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Claude Barbin (p. i-vii).
À

SON ALTESSE
MONSEIGNEUR
LE CHEVALIER

DE VENDOSME.


Monseigneur,

Ie ne ſçay de quel coſté je dois regarder Coriolan, pour trouver entre Vostre Altesse et luy quelque ſorte de reſſemblance, que je puiſſe propoſer au public, ſelon la couſtume des Autheurs, comme le veritable motif du preſent que j’oſe vous faire. Coriolan fit une cruelle guerre à ſa Patrie. Vous, Monseigneur, non ſeulement vous vous eſtes ſignalé pour la gloire de la voſtre : Mais comme ſi vous aviez voulu imiter les Sages de l’antiquité, qui ſe vantoient d’avoir tout l’Vnivers pour Patrie ; Vous avez defendu les limites du monde Chreſtien avec autant d’ardeur que ſi vous euſſiez gardé les Frontieres de la France : et n’avez point fait ſcrupule d’aller prodiguer le Sang des Bourbons pour le ſalut des Inſulaires de Candie.

Ce zele genereux, Monseigneur, eſt bien contraire à l’emportement de mon Romain : Mais la comparaiſon de l’âge, où vous avez fait de ſi grandes actions, avec le temps de ſes Victoires, ſeroit pour luy quelque choſe de plus honteux. Les Infidelles craignoient voſtre Nom dans un âge, où les Citoyens de ce Heros ne ſçavoient preſque pas qu’il fut au monde. On vous voyoit traverſer le Rhin à la nage, & enfoncer les Eſcadrons qui en defendoient les bords, quand à peine les autres Princes font dans leurs Palais un paiſible apprentiſſage de l’Art de la guerre. Enfin, Monseigneur, dans le temps où l’on ne peut ſentir tout au plus que les premiers deſirs de devenir Brave, vous aviez déja donnè des preuves ſi extraordinaires de valeur & d’intrepidité, que vous vous eſtes réduit à la neceſsité de faire à l’avenir des prodiges, ſi vous voulez augmenter la reputation de bravoure que vous n’avez acquiſe que trop toſt.

Ainſi ce ſeroit inutilement que je voudrois chercher quelque raport entre Vostre Altesse et mon Heros, pour tacher de vous le rendre plus conſiderable. Ie ſçay, Monseigneur, que vous l’avez vû favorablement ſur le Theatre ; et que vous avez pris plaiſir à l’entendre plus d’une fois. Cela ſuffit pour me perſuader que s’il n’eſt pas ſans defaut, il n’eſt point auſsi ſans quelque beauté capable de toucher les grandes ames ; et je ferois tort â cette penetration d’eſprit, et à cette juſteſſe de diſcernement que tout le monde admire en Vostre Altesse, ſi je croyois cet Ouvrage tout à fait indigne des applaudiſſemens dont vous l’avez honnoré.

C’eſt auſsi dans cette confiance que je prens la liberté de vous l’offrir, pour avoir lieu de vous donner une marque publique du profond reſpect avec lequel je ſuis,

MONSEIGNEUR,


de V. A.



Le tres-humble & tres-obeïſſant ſerviteur,
ABEILLE.