Luy avoit dit que monsieur Deganne ne s’etoit point Caché de dire quand il y avoit passé a Eux et aux habitans que Loin de rien faire Contre Le Gouvernement anglois ils devoit sen rapprocher par ce que Louisbourg Etoit dépourvue de tout et que la france ne seroit point En Etat d’Envoyer des forces pour La Conquette de ce pays que Les habitans quand il a Repassé se plaignoit de Labandon qu’on paroissait faire deux et ce dans Les memes Termes dont J’ay parlé cy devant, Ces habitans ne veillent plus a leur seuretté. Les meseures que monsieur Duvivier Leurs avoit fait prendre ne subsistant plus ; Je Crains pour Eux par raport aux Connoissances que j’ay Eu par Les derniers paquebots arrivez de Baston qui mon apris que trois Brigantins ou Batteaux en Etoit sorty armé dans le dessein de Les aller Incendier Ce qui peut Cependant n’avoir pas Lieu pour Cette automne sur ce que monsieur de Bonnaventure avoit dit a deux habitans qu’il pourroit Sortir pour aller au devant des deux gros vaisseaux qui ne paroissent point, et que ces petits Battiments y Etant arrivez Le Lendemin ou surlendemin du depart de nos Vaisseaux craignant que lon ne Leur Tombe Sur Le Corps s’en seront retournez sans avoir ozé rien antreprendre ; Jay fait avertir ses habitans pour quils se tiennent Sur Leur Garde pour Le printems prochain ; Je ne puis Monseigneur m’Empecher de me plaindre de ce que monsieur Deganne ne ma pas Ecrit vn mot pour m’accuzer La Réception des ordres que je luy avez Envoyé ayant Eu deux occasions pour Le faire ; monsieur de St. Agnes qui a Eté fait Enseigne en Second cette année m’écrivit par vne de ses voitures pour me marquer que monsieur Duvivier Luy avoit Refuzé de le faire recevoir mais aprés son depart qu’il L’avoit demandé a monsieur Deganne et quil Luy avoit accordé ; Monsieur Duvivier avoit raison de ne pas le faire n’en ayant point L’ordre, Joint a ce que dans ce détachement Les deux Cadets anciens de monsieur St. agnes y Etoit a qui il ne Convenoit pas de donner ce desagrement pendant Le Tems de Leur Campagne, il y avoit d’ailleurs vn nombre suffisant d’officiers, monsieur Deganne n’auroit pas deu Le faire non plus ; Le L’andemin de L’arrivée de monsieur Deganne il me demanda de faire assembler Les officiers pour Le Justiffier ce qui feut fait mais non pas pour sa Justiffication Les points Les plus Essanciels étoit a decouvert, il ne peut S’Empecher de Les avouer, il voulut Se Retrancher Sur un Certifficat qu’il avoit fait signer apartie des officiers au Beaubassin après avoir receu La Lettre que je luy Ecrivis pour reprimer sa mauvaise Conduitte ; comme setoit Luy qui Le Lisoit il ne parla point de La datte Le grand Bruit quil fesoit Empêcha Les officiers d’Expliquer Le Sens dans Lequel ils avoit signé Le Pretendu Certifficat au reste je ne pouvois pour ainsy dire faire parler Les officiers ils gardoit vn profond silence, et sur des fets qui Setoit passés entre monsieur Duvivier et Luy ; il Les Nioit, mais comme monsieur Duvivier donnoit Connoissance de ce quil se passoit qui devoit Etre Secrait tant par raport aux sauvages qu’Eaux habitans ; a monsieur Maillard missionnaire ; monsieur Duvivier demandoit a mondit sieur Maillard si dans le moment des Conversations particulieres quil avoit avec monsieur Deganne il ne Luy rendoit pas Les choses Telles quil luy disoit aujourd’huy avec La Raison pour Les qu’elles il agissoit avec Tant de douceur il répondit que tout ce que Monsieur Duvivier disoit Etoit mot pour mot ; Je pencé qu’il netoit pas necessaire d’en Entendre d’avantage ; Le Landemain monsieur Duvivier me demanda de faire Rassembler Les officiers, je luy dis que ce netoit pas necessaire, il men pria absolument en me disant quil avoit fait Reflection et quil avoit pencé qu’un homme qui Etoit dans le Cas denier pour se decharger s’il pouvoit au depends d’un autre ne meritoit pas detre Epargné, quil voulait prouver L’abondance des vivres dans Le port royal qu’on aportoit au Camp Lorsqu’il fesoit retirer Les Trouppes honteusement et cy vitte que partie de scs habitans ne pouvoit Les Joindre pour Les Remettre ; Je fis dire a Lordre aux officiers de ce rasembler Le Landemin chez monsieur Bigot tous se si trouvèrent à L’Exception de monsieur Deganne qui feignit detre malade d’me douleur de Jenoux dont il n’est poînt Encore guéry, il m’a fait demander La permission de passer en france pour aller prendre Les Eaux et me fit présenter vn Certifficat du chirurgien major, Je n’ay pas cru devoir Luy accorder, une maladie de deux jours ne me paroissoit pas dans Le Cas de ne pas Espérer de guérison icy ; Monsieur Deganne fit hier prier monsieur Bigot d’aller chez Luy pour Luy demander de me parler a son sujet ; il dit a monsieur Bigot quil Etoit vray que tout ce que monsieur Duvivier disoit Etoit ; a L’occasion des presentes sollicitations quil Luy avoit fait pour attendre Le Retour des hommes qu’il avoit Expedié pour porter L’avis qu’il donnoit de La Situation du fort royal que Comme il avoit Lejour qu’il est party Luy meme veu sortir Les Vaisseaux du Roy pour Ecarter Les Corsaires de la Cotte et que dans Lidée ou il etoit qu’on n’armeroit pas de Vaisseaux marchand poury Envoyer et que Ses ordres ne disoit point d’attaquer Le fort, Cella L’avoit absolument determiné a se Retirer, sans vouloir Comme Je l’ay deja dit Ecoutter aucune representation de la part de monsieur Duvivier ; il adjoutta qu’il sentoit Bien avoir manqué Escentiellement dans Tous Les points, mais que ses Intentions netoit pas mauvaises quil avoit mal fait croyant faire Bien ;

J’ay L’honneur d’Etre avec un respect Infiny, Monseigneur,

Vôtre trés humble et trés obéissant serviteur,

Duchambon

a Louisbourg Ce 18e 9bre 1744

Monseigneur Le Conte de Maurepas.