Œuvres complètes de Maximilien de Robespierre/Tome 1/Appendice IV (Discours sur les peines infamantes)




APPENDICE IV
Article de Lacretelle


Sur le discours de Robespierre sur les peines infamantes, discours qui avait obtenu un second prix à l’Académie de Metz, avec cette épigraphe :


Quod genus hoc hominum, quaeve hunc tam barbara morem
Permittit patria ? Virg. Æneid.


Ce discours, comme on le voit par son titre, a obtenu un second prix. Auteur d’un ouvrage qui a été préféré, il semble que je ne puisse appuyer sur le mérite de celui-ci, sans paraître vouloir relever l’avantage que j’ai obtenu. J’espère parler de ce discours avec assez de candeur, pour écarter ce soupçon ; je lui rendrai justice avec une satisfaction, libre et entière ; je ferai mes remarques, avec tout le zèle que peut inspirer la vérité, sur un objet important. J’avais d’abord le projet d’écarter toute mention, tout souvenir même de mon propre ouvrage. Mais il m’a paru que la comparaison entre les idées des deux auteurs, pouvait offrir quelques vues piquantes, et répandre plus de lumières sur le sujet traité.

C’est peut-être une chose digne d’attention, que le grand nombre d’idées semblables, que l’on trouve dans les deux ouvrages couronnés ; cela est au point qu’on ne manquerait pas de croire, que l’un a été fait d’après l’autre, s’ils n’avaient été écrits dans le même tems, et par des hommes, qui ne se connaissaient pas. On rencontre assez souvent cette singularité, qui est moins réelle qu’elle ne le parait. Et cela doit tenir en garde les esprits justes et droits, sur l’inculpation de plagiat, qu’on prodigue si aisément. Il est, dans chaque sujet, une foule d’idées, qui ne peuvent échapper à ceux qui les méditent ; et il peut aussi se rencontrer des esprits de la même nature qui, en procédant par les mêmes recherches, doivent arriver aux mêmes résultats. D’ailleurs, il n’est point vrai, comme bien des gens le disent, que tout soit découvert, il est certain du moins que tout a été aperçu. L’originalité d’un penseur ou d’un écrivain ne peut pas être dans ses principales idées, qui peuvent se trouver ailleurs, et même par-tout ; mais dans les conséquences où elles le mènent, dans le système où il les fond et les lie, dans les développemens qu’il leur donne. Presque toutes les idées de Rousseau, qui se détachent le plus aisément, et sont dans Plutarque, Montagne, Hobbes, Locke. Recherchez-les dans ces écrivains ; relisez-les ensuite dans Rousseau, et voyez si elles ne lui appartiennent pas. Avant ces auteurs, elles existaient dans le bon sens éternel, et sans eux, il les aurait trouvées. On peut, ce me semble, poser ici une règle générale : puisque les hommes se rencontrent dans les mêmes idées, autant qu’ils se les empruntent, ce n’est point par-là qu’on peut les différencier ; mais par les développemens et les résultats, où ils ne peuvent se ressembler, que bien rarement.

Le programme de l’Académie avait parfaitement divisé le sujet. Quelle est l’origine du préjugé ? Produit-il plus de mal que de bien ? Quels seraient les moyens de le modifier ou de le détruire ? M. de Robespierre a suivi ce plan.

L’origine du préjugé était la partie du sujet la plus difficile à traiter. On sait seulement, qu’il est très-ancien dans notre nation. Mais notre histoire ne nous met jamais sur ses traces. Ce n’est pas là la seule difficulté. Le préjugé a-t-il existé dans d’autres tems, d’autres gouvernemens ? Voilà ce qu’il faut encore expliquer, et ce qui est encore moins éclairci par les monumens antiques. C’est une histoire qu’il faut écrire sur des matériaux qui n’existent pas ; mais auxquels il faut donner, en les créant, cette vraisemblance qui représente la vérité, comme l’a dit très spirituellement un de nos premiers écrivains. On ne peut y réussir qu’en analysant, avec une saine métaphysique, le fond de la constitution sociale et les faits généraux de l’histoire. Bien des gens ont cru que cette recherche n’était que curieuse, il m’a semblé que si elle était bien faite, elle devait fournir les meilleures vues, pour apprécier le préjugé et pour l’abolir. Je l’ai traitée avec tout le soin dont j’étais capable ; M. de Robespierre ne l’a pas négligée ; mais il n’a pas pris cette histoire de si haut, et ne l’a pas conduite si loin. Cependant, il s’est arrêté avec étendue sur la question de savoir, si le préjugé a existé dans les républiques anciennes, et s’il peut s’allier avec les gouvernemens despotiques. Il pense, ainsi que moi, que ces constitutions le repoussent invinciblement. Duclos dans ses considérations sur les mœurs, avait déjà jeté quelques notions lumineuses, sur ce point.

L’état monarchique est donc le seul, qui appelle le préjugé. Écoutons ici M. de. Robespierre lui-même :

« Quels sont les lieux où il domine ?…, jusqu’à scélérat flétri par la société. »[1]

Les idées de ce morceau sur l’honneur ne sont pas neuves ; elles sont dans Montesquieu et Duclos, mais elles sont rassemblées avec justesse et écrites avec élégance.

Il me semble que l’auteur en traçant avec soin sa définition de l’honneur, ne s’est pas assez occupé de l’application de ces idées à son sujet. Il me paraît, qu’en apercevant fort bien que le préjugé ne pouvait naître que dans une monarchie, il ne dit ni comment, ni pourquoi. Il observe qu’il faut un état gouverné par l’honneur, pour admettre le préjugé ; il dit ce que c’est que l’honneur. Mais comment l’honneur a-t-il été amené à établir, à adopter ce préjugé ? On voit qu’il faut ici d’autres causes ; et on les trouve, ce me semble, dans les premières mœurs de la nation, qui a fondé la monarchie française.

On est surpris que l’auteur, après avoir si bien examiné toutes les parties de son sujet, et lors même que ses recherches tournaient son esprit vers les premiers tems de notre nation, n’ait pas aperçu que le système des compositions, qui a si longtems duré en Europe, est la source la plus aparente, pour ne rien dire de plus, de notre préjugé.

Je me permettrai encore d’observer une autre omission, dans cette première partie du discours de M. de Robespierre ; en traitant de l’origine du préjugé, il me semble qu’il fallait fixer ses principaux caractères. Or, le plus bizarre qu’il offre, est de ne pas étendre ses rigueurs sur les grandes familles. C’est encore là une recherche importante. M. de Robespierre aurait pu trouver les causes de cette contradiction, non pas dans les idées générales que nous avons des monarchies, où des lois fixes tempèrent l’autorité absolue, mais dans cette inégalité de rangs et de prérogatives, qui caractérisent la monarchie française.

La seconde partie du sujet est celle où la raison exerce toute sa puissance, parce qu’elle est toujours secondée par le sentiment. Le préjugé est-il plus funeste qu’utile ? Qui peut douter dans une pareille question ? Ce qui est souverainement injuste est toujours souverainement mauvais. Tel est le principe, d’où part l’auteur. Cependant il s’arrête bientôt, pour examiner et apprécier à leur juste valeur, les avantages qu’on attribue au préjugé. Il resserre les liens de famille ; il prévient les crimes, en intéressant tous les parens à réprimer les dangereux penchans, les vices naissans dans un mauvais sujet, qui leur appartient. La discussion de l’auteur, sur tous ces points, est toujours solide et persuasive. Il est permis aux familles de se prémunir contre le malheur qui les menace, en implorant les secours de l’autorité. Quel remède ! Comment ne voit-on pas qu’il est lui-même un véritable désordre dans la société. L’auteur parcourt ensuite tous les maux que le préjugé entraîne ; et, dans les familles, où il voue, au gré du hasard, un grand nombre d’hommes innocens, d’hommes recommandables par différens genres de mérite, à une véritable dégradation, une véritable proscription ; et dans l’État même, qu’il prive de sujets précieux, forcés de s’exiler, où il condamne en quelque sorte des gens de bien à devenir des scélérats, parce qu’il est naturel de chercher les profits du crime, quand on ne peut plus espérer les récompenses de l’honneur. Mais le plus grand des abus du préjugé, ou plutôt son plus grand crime, est d’arrêter les rigueurs de la justice lorsqu’elles sont prêtes à tomber sur une famille respectable ou en crédit.

« Que sera-ce lorsque les familles… jusque… qui sont la base de l’ordre public ».

Je céderais au plaisir d’exprimer tout ce que m’inspire ce morceau, si je n’avais traité le même objet, avec les mêmes idées et les mêmes sentimens. Nulle part, je n’ai plus senti jusqu’à quel point deux écrivains pouvaient se rencontrer. Cette ressemblance me parait assez piquante, pour hasarder de mettre en comparaison un morceau de mon ouvrage, avec celui qui nie parait le meilleur du discours de M. de Robespierre.

« S’il est effrayant de voir, sur de légers soupçons, sur des accusations qui, au moins, n’ont pas une forme légale, et par là restent toujours suspectes, des hommes descendre pour la vie dans ces prisons que la loi n’ouvre pas, où elle n’étend pas même son empire, où le malheureux est si facilement oublié, où il ne peut obtenir grâce que de ceux, qui ont intérêt de l’accabler, justice que de ceux qui se sont déclarés ses ennemis : de plus grands maux encore n’arrivent-ils pas quand les alarmes sur un caractère vicieux étaient fondées ; et quand elles n’ont pas obtenu ce cruel remède ! Un grand crime vient d’être commis : la terreur publique élève un vaste cri de vengeance. On cherche le coupable. On trouve un membre d’une famille riche, respectée, digne de l’être. À l’instant on est frappé d’une autre crainte, on est encore plus consterné, épouvanté de la vengeance que du crime. Le zèle des magistrats se ralentit, sans souvent qu’ils s’en aperçoivent, car il est aisé de se trouver des excuses, sur l’émission d’un devoir qui va devenir si terrible. Tout ce qui peut émouvoir le cœur de l’homme est employé contre le cours de la justice. Le cri maternel, les prières de l’innocence, les supplications de la beauté, l’intéressante voix de l’amitié, les services, les vertus, les talens d’une nombreuse famille ; tout se fait entendre pour fléchir la loi, tandis que l’or coule à grands flots parmi les hommes, prêts à trafiquer de leurs devoirs. Qu’arrive-t-il très souvent ? Sans qu’on sache comment, sans qu’on ait un prévaricateur à punir, le crime échappe aux recherches. D’autres fois, lors même que le coupable est entre les mains de la justice, il lui est enlevé. Plus souvent les plus touchantes supplications arrivent jusqu’au trône ; et le droit de faire grâce, qui ne doit pas moins tourner à l’utilité publique que la justice même, qui fut plutôt accordé à la hauteur des vues d’un prince qu’à la sensibilité de son cœur, ce droit arme dans ce moment ses propres vertus contre son devoir. Alors le peuple, qui ne trouve jamais en sa faveur ce concours de réclamations, s’aperçoit, avec indignation, de sa bassesse, qui fait son délaissement ; il ne voit plus dans une justice si partiale que son oppression. Il se plaint, il crie, il se révolte ; il voudrait bouleverser une société, où c’est moins le crime que la pauvreté, qui porte la sévérité des lois. D’où viennent de si grands désordres ? D’une seule cause qui les rendra presque toujours inévitables ? La loi se présente pour saisir un coupable. Mais une famille puissante par son rang, par ses richesses, quelquefois par l’amour et le respect qu’on lui doit, le lui dispute avec une grande force, un grand courage : il s’agit de toute son existence civile, maintenant attachée à une seule tête. Les vertus même ici sont opposées aux vertus. On ne peut frapper sur le crime, sans frapper sur l’innocence ; et la pitié affaiblit la justice dans tous les cœurs. Quand j’entends le peuple se soulever contre ces ménagemens, qu’on n’a pas pour lui, j’entre dans ses raisons, dans ses sentimens ; je suis prêt de mêler mes réclamations à ses emportemens. Mais si j’aperçois cette famille, si je contemple toute l’étendue de son désastre, je cède à ses douleurs, je crie grâce avec elle. Le peuple lui-même, aussi variable qu’impétueux dans ses passions, n’a besoin, pour se démentir, que d’être appelé à une autre pensée, par un autre spectacle. Montrez-lui cette famille que ses clameurs poursuivent, et il prendra parti pour elle contre lui-même ; il la protégera de ses larmes et de ses invocations.

« La raison n’a jamais suffi pour déraciner un préjugé, dit encore M. Thomas, dans la lettre qu’il m’a fait l’honneur de m’écrira sur ce sujet ; il faut ébranler l’âme et l’imagination.

M. de Robespierre a trop de talent pour n’avoir pas souvent écrit d’après cet heureux principe. Il présente le préjugé sous un aspect inattendu, pour le rendre plus révoltant :

« Je suppose donc… jusque…sans être un peu ému de leurs cris. »

J’ai encore l’avantage de m’être rencontré avec l’auteur, non pas dans la même idée, mais dans le même dessein. J’ai aussi employé une figure, à peu près du même genre. Je vais encore me citer moi-même, une dernière fois. « Sous quelle effrayante condition existé-je donc dans la société ? Un seul de ces hommes, à qui la nature m’a uni, encourerait les punitions infamantes de la loi ; et sa honte rejaillirait sur moi ! et sa mort entraînerait ma proscription ! Dans quel jour de démence, a-t-on arrêté que l’innocent périrait avec le coupable ; et que l’opprobre coulerait, comme le sang, dans les familles ? Nous vivons entre le crime et le malheur, et nous réclamons sans cesse la pitié et l’indulgence ; mais nous ne savons que nous opprimer nous-mêmes par nos affreuses institutions ! Tous les jours nos tribunaux retentissent des tristes plaintes de ces hommes obligés de demander à la loi les parens que la nature leur avait donnés ? Je sens profondément leur malheur : l’homme n’est pas fait pour vivre seul ; il a besoin de communiquer ses affections, d’entrer dans celles des autres ; il aime à leur donner des droits sur lui, pour en acquérir sur eux ; il veut des êtres qui s’intéressent à tous les événemens de sa vie, et qui le pleurent, lorsqu’il ne sera plus. Mais plus frappé encore dans ce moment, de tous les dangers auxquels le préjugé nous expose, nous, qui nous contemplons dans nos familles avec un doux orgueil ; je serais tenté, non pas d’envier le sort de ces hommes ; il est trop difficile de se détacher d’un bonheur qu’on a une fois goûté ; mais de leur faire redouter le nôtre, et de leur dire : malheureux, que faites-vous ? Restez dans cette obscurité, qui vous isole : vous ne répondez que de vos actions. Tous les jours, à votre réveil, si vous sentez la vertu dans votre cœur, vous pourrez vous dire : je vivrai sans reproche et sans tache. Votre gloire n’appartiendra qu’à vous ; votre honte même, si jamais vous deviez vous souiller d’un forfait finirait avec votre existence. Mais une fois reçu dans cette famille qui maintenant vous rejette, vous aurez sans cesse à trembler sur eux, et pour vous-mêmes. Craignez d’avoir des parens. Ceux que vous réclamez sont des hommes purs et respectés ; mais qui vous répondra que le vice ne germe pas en secret dans le cœur de l’un d’eux ; qu’une passion, honnête en elle-même, ne le conduira pas à un crime ? Il aurait pu retenir à lui tout ce qu’il aurait acquis de richesses et d’honneurs ; mais il vous enveloppera dans son infamie, sans que vous ayez pu ni la prévoir, ni la prévenir. Fût-il mort à l’autre bout du monde, elle reviendra vous couvrir tout entier ; rien ne l’effacera, ni vos talens, ni vos vertus ; vous la porterez jusqu’au tombeau ; et vous la laisserez à vos enfants. Telles sont nos idées et nos mœurs ; telle est notre destinée dans vos familles. »

La troisième partie, qui traite des moyens de détruire le préjugé, est moins susceptible d’analyse, parce que chaque idée ne pourrait guère en être présentée, sans ses preuves. L’auteur pense qu’il est de véritables moyens d’abolir le préjugé. D’abord la douceur de nos mœurs et les progrès de la raison l’ont déjà beaucoup affaibli. Il ne s’agit plus que de détruire dans nos lois ce qui le soutient encore, et de diriger autrement l’opinion publique. Plusieurs de nos lois ont trop d’analogie avec lui ; telles sont la confiscation, et l’exclusion des bâtards de plusieurs des droits du citoyen. D’autres lois le favorisent ; telle est celle qui établit un supplice différent pour les nobles. D’ailleurs l’opinion publique se forme de l’instruction qui se répand dans une nation, et des exemples qu’on lui donne. Multiplions donc, répandons jusques dans le peuple les idées saines, que la raison et l’intérêt public nous fournissent sur le préjugé ; que le roi n’accorde plus de lettres de grâce, en faveur des familles que le préjugé va frapper ; mais qu’il leur accorde des signes d’intérêt et les récompenses qu’elles ont méritées ; que l’on donne de l’éclat à ces actes de l’autorité souveraine ; qu’ils se répètent souvent ; qu’ils soient célébrés dans toutes les provinces, comme des bienfaits publics ; et bientôt on verra ce que des moyens aussi simples peuvent faire, contre les plus anciens préjugés. Tel est le système de l’auteur.

Son ouvrage sera lu avec intérêt et obtiendra une attention honorable. Il est rempli de vues saines et de traits d’un talent heureux et vrai. On en concevra encore plus d’espérances, quand on saura que l’auteur, voué à la profession d’avocat, qui convient si bien à un si bon esprit, plaidait sa première cause dans le tems où il écrivait ce discours ; et qu’il n’a jamais vécu à Paris, où le commerce des gens de lettres développe le talent et perfectionne le goût. J’oserai lui témoigner le plus sincère intérêt, en lui présentant quelques observations, que j’attendrais de lui, s’il avait aussi à parler de l’ouvrage qui a concouru avec le sien.

Il annonce un esprit juste, qui voit les objets avec netteté ; mais il me semble qu’il ne les approfondit pas assez, et qu’il ne les prend pas dans toute leur étendue. Sans cela cependant, on risque, dans la morale et la politique de dire des choses trop vraies, ou pour mieux m’exprimer trop communes. Il annonce aussi cette sensibilité qui sait répandre de l’intérêt dans les idées, et les empreindre des caractères d’une âme douce et noble ; il y a dans son ouvrage un grand nombre de traits d’une éloquence simple. Mais il me parait que souvent son style manque de précision, de vigueur ; ses meilleurs morceaux ne produisent pas tout l’effet qu’on devait en attendre. Peut-être a-t-il besoin de rassembler davantage ses pensées, de se recueillir dans les émotions qu’elles peuvent porter à son âme ; alors il sera plus prêt de l’art, ou plutôt du talent d’enchaîner fortement ses idées, de grouper ses tableaux, de varier les formes de son stile et d’y jeter cet éclat qui anime, sans fatiguer. Voilà des critiques, et même des conseils. Il semble qu’on devrait les supprimer, quand on a l’expérience de la manière, dont ils sont reçus si fréquemment. Mais comment sentir le talent, sans désirer tous ses progrès ? Ce serait un bien triste travail, que celui d’avoir à étudier les beautés et les défauts d’un ouvrage, si on n’avait l’espérance de plaire quelquefois à l’auteur par une louange vraie, et peut-être de le servir par une critique, dont il reste le juge ? On s’attache particulièrement aux ouvrages qui font bien penser de l’écrivain. Celui de M. de Robespierre me répond presque qu’il chérira les motifs qui me dictent ces observations ; et que, si elles ont quelque justesse, elles ne lui seront pas inutiles.



  1. Nous n’avons pas réimprimé les passages cités par Lacretelle ; nous renvoyons à l’édition de 1785.