Acadie/Tome I/07

Texte établi par Henri d’Arles, J.-A. K.-Laflamme (Tome Ip. 155-176).


CHAPITRE QUATRIÈME


Thomas Caulfield lieutenant-gouverneur. — Il envoie Peter Capoon et Thomas Button pour faire prêter serment d’allégeance aux Acadiens. — Réponses de ceux-ci. — Omissions du compilateur. — John Doucett lieutenant-gouverneur. — Nouvelle injonction de prêter serment. — Acadiens consentiraient à rester dans le pays si l’on voulait mettre des restrictions au serment qu’on leur demande. — Autres omissions.


Avec le présent chapitre, nous entrons pour de bon dans le volume des Archives.

L’on conviendra que les deux chapitres qui précèdent ne manquent pas de signification. La suite fera comprendre que les événements de ces cinq années, de 1710 à 1715, ont plus d’importance à eux seuls que ceux des quinze années subséquentes. En fait, les événements ultérieurs sont si intimement liés à ceux que nous venons d’esquisser, que, sans eux, ils deviennent inintelligibles ou revêtent une couleur toute différente.

En attendant que le cours de notre récit ait pleinement familiarisé le lecteur avec les méthodes savantes du compilateur Akins, nous le laisserons à ses réflexions personnelles sur les causes possibles des lacunes étranges que l’on constate dans l’œuvre de ce dernier. Si l’indignation vient mettre sous notre plume des expressions sévères à l’égard de ce monsieur, nous en demandons pour l’instant pardon. Mais l’on ne tardera pas à nous en absoudre, car l’on ne verra que trop, au fur et à mesure que se déroulera notre démonstration, toutes les raisons que nous avions de le taxer de malhonnêteté et de fourberie.

Donc, le compilateur, sans autre préambule, nous introduit au second acte de la pièce. Au lever du rideau, nous apercevons le lieutenant-gouverneur Thomas Caulfield, successeur des Vetch, des Hobby, des Nicholson, le quatrième sur la liste, en l’an de grâce 1715, ordonnant à Peter Capoon, officier de la garnison d’Annapolis-Royale, de se rendre « aux Mines, à Shekenecto, Rivière St-Jean, Pasmacody, Penobscot, dans la colonie de la Nouvelle Écosse en Acadie », avec la mission suivante :

« Des lettres émanées des Très Honorables Membres du Conseil Privé de Sa Majesté, des Lords du Commerce et des Plantations, du Très Honorable Henry, comte de Bolinbrooke, Secrétaire d’État, et de son Excellence le général Nicholson, portant que Son Auguste Majesté, Georges, Roi de Grande Bretagne, de France et d’Irlande, etc., soit proclamée dans toutes les parties de ce gouvernement…, vous êtes requis de vous rendre aux Mines, à Shekenecto, Rivière St-Jean, Pasmacody, Penobscot, pour y proclamer l’avènement de Sa Majesté le roi Georges… Vous êtes également requis de signifier le serment d’allégeance aux habitants français… et de le faire prêter à ceux d’entre eux qui voudront l’accepter dans la forme prescrite…[1] » Cette ordonnance conclut ainsi : « Donné de la Garnison de Sa Majesté à Annapolis Royale, ce jour de janvier 1715, dans la première année du règne de Sa Majesté. »

Le trois mai suivant, Caulfield informe le Secrétaire d’État, James Stanhope, du résultat de la mission remplie par Capoon et Button :

« Monsieur,

«…Sous ce pli, veuillez trouver le rapport préparé par messieurs Button et Capoon, gentilshommes que j’ai envoyés dans divers ports de la Province pour y proclamer Son Auguste Majesté le roi Georges… Vous verrez, par ce compte rendu, que les habitants de ce pays, qui sont pour la plupart français, refusent de prêter le serment ; d’autre part, je suis informé qu’ils se sont absolument opposés à quitter cette colonie et à aller s’établir sous la protection du gouvernement français. Je supplie donc humblement que l’on me fasse savoir quelle ligne de conduite je dois tenir à leur égard… Les circonstances malheureuses dans lesquelles nous nous trouvons, m’obligent à vous dire que si l’on n’adopte d’autres méthodes que celles qui ont prévalu en ces derniers temps, Annapolis Royale sera hors d’état de pouvoir subsister pendant l’hiver prochain. Les Français, qui ont toujours fourni à la garnison du maïs, quittant pour la plupart la colonie, surtout les Français des Mines, qui est la seule plantation de grain, dans la province, nous n’avons donc, en toute probabilité, rien à attendre de ce côté[2]… »

« Comment ! se dira le lecteur du volume des Archives qui ignore tout ce qui s’est passé de 1710 à 1715, voilà déjà cinq ans que Port-Royal a été pris, voilà deux ans que le traité de paix d’Utrecht a été conclu, et ces Acadiens sont encore dans le pays, et ils refusent soit de prêter le serment d’allégeance, soit de s’en aller ! Mais il faut que les gouverneurs aient été bien indulgents pour n’avoir pas osé les contraindre, par la force, à l’une ou l’autre de ces alternatives. » — C’est bien là, en effet, la pensée qui vient à l’esprit, quand on s’en tient à la compilation de Akins ; c’est cet ordre de réflexions que l’on rencontre généralement chez les historiens qui ont puisé leurs renseignements dans ce seul ouvrage. Akins devait se douter de l’influence que son œuvre exercerait, et, s’il a assez vécu pour en voir le résultat sur l’opinion, il a dû se pâmer d’aise. Pendant longtemps, on est allé s’abreuver à cette source, sans vouloir regarder au delà. Il y avait pourtant des questions bien simples à se poser : que s’était-il passé depuis 1710 ! Pourquoi le compilateur commence-t-il son travail à l’année 1715 ? Pourquoi n’y a-t-il pas fait entrer la formule du serment proposé, les réponses des Acadiens à ce sujet, le rapport officiel de Capoon et Button ? Pourquoi y a-t-il contradiction dans les paroles de Caulfield ? Pourquoi Akins nous laisse-t-il presque toujours ignorer les réponses que firent les Acadiens à toutes les sollicitations ou à toutes les tracasseries dont ils furent l’objet ? Les documents provenant de ces derniers sont si rares qu’il aurait dû s’empresser de les recueillir et de nous les communiquer, tant en justice pour eux que pour nous permettre de porter un jugement motivé sur les événements auxquels ces documents ont trait. Force nous est donc de suppléer aux lacunes de cette étrange compilation.

Ainsi, aux Colonial Records, section de la Nouvelle Écosse, tout à côté des pièces qui ont été reproduites par Akins, se trouve la formule du serment qui fut proposé par le major Caulfield à l’acceptation des Acadiens. Cette formule est diverse : Nous donnerons d’abord celle à laquelle les habitants des Mines furent pressés de souscrire[3] :

« Moy A. B. Je promes sincèrement et Jure que je veu Estre fidelle et tenir une véritable alegence à Sa Majesté le Roy George. »

« Insy aide moy Dieu. »

Et ce serment accompagné d’une lettre de ces mêmes habitants en réponse au message que Caulfield leur avait fait transmettre par Capoon et Button :


« Messieurs,

« Pour satisffaire a ce que Vous nous auez fait L’honneur de nous publier mercredis dernier ; Et pour la Réponce du quelle nous Vous auons prier de nous donner jusque a dimanche dernier, dans Lequel Temps nous nauons peut Exécuter ; Ce a quoi nous nous estions Engagé, Veu que plusieurs ne Voient Rien par Escrit Et seulement de vive voix Et ne Sachant pas mesme positivement De quoy Il s’agisait ; Se… sont Retourné chez eux sans faire aucune Reponce ; nous auons L’honneur de Vous dire que L’on ne peut Estre plus reconnoissans que nous Le sommes des Bontés que Le Roy George, que nous reconnoissons Estre Légitime Souueain de La Grande Bretagne veut bien auoir pour nous ; Et sous la domination duquel nous nous ferions Vne Véritable jois de Rester, Estant aussy Bon Prince Comme Il Est, Sy nous n’auions pri… dés l’Eté dernier, auparavant qu… Savoir Son Exaltation à la Couronne,… De Retourner Sous La domination de… Prince Le Roy De france aiant mesme… Donne tous nos Seings à l’officier[4] envoier de Sa part auquel nous ne pouons Contrevenir Jusque à ce que leurs Deux Majestés de france Et d’Angleterre aient disposés de nous autrement, quoy ? que nous nous obligions avec plaisir Et par Reconnoissance pendant que nous resterons ici à la Cadit, de ne Rien faire ny entreprendre Contre Sa Majesté Britannique Le Roy George De La proclamation à la Couronne duquel nous Sommes témoins qui a été faite par Vous Autres Messieurs mercredi dernier En presence des habitants des dits Lieux aux Mines Ce 12e mars 1715 nous soussignés faisant Et Estant autorisés par tous les habitans par la procuration qu’ils nous ont donnez. »

Claude Landry
marque x de Jacque Leblanc
pierre Terriot
marque x de Antoine Leblanc
René Le blanc
charle babin
jacque Le blanc
marque x jassemain
marque x de pierre Richar
marque x de jacque Grandgé
marque x de françois Rainbau
Philippe Melanson
Jermain Terriot
marque x de Jean Leblanc
martin Aucoin
Maton[5]

Nous avons également la réponse des Acadiens de Beaubassin. Elle est datée du 28 mars 1715 :

« Nous soussignez arbittres de La communauté De Beaubassin Dans Lacadie faisans pour tous les habitants, Déclarons que nous ne pouvons aucunement Donner aucune Décision sur ce que monsieur Button officier de Sa Majesté Britannique, et monsieur Capon commissaire De Sa Ditte Majesté, nous ont Decclarey enuoyer De La part De monsieur Caulfield gouverneur Du port Royal, et cela jusqua Sa Majesté très chrestienne, et Sa Majesté Britannique soient convenües ensemble sur les articles quon Leurs a Deub proposes par des personnes qui ont estez Députées pour ce faire Dont nous attendons tous les jours Reponce, et cela touchant le serment de fidélité que Lon Demande de nous. A Lesgard De La proclamation De Sa majesté Le Roy George a Laccenement (sic) De La couronne De La Grande Bretagne, nous certifiions quelle nous a esté faiste par mes Dits Sieurs Button et Capon, et cela avec les cérémonies ordinnaires.

A Lesgard du Bœuf et du Lard tous les habitans decclarent ne pouvoir en donner par Rapport à La saison, mais si nous pouuons Lorsque La Saison le permettra, nous Le ferons De tout nôtre cœur, fait à Beaubassin ce vingt huitième mars De la présente année mil sept cent quinze. »

marque x de michel
Poirier arbittre
marque o de martin

Richard arbittre
marque x de michel
Bourg arbittre
Charles bourgeois
marque x de françois
Doucet arbittre
Jean Sire arbittre
Alexis Cormier[6]

Les habitants de Port-Royal paraissent en avoir agi autrement. Au lieu de refuser de prêter le serment qu’on leur proposait, ils soumirent une formule un peu différente qui semble avoir été acceptée par les autorités et que voici : « Moy je promes sincerrement Et jure que je veut Estre fidelle Et tenir vne véritable alegence a sa majesté Le roy George tan que je sere à Lacadie et nouuel Escosse Et qu’il me sera permy de me retiré La ou je jugeré à propos auec tous mais Bien meuble Et Effet quant je Le jugeré a propos san que nulle persone puise man Empesché. Annapolis Royal ce 22e januïer 1715. »

Suivent trente-cinq noms, dont vingt avec une croix[7].

Sans être absolument explicites, ces documents laissent supposer bien des choses. On y voit, en effet, que, quelques mois auparavant, des délégués français s’étaient abouchés avec le gouverneur Nicholson ; que la question du départ des Acadiens, qui avait été agitée à cette occasion, avait été référée à la reine Anne ; et que le serment qu’on voulait faire prêter aux habitants n’avait pas lieu d’être tant que la couronne ne se serait pas prononcée en la matière. La publication de ces diverses pièces suffisamment significatives eut servi à guider tout homme impartial ; là était la clef qui eût permis de résoudre, dans un sens favorable aux Acadiens, des problèmes inquiétants. Aussi Akins s’est bien gardé de les produire aux regards.

Ainsi, nous avons là la confirmation de ce que nous avons avancé plus haut. Ces documents renversent l’insinuation vague de Caulfield, qui dans sa lettre du 3 mai 1715 au Secrétaire d’Etat, écrivait : « Vous verrez, (par le rapport ci-inclus de MM. Button et Capoon) que les habitants de ce pays, pour la plupart français, ont refusé de prêter serment, et, comme on m’en a informé, se sont entièrement opposés à quitter la province pour aller s’établir en territoire soumis au gouvernement français [8]. » Caulfield donne à entendre par là qu’il a, par ses émissaires, mis les Acadiens en demeure de prêter le serment d’allégeance ou de s’en aller : mais ses instructions à Capoon et Button ne font rien voir de tel ; les réponses des habitants contredisent cette assertion ; et une lettre de ce même Caulfield au Bureau du commerce et des plantations, montre que ce gouverneur envisageait le départ des Acadiens comme une calamité : in case ye french quit us, we shall never be able to maintaine or protect our English famïly’s from ye insults of ye Indians[9] … Il est donc ridicule de supposer que Caulfield ait pu donner des ordres propres à hâter un événement fatal pour l’avenir de la colonie et que sa prétendue sommation ait été accueillie par une fin de non-recevoir.

Nous avons vu d’ailleurs qu’un grand nombre d’Acadiens, en cette année 1715, n’ensemencèrent même pas leurs terres, tant ils s’attendaient à partir dans le cours de l’été. Si vraiment Caulfield leur avait intimé l’ordre de prêter serment ou de s’en aller, il faudrait d’autant plus l’en blâmer qu’il n’était pas sans savoir que, quelques mois auparavant, cette question du départ avait été référée par Nicholson à la décision de la Reine et que la solution en était toujours pendante.

Le seul moyen de concilier ce que Caulfield insinue avec des faits possibles, serait d’attribuer ce refus de partir à quelques habitants de Penobscot ou de la rivière Saint-Jean, qui furent également visités par Button et Capoon. Ces Acadiens se trouvant sur un territoire que la France réclamait comme sien, une telle réponse de leur part n’eut été que naturelle. Cette interprétation est la seule plausible, la seule qui exempte Caulfield d’être en contradiction avec lui-même. Le 16 mai de l’année suivante, Caulfield écrivait à nouveau au Bureau du Commerce et des Plantations :

« J’ai reçu une lettre des Habitants des Mines me faisant part de leur résolution de continuer à vivre sous ce gouvernement : ils font tout leur possible pour améliorer leur condition, tout comme auparavant, et semblent anxieux de connaître quelles mesures ont été prises en leur faveur.[10] Que veut dire ce membre de phrase que nous avons souligné, si ce n’est que ces Acadiens attendaient avec impatience la réponse aux questions qui avaient été envoyées à la Reine par Nicholson ? Et on doit conclure, de leur impatience même, qu’ils avaient toujours l’idée de s’en aller, dès que cette réponse serait arrivée et qu’on leur en laisserait la facilité. Cette impatience serait inexplicable, si leur intention eût été de rester à tout prix dans la province. Tout ce que l’on peut inférer de cette citation, c’est que les habitants des Mines consentaient à prolonger leur séjour jusqu’après les récoltes, (ils n’avaient pas ensemencé l’année précédente), et qu’ils espéraient bien, les moissons faites, pouvoir quitter le pays, comme ils le désiraient.

Le 24 octobre 1716, dans une autre lettre au même Bureau, Caulfield informe les Lords du Commerce qu’il a proposé aux Acadiens de prêter le serment et qu’il envoie la réponse que ceux-ci lui ont faite. Akins cite cette lettre de Caulfield, tout en se gardant d’insérer le document qui l’accompagnait. De ce que dit Caulfield, nous inférons que les habitants lui réitérèrent leur détermination de quitter le pays, car sa lettre contient cette phrase : « Je prends la liberté de vous informer que mon sentiment à l’égard des Acadiens est bien différent de ce qu’il était d’abord : ils sont tous de la même opinion et je ne crois pas que l’on puisse compter beaucoup sur leur amitié. Je suis cependant persuadé que ce sera avec peine et à contre-cœur qu’ils quitteront le pays[11] »

Caulfield fut remplacé comme lieutenant-gouverneur par John Doucett, en 1717. S’adressant d’abord aux habitants d’Annapolis, ce dernier leur prescrivit sévèrement d’adhérer à la formule de serment qu’il leur communiquait. Fatigués d’attendre en vain une réponse aux questions soumises à la Reine par Nicholson, désespérant d’obtenir jamais les facilités nécessaires à leur transmigration, les Acadiens d’Annapolis firent savoir à Doucett qu’ils désiraient en venir à une décision commune, et que, pour cela, il convenait de provoquer une réunion générale des habitants des autres localités : « Pour le moment, nous pouvons seulement répondre que nous serons prêts à exécuter la demande qui nous a été faite, aussitôt que Sa Majesté aura eu la bonté de nous donner quelque protection contre les Indiens : ceux-ci sont en effet toujours portés à faire du mal, comme on en a eu maintes fois la preuve, depuis le traité de paix. À moins que les autorités ne prennent des mesures pour nous défendre contre les agressions de ces sauvages, nous ne pourrons prêter le serment exigé de nous sans nous exposer à nous faire couper la gorge dans nos propres maisons, ainsi qu’ils nous en ont déjà menacés. Au cas où il serait impossible de faire autrement, nous nous engagerons à prêter le serment de ne prendre les armes ni contre Sa Majesté Britannique, ni contre la France, ni contre aucun de leurs sujets ou alliés [12]. »

Jusque-là, les Acadiens avaient refusé de prêter tout serment : leur vœu était de s’en aller, et ils avaient attendu qu’on leur en donnât les facilités. De ce moment, ils se déclarèrent disposés à accepter ce serment, pourvu qu’on y fît entrer une clause les exemptant de prendre les armes contre les Français et contre les sauvages, leurs alliés.

La situation n’offre aucune difficulté : il fallait, ou les laisser partir avec leurs effets et leurs bestiaux, conformément au traité de paix et à la lettre de la Reine, il fallait faire cesser les obstacles qui s’opposaient à leur transmigration et leur accorder les moyens nécessaires à cette fin, ou alors accepter les conditions qu’ils mettaient à leur séjour dans le pays. Nous comprenons qu’il n’était guère agréable aux Anglais de se laisser imposer des conditions par de pauvres paysans. Mais force leur était ou de subir ce désagrément, ou d’en passer par les inconvénients que le départ des Acadiens entraînerait : il n’y avait pas d’autre issue possible, si du moins la justice doit présider aux rapports des petits avec les grands, des forts avec les faibles. Et certes les conditions que posaient les Acadiens avaient une particulière gravité. Le seul ennemi que l’Angleterre pouvait avoir à redouter en ces lieux était la France. Et donc, s’ils n’avaient pas demandé qu’on insérât dans la formule de serment la clause en question, ils pouvaient se voir obligés, un jour ou l’autre, de prendre les armes contre leurs compatriotes, et qui plus est, contre leurs frères, leurs parents, résidant au nord de la baie de Fundy, à la rivière Saint-Jean, à Chipody, Peticodiac, Memramcook, et même à Beaubassin, c’est-à-dire en des territoires dont la possession était, il est vrai, contestée par les deux nations, mais qui, en fin de compte, pouvaient bien être adjugés à la France par la commission chargée d’en décider.

Bien n’était plus raisonnable que l’exemption réclamée par les Acadiens, surtout alors qu’on les privait de leur droit de quitter le pays. Ceux qui traitent leur demande de frivole n’ont évidemment jamais interrogé leur cœur, ne sont pas descendus dans les replis de leur propre conscience pour s’inspirer des sentiments qu’ils éprouveraient dans une situation analogue. Nous verrons ultérieurement que les colons américains qui s’établirent, en 1760, sur les terres évacuées de force par nos infortunés ancêtres, furent, lors de la guerre de l’Indépendance, dispensés d’aller se battre contre leurs frères de la Nouvelle-Angleterre. Et l’on trouva tout naturel à ce moment de leur accorder cette dispense si légitime. Non, ce n’était pas sans un serrement de cœur, sans de poignantes angoisses, que ces Acadiens avaient pris la détermination d’abandonner leur patrie, leurs biens, ces lieux de leur enfance arrosés des sueurs de plusieurs générations. Croyons-le bien, ils préféraient de beaucoup rester ; mais, en ces temps de préjugés, d’intolérance et d’absolutisme, ils avaient des raisons de redouter les caprices de leurs gouvernants, ils craignaient que, tôt ou tard, on ne mit des obstacles au libre exercice de leur religion. Osera-t-on soutenir que leurs craintes n’étaient pas fondées, quand depuis trois ans on les retenait malgré eux en violation d’un traité, quand l’Angleterre en était à la période de son histoire le plus accentuée dans l’intolérance ? Ces risques, nos pères étaient toutefois décidés à les courir ; mais ils voulaient du moins se garder contre un autre danger, celui d’avoir à lutter un jour contre leurs propres compatriotes, de se voir engagés dans une guerre fratricide ; ils voulaient se mettre en mesure de pouvoir, en tout temps, quitter le pays, si l’on violait à leur détriment les conditions qu’ils imposaient.

Pour peu que l’on se donne la peine de réfléchir, l’on verra que les sentiments qui poussaient les Acadiens à en agir ainsi avaient leur source dans les plus nobles instincts de la nature. Leur persistance, longue de quarante années, à refuser de prêter tout serment qui les eût exposés à combattre leurs compatriotes, leur a fait le plus grand honneur aux yeux de la postérité ; et leurs descendants sont, à juste titre, fiers de cette attitude. Parkman a eu beau vouloir s’en moquer, son ironie plutôt lourde est tombée à plat ; car, à moins d’avoir perdu le sens commun, l’on ne peut qu’approuver les Acadiens de s’être prémunis contre des conséquences qui feraient reculer toute nation civilisée. Il eut été facile à l’Angleterre, comme elle le fit en 1730, de se rendre aux demandes des habitants français. Dans leur bonne foi, ceux-ci s’imaginèrent sans doute qu’en faisant ces propositions ils avaient trouvé un moyen terme dont l’effet eut été de calmer leurs appréhensions et de leur permettre de conserver biens et patrie. Les autorités anglaises ne se fussent-elles pas honorées en considérant et en discutant posément ces propositions ? Ne leur était-il pas loisible d’en venir, par exemple, à un compromis, comme de limiter à un temps défini l’exemption pour les Acadiens de prendre les armes ? Mais non, rien de la sorte ! aucun souci des légitimes répugnances des colons à se lier par un serment qui pouvait, à la première occasion, souiller leurs mains d’un sang fraternel ; aucun souci des entraves volontairement mises à l’exécution du droit au départ qui leur avait été assuré par un traité ! « Nous sommes les plus forts. Nous ne transigeons pas avec de simples particuliers. Vous ne vous en irez pas. Et vous aurez à prêter un serment sans réserve. Vous dépendez de notre bon plaisir. »

Si les Acadiens, d’un autre côté, n’avaient peut-être pas de répugnance naturelle à combattre les sauvages, ils redoutaient d’avoir à le faire pour une autre raison non moins bonne. Car cette alternative compromettait leur propre sécurité. Nous avons vu que, dans l’opinion de Vetch et de Caulfield, il y avait danger pour des colons anglais à venir s’établir dans le pays, à cause de l’hostilité des indigènes à l’égard du nom britannique. Eh bien ! si les Acadiens se fussent engagés à prendre les armes contre les ennemis de l’Angleterre, l’hostilité des Indiens ne se fut-elle pas tournée contre eux ? Entre les sauvages et ces Français existaient de vieux liens d’amitié. Mais de quel secours leur eut été cette amitié en cas de guerre ? L’ami ou l’allié d’aujourd’hui ne peut-il pas devenir, suivant les circonstances, l’ennemi de demain ? Et alors les pauvres Acadiens eussent été exposés aux mêmes coups que les colons anglais. Je dirai même qu’au point de vue de leur sécurité personnelle, ils avaient davantage à redouter d’avoir à porter les armes contre les sauvages que contre leurs compatriotes. Que demandait donc leur requête en réponse à la sommation de prêter serment ? Rien de plus que ceci qui était éminemment raisonnable : « Trouvez le moyen de nous protéger efficacement contre les Indiens, et nous remplirons notre devoir de fidèles serviteurs de l’Angleterre, en cas d’attaque de leur part, et cela malgré les menaces qu’ils nous font tous les jours. À défaut de cette garantie, nous consentirons à rester dans le pays et à prêter le serment d’allégeance, à la condition que l’on nous exempte de prendre les armes soit contre les Français, soit contre les sauvages leurs alliés. »

Certains historiens, parlant des efforts faits par les autorités françaises pour favoriser l’émigration des Acadiens, laissent entendre que ce furent là des intrigues blâmables, indignes d’une grande nation. Il peut être adroit de se débarrasser d’une accusation en en portant une à son tour : ce subterfuge, si grossier qu’il soit, ne laisse pas de faire des dupes. Que les Français soient intervenus pour engager leurs frères à se prévaloir des clauses d’un traité, cela n’est pas douteux. Ils en avaient d’abord le droit, et même le devoir. Puisque les Acadiens avaient unanimement décidé de s’en aller, quelle faute y avait-il de la part des Français de presser les autorités anglaises de faciliter ce départ ? La France était partie au traité, que je pense, et elle était tenue à honneur de protéger ses sujets contre telle violation de clauses qui avaient été stipulées en leur faveur. Non, si la France mérite quelque reproche, c’est au contraire de n’avoir pas apporté dans la conduite de cette affaire toute la détermination et toute l’énergie désirables, quand ses enfants réclamaient ardemment son appui et qu’elle avait intérêt à le leur donner. L’on a prétendu que la France, caressant l’espoir que l’Acadie reviendrait sous son drapeau, se désintéressa peu à peu de cette question du départ des Acadiens. Cela est possible, encore que ce désintéressement n’ait dû être qu’assez faible : outre que cette éventualité était bien incertaine, la France avait des raisons majeures de peupler ses colonies du Cap Breton et de l’Île St-Jean, et de se créer des forces pour parer aux conflits futurs. Mais nous n’avons pas à considérer ici quels intérêts la France et l’Angleterre pouvaient avoir, l’une à favoriser le départ des Acadiens, l’autre à s’y opposer. Nous ne nous occupons que du point de droit, et nous disons que dans le règlement de cette question, les deux nations devaient borner leurs efforts à une légitime persuasion sur l’esprit de ceux qui étaient en cause, et que, tandis que la France resta en effet dans ces justes limites, l’Angleterre employa, pour arriver à ses fins, tous les moyens que la ruse et la force brutale purent lui suggérer.

En fait, l’idée du départ fut, ou paraît avoir été spontanée, de la part des Acadiens. Il n’y avait que quelques mois que Port-Royal était au pouvoir des Anglais, lorsque les habitants, s’adressant au gouverneur du Canada, M. de Vaudreuil[13], lui représentèrent que Vetch « les traitait comme des nègres », et lui exprimèrent leur intention de se transporter en territoire français. Immédiatement après le traité d’Utrecht, ce fut encore, autant qu’on peut en juger, d’un libre mouvement qu’ils envoyèrent des délégués à Louisbourg, pour la même fin.

Après nous avoir donné la réponse des Acadiens à la sommation du gouverneur Doucett, laquelle a été reproduite plus haut, le compilateur des Archives de la Nouvelle-Écosse nous plonge derechef dans l’obscurité en nous laissant ignorer ce qui s’ensuivit. Nous constatons ici une omission de cinq lettres, dont trois émanées du gouverneur même, et deux réponses, l’une du Père Félix Pain, curé des Mines, l’autre de M. St-Ovide de Brouillan, gouverneur du Cap Breton. Par la lettre du Père Pain, l’on peut juger de ce qui faisait l’objet de celle du Gouverneur :

V. † J.
Lettre du P. Félix Pain au Gouverneur Doucett
29 mars 1718.


« Monsieur,

« J’ai reçu celle que vous m’avez fait l’honneur de m’escrire en datte du cinquième de Décembre mille sept cent dix sept, que Mr. Melansson m’a interprété : J’ay leus avec attention ce qu’elle contient, Mr. Melansson m’a communiqué aussy, la lettre qu’il vous a plût d’escrire aux Habitants des Mines, aussi bien que le serment de Fidélité que Sa majesté de la grande Bretagne Exige des dits Habitans françois de ce Païs, que Mr. Melansson m’a aussi interprété, et m’a remit en main, pour les communiquer, et Publier aux dits Habitans selon votre Désir.

« J’aurais eus l’honneur de vous répondre plustost si mon Indisposition dans laquelle j’étais pour lors me l’eut permise ;

« Pour Répondre donc, Monsieur, à ce que vous me faittes l’honneur de m’escrire personnellement, j’auray l’honneur de vous dire, Monsieur, que ces peuples sont suffisamment Instruits, de leurs obligations et de leurs Devoirs, sans qu’ils ayent besoin de mon secours en ce que vous désirez de moy à leurs Egards, je ne suis point icy avec eux, pour entrer dans de si grandes affaires, desquelles je ne me mesle nullement ; mais J’y suis seulement pour les maintenir avec Dieu, duquel nous ne pouvons nous séparer, sans attirer en mesme temps sur nous, sa vengeance Divine pour toutte l’Eternité ;

« Comme donc ces peuples sont suffisamment instruits par eux mêmes de ce qu’ils doivent faire sur ce que Sa majesté de la grande Bretagne desire je serois mal Receus si je voulois leur intimer des sentiments contraires à leurs Inclinations, ce que je ne feray jamais. Ainsy Monsieur permettez moy de vous dire afin que vous n’aiez rien à dire de ma conduitte dans cette affaire, je suis dans la Résolution de ne leurs donner aucun conseil ; n’y pour n’y contre, et comme cela vous reconnoistrez, Monsieur, parfaittement leurs Inclinations naturelles, et la Disposition dans laquelle ils seront véritablement.

« A l’Egard de la chélouppe dont vous me parlé, le Bruit cours que les Sauvages l’ont brûlée, cependant j’en escriray à l’habitant françois qui est à Mirligueche, pour en savoir la vérité ; il ne me reste plus qu’a vous asseurer que j’av l’honneur d’estre

« Monsieur
« Votre très humble Serviteur
« F. Félix Pain Recollet Miss : ind.


« Des Mines
ce 29e mars 1718 [14]. »

Il paraît certain, d’après la teneur de cette lettre, que le gouverneur Doucett sollicitait le concours de ce missionnaire pour influencer les Acadiens dans le sens de la prestation d’un serment sans réserve. En justice pour le gouverneur Doucett, nous devons dire qu’il se déclara satisfait de la réponse du Père Pain et de la volonté qu’il lui exprimait de ne point se mêler d’affaires temporelles. Nous avons également une lettre-réponse du gouverneur du Cap Breton, confirmant ce que nous avons dit précédemment au sujet des obstacles mis au départ des Acadiens.

Extrait d’une lettre de M. St-Ovide de Brouillan, datée de Louisbourg, 21 juillet 1718.

« A L’Esgard des plaintes que vous me faittes que les Habitans de l’Accadie ne sestant point retirez comme l’on en Estait convenu et que ce Retardement a causé de la Perte à sa Majesté Bretanique, Vous avez deus sçavoir monsieur L’Impossibilité dans laquelle monsieur De Nikelson Et autres commandans de la Cadie les ont mis de pouvoir Exécuter les conventions que l’on avoit fait, les vns en ne voulant pas leur laisser emporter Leurs Biens, Et les autres, n’aiant voulu permettre, qu’il leur feus par nous Envoyé des apareaux pour Gréer les petits Batiments qu’ils avoient construits et dont ils ont étez obligez de se Desfaire presque pour Rien aux marchands anglois, je ne manqueray pas d’informer Le Roy mon maître de tout ce que vous me marquez sur cella, affin qu’il y donne les ordres qu’il jugera à Propos[15]. »



  1. Le texte anglais dit exactement, au sujet du serment à faire prêter aux Acadiens : « You are likewise to tender the oaths of Allegiancc to ye French inhabitants, with such English as you can find, and administer ye same to' such as are willing to take them in ye form prescribed ». Or, dans le MS. de Richard, il y a dans cette citation une lacune qui en change considérablement le sens et le rend beaucoup plus odieux : « You are likewise to tender the oaths of allegiance to ye Acadians, in ye form prescribed. » Pourquoi l’auteur d’Acadie a-t-il omis le membre de phrase si important : « and administer ye same to such as are willing to take them » ? Richard, si sévère pour les procédés de Akins, aurait dû se garder d’une omission qui pouvait lui attirer à lui-même des reproches. L’on n’imite pas celui que l’on accuse. La probité historique nous faisait un devoir de rétablir ce membre de phrase qui avait été supprimé de façon si inopportune. La thèse de l’auteur s’en trouvera peut-être quelque peu affaiblie. Mais la vérité avant tout.
  2. N. S. Archives, vol. I, pp. 7-8. — C’est par erreur que, dans le MS. Richard dit que cette lettre de Caulfield était adressée aux Lords of Trade. La suscription porte au contraire : To ye Sectry of State, James Stanliope, etc.
  3. Nous respectons l’orthographe originale
  4. M. de la Ronde. — C’est nous qui soulignons.
  5. P. R. O. — Col. Records, N. S. vol. I, Answer of the Inhabitants of Mines. Endorsed : Answer of the Inhabitants of Mines relating to the proclaiming of K. George ec, — rece’d rvith major Caulfield’s Letter of 3d Jany 1714-15.Doc. inédits sur l’Acadie, pièce XV.
  6. P. R. O. — Col. Rec. — N. S. vol. I. Endorsed : The answer of the Inhabitants of Checanectou relating to the Oath of Fidelity required of them. (Le reste comme dans la note précédente.) Pièce XVI des Doc. Inédits.
  7. P. R. O. — Col. Rcc. Board of Trade. Nova Scotia, vol. I. Pièce XIV des Doc. Inédits sur l’Acadie.
  8. Nova Scotia Doc. Letter Gov. Caulfield to Secretary of State. Govrs Lett. Book. p. 7-8.
  9. Nova Scotia Doc. Letter Govr. Caulfield to Board of Trade and Plantations. Annapolis Royal, Nov. lst 1715, p. 8 et seq. Toute cette lettre expose les avantages qu’il y avait à garder les Acadiens et les graves inconvénients qui résulteraient de leur départ.
  10. I rec'd a letter from ye People of Minis of their resolution to continue in this Government, and are making all préparations for emprovement, as formerly, and they seem impatient to hear what is determined on their behalfs.» Richard met en note, au bas de cette citation : « Cette lettre est omise au vol. des Archives. » Et le traducteur d’Acadie a accepté de confiance cette remarque. C’est là une inexactitude que nous regrettons d’avoir à relever. La lettre en question se trouve bien dans le volume de Akins, à la page 10-11. Cette lettre est datée d’Annapolis Royal, le 16 mai 1716. N’allons pas prêter d’omissions à ce pauvre Akins ; il en a déjà plus qu’il n’en faut à son compte. Il est vrai que le proverbe dit : « On ne prête qu’aux riches. » — La même observation s’applique à la lettre de Caulfield, en date d’octobre 1716, que nous citons plus loin.
  11. « …at présent presume to inform you that my sentiment of them is very much altered from my former believe yt. they are all of one opinion and that from theire trifling argumtt. there is but little dependence on their friendship, tho', at the same time I am persuaded it will be wth. reluctancy the leave the country… » Letter of Gov. Caulfield to Hon. Secretary of War. Nova Scotia Doc. edit. by Akins, p. 11.
  12. Nova Scotia Doc., by Akins, pp. 15-16. Copy of the above Déclaration (du lieut. gouverneur Doucett) sent to the Secretary of State.
  13. Philippe de Rigaud, marquis de Vaudreuil, 1er gouverneur de ce nom, est le premier de cette famille qui passa en Canada. Il était fils de Jean-Louis de Rigaud et de Dame Marie de Château-Verdun. Après la mort de son père, arrivée en 1659, M. de Vaudreuil entra dans la première Cie des Mousquetaires du Roi où il servit jusqu’en 1676. En 1687, ayant été nommé commandant du détachement des troupes de la Marine, entretenues par le Roi en Canada, il vint avec cette recrue dans la Nouvelle-France. En 1698, de Frontenac étant venu à mourir et de Callières lui ayant succédé comme gouverneur-général, Vaudreuil fut choisi pour remplacer ce dernier, comme gouverneur de Montréal. Le 1er août 1703, Vaudreuil fut appelé à succéder à M. de Callières, décédé sur ces entrefaites. Le 24 novembre 1710, le Roi lui conféra le titre honorifique de Rével, en Languedoc, pour commémorer le désastre de la flotte de Walker et l’échec de l’entreprise sur Québec d’un côté, par le fleuve, sur Montréal de l’autre par Albany et le lac Champlain. Deux ans après, le bruit d’une nouvelle attaque s’étant répandu, M. de Vaudreuil, après avoir rétabli le fort de Makilimakinae, et s’être assuré des dispositions des Sauvages, s’empressa de fortifier Québec. Le calme s’étant rétabli, le gouverneur en profita pour encourager l’agriculture et le commerce, qui prirent alors de grands développements ; il fonda aussi plusieurs écoles ; partagea le pays en 82 paroisses, 42 sur la rive gauche du St-Laurent et 40 sur la rive droite ; fit entourer Montréal d’un mur de pierres, avec bastions. Enfin, en 1721, il ordonna un recensement général de toute la population, qui se trouva être de vingt-cinq mille âmes, dont sept mille à Québec, et trois mille à Montréal. L’Hôtel-Dieu de Villemarie étant devenu en cette dernière année la proie des flammes, M. de Vaudreuil le fit rétablir. Vers le même temps, et malgré le traité d’Utrecht, qui assurait aux Français la libre possession de tout le pays occupé par eux avant la guerre, les colonies anglaises cherchant à faire des empiètements, M. de Vaudreuil, en vue de les contenir et au besoin de les repousser, fit élever le fort de Niagara. Il mourut, le 10 octobre 1725, au château St-Louis, à l’âge de quatre-vingt-quatre ans, après trente-huit ans passés en Canada. M. de Vaudreuil avait épousé, en 1690, Mlle Louise-Elizabeth de Joybert, fille de Pierre de Joybert, Seigneur de Soulanges et de Marson en Champagne, commandant pour le Roi en Acadie, et de Dame Marie-Françoise Chartier de Lotbinière. Le mariage fut béni le 21 novembre par Mgr l’Évêque de Québec. La Marquise de Vaudreuil joua un rôle brillant à la cour de France. Madame de Maintenon la fit nommer en 1708 sous-gouvernante des Enfants de France. Elle fut chargée d’élever le jeune duc d’Alençon. De 1714 à 1716, afin de servir son pays d’adoption et de rendre visite à son épouse, M. de Vaudreuil fit un séjour en France, après quoi il revint au Canada. Son épouse lui survécut quinze ans, étant morte à Paris au mois de juin 1740. De leur mariage sont nés douze enfants.

    V. Hist. des Grandes Familles Françaises du Canada. (Montréal, Eusèbe Sénécal, Impr-Édit., 1867) pages 194 et suiv.

  14. P. R. O. Col. Records. Board of Trade. Nova Scotia. Vol. 2. Doc. inédits sur l’Acadie, pièce XXI.
  15. P. P. O. Col. Rec. Board of Trade, Nova Scotia. Vol. 2. (This letter in answer to one from Capt. Doucett of May 15th 1718). Pièce XXIV des Doc. inédits sur l’Acadie.