Œuvres complètes de Démosthène et Eschine (Traduction de Joseph Planche)/Volume VI/Notes sur la harangue contre la loi de Leptine

NOTES


DE LA HARANGUE DE DÉMOSTHÈNE


CONTRE LA LOI DE LEPTINE.


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[i] Ce discours est intitulé πρόζ Λεπτίνον, ad Leptinem, et non κατά Λεπτίνον, contra Leptinem, parce qu’on ne pouvait attaquer l’auteur d’une loi que dans l’année où il avait porté sa loi. Après l’année révolue, on pouvait encore attaquer la loi, mais non son auteur. Leptine était dans ce dernier cas, et par conséquent le discours est, à son sujet, adressé à sa personne, contre sa loi, mais non contre lui.

[2] On se rappelle que tout décret devait être porté d*abord devant le sénat qui l’adoptait, et ensuite devant le peuple qui le confirmait.

[3] Après l’expulsion des trente tyrans, les citoyens qui étaient sortis de la ville firent, avec ceux qui y étaient demeurés, un traité, suivant lequel on devait oublier entièrement le passé, vivre tous ensemble d’un parfait accord, et ne pas s’inquiéter mutuellement.

[4] Pour entendre tout cet endroit, il faut savoir, ou supposer plusieurs choses que l’orateur ne dit pas du tout, ou qu’il ne dit pas expressément ^ parce qu’il parlait à des hommes instruits. Les étrangers établis à Athènes, ou ceux qui n’étaient pas à Athènes, mais qui avaient été gratifiés du titre de citoyen, étaient obligés de remplir les charges de chorége, de gymnasiarque, et d’hestiateur, à moins qu’ils n’eussent obtenu les exemptions. Pendant sa vie, il fallait passer une fois par les charges dont nous venons de parler ; mais on n’était obligé d’y passer qu’une fois. Quoique les citoyens les plus riches, chargés d’armer des vaisseaux, fussent par-là même exempts de ces mêmes charges, cependant ils s’offraient d’eux-mêmes pour les remplir, et parmi eux tous il ne s’en trouvait guère que cinq ou six qui s’en exemptassent.

[5] Personne ; sans doute, parmi ceux qui sont assez riches pour fournir à l’armement des vaisseaux.

[6] Suivant le calcul que Démosthène a fait plus haut, en abolissant les exemptions, on ne gagnerait que quinze têtes, ou tout au plu> trente, pour les charges de chorége, de gymnasiarque et d’hestiateur ; c’est donc cinq ou dix pour celle de chorége ; et, comme il y avait dix tribus, c’est un chorége pour deux tribus ou pour chaque tribu. [7] Je n’ai pas rendu le mot grec ίσοτελών. Il y avait deux sortes d’étrangers établis à Athènes : μέτοικοι, ceux qui payaient la taxe appelée μέτοικιον ; ίσοτελείζ, ceux qui jouissaient des mêmes droits que les citoyens, excepté qu’ils ne pouvaient devenir magistrats.

[8] Treize mille ne font pas tout-à-fait le trentième de quatre cent mille. — Theudosie, ville du Pont, suivant Etienne et Harpocration. Ulpien dit que Leucon avait donné à ce marché le nom de sa sœur ou de son épouse.

[9] Ce temple était à l’entrée du Pont. On prétendait qu’il avait été bâti par les Argonautes, à leur départ pour la conquête de la toison d’or ; on l’appelait en grec simplement le temple, ίερον.

[10] Nous avons déjà parlé plus haut de l’échange. Nous avons dit que, lorsque quelqu’un était nommé pour remplir une charge onéreuse, il pouvait s’en dispenser, en indiquant une autre personne plus riche que lui. Si la personne indiquée refusait la charge, et prétendait être moins riche, il pouvait exiger d’elle un échange de tous leurs biens ; il fallait qu’elle subit l’échange, ou qu’elle remplît elle-même la charge.

[11] J’ai ajouté au grec, dans la personne de ses enfans, pour expliquer la pensée de l’orateur, et empêcher qu’il ne se contredise. Épiçerde était mort, et il dit plus bas, en propres termes, qu’il n’avait point profité pour lui-même des exemptions. — Cyrêne, ville de Libye ; elle passait pour avoir été bâtie par le Lacédémonien Battus. C’était la patrie de plusieurs philosophes célèbres.

[12] Les Athéniens étaient alors dans l’état le plus triste, et tout près de leur ruine totale.

[13] Nous avons fait mention, dans les volumes qui précèdent, de la tyrannie des Quatre-cents. Voyez, en particulier, tome 3, pag. 462. — Dans la retraite du peuple. Le peuple, sous la conduite de Thrasybule, se retira dans Phylé, et ensuite s’empara du Pirée, lors de la domination des trente tyrans dont nous avons déjà parlé plusieurs fois.

[14] Le combat, dont parle Démosthène, fut livré sous l’archonte Diophante, la seconde année de la quatre vingt-seizième olympiade. Xénophon le raconte assez an long dans son livre quatrième des Histoires Grecques.

[15] Antalcide, général de Lacédémone, fit avec les Perses, au nom de tous les Grecs, une paix qui était aussi honteuse pour ceux-ci que glorieuse pour ceux-là. On peut voir les articles du traité de cette paix dans l’Histoire Ancienne de M. Rollin, (tome IV, pag. 140, édit. de Paris, 1818, chez Garez, libr.) [16] C’est le Thrasybule qui délivra Alhènee de ses trente tyrans, et qui lui avait rendu de grands services dans la guerre du Péloponèse. — Thase, île de la mer Égée, dans la Thracc. — Il est parlé, dans les Histoires Grecques de Xénophon, de la prise de Byzance. Archébius et Héraclide furent deux des partisans d’Athènes qui ouvrirent les portes de la ville à Thrasybule. Xénophon ne nomme qu’Anaxylas. — Et nous ont rendus maîtres… Ceux qui dominaient dans l’Hellespont, levaient des impôts sur les marchandises : c’était la dime des effets, suivant Démosthène.

[17] Pydna et Polidée, villes sur les frontières de Macédoine, qui avaient appartenu aux Athéniens, et qui alors étaient soumises à Philippe.

[18] Au sujet de Conon et de Chabrias, dont parle ensuite l’orateur ; on peut lire l’Histoire Ancienne de M. Rollin, à l’article de ces deux illustres généraux d’Athènes.

[19] li s’agit des Cyclades et de quelques îles voisines, qu’on désignait souvent par le nom d’îles en général.

[20] Dans les inscriptions, suivant la remarque d’Eschine et de Démosthène, on ne nommait pas le général, mais le peuple seul qui avait remporté la victoire : ici Conon est nommé.

[21] Harmodius et Aristogiton, citoyens d’Athènes, unis par l’amitié la plus étroite, avaient délivré leur patrie de la tyrannie d’Hipparque, en tuant le tyran.

[22] Dans la seconde guerre des Perses, Athènes avait été presque entièrement détruite. Les Athéniens, de retour dans leur ville, qu’ils avaient abandonnée pour se mettre sur leurs vaisseaux, voulaient la rétablir et l’environner de bonnes murailles. Les Lacédémoniens, qui commençaient à être jaloux de leur puissance, entreprirent de s’opposer à ce qu’ils relevassent leurs murs ; ils employèrent le prétexte du bien public. L’intérêt commun, disaient-ils, demandait qu’on ne laissât hors du Péloponèse aucune ville fortifiée, de peur qu’en cas d’une seconde irruption, elle ne servît de place d’armes aux Perses. Thémislocle pénétra sans peine leur dessein véritable ; mais, voyant qu’ils pouvaient se joindre aux alliés, et empêcher, par la force, l’ouvrage commencé, si on leur donnait une réponse absolue et négative, il conseilla au sénat d’employer la ruse, et s’y prit, pour réussir, de la manière à peu près que rapporte ici Démosthène.

[23] Gorgope, ou Gorgopas, général des Lacédémoniens, qui s’était retiré dans Égine pour la défendre ; il fut vaincu et tué par Chabrias, [24] Dans la guerre appelée sociale, où Chio fut une des villes qui se soulevèrent contre les Athéniens.

[25] Les lois ne diffèrent pas des décrets ; c’est à dire, on porte des lois tous les ans et aussi facilement que des décrets. Les décrets n’avaient force que pour un an, à moins qu’ils ne fussent mis au nombre des lois ; mais on portail tant de lois tous les ans, qu’il y avait toujours des lois plus nouvelles que les décrets. Le texte ici est un peu obscur ; j’ai tâché de l’éclaircir le mieux qu’il m’a été possible.

[26] C’est des nomothètes que Démosthène veut ici parler ; ils étaient au nombre de mille et un ; c’était à eux à décider en dernier resssort et de l'abrogation de la loi ancienne, et de l'étabiissement de la loi nouvelle.

[27] Démosthène ne fait lire que les premiers articles de sa loi, et il interrompt le greffier quand il les a lus.

[28] Je propose est une faute du traducteur. L’orateur ne parle pas de lui-même ; il désigne Aphepsion, comme Ulpien l’a fort bien vu. Consultez M. Woif. (Note de l’Éditeur.)

[29] Auger ne semble pas avoir entendu cet endroit, dont le sens est, je pense : « Vous ne dites point de mal de nos bienfaiteurs morts, vous leur en faites, quand vous accusez celui-ci, quand vous dites de celui-là qu’il est indigne de l’immunité ; tandis que ni l’un ni l’autre ne méritent vos reproches. « (Note de l’Editeur.)

[30] Démosthène parle sans doute du conseil des éphores, qui balançaient le pouvoir des rois.

[31] L’orateur flatte les Athéniens, en disant du mal des Thébains, qui étaient leurs ennemis mortels.

[32] Orchoméniens, habitans d’Orchomène, ville de Béotie, que les Thébains, chefs de cette contrée, tenaient dans l’oppression.

[33] La plupart des statues de Mercure, appelées hermès, étaient des bois ou des pierres quarrées, sur lesquels étaient placées des têtes de Mercure.

[34] Lysimaque, fils d’Aristide. Comme son père ne lui avait laissé d’autre patrimoine que sa gloire et sa probité, le peuple, sur un décret d’Alcibiade, lui fit les gratifications dont parle Démosthène. — Cent mines, cinq mille livres. Quatre drachmes, quarante sols.

[35] La colonne sur laquelle était gravé le décret qui accordait à Harmodius et à Aristogiton les honneurs qu’ils avaient mérités par les services rendus à la patrie.

[36] Démosthène, dans sa harangue contre Midias, pense différemment que dans celle-ci. Il y soutient que la charge de cborége est une fonction publique et sacrée.

[37] Dans les combats gymniques ; c’est-à-dire, dans les combats athlétiques : on les appelait gymniques, parce que les athlètes combattaient nus. Le grec ajoute, où l’on distribue des couronnes. On sait les grande honneurs que les villes accordaient à ceux de leurs citoyens qui avaient remporté la couronne, dans les combats gymniques. Apparemment qu’Athènes se distinguait dans cette partie, comme dans plusieurs autres.

[38] Les noms de ces accusateurs ne sont point parvenus jusqu’à nous, excepté celui de Bathippe.

[59] En grec, pour syndics. Il y avait deux sortes de syndics, des syndics particuliers et des syndics publics. Les premiers étaient des citoyens nommés par un corps ou une compagnie, pour soutenir et défendre ses intérêts : les seconds étaient nommés par le peuple, pour soutenir et défendre les intérêts de l’état dans tous les cas qui se présentaient, soit en plaidant pour une loi dont on demandait l’abrogation, soit autrement. Démosthène cite une loi suivant laquelle on ne pouvait être nommé syndic par le peuple qu’une seule fois. On nommait ordinairement cinq avocats d’une loi, ou syndics ; Démosthène n’en cite que quatre.

[40] Auger avait écrit Diophante, suivant en cela la mauvaise leçon Διοφάντον. La vraie leçon est Δοκμοφάντον ; et nous l’avons mise dans le texte et dans la traduction. Voyez M. Wolf. (Note de l’Éditeur.)

[41] La puissance des Lacédémoniens était bien diminuée et bien affaiblie depuis la bataille de Leuctres. Cette défaite leur porta un coup dont ils ne se relevèrent jamais. — Par un seul homme…. Le premier Denys, qui, d’une condition obscure, s’éleva, par son mérite, aux premiers honneurs, mais qui abusa de la confiance de sa patrie pour la tyranniser. — Dion de Syracuse, un des plus illustres disciples de Platon, homme d’une vertu rare, et d’une fermeté singulière, délivra sa patrie du joug de Denys le jeune, fils du premier Denys. Le tyran remonta sur le trône après la mort de Dion ; il en fut chassé de nouveau, mais pour n’y plus remonter, par Timoléon, général de Corinthe.

[40] Vous comprenez… espèce de formule par laquelle on finissait quelquefois les plaidoyers.


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