Églogue (1852)

Poëmes antiquesLibrairie de Marc Ducloux, éditeur (p. 116-119).



VII



ÉGLOGUE.




GALLUS.


Chanteurs mélodieux, habitants des buissons,
Le ciel pâlit, Vénus à l’horizon s’éveille ;
Cynthia vous écoute, enivrez son oreille ;
Versez-lui le flot d’or de vos belles chansons.


CYNTHIA.


La nuit sereine monte, et roule sans secousse
Le chœur éblouissant des astres au ciel bleu ;
Moi, de mon bien-aimé, jeune et beau comme un dieu,
J’ai l’image en mon âme et j’entends la voix douce.


GALLUS.


Ô Cynthia, sais-tu mon rêve et mon désir ?
Phœbé laisse tomber sa lueur la plus belle ;
Et l’amoureux ramier gémit et bat de l’aile,
Et dans les bois songeurs passe un divin soupir.


CYNTHIA.


La source s’assoupit et murmure apaisée,
Et de molles clartés baignent les noirs gazons.
Qu’ils sont doux à mes yeux vos calmes horizons,
Ô bois chers à Gallus, tout brillants de rosée !


GALLUS


Que ton sommeil soit pur, fleur du beau sol latin !
Oh ! bien mieux que ce myrte et bien mieux que ces roses,
Puissé-je parfumer ton seuil et tes pieds roses
De nocturnes baisers, jusques au frais matin !


CYNTHIA.


Enfant, roi de Paphos, remplis ma longue attente !
Une voix s’est mêlée aux hymnes de la nuit...
Ô Gallus, ô bras chers qui m’emportez sans bruit
Dans l’épaisseur des bois, confuse et palpitante !


GALLUS


Dans le hêtre immobile où rêvent les oiseaux
On entend expirer toute voix incertaine ;
Viens, un dieu nous convie : en sa claire fontaine
La naïade s’endort au sein des verts roseaux.


CYNTHIA.


Voile ton front divin, Phœbé ! Sombres feuillages,
Faites chanter l’oiseau qui dort au nid mousseux ;
Agitez les rameaux, ô sylvains paresseux ;
Naïade, éveille-toi dans les roseaux sauvages.


GALLUS.


Dormez, dormez plutôt, dieux et nymphes des bois ;
Dormez, ne troublez point notre ivresse secrète.
Reposez, ô pasteurs, ô brise, sois muette !
Les immortels jaloux n’entendront point nos voix.


CYNTHIA.


Vénus ! ralentis donc les heures infinies !
Ne sois pas, ô bonheur, quelque jour regretté ;
Dure à jamais, nuit chère ! et porte, ô volupté,
Dans l’Olympe éternel nos âmes réunies !