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Hachette (Œuvres complètes tome Ip. 347-349).


ARTICLE XXI.[1]


Pour montrer que les vrais juifs et les vrais chrétiens n’ont qu’une même religion. — La religion des juifs sembloit consister essentiellement en la paternité d’Abraham, en la circoncision, aux sacrifices, aux cérémonies, en l’arche, au temple de Hiérusalem, et enfin en la loi et en l’alliance de Moïse.

Je dis qu’elle ne consistait en aucune de ces choses, mais seulement en l’amour de Dieu, et que Dieu réprouvoit toutes les autres choses. Que Dieu n’acceptoit point la postérité d’Abraham.

Que les juifs seront punis de Dieu comme les étrangers, s’ils l’offensent. Deut., viii, 19. « Si vous oubliez Dieu, et que vous suiviez des dieux étrangers, je vous prédis que vous périrez de la même manière que les nations que Dieu a exterminées devant vous. »

Que les étrangers seront reçus de Dieu comme les juifs, s’ils l’aiment. Is., lvi, 3 : « Que l’étranger ne dise pas : « Le Seigneur ne me recevra pas. » Les étrangers qui s’attachent à Dieu seront pour le servir et l’aimer : je les mènerai en ma sainte montagne, et recevrai d’eux des sacrifices, car ma maison est la maison d’oraison. »

Que les vrais juifs ne considéroient leur mérite que de Dieu, et non d’Abraham. Is., lxiii, 16. « Vous êtes véritablement notre père, et Abraham ne nous a pas connus, et Israël n’a pas eu de connoissance de nous ; mais c’est vous qui êtes notre père et notre rédempteur. »

Moïse même leur a dit que Dieu n’accepteroit pas les personnes[2]. Deut., x, 17 : Dieu, dit-il, an’accepte pas les personnes, ni les sacrifices[3]. »

Que la circoncision du cœur est ordonnée. Deut., x, 16 ; Jérém., iv, 4 : « Soyez circoncis du cœur ; retranchez les superfluités de votre cœur, et ne vous endurcissez pas ; car votre Dieu est un Dieu grand, puissant et terrible, qui n’accepte pas les personnes. »

Que Dieu dit qu’il le feroit un jour. Deut., xxx, 6 : «  Dieu te circoncira le cœur, et à tes enfans, afin que tu l’aimes de tout ton cœur. » Que les incirconcis de cœur seront jugés. Jér., IX, 26. Car Dieu jugera les peuples incirconcis, et tout le peuple d’Israël, parce qu’il est « incirconcis de cœur. »

Que l’extérieur ne sert de rien sans l’intérieur. Joel., ii, 13 : Scindite corda vestra[4], etc. Is., lviii, 3, 4, etc.

L’amour de Dieu est recommandé dans tout le Deutéronome. Deut., xxx, 19 : « Je prends à témoin le ciel et la terre que j’ai mis devant vous la mort et la vie, afin que vous choisissiez la vie, et que vous aimiez Dieu et que vous lui obéissiez ; car c’est Dieu qui est votre vie. »

Que les juifs, manque de cet amour, seroient réprouvés pour leurs crimes, et les païens élus en leur place. Os., i, 10. Deut., xxxii, 20 : « Je me cacherai d’eux, dans la vue de leurs derniers crimes ; car c’est une nation méchante et infidèle. Ils m’ont provoqué à courroux par les choses qui ne sont point des dieux ; et je les provoquerai à jalousie par un peuple qui n’est pas mon peuple, et par une nation sans intelligence. » Is., lxv, 1.

Que les biens temporels sont faux, et que le vrai bien est d’être uni à Dieu. Ps. cxliii, 15.

Que leurs fêtes déplaisent à Dieu. Amos, v, 21.

Que les sacrifices des juifs déplaisent à Dieu. Is., lxvi, 1-3 ; I, 11. Jérém., vi, 20 ; David, Miserere, 18. — Même de la part des bons, Exspectans[5]. Ps. xliv, 8-14. Qu’il ne les a établis que pour leur dureté. Michée, admirablement vi, 8[6]. I R. (premier livre des Rois), xv, 22 ; Osée, VI, 6.

Que les sacrifices des païens seront reçus de Dieu, et que Dieu retirera sa volonté des sacrifices des juifs. Malach. i, 11.

Que Dieu fera une nouvelle alliance par le Messie, et que l’ancienne sera rejetée. Jérém., xxxi, 31 ; Mandata non bona. Ézéch.

Que les anciennes choses seront oubliées. Is., xliii, 18, 19 ; lxv, 17, 18.

Qu’on ne se souviendra plus de l’arche. Jérém., iii, 15, 16.

Que le temple sera rejeté. Jér., vii, 12-14.

Que les sacrifices seroient rejetés, et d’autres sacrifices purs établis. Malach., i, 11.

Que l’ordre de la sanctification d’Aaron sera réprouvé, et celle de Melchisédech introduite par le Messie. Dixit Dominus[7].

Que cette sacrificature seroit éternelle. Ibid.

Que Jérusalem seroit réprouvée, et Rome admise. Que le nom des juifs seroit réprouvé et un nouveau nom donné. Is., lxv, 15.

Que ce dernier nom seroit meilleur que celui des juifs, et éternel. Is., lvi, 5.

Que les juifs devoient être sans prophètes (Amos), sans rois, sans princes, sans sacrifice, sans idole.

Que les juifs subsisteroient toujours néanmoins en peuple. Jérém., xxxi, 36.



  1. Article XIV de la seconde partie, dans Bossut.
  2. « Ne ferait pas acception des personnes. »
  3. Pascal ajoute en marge : « Le sabbat n’étoit qu’un signe, Ex., xxxi. 13 ; et en mémoire de la sortie d’Égypte, Deut., v, 15. Donc il n’est plus nécessaire, puisqu’il faut oublier l’Égypte. La circoncision n’étoit qu’un signe, Gen., xvii, 11. Et de là vient qu’étant dans le désert ils ne furent pas circoncis, parce qu’ils ne pouvoient se confondre avec les autres peuples. Et qu’après que Jésus-Christest venu, elle n’est plus nécessaire. »
  4. « Déchirez vos cœurs, et non vos vêtements. »
  5. Ce mot désigne le Ps. xxxix, commençant par ces mots : Exspectans exspectavi.
  6. Quid dignum offeram Domino ?... « Qu’offrirai-je au Seigneur qui soit digne de lui ? »
  7. Ces mots désignent le Ps. cix, commençant par ces mots : Dixit Dominus domine meo.