Œuvres posthumes (Verlaine)/Souvenirs/Le bon larron

Œuvres posthumesMesseinPremier volume (p. 314-315).

LE BON LARRON


À Willette.


Oui, très bien, votre « Mauvais Larron ». Touchante, la démarche (et amusante) de cette brave petite femme grimpée sur son ânon, pour un dernier baiser au pauvre diable avec qui elle avait sans doute tant aimé. Gentille l’idée, exquise l’exécution.

Mais le Bon de Larron, alors ? Je sais, moi catholique, qu’il est sauvé, qu’il fut même le premier saint du dernier testament, l’archi-confesseur, que ceci, que cela. N’importe, si le « Mauvais Larron » est si intéressant, grâce à vous peut-être seulement, combien le bon le sera-t-il donc ? (En dehors des Bollandistes définitifs, bien entendu.)

Oui, au point de vue humain, qu’est-ce que le Bon Larron ?

Un abandonné probablement de sa femme, d’une veuve trop fière, peut-être offensée, en tous cas compromise et se dérobant. Et comme la miséricorde de Jésus est infinie, la grâce n’aura pu descendre que sur un scélérat sans excuse. Mauvais mari, fils ingrat, père affreux, voleur sans pitié, certainement lâche, tel à mes yeux ce grand saint qu’un sonnet jeune de moi,


Lorsque Jésus fut mort et comme une auréole
S’allumait bleue au front blanc du Nazaréen,
Le Bon Larron prenant brusquement la parole :
— Compagnon, que dis-tu de ces choses ? — Moi, rien.

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Sinon qu’en pendant là cet homme l’on fit bien…


et cætera, blasphémait avec son Rédempteur et le nôtre, et à qui j’offre ici mes respectueuses excuses de n’avoir pas compris les raisons.

Espoir des endurcis ;

Modèle des contrits de tout à fait la dernière heure ;

Inventeur de la Pénitence finale ;

Magnifique vainqueur de Satan qui lui fîtes une blessure plus cuisante que tous les coups de tous les anges restés fidèles, avec votre cri de vrai soldat du Mal reconnaissant sa défaite, la seule parole de bonne foi de toute une coupable vie : « Seigneur ! ayez pitié de moi » ;

Saint Cléophas, priez pour nous.