À travers les grouins/Odelette

P.-V. Stock, éditeur (p. 67-70).




ODELETTE


(À la manière de Ronsard).


Chocolatier, faussaires,
Du Gaulois émissaires,
Et ce gredin choisi,
Esterhazy ;

Les tantes, les crapules,
Évêques sans scrupules,
Artons déshonorés
Et les curés ;


Et les bonnes sœurs grises
Distillant pour les brises,
Au fond de leurs clapiers,
L’odeur des pieds ;

Les magistrats intègres,
Les cocottes, les nègres,
Les daims, les maquereaux
Et les bistros ;

C’est ainsi qu’on recrute
Voleur, escarpe, brute,
Un personnel classé
Au quai d’Orsay.

Ainsi qu’une relique,
Meyer, juif catholique,
Arbore avec bonheur
La croix d’honneur.


Alfred Duquel, Mézières,
Loti, fleur des rizières,
Et les divers Quesnays
En sont ornés.

Major de table d’hôte
Cassagnac ne fait faute
D’avoir cet oripeau
Dessus sa peau.

Elle orne tes fumistes,
Wilson, les panamistes
Et Gaston Jolivet,
Ce pur navet.

Ils sont hideux et bêtes,
Ils portent sur leurs têtes
L’air brutal ou sournois
Propre aux bourgeois.


Ils lèchent les derrières,
Les pattes meurtrières,
Les sabres dégainés
Des galonnés.

Tous, ruisselant d’extases,
Bénissent les ukases,
Le drapeau tricolor,
L’État-Major.

Et c’est vraiment justice
Que ce monde obreptice
El tous ces bougres-là
Chassent Zola.

12 avril 1898