À travers les grouins/Ballade pour exalter les doyennes du persil

P.-V. Stock, éditeur (p. 60-62).




BALLADE

POUR EXALTER LES DOYENNES DU PERSIL

« Viennent les marguilliers pervers,
« Les bedeaux porteurs de cautères.
« Les gros messieurs chargés d’hivers !
« Je couronnerai d’œnothères,
« De lilas et de myrthes verts
« Toute la chambre des notaires ! »
L. T.



Leurs mamelles où nos bisaïeux se sont plu
Ballotent, à présent, de manière fantasque.
Le henné rouge sur leurs crânes vermoulus,
Leurs crânes pareils à des ris de veau boullus,
Imprime tels magmas qu’on ne rincera plus.

Leurs museaux d’ichneumon, de pieuvre, de tarasque
Bâillent : ainsi le trou punais de l’Achéron.
Voici les dents d’émail sur le chichot marron !
Et les robes couleur d’enfants, rose ou citron :
Car ces dames, ayant braguettes soulagées,
De fastueux chichis pavoisent leur giron :
Los aux vieilles putains d’ans et d’honneurs chargées !

En faveur des meschins pauvres et résolus,
Leur générosité vénérienne casque.
Ignorant, comme il sied, Malle-Brun ou Reclus,
Le muletier avec force auvergnats poilus
Affronte de grand cœur ces palus et ces glus
Fétides, nonobstant les huiles bergamasques.
(Est-il bardeau, mulet, viédaze, aliboron,
Pour oser en tel lieu risquer un paturon ?)
Elles défaillent avec les cris de Baron
Au seul aspect des génitoires insurgées,
Et monsieur Deschanel à les servir est prompt :
Los aux vieilles putains d’ans et d’honneurs chargées !


Clamons : « Io pæian ! » En des bouquins peu lus,
Carmen Sylva, la Ratazzi qui semble un masque
Japonais et l’antique Mab aux seins velus
Des petits jeunes gens quémandent les saluts.
— Ô, sous vos cheveux bruns, Lafayette et Caylus ! -
Sans parvenir jamais à la dernière frasque,
Elles bouillonnent, tel un magique chaudron,
Cependant qu’imbibé de fards et de goudron,
Loti, cagneux mais beau, darde son éperon
Pour l’ébattement des vétustés Lalagées
Et présente frère Yve à leur décaméron.
Los aux vieilles putains d’ans et d’honneurs chargées !

envoi


L’arbre caduc, jetez les rameaux et le tronc !
Prince, beau tourmenteur, Ezzelin ou Néron,
Coiffe ton casque d’or, atteste le héron
Et que, grand’mères par tes ordres fustigées,
Elles payent enfin leur obole à Caron,
Ces antiques putains d’ans et d’honneurs chargées.