Abrégé de l’histoire générale des voyages/Tome XIV/Troisième partie/Livre III/Chapitre VI

CHAPITRE VI.

Animaux. Minéraux. Montagnes.


Le principal ornement des Mexicains consistant dans les belles plumes qu’ils employaient non-seulement à se parer, mais à faire des étoffes et des tableaux, dont on a vanté mille fois la beauté, on ne regardera point comme une exagération dans les voyageurs ce qu’ils racontent de la beauté et de la variété des oiseaux de la Nouvelle-Espagne. Acosta déclare que l’Europe n’a rien qui en approche. Gemelli prononce que le reste de l’univers n’a rien qu’on puisse leur comparer.

On donne le premier rang au sensoutlé. Cet oiseau joint à l’éclat du plumage un chant si agréable, qu’on n’a pas cru pouvoir mieux le représenter que par son nom, qui signifie cinq cents voix. Il est un peu moins gros que la grive, et d’un cendré très-luisant, avec des taches blanches fort régulières aux ailes et à la queue.

On n’admire pas moins le beau noir qui fait la couleur du gorion que les agrémens de son ramage, surtout du mâle, qui est de la grosseur d’un moineau.

Le cardinal chante bien aussi, mais il est moins distingué par cette qualité que par la couleur éclatante de son plumage, qui, ainsi que son bec, est du plus beau rouge, et sa tête est ornée d’une très-belle huppe de la même couleur. Il est de la grosseur de l’alouette des bois. On le prend dans les parties tempérées de la Nouvelle-Espagne et dans d’autres pays situés plus au nord. On en transporte souvent en Europe. On connaît aussi un autre oiseau un peu plus petit, qui est de la même couleur, mais qui ne chante jamais.

Le tigrillo chante à merveille ; son plumage, comme tigré, ne manque pas d’agrément. Il est de la grosseur d’une grive.

Le cuirlacoche a les ailes brunes et les yeux rouges ; il est aussi grand que le sensoutlé, mais il a le bec plus long. Lorsqu’on le garde en cage, on est obligé d’y mettre une pierre ponce, afin qu’il puisse y limer son bec, dont la longueur l’empêcherait de manger.

Entre les alouettes des bois il s’en trouve de jaunes et noires, qui suspendent leurs nids avec des crins tissus en forme de bourse. Elles chantent bien.

On distingue plusieurs belles espèces de perroquets. Les caterinillas ont le plumage entièrement vert. Les loros l’ont vert aussi, à l’exception de la tête et de l’extrémité des ailes, qui sont d’un beau jaune. Les periccos sont de la même couleur, et n’ont que la grosseur d’une grive. Les uavamayas ont celle d’un pigeon et sont d’une parfaite beauté. Leur couleur est un mélange de plumes incarnates, vertes et jaunes, avec une très-belle queue de la longueur de celle du faisan ; mais ils n’apprennent point à parler.

On voit au Mexique deux espèces de faisans, ou plutôt de hocco : l’une, qui se nomme grittone, a la queue et les ailes noires, et le reste du corps brun ; l’autre, nommée réale, est d’une couleur plus claire, relevée par une espèce de couronne qu’elle a sur la tête.

L’oiseau que les Mexicains nomment vicicili est l’oiseau-mouche, que Gomara décrit ainsi : « Il n’a pas le corps plus gros qu’une guêpe ; son bec est long et très-délié ; il se nourrit de la rosée et de l’odeur des fleurs, en voltigeant sans jamais se reposer ; son plumage est une espèce de duvet, mais varié de différentes couleurs qui le rendent fort agréable. Les Américains l’estiment beaucoup, surtout celui du cou et de l’estomac, qu’ils mettent en œuvre avec l’or. Le vicicili meurt, ou plutôt s’endort, au mois d’octobre, sur quelque branche, à laquelle il demeure attaché par les pieds jusqu’au mois d’avril, principale saison des fleurs. Il se réveille alors, et de là vient son nom, qui signifie ressuscité. »

Le cozquauhtli, qui se nomme vulgairement aure, est un grand oiseau, fort commun dans toute la Nouvelle-Espagne, et de la grosseur d’une poule d’Inde. Tout le plumage de son corps est noir, à l’exception du cou et de la poitrine, où il tire sur le rouge ; ses ailes sont noires vers la jointure, et tout le reste est mêlé de couleur de cendre, de jaune et de pourpre ; il a les ongles fort crochus, le bec des vautours, noir à l’extrémité, les narines fort épaisses, la prunelle des yeux jaune, les paupières rougeâtres, le front couleur de sang et sillonné de rides, qu’il ouvre et qu’il resserre à son gré, et sur lesquelles flottent quelques poils crépus ; sa queue, qui est celle de l’aigle, est moitié noire et moitié cendrée ; il se nourrit de serpens, de lézards et d’excrémens humains ; il vole presque continuellement, avec une force qui le fait résister au vent le plus impétueux ; sa chair ne peut-être mangée, et jette une odeur fort puante.

Les bois et les campagnes du Mexique sont remplis de dindons sauvages, qu’on tue facilement pendant le clair de lune, lorsqu’ils sont perchés sur les arbres, où ils passent la nuit. S’il en tombe un, on ne doit pas craindre que le bruit de l’arme à feu fasse partir les autres.

On compte diverses sortes de grives, les unes noires et si familières qu’elles entrent dans les maisons : d’autres ont les ailes rouges ; d’autres la tête et l’estomac jaunes : leur chair se mange, sans être aussi fine que celle des nôtres.

Le Mexique a son pivert, qui n’est pas plus grand que la tourterelle, mais qui a le bec aussi long que le corps : son plumage est entièrement noir, à l’exception de la gorge, où il est jaune.

Le guachichil, dont le nom signifie suce-fleur, est un petit oiseau qu’on voit sans cesse en mouvement autour des fleurs, et qui vit de leur suc. On prétend que, pour dormir, il se tient par le bec entre les petites branches de quelque arbre. Les Américains emploient ses plumes à leurs plus beaux ouvrages ; cet oiseau est un colibri, de même que le bourdonnant de Dampier, qui a le plumage fort joli, le bec noir et fort délié, les jambes et les pieds d’une extrême délicatesse ; sa grosseur est celle d’un hanneton : dans son vol, il ne bat point des ailes ; mais, les tenant toujours étendues, il se meut avec beaucoup de vitesse sans cesser jamais de faire entendre une sorte de bourdonnement. On ne le voit qu’au milieu des fleurs et des fruits, voltigeant alentour, et paraissant les examiner sous toutes leurs faces ; quelquefois il y pose un pied ou tous les deux, se retire tout d’un coup, et y revient avec la même légèreté ; chaque fleur l’arrête ainsi pendant cinq ou six minutes. On en distingue deux ou trois espèces, dont les unes sont plus grosses que les autres et n’ont pas le même plumage ; mais elles sont toutes fort petites : la plus grosse est noirâtre.

On nomme suttiles une espèce de corneilles qui sont de la grosseur d’un pigeon ; leur plumage est noirâtre, mais le bout des ailes et le bec tirent sur le jaune : elles ont une manière extraordinaire de bâtir leurs nids ; ils sont suspendus aux branches des plus grands arbres, et même à l’extrémité des plus hautes et de celles qui s’écartent le plus du tronc. Ce qu’ils ont d’étrange, c’est qu’on les voit toujours à deux ou trois pieds de la branche à laquelle ils sont suspendus, et qu’ils ont la figure d’un saladier rempli de foin : les fils qui attachent le nid à la branche, et le nid même, sont composés d’une herbe longue fort adroitement entrelacée, et déliés proche de la branche, mais plus gros vers le nid. On aperçoit à côté du nid un trou qui sert d entrée à l’oiseau, et le même arbre offre quelquefois vingt ou trente de ces nids suspendus, qui forment un spectacle fort agréable.

Les corneilles carnassières sont noirâtres, à peu près de la grosseur de nos corbeaux ; elles ont la tête sans plumes, et le cou si chauve et si rouge, qu’en les voyant pour la première fois on les prend pour des dindons. Les Espagnols du pays défendent aux habitans, sous de grosses peines, de tirer ces corneilles, parce qu’ils les croient utiles à garantir l’air de l’infection des charognes. Quoique les Anglais, oui viennent couper du bois à Campêche, ne croient pas devoir beaucoup de soumission à cette loi, ils ne laissent pas de s’y assujettir par un sentiment de superstition qui leur fait regarder la mort d’une corneille comme le présage de quelque désastre.

L’oiseau qu’on nomme tout-bec tire ce nom de la grosseur de son bec, qui est aussi gros que le reste du corps.

Le faucon pêcheur ressemble, par la figure et la couleur, à nos plus petits faucons ; il en a le bec et les serres. On le trouve ordinairement perché sur le tronc des arbres, ou sur les branches sèches qui tombent sur l’eau près de la mer ou des rivières. Dès qu’il aperçoit quelque poisson, il y vole à fleur d’eau, il l’enfile avec ses griffes, et l’élève aussitôt en l’air, sans toucher l’eau de ses ailes. Il n’avale pas le poisson entier, comme d’autres oiseaux qui en vivent, mais il le déchire de son bec pour le manger en morceaux.

La boubie ou le fou est un oiseau aquatique, un peu moins gros qu’une poule, et d’un gris clair. C’est un oiseau fort stupide, et qui s’écarte à peine du chemin par lequel il voit venir les hommes. Du côté du grand Océan il pose son nid à terre, et vers la mer des Antilles, il le place sur des arbres. Sa chair est noire, et plaît à ceux qui aiment le poisson parce qu’elle en a le goût.

Le guerrier ou la frégate, autre oiseau aquatique, est de la grosseur d’un milan, auquel il ressemble aussi par la forme ; mais il est noir, à l’exception du cou qu’il a rouge : il vit de poisson. Dampier rapporte des particularités singulières des boubies et des guerriers : « Je remarquai, dit-il, que les guerriers et les boubies laissaient toujours des gardes auprès de leurs petits, surtout dans les temps où les vieux allaient faire leurs provisions en mer. On voyait un assez grand nombre de guerriers malades ou estropiés, qui paraissaient hors d’état d’aller chercher de quoi se nourrir. J’en vis un jour plus de vingt sur une des îles Alcranes, le long de la côte d’Yucatan, qui faisaient de temps en temps des sorties en plate campagne pour enlever du butin ; mais ils se retiraient presque aussitôt. Celui qui surprenait une jeune boubie sans garde lui donnait d’abord un grand coup de bec sur le dos, pour lui faire rendre gorge ; ce qu’elle faisait à l’instant. Elle rendait quelquefois un poisson ou deux, de la grosseur du poignet, et le vieux guerrier l’avalait encore plus vite. Les guerriers vigoureux jouent le même tour aux vieilles boubies qu’ils trouvent en mer. J’en vis un moi-même qui vola droit contre une boubie, et qui d’un coup de bec lui fit rendre un poisson qu’elle venait d’avaler. Le guerrier fondit si rapidement dessus, qu’il s’en saisit en l’air avant qu’il fut tombé dans l’eau. »

Ximénès décrit un oiseau du Mexique qu’il appelle monstrueux, de la grandeur du plus gros dindon, et presque de la même forme ; son plumage est blanc, moucheté de quelques petites taches noires ; il a le bec d’un, épervier, mais plus aigu ; il vit de proie sur mer et sur terre : son pied gauche ressemble à celui de l’oie, et lui sert à nager ; du pied droit, qui est semblable à celui du faucon, il tient sa proie dans l’eau comme dans les airs. Ximénès a bien l’air d’avoir voulu s’amuser aux dépens de ses lecteurs, ou bien il a été dupe de sa crédulité.

Acosta distingue avec raison, dans la Nouvelle Espagne, les animaux quadrupèdes que les Européens y ont apportés, et ceux qui sont propres au pays ; les premiers sont les bœufs, les moutons, les chèvres, les porcs, les chevaux, les ânes, les chiens et les chats. Ils s’y sont multipliés, ajoute-t-il, avec une facilité qui cause réellement de l’admiration : on voit des particuliers qui possèdent jusqu’à cent mille moutons, qu’ils trouvent à nourrir sans peine, en les envoyant dans des pâtis communs, où chacun a la liberté de faire paître ses troupeaux. Les laines seraient une richesse pour le pays, si la qualité des herbes, qui sont fort hautes et souvent trop dures, ne rendait cet avantage presque inutile ; on l’a même négligé longtemps, jusqu’à laisser gâter toutes les laines qui paraissaient trop sèches et trop grossières pour être employées ; mais à la fin quelques Espagnols ont trouvé l’art d’en fabriquer des draps et des couvertures, qui ne servent néanmoins qu’aux Mexicains, et qui n’empêchent pas que les draps d’Espagne ne se vendent fort cher. Ainsi la principale utilité qu’on tire de ces troupeaux innombrables, est d’en avoir à vil prix la chair, le lait et le fromage.

Les vaches et les bœufs ne se sont pas moins multipliés, et rapportent plus d’avantages à la Nouvelle-Espagne. On profite, comme en Europe, du lait, de la chair, et des veaux des vaches domestiques, tandis qu’on emploie les bœufs au travail. Les montagnes et les forêts sont remplies de vaches sauvages. On les rencontre quelquefois par milliers dans les campagnes ; les Espagnols ne leur font la guerre que pour leurs peaux. Ceux qui se plaisent à cette chasse, ou qui s’en font un métier, ont des chevaux dressés exprès, qui s’avancent ou reculent avec tant d’intelligence, que le cavalier n’a pas d’embarras à les conduire. Ils ont pour arme un croissant de fer dont le tranchant est fort aigu, qui a six ou sept pouces d’une extrémité à l’autre, et qui est fixé par une douille, au bout d’une hampe de quatorze ou quinze pieds de long : le chasseur en pose le bout sur la tête de son cheval, le fer en avant, et court après la bête. S’il la joint, il lui enfonce son fer au-dessus du jarret, dont il tâche de couper les ligamens ; son cheval fait aussitôt un détour à gauche pour éviter l’animal furieux, qui ne manque point, lorsqu’il se sent blessé, de courir sur lui de toute sa force : si les ligamens ne sont pas tout-à-fait coupés, il les rompt bientôt à force d’agiter sa jambe ; ou bien, s’il continue de courir sur son ennemi, ce n’est plus qu’en boitant. Le chasseur, après s’être éloigné au grand galop, se rapproche à petits pas, et de son fer frappe le taureau sur une des jambes de devant : ce coup le renverse ; alors le chasseur descend, tire un grand couteau fort pointu dont les hommes de cette profession sont toujours armés, et dont ils se servent avec beaucoup d’adresse : un seul coup sur la nuque, un peu au-dessous des cornes, abat la tête du bœuf. Le vainqueur remonte ensuite à cheval, et va chercher une autre proie, pendant que les écorcheurs, dont il est toujours suivi, dépouillent celle qu’il leur laisse. L’oreille droite du cheval qui sert à cette chasse est ordinairement abattue, ce qui vient de la pesanteur de la lance qu’on tient long-temps sur sa tête : et cette marque sert à faire connaître les chevaux bien exercés.

La guerre continuelle que l’on fait à ces animaux les a rendus si féroces, qu’il y a du danger pour un homme seul à les tirer dans les savanes. Les vieux taureaux qui ont déjà reçu des blessures n’attendent pas toujours qu’ils soient attaqués pour se précipiter sur leurs ennemis. Lorsqu’on approche d’un troupeau, toutes les bêtes qui le composent se rangent comme en bataille, et se tiennent sur la défensive ; les vieux taureaux sont à la tête, les vaches viennent ensuite, et le jeune bétail est à la queue : si l’on tourne à droite ou à gauche pour donner sur l’arrière-garde, les taureaux ne manquent pas de tourner en même temps et de faire face aux chasseurs. Aussi ne les attaque-t-on presque jamais en troupes : on les observe du bord d’un bois pour surprendre ceux qui s’écartent dans les savanes. Les cuirs, qu’on transporte en Europe, font une des plus grandes richesses de la Nouvelle-Espagne.

Les chèvres, qui sont aussi en fort grand nombre, fournissent non-seulement du lait et des cabris, mais un fort bon suif, dont on fait plus d’usage que de l’huile pour s’éclairer, et pour la préparation du maroquin dont on fabrique des chaussures.

Le climat s’est trouvé si propre aux chevaux, qu’outre l’avantage d’une nombreuse propagation, la plupart des provinces en ont d’aussi bonne race que l’Espagne. On s’en sert communément pour voyager, et l’on n’emploie que des mulets pour le transport des marchandises et du bagage.

Il se trouve aussi des chevaux sauvages dans la Nouvelle-Espagne, de même que dans les pays situés au nord et occupés encore par les Indiens indépendans : l’on en voit quelquefois courir des troupes de cinq cents. Lorsqu’ils découvrent un homme à quelque distance, un d’entre eux se détache, s’approche, se met à souffler des naseaux, et prend ensuite une autre route en courant de toute sa force : à l’instant tous les autres le suivent. Quoique ces animaux soient de la même race que les chevaux domestiques, ils ont dégénéré dans les forêts et les savanes qu’ils habitent ; la plupart ont la tête fort grosse et les jambes raboteuses, les oreilles et le cou longs. Ils sont d’ailleurs assez propres au travail, et s’apprivoisent facilement. Pour les prendre, on tend des lacs de cordes sur les routes qu’ils fréquentent. Ils viennent toujours donner dans les embûches ; mais ils s’étranglent quelquefois lorsqu’ils sont arrêtés par le cou. Aussitôt qu’on les a pris, on les attache au tronc d’un arbre, et on les y laisse deux jours sans boire et sans manger. Dès le troisième, à la vue de la nourriture qu’on leur présente, ils deviennent aussi doux que s’ils avaient toujours vécu parmi les hommes. On raconte même que ceux qu’on a lâchés, après les avoir nourris pendant plusieurs jours, sont revenus ensuite dans les mêmes lieux ; ils ont reconnu leurs maîtres, et, venant les flairer, ils se sont laissé reprendre.

On voit dans la Nouvelle-Espagne, comme au Pérou et dans Espagnola, quantité de chiens sauvages, dont on attribue l’origine à ceux qui ont quitté leurs maîtres et se sont égarés dans les bois. Ils marchent en troupes, et la plupart ressemblent à nos lévriers. Quoique extrêmement voraces, ils manquent de hardiesse ou de force pour attaquer les chevaux et les vaches ; mais ils mangent les veaux et les poulains. Un sanglier même les effraie peu.

Passons maintenant aux animaux qui se trouvaient dans la Nouvelle-Espagne avant l’arrivée des conquérans.

Le cougouar, ayant quelques traits de ressemblance avec le lion de l’ancien continent, reçut le nom de ce fier animal ; mais il en diffère surtout parce qu’il est dépourvu de crinière ; l’extrémité de sa queue n’a pas de flocon de poil. Enfin il est plus petit, et n’a ni sa bravoure ni son audace. Il a près de quatre pieds de longueur, sa hauteur est de plus de deux pieds. Sa couleur est d’un fauve sale ; les parties inférieures sont plus pâles. Il est extrêmement défiant, n’ose attaquer que les petits animaux, et n’est guère plus dangereux que le chat sauvage, dont il a presque les mœurs. Il se tient de préférence dans les lieux remplis de broussailles, et monte fréquemment aux arbres, d’où il descend, dit-on, d’un seul saut. Il tue beaucoup plus d’animaux qu’il n’en mange, uniquement pour lécher leur sang. Il ne cherche pas à faire de mal à l’homme, ne poursuit ni les bœufs ni les chevaux, et ne se hasarde qu’avec les jeunes poulains, les génisses, les moutons. Pris jeune et châtré, il devient aussi doux qu’un chien. On le trouve dans toutes les parties chaudes et tempérées de l’Amérique.

Puisque l’on donnait un lion à l’Amérique, on devait aussi lui attribuer un tigre : le jaguar en reçut le nom : mais on aurait dû plutôt lui appliquer celui de panthère, puisque sa peau est mouchetée et non rayée. La longueur de son corps est à peu près de quatre pieds, la hauteur de deux pieds et demi. Tout le dessus de son corps est fauve, nuancé sur la tête, le cou et les jambes, de taches noires, pleines et irrégulières, et notablement plus grandes aux jambes. Cet animal n’est pas aussi timide ni aussi indolent que quelques voyageurs l’ont écrit ; il se jette sur tous les chiens qu’il rencontre, bien loin d’en avoir peur. Il fait beaucoup de dégâts dans les troupeaux ; il est même dangereux pour l’homme dans des lieux écartés. Mais, lorsqu’il n’est pas poussé par une faim violente, il est d’une défiance extrême, et n’attaque sa proie que par surprise, et surtout la nuit. Sa force est prodigieuse ; il peut emporter un cheval, et, chargé de cette proie, traverser à la nage une rivière large et profonde. Il habite les lieux couverts et les grandes forêts, et se cache dans les cavernes. Il n’est pas effrayé par le feu, car plus d’une fois on l’a vu attaquer des Indiens assis autour de grands brasiers. Lorsqu’une troupe d’animaux ou plusieurs hommes passent à sa portée, c’est toujours sur le dernier qu’il s’élance. On a prétendu ridiculement qu’il porte une haine particulière aux naturels du pays, et qu’au milieu de plusieurs Espagnols, il choisit toujours un Américain pour le dévorer. Il habite les mêmes pays que le cougouar. On a vainement essayé de l’apprivoiser.

Les ours ont la figure et la férocité des nôtres ; leur poil est d’un beau noir. On en rencontre peu ; ils se terrissent, et ne cherchent leur proie que pendant la nuit.

Les Mexicains nomment sainos le pecari-tajassu, qui se rapproche beaucoup du cochon, mais qui est moins gros, et en diffère encore plus par une propriété fort étrange, qui est d’avoir sur le dos une ouverture glanduleuse, qui laisse continuellement couler une humeur fétide ; mais ce n’est pas le nombril de cet animal comme les anciens voyageurs l’ont cru. Les tajassus vont en troupes dans les bois. Leurs dents sont tranchantes, et les rendent d’autant plus terribles, que, s’ils sont en grand nombre et qu’on les attaque, ils se jettent sur les chasseurs. Quand, pour éviter leur fureur, on est obligé de monter sur des arbres, ces bêtes accourent, mordent le tronc, et, les yeux étincelans, menacent leur ennemi. Ils semblent aussi vouloir ranimer par leur grognement et leur frottement ceux que les balles ont atteints. Ce n’est qu’après plusieurs heures même d’un feu continuel que l’on parvient à leur faire abandonner le champ de bataille. Leur chair est excellente ; mais, si l’on ne prend soin de leur couper l’ouverture qu’ils ont sur l’épine du dos, elle contracter goût si désagréable qu’il est presque impossible d’en manger.

La zorille ou conepatl a reçu le nom de renard. Ces animaux ont le poil blanc et noir, et la queue très-belle. Lorsqu’ils sont poursuivis, ils s’arrêtent après avoir un peu couru ; et pour leur défense ils rendent une urine si puante, qu’elle empoisonne l’air dans l’espace de cent pas. S’il en tombe sur un habit, on est forcé de l’ensevelir long-temps sous terre pour en dissiper la puanteur.

Le loup du Mexique est de la taille du nôtre ; il lui ressemble aussi par la couleur et les habitudes : il a seulement la tête plus grosse. Son nom mexicain est xoloitzcuintli ou cuetlatli ; il fréquente les contrées les plus chaudes, se jette sur le bétail, et quelquefois même sur les hommes.

Le fourmilier ne se trouve pas dans la Nouvelle-Espagne. Quoi qu’en aient dit quelques auteurs, cet animal est particulier aux pays chauds situés au sud de l’isthme de Panama.

Les chats-tigres de la province de l’Yucatan, dont il est question dans quelques relations, sont sans doute des jaguars.

Les Espagnols ont nommé le lama carnero de terra, c’est-à-dire mouton de terre. Nous décrirons cet animal quand nous traiterons de ceux de l’Amérique méridionale, car on ne le voit pas dans la Nouvelle-Espagne.

Le mazame est une espèce de cerf qui a les bois courbés en avant, rugueux à la partie inférieure, et longs de neuf à dix pouces ; il habite en grandes troupes les champs, et ne va que très-rarement dans les bois. Il se distingue par une grande légèreté. Lorsqu’il est vivement poursuivi, il répand une très-mauvaise odeur. Il a quatre pieds de long et deux pieds de haut. Son poil est court, serré, d’un bai rougeâtre. Les petits, en naissant, ont des taches blanches.

Hernandez, à qui l’on doit un très-bon ouvrage sur l’histoire naturelle du Mexique parle aussi du quatlamazame, autre espèce de cerf, dont les bois, fortement courbés en avant s’écartent en dehors, se rapprochent par leurs extrémités, et s’élargissent en une sorte de palme. Il a près de six pieds de long, et plus de quatre de haut. La longueur de son bois est de vingt pouces. Sa couleur est d’un rouge-bai. Il habite de préférence les lieux baignés et marécageux.

Parmi les autres animaux indigènes du Mexique, on remarque le coendou, qui ressemble au porc-épic, mais dont les piquans sont moins longs ; le cayopollin, espèce de didelphe ; l’écureuil strié, et une autre espèce particulière à ce pays. Le bison et le bœuf musqué errent en troupeaux nombreux dans le Nouveau-Mexique et la Californie, où l’on voit aussi des élans. On ne connaît encore qu’imparfaitement de grands animaux qui habitent les montagnes de cette province, qui par leur forme et leurs mœurs se rapprochent du mouflon de la Sardaigne, et que les Espagnols appellent moutons sauvages (carneros cimarones). Ils sautent comme le bouquetin, la tête en bas ; leurs cornes sont recourbées sur elles-mêmes en spirales. Ils diffèrent essentiellement des chèvres sauvages qui sont d’un blanc cendré, d’une taille beaucoup plus grande, et propres à la Nouvelle-Californie. Celles-ci sont peut-être des antilopes, et désignées dans le pays par le nom de berendos ; elles ont, comme les chamois, des cornes recourbées en arrière.

Les Mexicains avaient des chiens muets, nommés techichi, dont ils mangeaient la chair. On dit que l’espèce en est détruite. L’itzicuintepotzoli est un autre chien assez imparfaitement décrit, qui se distingue par une queue courte et une grosse bosse sur le dos.

Dans les provinces voisines de l’isthme de Panama, les singes sont très-communs ; il en a déjà été question.

Les serpens sont en si grand nombre au Mexique, et distingués par tant de noms différens, que, pour éviter une multitude de mots barbares qu’il y a peu d’utilité à recueillir, on prend avec quelques voyageurs le parti de les diviser en quatre espèces principales, qui sont les jaunes, les verts, les bruns, et ceux qui sont mêlés de quelques taches blanches et jaunes. Les premiers sont ordinairement aussi gros que la partie inférieure de la jambe humaine, et longs de six ou sept pieds. Ils sont lâches et si paresseux qu’ils ne s’éloignent guère du même lieu, lorsqu’ils peuvent y vivre de lézards, de guanos et d’autres animaux qui passent dans leur retraite. Cependant la faim les fait quelquefois monter sur les arbres pour surprendre les gros oiseaux et d’autres bêtes qui s’y retirent. On assure que dans cette situation ils ont la force d’arrêter une vache qui s’approche de l’arbre, et que, s’entortillant tout à la fois autour d’une branche et d’une des deux cornes, ils se rendent maîtres de leur proie. Ils sont si peu venimeux, qu’on en mange la chair.

Les serpens verts n’ont qu’environ la grosseur du pouce, quoiqu’ils aient quatre ou cinq pieds de long. Leur dos est d’un vert fort vif ; mais la couleur du ventre tire un peu sur le jaune. Ils se logent entre les feuilles vertes des buissons, où ils vivent des petits oiseaux qui tiennent s’y percher. Ils sont extrêmement venimeux.

Le serpent brun est un peu plus gros que le vert, mais il n’a pas plus d’un pied et demi ou deux pieds de long. Il doit être peu dangereux, puisqu’on ne s’étonne point de le voir entrer dans les maisons, et qu’on ne s’attache pas même à le tuer. Il fait la guerre aux souris, qu’il prend avec beaucoup d’adresse.

Il n’y a point de serpens tachetés de jaune qui ne soient redoutables aux Mexicains. Le caltète est une espèce de lézard, long de près d’une aune ; mais sa queue fait la plus grande partie de cette longueur. Il a la langue d’un rouge ardent, la peau fort dure, tachetée de jaune et de blanc : l’aspect en est effrayant ; cependant ses morsures ne sont que douloureuses, ou ne deviennent mortelles que pour ceux qui négligent trop long-temps d’y remédier : d’ailleurs il ne blesse que ceux qui l’offensent.

Les galipègues sont des lézards tachetés de brun obscur et de jaune, qui ont la grosseur du bras d’un homme. Ils vivent dans les troncs creux des vieux arbres, surtout dans les endroits marécageux, et les Américains n’en approchent jamais sans précaution, parce qu’ils les croient fort venimeux.

Un des plus terribles serpens de la Nouvelle-Espagne est celui que les Espagnols appellent vipère, par la seule raison que ses morsures causent infailliblement la mort ; il ne ressemble pourtant aux vipères que par la tête. Sa longueur ordinaire est d’environ seize pouces, sa grosseur médiocre ; il a le ventre d’un blanc jaunâtre, les côtés revêtus d’écailles blanches rayées par intervalles de lignes noires ; le dos tigré, avec des lignes brunes qui aboutissent à l’épine dorsale. On en distingue plusieurs espèces, qui ne diffèrent que par la couleur. Il se remue fort lentement entre les rochers, ou dans les masures, et plus lentement encore dans les lieux plats. Chaque année lui apporte, au bout de la queue, une espèce de sonnette qui se joint en forme d’anneau, à celles qui y sont déjà ; elles se succèdent comme les nœuds de l’épine du dos et font entendre un bruit lorsqu’il se remue : ses yeux sont noirs et d’une moyenne grandeur ; à la mâchoire supérieure, il a deux crocs à venin, et cinq autres dents de chaque côté des mâchoires. Ceux qui sont mordus de ce terrible animal éprouvent de cruels tourmens et meurent dans les vingt-quatre heures. Lorsqu’il est irrité, il secoue violemment ses sonnettes, qui font alors beaucoup de bruit. On prétend que la province de Panuco a les plus gros serpens de cette espèce, et que les Américains en mangent la chair après en avoir ôté le poison.

Le canton d’Yzalcos, dans la province de Guatimala, produit des scorpions et des crapauds énormes. Ces derniers sautent comme des oiseaux sur les branches des arbres, où ils font un étrange bruit dans les temps pluvieux.

On voit dans plusieurs provinces une sorte d’araignées dont le corps est de la grosseur du poing, et dont les jambes sont aussi déliées que celles des araignées de l’Europe ; elles ont deux longues cornes d’un pouce et demi, d’une grosseur proportionnée, noires, polies et fort pointues. On garde toujours ces dents lorsqu’on tue les araignées ; quelques-uns les portent dans leur sac à tabac, pour nettoyer leurs pipes ; d’autres s’en nettoient les dents, dont on prétend qu’elles guérissent la douleur. Le dos de ces insectes est couvert d’un duvet jaunâtre et fort doux. On n’a point constaté s’ils étaient venimeux ou non.

Quoique les parties de la Nouvelle-Espagne qui regardent la mer des Antilles soient souvent exposées aux inondations, elles sont remplies de diverses sortes de fourmis. La piqûre des grosses fourmis noires est presque aussi dangereuse que celle des scorpions ; et les petites fourmis noires ne sont guère moins nuisibles : leurs serres percent comme le fer : elles sont en si grand nombre sur les arbres, qu’on s’en trouve quelquefois couvert avant qu’on les ait aperçues ; mais elles piquent rarement sans être offensées. Dans les provinces méridionales, c’est sur les grands arbres qu’elles font leurs nids, entre le tronc et les branches. Elles y passent l’hiver, c’est-à-dire la saison pluvieuse, avec leurs œufs, qu’elles conservent soigneusement. Les Espagnols font beaucoup de cas de ces œufs pour nourrir leurs poules. Pendant la saison sèche, elles se répandent dans tous les lieux qui ont des arbres, et jamais on n’en voit dans les savanes. Les bois sont alors remplis de leurs sentiers, qui sont aussi battus que nos grands chemins, et larges de trois ou quatre pouces. Elles partent fort légères, mais elles reviennent chargées, de pesans fardeaux, tous de la même matière et d’une égale grosseur. On ne leur a jamais vu porter que des monceaux de feuilles vertes, si gros qu’à peine voit-on l’insecte par-dessous. Cependant elles marchent fort vite sur une fort longue file, et comme empressées à se devancer mutuellement.

On distingue une autre espèce de grosses fourmis noires, qui ont les jambes longues et qui marchent en troupes. Elles paraissent occupées d’un objet commun, qu’elles cherchent avec les mêmes mouvemens et la même inquiétude ; ce qui ne les empêche point de suivre régulièrement leurs chefs. Elles n’ont pas de sentiers battus, et leur marche est comme incertaine. Dans l’Yucatan, où elles sont en fort grand nombre, on en voit quelquefois entrer des bandes entières dans les cabanes, où elles s’arrêtent à fureter et à piller jusqu’à la nuit. L’habitude où l’on est de les voir partir avant la fin du jour, rend les habitans tranquilles, sans compter qu’il serait difficile de les chasser. Dampier en vit des bandes si nombreuses, que, malgré la vitesse de leur marche, elles employaient deux ou trois heures à passer.

Les abeilles ne s’écartent guère des bois, où elles se nichent dans le creux des arbres ; cependant les Américains ont trouvé le moyen d’en apprivoiser une espèce en creusant des troncs d’arbres pour leur servir de ruches. Ils posent sur un ais l’un des bouts de ce tronc, après l’avoir scié également, et laissent, pour l’entrée et la sortie des abeilles, un trou à l’extrémité supérieure, qu’ils couvrent d’un autre ais. Ces abeilles privées ressemblent aux nôtres, avec cette seule différence qu’elles sont d’une couleur plus brune, et que leur aiguillon n’est pas assez fort pour percer la peau d’un homme. Elles ne s’en jettent pas avec moins de furie sur ceux qui les inquiètent ; mais leur piqûre n’est qu’un chatouillement dont il ne reste aucune trace : elles donnent beaucoup de miel, dont la couleur est blanche. Celles des bois sont de deux sortes, les unes assez grosses et capables de piquer fortement ; les autres de la grosseur de nos mouches noires, mais plus longues. Quantité d’Américains s’occupent à chercher le miel qu’elles déposent dans les arbres creux, et gagnent assez pour vivre.

L’on ne trouve point de baies, de rivières, de criques, de lacs et d’étangs de la Nouvelle-Espagne, qui ne soient peuplés de caïmans ou crocodiles, que les Anglais nomment alligator. Le mot caïman est espagnol ; il a été emprunté des Indiens. Cette diversité de noms pour le même animal a fait penser qu’ils désignaient des espèces totalement différentes ; mais les Anglais donnent indifféremment le nom d’alligator aux crocodiles de tous les pays, et déjà nous avons vu, en parlant des reptiles d’Afrique, que leurs voyageurs en ont fait usage en décrivant les crocodiles de cette partie du monde.

Le crocodile d’Amérique ou caïman a généralement seize à dix-sept pieds de long ; sa couleur est d’un brun fort sombre ; il a la tête grosse, les mâchoires longues, de grosses et fortes dents, deux desquelles sont d’une longueur considérable, et placées au bout de la mâchoire inférieure, dans la partie la plus étroite, une de chaque côté : la mâchoire supérieure a deux trous pour les recevoir, sans quoi la gueule ne pourrait se fermer. Il a quatre jambes courtes, de larges pates et la queue longue : son dos, de la tête jusqu’au bout de la queue, est couvert d’écailles assez dures et jointes ensemble par une peau fort épaisse ; au-dessus des yeux il a deux bosses dures et couvertes d’écailles, de la grosseur du poing ; depuis la tête jusqu’à la queue, l’épine est comme formée de ces nœuds d’écailles qui ne branlent pas comme celles des poissons, et qui sont si fortement unies à la peau, que, ne faisant qu’un tout, elles ne peuvent être séparées qu’avec un couteau fort tranchant. De l’épine, sur les côtes, et vers le ventre, qui est d’un jaune obscur comme celui des grenouilles, il se trouve aussi plusieurs de ces écailles, mais moins épaisses et moins ramassées ; aussi ne l’empêchent-elles point de se tourner avec une extrême vitesse, si l’on considère la longueur de son corps ; lorsqu’il marche, sa queue traîne derrière lui. La chair de ces animaux jette une forte odeur de musc, surtout quatre glandes, deux desquelles viennent dans l’aine près de chaque cuisse, et les deux autres vers la poitrine, sur chaque jambe de devant ; elles sont de la grosseur d’un œuf de jeune poule : on les porte comme un parfum, mais la force de cette odeur ne permet de manger la chair que dans une extrême nécessité.

Leurs œufs ont la grosseur des œufs d’oie, mais sont beaucoup plus longs. C’est un très-bon aliment, quoiqu’ils aient l’odeur du musc. Ces animaux vivent sur terre et dans l’eau, avec la même indifférence pour l’eau douce et l’eau salée ; ils aiment également la chair et le poisson. De tous les amphibies, on n’en connaît aucun qui s’accommode mieux de toute sorte de séjour et d’aliment. On prétend qu’il n’y a point de chair qu’ils aiment mieux que celle du chien. La plupart des voyageurs observent que les chiens ne boivent pas volontiers dans les grandes rivières et les anses où les alligators peuvent se tenir cachés. Ils s’arrêtent à quelque distance du bord : ils aboient assez long-temps avant que d’en approcher. Si la soif les force, la seule vue de leur propre ombre les fait reculer avec de nouveaux aboiemens. Dampier assure que dans la saison sèche, où l’on ne trouve que de l’eau douce dans les étangs et les rivières, il était obligé d’en faire apporter à ses chiens. Souvent, lorsqu’il était à la chasse, et qu’il avait à traverser une crique à gué, ses chiens ne voulaient pas les suivre, et l’obligeaient à le faire porter.

Les voyageurs amis du merveilleux ont raconté que de tous les poissons du Mexique l’on n’en connaissait pas de plus remarquable que celui que les Mexicains nomment axolotl, et les Espagnols inguete de agua. Il a la peau fort unie, disent-ils, mouchetée sous le ventre de petites taches, dont la grandeur diminue depuis le milieu du corps jusqu’à la queue. Sa longueur est d’environ six doigts, et son épaisseur de deux. Il a quatre jambes comme le lézard : sa queue est longue et fort menue par le bout ; ses pieds, qui lui servent à nager, sont divisés en quatre doigts, comme ceux de la grenouille. Il a la tête plus grosse qu’il ne convient à la grosseur du corps, la gueule noire, et presque toujours ouverte. Sa chair est fort bonne et d’un goût qui tire sur celui de l’anguille. On ajoutait à cette description des particularités absurdes. On sait aujourd’hui que ce poison miraculeux est tout uniment une larve d’une espèce de salamandre.

Les tortues de toute espèce sont en grande quantité au Mexique.

Gage fait observer que, dans la première ivresse du triomphe, les Espagnols apportèrent peu de soin à dissimuler leurs avantages. Loin de faire mystère des richesses qu’ils découvraient de jour en jour, ils les publiaient avec ostentation ; et pendant quelques années leurs plus célèbres historiens n’eurent pas d’autre objet : mais la politique se fit entendre, après avoir été long-temps étouffée par la joie, et porta sa jalousie jusqu’à défendre aux sujets de l’Espagne d’écrire ou de parler publiquement de ce qui se passait au Mexique. Ainsi l’on n’a guère eu pendant long-temps d’autres lumières sur l’or et l’argent du pays que celles qui se sont conservées dans les anciennes histoires, jointes à quelques traits dont on était redevable aux voyageurs étrangers ; mais ensuite l’on est parvenu à obtenir des renseignemens exacts sur les mines du Mexique et sur leur produit au commencement du dix-neuvième siècle.

Les anciens Mexicains ne se contentaient pas des métaux qui se trouvaient dans leur état natif à la surface du sol, surtout dans le lit des fleuves et dans les ravins creusés par les torrens. Ils avaient aussi recours à des travaux souterrains pour exploiter les mines, et employaient des instrumens propres à creuser le roc. Cortez nous apprend, dans la relation historique de son expédition adressée à l’empereur Charles-Quint, qu’au grand marché de Mexico l’on vendait de l’or, de l’argent, du cuivre, du plomb, de l’étain. Les Mexicains faisaient même usage du cinabre. De tous les métaux, le cuivre était le plus communément employé dans les arts mécaniques : pour le durcir, ils l’alliaient avec l’étain ; ils remplaçaient ainsi jusqu’à un certain point le fer et l’acier ; cependant la Nouvelle-Espagne ne manque pas de mines de fer.

Au commencement du dix-neuvième siècle, le Mexique offrait près de cinq cents endroits connus par les exploitations de métaux précieux qui se trouvent dans les environs. Des écrivains bien instruits pensent que ces endroits, désignés par le nom de réales, comprennent plus de trois mille mines. Ces mines sont divisées en trente-six districts ou arrondissemens, auxquels sont préposées autant de juridictions des mines.

En 1804, le Mexique fournissait annuellement à l’Europe et à l’Asie, par les ports de Vera-Cruz et d’Acapulco, 2,500,000 marcs d’argent. Les trois districts de Guanaxuato, de Zacatecas et de Catorce (dans l’intendance de San-Luis-Potosi), fournissaient plus de la moitié de cette somme. Un seul filon, celui de Guanaxuato, donnait près du quart de l’argent du Mexique, et la sixième partie du produit de l’Amérique entière.

La partie des montagnes du Mexique qui produit la plus grande quantité d’argent est contenue entre les parallèles du 21e. et du 24e. degré et demi de latitude nord. Il est assez remarquable que les richesses métalliques de la Nouvelle-Espagne et du Pérou se trouvent placées dans les deux hémisphères à peu près à égale distance de l’équateur.

L’or n’est pas très-abondant à la Nouvelle-Espagne. La somme du produit annuel de ce métal ne se monte qu’à 7,000 marcs. Il provient, pour la plus grande partie, de terrains d’alluvion, dont on l’extrait par les lavages. Ces terrains sont fréquens dans la province de Sonora. Le reste de l’or mexicain est extrait des filons qui traversent les montagnes de roches primitives.

La valeur de l’or et de l’argent fournis par le Mexique était annuellement, au commencement du dix-neuvième siècle, de 23,100,000 piastres (161,225,000 francs). Quoique cette somme soit immense, le produit des mines d’argent du Mexique est loin d’avoir atteint son maximum. Des espaces immenses de terrain renfermant des richesses métalliques n’ont pas encore été attaqués. La Nouvelle-Espagne, mieux administrée et habitée par un peuple industrieux, pourra donner 200 millions de francs.

Un avantage notable pour les mines de la Nouvelle-Espagne est d’être situées la plupart, et les plus riches surtout, dans des régions ou des forêts épaisses, le voisinage de villes, de bourgs, de villages, de champs féconds, facilitent l’exploitation des métaux ; tandis qu’au Pérou les mines d’argent les plus considérables se trouvent dans des lieux arides où il faut amener de loin du bois, des vivres, des bestiaux et des ouvriers.

L’exploitation du cuivre, du plomb, de l’étain, du mercure, est très-négligée. Cependant, lorsqu’une guerre maritime entrave les communications avec l’Europe, et renchérit excessivement ces métaux, l’industrie américaine se réveille momentanément, l’on commence à fabriquer de l’acier, à fouiller les montagnes pour en arracher le fer et le mercure qu’elles recèlent ; mais les efforts de ce zèle louable sont de peu de durée.

Toutes les recherches des Espagnols ne leur ont jamais fait trouver des mines d’aucun métal dans la province d’Yucatan.

Tous les historiens de la conquête assurent que la province de Guatimala était remplie d’idoles d’or, que les Mexicains livrèrent volontairement aux Espagnols ; mais il ne paraît point qu’on y ait jamais découvert de mines, ni que cette belle contrée ait aujourd’hui d’autres sources de richesses que son commerce et la culture de ses terres.

La province de Chiapa était autrefois riche en or, en argent, en étain, en plomb, en vif-argent et en cuivre. Ses principales mines sont épuisées.

Tout particulier qui découvre une mine d’or ou d’argent peut y faire travailler. Il reçoit du roi la concession d’un certain nombre de mesures sur la direction d’un filon ou d’une couche ; il paie, pour l’argent qu’il retire, un droit de onze et demi pour cent, et pour l’or de trois pour cent. Il est encore obligé d’acquitter quelques autres droits pour la marque des lingots ; de sorte que le total pour l’argent se monte à treize et demi pour cent.

Tout l’or et l’argent qui sort des mines de la Nouvelle-Espagne doit être porté à Mexico, et déclaré à l’hôtel de la monnaie ; c’est le plus grand et le plus riche du monde entier. Le nombre des ouvriers qui sont employés dans cet hôtel s’élève à près de quatre cents ; le nombre des machines y est immense. On y fabrique annuellement pour la valeur de 1,300,000 piastres (68,500,000 francs) de pièces d’or, et pour celle de 25,650,000 piastres (134,662,500 francs ) de pièces d’argent.

Les propriétaires paient, pour les frais de la fabrique, un demi-réal, et ils y joignent un droit royal de monnayage, nommé le droit de seigneurie, qui est de trois réaux deux cinquièmes par marc d’argent.

Les ateliers de la monnaie de Mexico renferment dix laminoirs, mus par soixante mulets ; cinquante-deux coupoirs ; neuf bancs d’ajustage ; vingt machines à créneler, et vingt balanciers. Comme un balancier peut frapper en dix heures plus de quinze mille piastres, il ne faut pas s’étonner qu’avec un si grand nombre de machines, on parvienne à fabriquer par jour quatorze a quinze mille marcs d’argent : le travail ordinaire ne s’élève cependant pas au-delà de onze à douze mille marcs.

On évalue de la manière suivante le profit que le roi tire de la fabrication ; si le monnayage ne dépasse pas quinze millions de piastres par an, le bénéfice n’est que de six pour cent de la quantité d’or et d’argent monnayée : on l’estime au contraire à six et demi pour cent, lorsque la fabrication s’élève à dix-huit millions de piastres, et à sept pour cent, lorsque le produit des mines est encore plus grand.

Indépendamment de l’hôtel des monnaies, il y a aussi à Mexico la maison de départ, dans laquelle s’opère la séparation de l’or et de l’argent provenant des lingots d’argent aurifère. Le profit donné par cet établissement, et par l’hôtel des monnaies, est de huit millions de francs pour le gouvernement.

On fabrique à Mexico beaucoup d’orfèvrerie ; la quantité de métaux précieux qui a été convertie en vaisselle à la fin du dix-huitième siècle s’est élevée, année moyenne, à trois cent quatre-vingt-cinq marcs en or, et à vingt-six mille huit cent trois marcs en argent.

On peut évaluer à un cinquième la quantité d’or et d’argent non enregistrée qui s’exporte de la Nouvelle-Espagne ; ainsi elle s’élève à peu près à 4,500,000 piastres.

Cette vaste étendue de pays offre des raretés de toute espèce. Dans le voisinage de Chiautla, qui appartient à la province de la Puebla, c’est-à-dire au milieu du continent, on voit un grand puits d’eau salée dont les habitans font d’excellent sel. Le beau marbre connu sons le nom de marbre de la Puebla s’exploite dans les carrières de Totamehuacan et de Tecali, à deux et à sept lieues de la capitale de la province. Le marbre de Tecali est transparent comme l’albâtre. On trouve le sel disséminé dans des terrains argileux qui couvrent le dos des Cordilières. Les plateaux du Mexique ressemblent, sous ce point, à ceux du Thibet, de la Tartarie et de la Mongolie.

La vallée de Mexico renferme deux sources d’eaux thermales, dont l’une, nommée pegnon de los bagnos (rocher des bains), a une température assez élevée. On y a établi des bains salutaires et assez commodes. Les Indiens du voisinage fabriquent du sel : ils lessivent des terres argileuses chargées de particules salines, et n’emploient pour combustible que la fiente de mulet et de vache. Cette saline existait déjà du temps de Montézuma. C’est une opinion répandue dans le pays que ce sel se forme, comme le salpêtre, par l’influence de l’air atmosphérique ; il paraît en effet qu’il ne se trouve que dans la couche de terre supérieure jusqu’à trois pouces de profondeur. Les indiens paient aux propriétaires du sol une petite somme pour obtenir la permission d’enlever cette première couche salée ; ils savent qu’après quelques mois ils retrouvent une croûte d’argile chargée de particules salines.

La mine de sel la plus abondante du Mexique est le lac de Pegnon-Blanco, dans l’intendance de San-Luis-Potosi. Il est situé au pied d’un rocher de granit, sur la pente de la Cordillère ; il se dessèche tous les ans au mois de décembre, et le fond offre une couche d’argile qui renferme douze à treize pour cent de sel. Ce lac fournit annuellement, au profit du roi, près de deux cent cinquante mille fanégas de sel impur ou terreux. Toute cette quantité est vendue aux mines pour l’opération de l’amalgamation. On tire aussi beaucoup de sel des marais salans qui environnent le port de Colima sur le grand Océan. Au reste, sans les travaux de l’amalgamation des minerais d’argent, la consommation du sel ne serait pas très-considérable au Mexique, parce que les Indiens, qui constituent une grande partie de la population, n’ont point abandonné leur ancienne coutume d’assaisonner les mets, au lieu de sel, avec du chilé ou piment.

Dans la province de Vera-Paz, proche de la ville de Saint-Augustin, on voit entre deux montagnes une caverne formée dans le roc, assez spacieuse pour contenir un grand nombre d’hommes, dans laquelle il découle continuellement de diverses fentes de l’eau changée de particules calcaires ; de sorte qu’elle donne naissance à des stalactites de figures variées, que l’imagination des voyageurs a métamorphosées en colonnes et en statues. Le froid est si vif dans l’intérieur de la caverne, que l’homme le plus robuste n’y peut résister long-temps. On y entend d’ailleurs un bruit confus d’eaux qui semblent couler alentour, et qui, sortant par quantité de torrens, se précipitent d’abord au fond d’un abîme où elles forment une sorte de lac, et s’échappent ensuite par un canal qu’elles se sont ouvert d’elles-mêmes, assez grand pour recevoir toutes sortes de barques.

La plus grande partie des légumes que l’on apporte au marché de Mexico se cultive sur les chinampas, que les Européens désignent par le nom de jardins flottans. Il y en a de deux sortes : les uns sont mobiles, poussés ça et là par les vents ; les autres fixes et unis au rivage. L’invention ingénieuse des chinampas paraît remonter à la fin du quatorzième siècle. Il est probable que la nature même en a suggéré aux Mexicains la première idée. Sur les rivages marécageux du lac l’eau agitée dans la saison des grandes crues, enlève des mottes de terre couvertes d’herbes et entrelacées de racines. Ces mottes, voguant long-temps çà et là au gré des vents, se réunissent quelquefois en petits îlots. Les Mexicains songèrent à tirer parti de ce phénomène. Les plus anciens chinampas n’étaient que des mottes de gazon réunies, artificiellement piochées et ensemencées ; mais l’industrie de la nation mexicaine perfectionna peu à peu ce système de culture. Les jardins flottans, que les Espagnols trouvèrent très-multipliés, et dont plusieurs existent encore, étaient des radeaux formés de roseaux, de joncs, de racines et de branches de broussailles. Les Indiens couvrent ces matières légères et entrelacées les unes dans les autres de terreau noir qui est naturellement imprégné de sel. On enlève peu à peu ce sel en arrosant le sol avec de l’eau du lac : le terrain devient d’autant plus fertile, que l’on répète plus souvent cette lixiviation. Ce procédé réussit même avec l’eau salée du lac de Tezcuco, parce que, ne l’étant qu’à un degré très-faible, elle est encore propre à dissoudre le sel à mesure qu’elle filtre à travers le terreau. Les chinampas renferment quelquefois jusqu’à la cabane de l’Indien qui sert de garde pour un groupe de jardins flottans. On les tire, ou bien on les pousse avec de longues perches, pour les transporter à volonté d’un rivage à l’autre.

Suivant un ancien voyageur, les Indiens se construisent sur ces jardins flottans des maisons de bois accompagnées de petits bâtimens pour la volaille, et des colombiers. Il arrive quelquefois que le maître d’une île, étant allé vendre ses denrées dans son canot avec sa femme et ses enfans, ne retrouve plus à son retour son habitation dans le lieu où il l’avait laissée, parce que les cordages qui l’arrêtaient se sont rompus de pouriture, et l’ont abandonnée à l’inconstance du vent. Alors il demande à ses voisins s’ils n’ont pas vu passer son île ; et la retrouvant à force de recherches et d’informations, il la remorque avec de nouvelles cordes. Waffer, à qui l’on doit ce récit, le tenait d’un Espagnol ; de sorte qu’il n’est pas garant de ce que celui-ci a pu ajouter à la vérité.

Les habitans du Mexique sont tellement familiarisés avec les effets des volcans, qu’ils les regardent à peine comme des curiosités. Ce pays en compte cinq, qui sont : l’Orizaba, le Popocatepetl, les montagnes de Tustla, de Jorullo, de Colima. Les tremblemens de terre, qui sont assez fréquens sur les côtes du grand Océan, et dans les environs de la capitale, n’y causent cependant pas de grands malheurs.

Le volcan de Colima, dans la province de Guadalajara, est le plus occidental de la Nouvelle-Espagne. Il jette souvent des cendres et de la fumée. Son élévation au-dessus du niveau de l’Océan est de 1,400 toises. Il ne se couvre de neige que lorsque, par l’effet des vents du nord, il en tombe dans la chaîne des montagnes voisines.

Le Popocatepetl, dans la province de la Puebla, est constamment enflammé ; mais depuis plusieurs siècles on ne voit sortir de son cratère que de la fumée et des cendres. Il s’élève à 2,772 toises au-dessus de la mer, et tient à un groupe de montagnes colossales et volcaniques, qui se rapprochent du golfe du Mexique.

La province de la Vera-Cruz renferme deux de ces cimes colossales : la première est l’Orizaba, dont le sommet présente une échancrure qui rend le cratère enflammé visible de très-loin. Cette montagne, dont l’élévation au-dessus de la mer est de 2,717 toises, fit une éruption en 1547, et continua de brûler pendant vingt ans ; elle est nommée par les Indiens, Citlal-Tepetl (Mont-Étoilé), à cause des exhalaisons lumineuses qui sortent de son cratère et jouent autour de son sommet, couvert de neiges éternelles. La seconde cime est le Hauhampatepetl, haut de 2,797 toises, qui sert de point de reconnaissance aux navigateurs lorsqu’ils attérissent sur Vera-Cruz. Son sommet représente un sarcophage antique, surmonté à une de ses extrémités d’une pyramide ; cette forme lui a fait donner le nom de Coffre de Peroté. Une couche de pierres ponces environne cette montagne porphyritique. Rien n’y annonce un cratère au sommet ; mais les courans de lave que l’on observe le long de ses flancs paraissent être l’effet d’une éruption latérale très-ancienne.

Le petit volcan de Tustla, adossé à la Sierra de San-Martin, est situé à quatre lieues de la côte au sud-est de Vera-Cruz. Sa dernière éruption considérable, en 1793, couvrit de cendres volcaniques les toits des maisons à Guaxaca, à Vera-Cruz et à Peroté. Dans ce dernier endroit, qui est éloigné de Tustla de cinquante-sept lieues en ligne directe, le bruit souterrain ressemblait à des décharges de grosse artillerie.

La cime de montagne la plus élevée de la province de Méchoacan est le pic de Tancitaro, qui se couvre souvent de neige. À l’est de ce pic, à trente-six lieues de distance des côtes du grand Océan, et à quarante-deux de tout autre volcan actif, il s’est formé, dans la nuit du 29 septembre 1759, le volcan de Jorullo, montagne de scories et de cendres, haute de deux cent cinquante-huit toises, relativement aux plaines voisines, qui sont élevées de quatre cent dix toises au-dessus de l’Océan. Ce volcan est entouré de plusieurs milliers de petits cônes, de six à neuf pieds de hauteur, qui sortirent de la voûte soulevée du terrain, et que les habitans du pays appellent des fours. Le thermomètre y monte à 95 degrés, quand on le plonge dans des crevasses qui exhalent une vapeur aqueuse. Il s’en élève continuellement une fumée épaisse jusqu’à trente et quarante pieds de haut. Dans plusieurs on entend un bruit souterrain qui paraît annoncer la proximité d’un fluide en ébullition. Au milieu des fours, sur une crevasse qui se dirige du nord-est au sud-ouest, sont sorties de terre six grandes buttes, toutes élevées de terre de douze à treize pieds au-dessus de l’ancien niveau des plaines. La plus élevée de ces buttes est le volcan de Jorullo. Il est constamment enflammé ; cependant, depuis 1760, les grandes éruptions sont devenues plus rares. Le pays, soulevé par l’action du feu souterrain et le grand volcan, commence à se couvrir de végétaux, mais l’air d’alentour est extrêmement échauffé. Pour arriver au cratère, l’on est obligé de marcher sur des crevasses qui exhalent des vapeurs sulfureuses, et dans lesquelles le thermomètre monte à 85 degrés. Le passage de ces crevasses et les amas de scories qui couvrent des creux considérables, rendent la descente dans le cratère assez dangereuse.

La position du volcan de Jorullo donne lieu à une observation géologique très-curieuse. Les volcans du Mexique, ou éteints ou actifs, sont placés sur une ligne perpendiculaire à l’axe de la grande chaîne des montagnes de ce pays qui s’étend du sud-est au nord-ouest. Il est assez remarquable que le Jorullo se soit formé sur le prolongement de la ligne de ces volcans. Le petit volcan de Tustla est au contraire hors de la ligne parallèle des volcans mexicains enflammés.

C’est entre les cimes des deux volcans de la Puebla que Cortez a passé avec sa troupe et six mille Tlascalans, lors de sa première expédition contre la ville de Mexico.

Les montagnes granitiques de Guaxaca ne renferment aucun volcan connu ; mais plus au sud, Guatimala, comme nous l’avons vu plus haut, était sans cesse exposé aux ravages de deux montagnes, dont l’une vomit du feu, et l’autre de l’eau, et qui ont fini par engloutir cette grande ville. Les volcans continuent, dans cette contrée, jusqu’à Nicaragua ; près de cette ville est celui de Momantombo. L’Omo-Tepetl élance son sommet enflammé du milieu d’une petite île située dans le lac de Nicaragua. D’autres volcans bordent les côtes du grand Océan. La province de Costarica renferme également des volcans, entre autre celui de Varu, situé dans la chaîne de Boruca.