Acadie/Tome I/15

Texte établi par Henri d’Arles, J.-A. K.-Laflamme (Tome Ip. 343-367).

CHAPITRE DOUZIÈME


Autres événements de la guerre. (1744-1748). — Projets iniques de Shirley à l’égard des Acadiens. — Alarmes que ceux-ci en conçoivent. — Lettre de ce gouverneur répudiant les projets qu’on lui prête. — Cette lettre n’est pas jugée de nature à calmer les appréhensions des habitants. — Après s’être muni de l’autorisation du Secrétaire d’État, Shirley lance une proclamation aux Acadiens. — Sa correspondance avec le Duc de Newcastle. — Proclamation du commandant français aux Acadiens. — Fermeté de ces derniers.


En d’autres circonstances de cette guerre, qui a duré de 1744 à 1748, la loyauté acadienne a eu l’occasion de se manifester avec un éclat qui ajoute encore à son mérite.

Si Mascarène n’avait pas eu à subir l’ingérence de Shirley [1], gouverneur du Massachusetts, dans les affaires de la Nouvelle-Écosse, il est probable que les habitants français, sans une seule exception, fussent restés dans les bornes de la plus stricte fidélité.

Mascarène, par ses procédés empreints d’équité et de douceur, avait gagné, à un degré extraordinaire, l’estime et la confiance des Acadiens. Ceux-ci venaient à lui comme à un ami, presque comme à un père. Avaient-ils quelque doute concernant l’étendue de leurs obligations, ils s’empressaient de le lui soumettre ; et sa réponse était invariablement acceptée sans un murmure. Les documents officiels nous offrent plusieurs exemples de ceci ; citons seulement le suivant : Des officiers anglais avaient obligé quelques Acadiens à servir comme guides et comme pilotes contre les français. Interprétant ces ordres comme une violation de leur neutralité, ces gens adressèrent à Mascarène une supplique pour le prier de les exempter d’un tel service. Le gouverneur, dans sa réponse, développa de longs arguments, pour leur démontrer que leur serment n’était pas incompa- tible avec ce qui leur avait été demandé. Alors, sans hésiter, les habitants, par l’entremise de leurs délégués, retirèrent leur requête, et par la suite ne se refusèrent plus à prêter toute assistance qui ne comprenait pas le port des armes [2]. Shirley, qui était animé d’un esprit bien différent, faillit tout compromettre par son intempestive immixtion dans l’administration de la province ; et c’est encore Mascarène qui sauva la situation. Le gouverneur du Massachusetts, par méfiance des Acadiens, et aussi par fanatisme de race et de religion, avait, au mépris du droit et de la liberté [3], dans des lettres au duc de Newcastle, le secrétaire d’État, proposé, entr’autres : « de disséminer, parmi la population française, des colonies protestantes ; car, si ces Acadiens ne sont pas mélangés de protestants anglais, ils formeront un corps distinct jusqu’à ce qu’ils deviennent assez forts pour bouleverser le gouvernement du Roi. Il recommandait encore de faire venir en Acadie des ministres protestants français, et d’en chasser tous les prêtres qu’il y avait actuellement ; aussi, d’accorder des privilèges et exemptions comme encouragement à ceux qui voudraient passer à la religion protestante et faire apprendre l’anglais à leurs enfants. » Heureusement pour les Acadiens, le gouverneur du Mass, n’était pas le maître de la situation ; il pouvait donner des avis, émettre des suggestions, mais il n’était pas en son pouvoir d’ériger tout cela en lois. L’issue dépendait des autorités britanniques ; et, comme nous le verrons, l’on était loin, à Londres, de vouloir adopter toutes ses vues. Le duc de Newcastle était peut-être un politicien retors et sans scrupules, surtout habile à soigner ses intérêts ; et peut-être ne savait-il même pas où se trouvait Annapolis, ainsi que le dit Parkman, après Horace Walpole [4]. Mais il nous semble qu’il avait du moins le sens et le respect de certaines choses qui échappaient à « l’habileté » de Shirley : celui-ci se trompait en effet grandement, lorsqu’il s’imaginait que ses plans machiavéliques auraient pour résultat certain de retenir les Acadiens dans la Province.

Dès 1745, son projet arriva à la connaissance des habitants français, interprété comme contenant une mesure d’expulsion. Ils en furent grandement alarmés, comme de juste. Les chefs de l’expédition française, envoyée contre l’Acadie, en profitèrent pour accentuer encore leurs craintes et vaincre la résistance qu’ils leur opposaient. On leur représenta qu’ils n’avaient aucune justice à attendre de leurs maîtres ; que cette violation de leurs biens, que l’on se préparait à opérer, les déliait de leur serment de fidélité ; que tôt ou tard on les priverait totalement des services de leurs prêtres, et qu’on les empêcherait de pratiquer librement leur religion et de parler leur langue maternelle. Fort inquiets de cet avenir si sombre, les députés Acadiens de tous les cantons se rendirent auprès de Mascarène pour savoir à quoi s’en tenir exactement à ce sujet : celui-ci calma leurs appréhensions, et leur promit de leur procurer à courte échéance des explications satisfaisantes de la part de Shirley ; il ajouta qu’on ne leur enlèverait jamais la liberté de pratiquer leur religion, etc.

Shirley tenait pourtant beaucoup au projet qu’il avait conçu : à preuve, ce passage d’une de ses lettres au duc de Newcastle, en date du 15 août 1746 : « … en chassant de la Province les prêtres romains, et en y introduisant des ministres protestants français, comme en y établissant des écoles anglaises protestantes, en donnant quelques encouragements à tous ceux des habitants qui voudront passer au protestantisme et envoyer leurs enfants aux écoles anglaises, cela aura au moins pour effet de tenir ces colons dans la soumission due au gouvernement de Sa Majesté, et de les détourner de correspondre secrètement avec les Canadiens, en vue de nous trahir ; quant à la génération suivante, nous aurons ainsi chance qu’elle se compose de vrais sujets protestants [5]… »

Et c’était lorsque les pauvres Acadiens avaient résisté à toutes les séductions, et que, par leur concours et par le respect de leur neutralité, ils avaient sauvé l’Acadie des mains de la France, que Shirley proposait, comme récompense, de les fondre dans l’élément anglais et protestant !…

Quatre semaines après la lettre ci-haut, le gouverneur du Massachusetts, pour amortir les craintes que ses étranges déclarations avaient causées aux Acadiens, écrivait en ces termes à Mascarène :


« Monsieur,

« Ayant été informé que les habitants français de la Nouvelle-Écosse prêtent au gouverneur anglais le dessein de les chasser de leurs terres, eux et leurs familles, pour les déporter en France ou ailleurs ; je vous prie, (si vous croyez que cela soit pour le service de Sa Majesté), de vouloir bien leur signifier qu’au cas où Sa Majesté aurait eu une pareille intention, il est probable que j’en aurais été informé : or, rien d’approchant ne m’a été communiqué, et je reste persuadé que leurs appréhensions sont sans fondement. Et veuillez leur persuader que je m’efforcerai de mon mieux auprès de Sa Majesté, pour qu’elle continue de donner sa faveur royale et sa protection, à tous ceux d’entre eux qui se sont conduits loyalement, et n’ont pas eu de relations avec ses ennemis [6]… »

Cette lettre est du 16 septembre 1746 ; le 19 du même mois, il rendait compte au duc de Newcastle de la situation en Acadie, et lui disait notamment : « Comme j’ai des raisons de croire que les habitants français de la Nouvelle-Écosse redoutent d’être expulsés en bloc de leurs propriétés, et qu’en un pareil moment si critique, cette appréhension peut être exploitée contre nous par nos ennemis, j’ai écrit à M. Mascarène une lettre, (dont copie est ci-jointe), qui a été traduite en français et imprimée, pour être distribuée parmi ces colons, si le gouverneur, à la discrétion duquel je m’en suis rapporté, juge que la diffusion de ce document soit pour le bien de Sa Majesté [7]… »

Le projet formé par Shirley ne comportait sans doute pas une mesure d’expulsion, mais il n’en valait guère mieux pour cela : il en était l’équivalent. Ou plutôt, il avait quelque chose de pire que la simple expulsion. Il tendait à vouloir assimiler les Acadiens dans le grand tout britannique, à les dépouiller de leur langue et de leur religion, c’est-à-dire à en faire des renégats de leur foi et de leur nationalité, à leur enlever ce double héritage qui était leur vie même et leur âme ! Il avait été facile à ce gouverneur de répudier un projet que, littéralement, il n’avait pas formé, à savoir, chasser les Acadiens de la péninsule. Ceux-ci ne laissèrent cependant de continuer à avoir des inquiétudes : rassurés sur un point, ils avaient des raisons de ne pas l’être sur d’autres. Aussi, le 21 novembre de cette même année 1746, Shirley écrivait-il à nouveau au duc de Newcastle pour l’informer que sa lettre aux Acadiens n’avait pas eu pour effet de calmer leurs appréhensions :

« … Votre Grâce jugera, en particulier d’après la lettre du colonel Gorham, combien les habitants de la Nouvelle-Écosse s’effraient à la pensée de se voir peut-être chassés de leurs terres… je me permettrais de proposer que Sa Majesté voulût bien faire signifier le plus tôt possible à ces habitants que les assurances, qui leur ont été données récemment par moi, de sa faveur royale, ont reçu son approbation, et seront mises à exécution : l’intervention de Sa Majesté dissiperait les craintes qu’ils éprouvent d’être bannis de la Nouvelle-Écosse, eux et leurs familles… Ceci (à savoir : fortifier le port de Chebucto et construire aux Mines un fortin pouvant contenir cent cinquante hommes, etc., etc.,) aurait pour résultat de consolider la Province : cette œuvre de consolidation aurait d’autant plus de chances de durer que l’on ferait venir en même temps des ministres français, que l’on ouvrirait des écoles anglaises, et que l’on accorderait des privilèges spéciaux à ceux qui passeraient au protestantisme. J’ajoute que l’on devrait, du moins dans quelques années, défendre l’exercice public de la religion catholique romaine, refuser aux fidèles romains l’entrée du pays, et cela sous des peines sévères…

« Juste comme je venais de finir ce dernier paragraphe, l’on m’a remis une lettre du gouverneur Knowles à l’amiral Warren et à moi-même, en date du 10 de ce mois, dans laquelle il m’informe que, dans des lettres adressées à Votre Grâce, il a émis « l’opinion que, selon lui, il sera nécessaire de chasser tous les français (je suppose qu’il veut dire tous les habitants) hors de l’Acadie, le printemps prochain, et il espère recevoir des ordres lui enjoignant d’aider à cette expulsion. »

« Votre Grâce a pu se convaincre déjà que ma manière de voir sur ce point est un peu différente de celle de M. Knowles. Il me semble difficile de procéder à l’expulsion de tous les habitants de l’Acadie, car cette province est d’une étendue considérable et en grande partie boisée. Il est à peu près certain, en ce cas, que les plus hardis d’entre eux se cacheraient dans les forêts avec leurs bestiaux, (au moins pendant quelque temps), et organiseraient des expéditions, de concours avec les Indiens ; les autres se retireraient indubitablement en Canada avec leurs familles. Or, parmi les nombreux inconvénients qui résulteraient de là, pour l’avenir de la Nouvelle-Écosse, que l’on veuille bien calculer quel apport ajouterait à l’influence de la France en ce continent l’arrivée au Canada, avec leurs familles, de 6,000 hommes en état de porter les armes… Certes, il est regrettable que, dès la cession de cette colonie à la Grande Bretagne, le général Nicholson n’en ait pas alors chassé tous les habitants français, qui étaient peu nombreux ; c’est également une erreur que de n’avoir pas profité des intervalles de paix pour y implanter des sujets protestants. Mais maintenant que ces colons se sont enracinés dans la Province depuis longtemps, comme sujets anglais, bénéficiant des clauses du traité d’Utrecht, améliorant leurs terres au cours de deux ou trois générations, et s’étant multipliés en un grand nombre de familles, — prétendre les chasser de leurs propriétés sans autre forme de procès, — voilà une mesure qui se heurterait à des objections de toute nature. Et la première est qu’il sera permis de douter que, dans les circonstances où cette population se trouve, il soit juste et équitable de lui infliger un tel traitement. Il est vrai que la neutralité dans laquelle les Acadiens se retranchent, (neutralité à laquelle les Anglais même ont paru croire pendant un certain temps), est sans fondement, et ne s’accorde pas avec les termes de l’allégeance qu’ils ont prêtée à Sa Majesté… Mais si l’on considère que cette neutralité repose sur un acte de feu le lieutenant-gouverneur Armstrong, alors commandant-en-chef de la Province, par lequel il crut devoir leur accorder, par un écrit de sa main, l’exemption de prendre les armes sous aucun prétexte, en retour de leur consentement à prêter serment d’allégeance à Sa Majesté régnante, (qu’Armstrong en ceci ait agi de son propre chef ou par autorité, il n’en reste pas moins que l’authenticité du document en question n’a pas été contestée), le châtiment dont on les frapperait paraîtrait peut-être trop rigoureux. Il se peut qu’il y en ait parmi ces gens qui préfèrent le gouvernement de Sa Majesté à celui de la France, et il est probable que plusieurs d’entre eux n’ont rien fait pour mériter cette expulsion. Il importe également de tenir compte de la situation fausse dans laquelle ils se sont trouvés, — pris qu’ils étaient entre les Canadiens, les Indiens et les Anglais, — des ravages qu’ils ont éprouvés par le fait des vicissitudes diverses de la guerre : ils étaient alors comme entre deux feux. D’une part, les Canadiens et les Indiens qui les soumettaient à de dures réquisitions, et leur faisaient violence pour les empêcher d’avoir des communications avec la garnison de sa Majesté ; d’autre part, la Garnison qui voulait les forcer à la servir et à lui venir en aide, encore qu’elle ne fût pas en état de les protéger contre l’ennemi. Par conséquent, il me semble que Votre Grâce devra bien prendre en considération si, dans des circonstances aussi délicates, l’expulsion en masse de tous les habitants français de la Nouvelle-Écosse, et par là un renforcement considérable donné à nos ennemis sur ce continent, doit être préférée à cette autre alternative de les garder plutôt, et de les traiter comme sujets, quitte à punir ceux d’entre eux qui sont les plus coupables et les plus dangereux [8]… »

Ainsi écrivait l’homme que Parkman veut élever si haut dans l’admiration de la postérité. Shirley, dit-il, était un homme « plein de ressources » ; il était « le plus vigilant et le plus ardent défenseur des intérêts britanniques en ce continent » ; « la nature énergique de Shirley l’inclinait à des mesures radicales, et il n’avait rien de notre moderne humanitarisme ; cependant, il n’était pas inhumain, et il reculait devant la cruauté que comportait l’exil en masse de tout un peuple [9]. » L’énergie, la résolution de caractère, ce sont là de ces qualités que l’historien américain semble priser par-dessus tout. Nous voulons bien faire la part du temps, des circonstances, et des idées qui régnaient à cette époque ; mais nous nous refusons à croire que l’attitude du gouverneur du Massachusetts ait été conforme au code d’honneur qui prévalait alors parmi les nations, si abaissé qu’en fût l’idéal. Et c’était à un Duc et à un Secrétaire d’État d’Angleterre qu’il adressait pareilles élucubrations ; c’était pour la troisième fois qu’il exposait son projet néfaste, quand il venait à peine d’assurer les Acadiens « de ses meilleurs efforts pour leur obtenir la continuation de la faveur et de la protection royales », quand, ainsi qu’il l’avouait lui-même, ces Acadiens « jouissaient d’une situation garantie par le traité d’Utrecht » — their having remained so long in the country upon the foot of British Subjects, under the sanction of the Treaty of Utrecht —, et quand, selon la parole de Mascarène, « ils ne s’étaient en aucune manière joints à l’ennemi », they had in no ways joined the ennemy !

Faut-il s’étonner, après cela, qu’un homme également able et sanguine, mais moralement bien inférieur à Shirley, ait déporté les Acadiens, sans plus de raison que le gouverneur du Massachusetts n’en aurait eue à l’époque dont il s’agit ? Shirley est au moins retenu par un vague sentiment d’honneur, fortement pallié d’intérêt ; l’on croit distinguer, à travers sa phraséologie, une mince ligne de démarcation qu’il préfère ne pas franchir. Cette ligne, c’est le traité d’Utrecht, le serment conditionnel prêté par les habitants français, leur position difficile, leur résistance aux menaces et aux séductions de l’adversaire. Comme pressé par sa conscience, il se demande si l’on peut, en justice, tenir rigueur aux Acadiens de n’avoir pas donné au gouvernement toutes les informations désirables, quand l’ennemi les gardait sous le coup de terribles châtiments, et que la garnison d’Annapolis était hors d’état de pouvoir leur assurer l’impunité ? Et toutefois, dans l’esprit subtil du gouverneur, ces objections seraient à peine des obstacles. La grande affaire, c’est que l’exode des habitants irait « grossir considérablement les rangs de l’ennemi », — the driving all the French Inhabitants of Nova Scotia off their settlements, and thereby very greatly strenthening the Ennemy upon this Continent, — « et créerait dans la Province un vide qu’il serait impossible de combler, tant que durera la rupture entre la France, et même après que la paix sera faite, pour peu que les Indiens continuent à nous faire la guerre [10]. » Tel était le point important. Au fond, il n’y a que le côté politique, la raison d’intérêt qui l’occupe : aussi suggère-t-il comme « plus avantageux » de traiter les Acadiens en sujets anglais, quitte à punir ceux dont on a à se plaindre, de préférence à dépeupler le pays en les en chassant tous sans merci.

Entre Shirley et le commodore Charles Knowles, qui a laissé un si triste souvenir à Boston et ailleurs, il y a cette différence que l’un est arrêté, dans ses projets, par des motifs de diplomatie, tandis que l’autre cède uniquement à sa propre brutalité. Il est vrai que la diplomatie du gouverneur du Massachusetts manquait d’envergure : elle consistait en une certaine habileté à faire jouer les ficelles plutôt qu’en un réel sens politique. À preuve, c’est qu’il n’a pas vu qu’aucun Acadien ne consentirait à rester dans la Province, si l’on osait attenter à sa religion. Du reste, si l’on excepte Mascarène et Hopson, tous les autres gouverneurs ne se sont pas montrés plus perspicaces sur ce point pourtant essentiel [11].

Et maintenant, voyons la sorte de réponse que le duc de Newcastle fit à la longue épître de Shirley ; cette réponse est du 30 mai 1747 :

« Comme vous et M. Warren ont représenté à ce gouvernement, que les habitants de la Nouvelle-Écosse s’imaginent que c’est notre intention de les chasser de leurs foyers et de leurs terres ; comme d’autre part il est possible que leurs craintes, à ce sujet, leur aient été inspirées à l’effet de les détourner de l’allégeance qu’ils doivent à Sa Majesté, et de les porter du côté de nos ennemis : Sa Majesté croit urgent que des mesures soient prises pour dissiper ces vaines appréhensions ; et, à cette fin, vous êtes prié, conformément au bon plaisir du Roi, de vouloir bien déclarer publiquement et authentiquement aux sujets Britanniques, habitants de cette Province, que de pareilles alarmes n’ont pas le moindre fondement ; c’est, tout au contraire, la ferme intention de Sa Majesté de protéger tous ceux d’entre eux qui continueront à se montrer fidèles à leur devoir et à leur allégeance, et de les conserver dans la tranquille et paisible possession de leurs propriétés : Sa Majesté désire également les assurer qu’ils jouiront, comme par le passé, du libre exercice de leur religion [12]… »

Que va faire Shirley ? Nous allons le voir. Et d’abord, cette lettre de Newcastle ne lui était pas encore parvenue qu’il écrivait derechef au même duc, en date du 8 juillet, 1747 :

« Je prends la liberté de soumettre à la considération de Votre Grâce, le plan le plus pratique pour chasser à demeure les Canadiens de la Nouvelle-Écosse, et voici ce plan : quand la saison sera trop avancée pour permettre aux Français de tenter une attaque contre Louisbourg, M. Knowles, avec mille hommes de cette garnison, auxquels se joindraient deux mille soldats de la Nouvelle-Angleterre, pourrait se diriger sur Chignectou : cette force imposante suffirait à balayer de là l’ennemi, et nous rendrait aisément maîtres des habitants de ce dernier district… tout ce canton de Chignectou pourrait être subséquemment divisé entre les deux mille soldats de la Nouvelle-Angleterre, à la condition qu’ils s’y établissent avec leurs familles, et qu’ils se chargent d’en assurer la défense ; quant aux habitants qui y résident présentement, on les transplanterait en Nouvelle-Angleterre, et on les partagerait également entre les quatre gouvernements qui régissent ce pays [13]. »

N’avions-nous pas raison de dire que la diplomatie de Shirley était de nature assez peu honorable, que les scrupules de sa conscience ne venaient guère d’un sentiment sérieux ? Comme bien l’on pense, la lettre susdite de Newcastle eut pour effet de le décontenancer entièrement. Eh ! quoi, alors qu’il caressait de si beaux projets, et que, dans son idée, l’avenir de la province était déjà consolidé, grâce à ses mesures radicales, venir tout à coup briser cet échafaudage, faire crouler ses nobles rêves !… Sa déception fut telle qu’il en resta tout coi, et que, pour longtemps, il ne se mêla plus de la chose. Cependant, le salut de la Province demandait qu’il calmât au plus tôt les appréhensions des habitants, de crainte que, de plus en plus effrayés, las d’attendre une parole de pacification et d’espérance, ceux-ci ne se laissassent enfin gagner par les Français qui leur tendaient les bras. Le gouverneur du Massachusetts semblait ne plus se soucier de rien. Puisque l’on avait opposé à son plan, de dénationaliser et de protestantiser les Acadiens, une fin de non-recevoir, son rôle était clos… Quand il sortit de son mutisme et de son inaction boudeuse, et qu’il se décida à entrer en scène à nouveau, ce fut pour rendre public le message qu’il tenait du Secrétaire d’État, mais en en retranchant la partie qui promettait aux Acadiens le libre exercice de leur religion. Et il s’en expliquait au duc de Newcastle, dans une lettre du 20 octobre 1747, quand il y avait déjà plus d’un an qu’il avait promis aux Acadiens de leur obtenir du Roi les assurances qu’ils sollicitaient. Dans cette lettre, le gouverneur informe Sa Grâce que, conformément au désir qu’elle lui avait signifié le 30 mai précédent, il a adressé aux habitants français une Proclamation à l’effet de calmer leurs appréhensions, et de protester des bonnes intentions de Sa Majesté à leur égard, mais qu’il a pris sur lui d’omettre de ce document officiel la clause concernant le libre exercice de la religion, et ce, pour la raison que voici : « le traité d’Utrecht, en vertu duquel l’Acadie ou Nouvelle-Écosse, avec tous ses habitants, a été cédée à la couronne de Grande Bretagne, ne met pas Sa Majesté dans l’obligation de laisser les habitants français libres de pratiquer la religion catholique romaine [14] ; et comme Sa Majesté n’a encore fait aucune promesse en cette matière, j’espère que nous pourrons trouver des moyens efficaces d’altérer les liens de consanguinité et de religion, qui rattachent les habitants français de la Nouvelle-Écosse à ceux du Canada, en les forçant à des relations avec les sujets britanniques d’ici, et en exerçant un contrôle sévère sur le pouvoir pernicieux que les prêtres romains ont sur eux et sur les Indiens ; mais notre travail en ce sens serait stérile, ou du moins grandement entravé, au cas où Sa Majesté promettrait à ces habitants de continuer à pratiquer en toute liberté leur religion.

« Et donc, Sa Majesté s’en étant rapportée à moi, pour rédiger les termes de la Déclaration à faire en son Nom aux habitants français de la Nouvelle-Écosse, je me suis permis d’omettre de cette Déclaration ce qui concerne le libre exercice de la Religion Romaine, (encore que cette clause ait été mentionnée dans la lettre de Votre Grâce, comme devant être incluse dans le plan de Proclamation que Sa Majesté avait l’intention de lancer), désirant auparavant transmettre à Votre Grâce mon sentiment sur ce point, et attendre de recevoir de plus amples directions de Sa Majesté. Entre temps, j’ai fait une Déclaration qui touche tous les sujets sur lesquels il était nécessaire de rassurer les Acadiens, et de calmer sans plus tarder leurs inquiétudes [15]. »

Quel amoncellement de duperies, depuis Nicholson jusqu’à Shirley ! Pélion sur Ossa ! Et l’on en verra bien d’autres, avant que Lawrence et ses complices n’aient mis un comble à toutes ces iniquités !

Le gouverneur du Massachusetts aurait bien inclus dans sa Proclamation la promesse du libre exercice de la Religion ; mais cette promesse émanant de Sa Majesté, — possibly, — aurait pu nuire au succès des beaux plans que lui, Shirley, caressait pour l’avenir de la Province. Il a donc cru préférable de passer par-dessus cette « bagatelle ». Simple question de ne pas engager imprudemment le nom de Sa Majesté, quand cela n’était pas absolument nécessaire ! Il se trouvait ainsi plus à l’aise, pour mettre en œuvre les moyens de briser cet attachement inexplicable que les Acadiens portent aux choses de leur religion !…

Mascarène communiqua donc aux Acadiens la Proclamation de Shirley [16]. Et il écrivit aux députés des Mines : « Vous avez dû prendre connaissance de la Proclamation de son Excellence William Shirley… souvenez-vous de la promesse que je vous ai faite et dont vous avez déjà ressenti les effets : je vous donnerai ma protection aussi longtemps que, par votre conduite et votre fidélité à la couronne de Grande Bretagne, vous m’en donnerez l’occasion : j’ai plaisir à vous réitérer ma promesse… »

Nous croyons que les Acadiens ne furent pas pleinement satisfaits de la Proclamation du gouverneur du Massachusetts. Le ton de la lettre de Mascarène semble indiquer que celui-ci éprouvait quelque inquiétude à cet égard ; sachant la confiance que les habitants français avaient en lui, il comptait que sa parole, ses assurances personnelles, auraient sur eux autant et plus d’effet que les longues tirades de Shirley, et contribueraient à mieux dissiper leurs doutes. Voilà qui explique les termes de son message.

Il y avait ainsi plus d’un an que les pauvres Acadiens vivaient dans des transes qui n’avaient que trop leur raison d’être. Ils avaient résisté aux arguments, aux cajoleries et aux menaces des Français, pour rester fidèles à leur serment ; et si, par hasard, quelques-uns d’entre eux commirent la faiblesse d’aider l’ennemi, ces exceptions furent si rares que leur importance est nulle, et qu’elles ne peuvent infirmer le jugement fondé sur l’attitude loyale du plus grand nombre [17].

D’ailleurs, même ces rares exceptions ne se fussent peut-être pas produites, si les Acadiens n’eussent pas eu vent des projets formés contre eux. Ce qui ressort de l’attitude générale de ces gens, c’est la fermeté de leur caractère, une fermeté dans laquelle entrait une sorte d’entêtement. La suite du récit va nous faire voir jusqu’où pouvait aller cet esprit de détermination. Ici, nous laisserons de côté les documents que nous possédons pour citer Parkman lui-même, qui, chose digne de remarque, les résume avec assez de fidélité dans son ouvrage : A Half-Century of Conflict.

« À la nouvelle qu’une force anglaise s’approchait, de Ramesay (qui était à Grand-Pré) avait tâché de persuader aux Acadiens qu’ils allaient sûrement être chassés de leurs maisons, et que leur seul espoir de salut était de se joindre à lui pour repousser la force par la force ; mais les habitants comptaient sur les promesses de protection que Shirley leur avait faites récemment [18], et ils lui répondirent qu’ils ne voulaient pas manquer à leur serment de fidélité au roi Georges. Sur ce, Ramesay retraita sur Chignectou, et le colonel Noble et ses hommes occupèrent Grand-Pré sans coup férir [19]. »

Ce fut quelques mois après, en février 1747, qu’eut lieu le mémorable combat de Grand-Pré, dont nous avons déjà dit un mot dans notre chapitre précédent. Surprises pendant la nuit par les Français à la tête desquels était Coulon de Villiers, les troupes anglaises, qui étaient cantonnées dans ce village, durent capituler, après avoir perdu, suivant les rapports français, cent quarante officiers et soldats, parmi lesquels le colonel Noble et son frère, les lieutenants Pickering, Lechmere et Jones, et laissé aux mains de l’ennemi cinquante-quatre prisonniers, entr’autres le capitaine Edward Howe, premier conseiller du gouverneur, juge de l’Amirauté et commissaire des troupes anglaises en Nouvelle-Écosse [20]. Et pourtant, le colonel Noble aurait dû se tenir sur ses gardes, car il avait été prévenu par des Acadiens de l’attaque que les Français préparaient : « … (À Grand-Pré) les Anglais s’endormaient dans une fausse sécurité. Des habitants les ayant avertis que les Français arrivaient, ils tournèrent cette nouvelle en ridicule, et ne changèrent rien à leur manière de faire, en sorte que, lorsque l’attaque se produisit, le 10 février, au petit jour, ce fut un brusque réveil [21]… »

Les Français se trouvaient donc maîtres de Grand-Pré, après une lutte dans laquelle ils avaient défait complètement les Anglais, après une capitulation en vertu de laquelle ceux-ci avaient livré le poste, leur matériel de guerre, etc., et s’étaient engagés à se retirer à Annapolis et à ne pas porter les armes pendant les six mois qui suivraient [22]. C’était, à proprement parler, rentrer en possession de cette partie de l’Acadie. Les habitants de cette région revenaient à leurs anciens maîtres ; du moins ils pouvaient le croire avec raison. De Ramesay comprit tout de suite l’avantage qu’il pouvait tirer de la situation ; aussi en profita-t-il pour lancer une proclamation dans laquelle il déclarait aux Acadiens que, par le fait de la victoire de Grand-Pré, la France avait reconquis cette portion de son ancien territoire, qu’ils étaient donc redevenus sujets de la France, au gouvernement de laquelle ils devaient désormais obéissance et fidélité ; qu’ils ne pouvaient plus entretenir de relations avec les Anglais, sous peine de châtiments sévères. À cette proclamation, les Acadiens répondirent par une lettre, en date du 24 mai 1747, et de laquelle nous ne possédons que la conclusion : « Ainsis Monsieur nous vous prions de regarder notre bon Cœur et en même temps notre Impuissance pauvre Peuple chargez la plus part de familles nombreuse point de Recours sil falois evacuer a quoy nous sommes menacez tous les jours qui nous tient dans une Crainte perpétuelle en nous voyant a la proximitet de nos maitre depuis un sy grand nombre dannes [23]. »

En même temps ils écrivirent à Mascarène pour lui expliquer leur situation et lui communiquer copie de la proclamation de Ramesay [24]. Non content du résultat de sa proclamation, Ramesay s’adressa au gouverneur du Canada pour en obtenir confirmation de ses ordres. La réponse venue, il envoya aux Acadiens une nouvelle proclamation enjoignant aux habitants de prendre les armes contre les Anglais, et leur citant l’extrait suivant de la lettre qu’il avait reçue du gouverneur du Canada :

« Nous nous regardons aujourd’huy Maistre de Beaubassin et des Mines puisque nous en avons chassé les Anglois ; ainsi il ny a aucune difficulté de forcer les Acadiens à prendre les armes pour nous et de les y contraindre ; leur declarons à cet effêt qu’ils sont déchargé du Serment preté, cy-devant, à l’Anglois, auquel ils ne sont plus obligé comme il y a été décidé par nos puissances de Canada et de Monseigneur notre Evesque ». — « En vertu de ceci, continuait Ramesay, nous ordonnons à tous les habitants de Memeramcook de se rendre à cette place (Beaubassin), aussitôt que le signal leur en sera donné par des feux, ou qu’ils découvriront que l’ennemi s’approche ; et cela sous peine de mort, de confiscation de leurs propriétés, de l’incendie de leurs maisons, et de châtiments dignes de rebelles à Sa Majesté le Roi [25]. »

On en conviendra, la pression était immense, et d’autant plus qu’elle s’appuyait sur des sanctions redoutables. Dans cette dernière proclamation, Ramesay, outre son opinion personnelle sur la légitimité de ses prétentions, produisait celle du gouverneur du Canada et même celle de l’Évêque de Québec, Monseigneur de Pontbriand. Tout donc conspirait à faire croire aux Acadiens que la prise de Grand-Pré, et la capitulation signée par les Anglais, les déliaient de leur serment de fidélité à la Grande-Bretagne. Et cependant, ni ces ordres, ni ces menaces ne paraissent avoir eu sur eux l’effet qu’on en attendait. Le 8 juin 1747, Shirley écrivait au duc de Newcastle : « Je n’ai rien à ajouter aux lettres que j’ai eu l’honneur d’écrire dernièrement à Votre Grâce, si ce n’est que M. de Ramesay est encore à Beaubassin avec ses hommes, y attendant un renfort du Canada… et qu’il n’a pas jugé à propos de s’aventurer à nouveau jusqu’aux Mines ; dans ses messages aux Acadiens de là, il insiste sur l’obligation où ils sont de se regarder comme les sujets du Roi de France, étant donné que les troupes de la Nouvelle-Angleterre ont dû se retirer de leur canton et capituler. Ses ordres n’ont cependant pas eu d’effet sur les habitants, l’expédition que j’ai envoyée par la suite ayant repris possession des Mines et y ayant arboré le drapeau du Roi, et les députés de cette région ayant renouvelé, au nom de tous, serment de fidélité à Sa Majesté à Annapolis Royal [26]. »

Or, n’est-ce pas là un témoignage qui en vaut la peine ? Les Acadiens étaient-ils aussi mous et flottants que Parkman s’est plu à le dire, eux qui, dans les circonstances les plus critiques, ne renoncèrent pas aux engagements contractés ? Étaient-ils si esclaves de leur clergé, alors que même l’opinion d’un Évêque ne les a pas détournés de ce qu’ils pensaient être leur devoir, — si tant est d’ailleurs que cette opinion n’ait pas été inventée pour les besoins de la cause ou faussée dans sa signification ?

Que fallait-il donc de plus pour satisfaire l’autorité et même provoquer sa reconnaissance envers une population inébranlable dans sa loyauté ? La suite de notre étude prouvera surabondamment que cette fermeté d’attitude de la part de nos ancêtres n’a pas été accidentelle ni transitoire, mais qu’elle est restée la même jusqu’aux jours néfastes de la déportation. Mascarène, du moins, comprit parfaitement que le salut de la Province était dû à la loyauté de ces bons Acadiens. S’il eût été le seul maître, nous ne doutons pas qu’ils n’eussent été l’objet d’un traitement équitable, et qu’ils n’eussent obtenu la justice à laquelle ils avaient des droits incontestables. Mais Shirley veillait, et ce gouverneur était loin de s’inspirer de motifs d’honneur et de conscience, dans sa politique envers un petit peuple voué à tous les malheurs [27].



  1. William Shirley naquit en Angleterre vers 1693. Il était avocat, et pratiquait à Londres. Vers 1735 ou 1736, il émigra à Boston avec sa famille, et continua d’y exercer sa profession jusqu’en 1741, où il y fut nommé gouv. du Massachusetts. En 1745, il conçut le plan d’une expédition contre Louisbourg, et fut nommé à cette occasion colonel d’infanterie. En 1755, il fut promu au rang de major-général dans l’armée anglaise, avec la surintendance des opérations militaires dans les colonies du nord, et devint commandant-en-chef, pour une courte période, après la mort du gén. Braddock. Ayant échoué dans l’organisation d’une expédition contre Niagara, en 1756, il perdit son commandement et fut mandé en Angleterre où l’attendait une froide réception. Il réussit cependant à se disculper, et publia à cette fin de nombreux pamphlets. En 1759, il fut fait lieut.-général, et obtint le commandement des Îles Bahamas, où il eût pour successeur son fils Thomas. Il retourna finalement dans le Massachusetts, et mourut à sa résidence, près de Roxbury, en 1771 ; ses restes furent inhumés, avec tous les honneurs militaires, à l’ombre de la King’s Chapel. Cette église subsiste toujours, dans la rue Tremont, à Boston, avec son cimetière attenant. Voici le commencement de l’inscription que l’on lit sur la porte du cimetière : « King’s chapel Burial Grounds, 1630. Here were Buried — Governors of Massachusetts John Winthrop, 1649 — John Endecott, 1665 — John Leverett, 1679 — William Shirley, 1771… » Shirley fut un des commissaires nommés par l’Angleterre pour régler la question des frontières de l’Acadie. Il est l’auteur de la publication intitulée : « Mémoires des commissaires anglais et français », en date du 21 septembre 1750, dans laquelle il revendique pour l’Angleterre toutes les terres à l’est de la rivière Penobscot et du St-Laurent, comme comprenant l’Acadie ancienne. (La part du lion, naturellement !) Il publia également à Londres en 1757, un « Mémoire de la dernière guerre en Amérique », et d’autres ouvrages. Il insista longtemps auprès de la Métropole sur la nécessité et l’importance d’établir en Nouvelle-Écosse une colonie britannique sur des bases solides, et en 1748, soumit au Secrétaire un projet en ce sens : lequel était minutieux et élaboré ; il y conseillait de mêler des colons anglais aux colons français à l’intérieur du pays. Ce projet ne fut pas adopté. Shirley avait soutenu l’assemblée du Mass, dans son opposition au plan de fédération des colonies américaines pour des fins de défense, plan adopté à Albany en 1754. Il mourut pauvre. — Cf. Minot’s Hist. Mass., vol. I, 292-97. N.-Y. Col. Docum. VI, 959. — Allen’s Biog. Dict.
  2. Cf. Akins, p. 152-3-4. « At a council held… the 21st of December 1744, the deputies appeared again, they said that seeing their petition would not be discharged from giving pilots and guides… friday, the 28th of december the deputies appeared again, they said that seeing their petition would not be granted, they choose to withdraw it. The commander in chief repeated to them in substance what he had told them before, that it was the custom allowed in all nations, when the public service required, to take pilots and guides, that he could not grant them an exemption from that service… that all he could do was to leave it to their choice either to furnish one when demanded, or that such should be pressed when the service should require it. »
  3. Cf. dans Public Rec. Office, America and West Indies, lettres du 14 déc. 1745, 11 fév., 10 mai, 31 mai, 18 juin, 28 juillet, 1746. — Le 18 février 1749, Shirley envoyait un long rapport au duc de Bedford, dans lequel il développait à nouveau le plan exposé dans les lettres que nous venons de mentionner. « He proposes to intersperse protestant settlements among the French in N. S., taking part of the marsh lands from them for the new settlers… He recommends bringing French protestant Ministers here, and banishing all their present priests… also to grant small privileges and immunitions for the encouragement of such as could come to the Protestant communion and send their children to learn English. »

    Ce Rapport est analysé dans Murdoch, vol. 2, ch. X, p. 128 et al.

  4. « A more preposterous figure than the Duke of Newcastle never stood at the head of a great nation. He had a feverish craving for place and power, joined to a total unfitness for both. He was an adept in personal polities, and was so busied with the arts of winning and keeping office that he had no leisure, even if he had had ability, for the highest work of government… Walpole (George II. I, 344) gives an anecdote showing the state of his ideas on colonial matters. « General Ligonier suggested to him that Annapolis ought to be defended. » To which he replied with his lisping, evasive hurry : « Annapolis, Annapolis ! Oh ! yes, Annapolis must be defended ; to be sure, Annapolis should be defended, — where is Annapolis ? » — Parkman. Montcalm and Wolfe, vol. I, ch. VI, p. 184. Cet Horace Walpole fut l’une des figures les plus complexes et les plus intéressantes du 18e siècle anglais. Il fut le fils de Sir Robert Walpole, l’un des grands ministres de l’Angleterre, qu’il gouverna glorieusement vingt et un ans. Il doit également une part de sa célébrité à son amitié pour Madame Du Deffand. La correspondance de ces deux personnages est un monument littéraire. (Cf. Correspondance complète de Madame Du Deffand avec ses amis, éditée par M. de Lescure. Deux tomes considérables. (Paris, Plon, 1865).
  5. Public Rec. Office. America and West Indies. Shirley to Newcastle, 15 august 1746. (20) A. C. (1881-84). Sess. Papers (No. 14) 47 Victoria. A. 1884, p. 29.
  6. Public Rec. Office. America and West Indies, Boston, 16 september 1746. Shirley to Mascarène. That he has heard nothing of the removal of the French inhabitants of Nova Scotia. He will do everything in his power with the King for their interest. Their duty and gratitude should bind them to fidelity. (A. C. etc., 32).
  7. Public Record Office. America and West Indies. Shirley to Newcastle. Danger of Nova Scotia. Depositions respecting the arrival of a large fleet of vessels (la flotte du duc d’Enville) bearing for Nova Scotia. The letter to Mascarène (32) to be circulated among the French inhabitants (33) A. C. Sess. Papers etc., p. 30.
  8. Public Record Office. America and West Indies. Shirley to Newcastle (77). (A. C. Sess. Papers, etc., p. 30-1).
  9. A Half-Century of Conflict. « He was able, sanguine… » ch. xviii et xxii du vol. II, pp. 66-170-177 et passim, car le « portrait » de Shirley par Parkman est fait de touches disséminées à travers tout ce deuxième volume, au fur et à mesure des événements auxquels ce gouverneur a été mêlé. Il est incontestable que si l’historien américain professe une réelle admiration pour son « héros », il fait cependant des réserves soit sur son caractère, soit à propos de certains actes de son administration, mais l’ensemble est dithyrambique. Dans la note de la page 177, citant un passage de la lettre que nous reproduisons ici, il ose affirmer que « si Newcastle eût vigoureusement mis à exécution les recommandations que lui avait faites Shirley, la déportation des Acadiens n’aurait jamais eu lieu » !!! Possible. Mais il se serait passé alors quelque chose d’autre et d’aussi infâme, à savoir l’étranglement sur place des pauvres habitants, leur apostasie religieuse et nationale.
  10. « …It would be exceeding difficult to fill up the chasm which driving off the Inhabitants would make in the country ; during the rupture with France, it would certainly be impracticable, and I doubt whether it would not be so, when peace shall be made with France, if the Indians should continue at war with us. » Même lettre du 21 novembre 174th.
  11. Cf. Sur Knowles, qui avait succédé à l’amiral Warren dans l’expédition contre Louisbourg, B. Murdoch, vol. 2, ch. vii, p. 96 et seq. — Il y a là des extraits de sa correspondance qui nous le montrent sous le jour le plus détestable. Knowles se plaint de tout le monde ; il est mécontent de tout ; il qualifie les soldats de la Nouv.-Angleterre de « paresseux, de malpropres et d’obstinés », etc. Dans une lettre à Newcastle, en date du 8 novembre 1746, il disait : « Si Sa Majesté juge à propos de chasser les habitants français de Nouvelle-Écosse et d’Acadie, après une telle violation de leur neutralité, j’espère qu’elle me fera l’honneur de me confier le commandement de cette expédition. » Et Murdoch, à qui nous empruntons cet extrait, ajoute froidement : « Knowles oublie de spécifier de quelle violation de neutralité il entend parler » ! ! — Charles Knowles, fils putatif de Charles Knollys, 4e comte de Banbury, naquit vers 1697, et mourut à Londres le 9 décembre 1777 ; il fut inhumé à Guildford en Surrey. La mémoire de Knowles a été l’objet des jugements les plus contradictoires. Voir Dict of Nat. Biography, vol. xi, p. 292 et seq.
  12. Public Record Office. Am. and West Indies. May 30. Whitehall. Newcastle to Shirley. Means to be taken to dispel the fears of removal on the part of the Nova Scotians etc., (A. C. Sess. papers, 268, p. 43).
  13. Public Record Office. America and West Indies. Shirley to Newcastle. Enclosing de Ramsay’s letter to the people of Mines, and their answers. Proposal to attack the French at Chinecto ; to dispossess the Acadians and replace them by New Englanders. (136). A. C. Sess. papers etc., p. 32-33.
  14. L’auteur met ici en note : « L’art. 14 du traité d’Utrecht stipulait « que les sujets du Roi de France auront un an pour voir à se transporter en tout autre endroit, avec leurs biens mobiliers. Quant à ceux qui préféreront rester dans la Province, et devenir sujets du Roi de Grande Bretagne, ils jouiront du libre exercice de leur religion, conformément aux usages de l’Église de Rome, en autant que les lois de la Grande Bretagne l’autorisent. » Et en 1730, les Acadiens ne consentirent à prêter serment que parce que ce privilège (de continuer à pratiquer leur religion) leur fut renouvelé plus explicitement par Philipps. » Nous ajoutons : « Comment Shirley peut-il dire que le Roi d’Angleterre n’était pas lié sur ce point par le traité d’Utrecht ? » — Cf. Hannay, ch. xvii, p. 308.
  15. Public Record Office. America and West Indies. Shirley to Newcastle. (164) A. C. p. 33.
  16. Mascarène to Shirley, Oct. 14, 1747. Annapolis. The Declaration transmitted to the Acadians. (176) (A. C. Sess. pap., p. 33).
  17. En scolastique, il y a un axiome qui peut trouver sa place ici : « Non datur scientia de particularibus. »
  18. Richard met ici en note : « Parkman ne peut faire allusion ici qu’à la première lettre de Shirley aux Acadiens, septembre 1746, non à sa proclamation, puisque Grand-Pré fut occupé par le colonel Noble dans l’automne de 1746, et que la proclamation est d’octobre 1747. » Nous croyons plutôt que la dite proclamation est d’août 1747. Cf. A. C. aug. 18, 1747. Shirley to Newcastle… « Will issue a Proclamation to settle the mind of the Acadians… »
  19. Vol. ii, ch. xxii, p. 182-3.
  20. Mascarène, dans un rapport à Shirley, met 70 tués et plus de 60 prisonniers pour les Anglais ; 44 tués et un grand nombre de blessés pour les Français. De Beaujeu, à qui nous devons le meilleur compte rendu de cet engagement célèbre, estime les pertes des Anglais à 130 tués, 15 blessés, 50 prisonniers ; du côté français, il n’y aurait eu que 7 tués et 15 blessés. Cf. Doc. Inédits sur l’Acadie. C. F. Pièce lxv. Richard remarque avec raison que les plus grands noms de la noblesse canadienne étaient représentés dans cette fameuse expédition de Grand-Pré.
  21. Hannay, ch. xix, p. 349.
  22. La « capitulation accordée par les troupes de Sa Majesté très-chrétienne aux troupes de Sa Majesté Britannique à Grand-Pré » comprenait 6 articles ; elle fut signée à Grand-Pré le 12 février 1747, par Coulon de Villiers, au nom des Français, et Benjamin Goldthwaite, au nom des Anglais ; elle accordait aux Anglais la faculté de sortir de Grand-Pré « dans les 24 heures avec les honneurs de la guerre », et leur enlevait la liberté « de faire la guerre aux Mines, à Cobequid et à Beaubassin », c’est-à-dire, dans toute la région du fond de la Baie Fundy, pendant une période de six mois, à partir du jour de la capitulation. » (New York Doc. 10th vol. p. 78. B. Murdoch, vol. 2, app. to ch. viii, p. 114).
  23. Cf. A Half-Century of Conflict, vol. ii, p. 201, en note.
  24. Les Habitants à l’honorable gouverneur au for d’annapolisse royal, 1 mai 1747. P. R. O.
  25. Cette fin de la proclamation de Ramesay n’est pas dans le MS. original. Nous avons cru devoir la citer pour bien montrer dans quelle terrible situation étaient ces pauvres Acadiens, « pris entre deux feux », comme l’a dit très justement Shirley. Cf. A Half-Century of Conflict, vol. ii, p. 202-4. Dans le texte et en note.
  26. Shirley to Newcastle. June 8, 1747. Ramesay still at Chignecto (Beaubassin) expecting reinforcements from Canada. State of affaire at Minas. (A. C. Sess. pap. etc., 127, p. 32).
  27. Richard met ici en note : « Pas un seul des documents cités dans ce chapitre ne se trouve au volume des Archives » (de la N.-É.). Et c’est exact. En revanche, tous ces « documents », sauf peut-être l’extrait de la lettre de Mascarène aux députes des Mines, en rapport avec la proclamation de Shirley, sont dans A Half-Century of Conflict, au tome ii, soit dans le corps de l’ouvrage, soit dans les appendices. Parkman, du moins, n’a pas craint de les produire. Il va sans dire que, pour lui, Shirley avait raison dans ses projets ; il ne le contredit guère que sur un point, à savoir quand le gouverneur du Massachusetts propose de donner des récompenses à ceux qui passeront au protestantisme. Parkman, comme aussi bien Murdoch, trouve cette idée scabreuse. Mais approbation entière est donnée à tout le reste. L’historien américain a été le premier, je crois, à exhumer du Public Record Office tous ces matériaux. Richard est-il allé aux sources, où s’est-il contenté d’étudier et de discuter les pièces officielles, telles qu’il les trouvait dans Parkman ? Cela importe peu, au fond, et ne change rien à la nature des choses. Seulement, tout le monde admettra que découvrir et produire des originaux est toujours un mérite, et que Parkman a rendu, en cette matière, de grands services à l’histoire. » Reddite quœ sunt Cœsaris Cœsari.